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Sexe et pouvoir

Politiciens et leaders spirituels en coulisse, un traitement inégal

Par André Tarassi

 

Le moins que l’on puisse dire, en faisant des recherches sur les allégations d’abus sexuels à l’encontre des politiciens (1), c’est qu’elles sont beaucoup plus difficiles à trouver que celles à l’encontre des leaders spirituels. A tel point qu’il n’y a aucune trace sur Internet d’affaires passées en France (même si nous les avons partiellement gardées en mémoire) et qu’il faut se pencher sur des informations en provenance des États-Unis ou du Québec pour trouver des débats qui ne soient pas limités à l’équation simpliste mais populaire abus sexuel = leaders spirituels.


Cette découverte inattendue est, tout bien réfléchi … sans surprise. 


Nous avons, en France, tendance à pardonner plus facilement les frasques de nos hommes politiques et les médias, toujours bien informés sur ce que nous adorons et ce que nous avons en sainte horreur, vont jeter aux oubliettes les « informations » sur les politiciens et monter en épingle celles qui concernent les gourous. Ainsi, toujours en France, un président réputé avoir été un prédateur sexuel fera sourire bon nombre de nos concitoyens, même si cela implique, comme c’est le cas dans les coulisses de l’État, d’user des charmes du pouvoir pour inciter certaines femmes à des faveurs secrètes. Nous avons vu que, dans la même situation, un leader spirituel provoque des hauts cris outragés et alimente des commissions d’enquête parlementaires à n’en plus finir. 


C’est l’hypocrisie de notre temps qui veut cela, sans doute. 


Dans « Politique et mensonges, pourquoi les politiciens mentent ? » Mark Perkel, journaliste américain, écrit : « (…) La raison pour laquelle les politiciens mentent est que le public ne veut pas entendre la vérité. Les gens veulent entendre ce qu’ils veulent entendre. Quand, pour deux candidats à l’élection présidentielle, l’un dit la vérité et l’autre donne ce que le public veut entendre, c’est le second qui est élu (…) Un démocrate peut avouer avoir fumé du haschich et dire qu’il le regrette mais un républicain ne peut même pas dire qu’il l’a fait, certains iront même jusqu’à dire qu’ils n’ont jamais touché une cigarette. Les uns comme les autres mentent (…) Le sexe est un sujet sensible pour les électeurs. La Bible dit que le sexe est acceptable dans le cadre d’un mariage vierge et monogame et que les leaders doivent être des exemples. Nous sommes pourtant les descendants de trois milliards d’années d’activité sexuelle et toutes les créatures, jusqu’aux plantes, veulent se faire plaisir. Les politiciens de sexe masculin qui ont la force, la santé et la confiance en soi pour s’élever au-dessus de la masse sont des personnes sexuellement très actives. A travers l’histoire, les rois et autres grands hommes ont eu de nombreuses maîtresses (...) les hommes de pouvoir ne savent pas résister aux tentations de femmes qui les sollicitent. Les candidats sont donc contraints au mensonge (…) Que devrions-nous attendre de nos politiciens ? Devraient-ils s’élever à la perfection morale ? Ou devons-nous simplement leur demander de faire le travail qu’ils doivent faire ? Dans les anciens temps, les rois étaient considérés comme des Dieux, les gens n’avaient pas de télévision, de livres ni Internet. Les rois avaient un pouvoir absolu et un droit de vie ou de mort sur tout le monde, des vierges étaient jetées dans les volcans. Voilà des gens qui savaient faire la fête ! Les choses ont changé. Nous sommes en démocratie. Nous élisons des personnes pour un travail spécifique. Nos leaders sont moins des leaders que des serviteurs publics. Ils travaillent pour nous, ils sont nos employés (…) Si nous voulons que nos politiciens disent la vérité, il faut que les électeurs cessent de punir l’honnêteté (…) par conséquent quand un politicien vous dira que la population mondiale est un sujet important, ne le condamnez pas et écoutez-le. »


En France, une affaire comme celle du président américain Bill Clinton et Monica Lewinsky, en 1998, ne prendrait pas les proportions qu’elles a prise là-bas. En 2001, un républicain du nom de Chris Say a déclaré à CNN que si l’infidélité était un test politique, de nombreux membres du Congrès auraient dû démissionner. Les sondages de ces dernières années aux États-Unis montrent d’ailleurs que la plus grande partie des américains est maintenant d’accord avec le sous-entendu de M. Say. Pourquoi alors tant de battages dans les cercles spirituels pour des affaires (je ne parle pas de pédophilie ou de viol) qui font pâle figure en regard des frasques des hommes de pouvoir ? Il semble bien que la quête spirituelle soit un domaine demeuré tabou qui permet d’y trouver des boucs émissaires. Nous avons, en effet, une relation paradoxale avec la sexualité : Nous demandons depuis quarante ans qu’elle soit “libérée” mais nous attendons des leaders spirituels une attitude très rétrograde en comparaison. Sans doute, malgré nos besoins de libération, sommes-nous tous imprégnés de cette éducation judéo-chrétienne qui a fait la part belle à la culpabilité sur cette question et conduit automatiquement à ces dénonciations d’un autre âge quand il s’agit de sexualité.

 

(1) Lire, à ce sujet, le livre qui fait parler de lui à la fin de l'été 2006 : Sexus Politicus (Albin Michel)

 

Lire également : Calomnie : L'affaire Dominique Baudis

 

Lire la première partie de notre dossier Abus Sexuels

 

Ce que les journalistes politiques ne racontent jamais, Albin Michel, Paris 2003.

 

André Tarassi est né en 1961, il est le fondateur du CICNS. Chercheur indépendant, il étudie les Nouvelles Spiritualités depuis 25 ans. Il a étudié le journalisme et la télévision aux états-unis.  Il a publié, sous un autre nom, plusieurs ouvrages sur la démarche spirituelle.

 

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