L'affaire du docteur Guéniot
Voir notre reportage vidéo sur l'affaire Guéniot
(novembre 2009) > ADSL
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Le point sur l'affaire par le CICNS en février 2009 :
Les
décisions de justice
Le
17 février 2009, donc 13 ans après les faits et suite à 10 ans
d'instruction, « La Cour d'appel de Douai a relaxé le Dr
Gérard Guéniot (62 ans). (...) Dans les 87 pages d'attendus du jugement, la
Cour d'appel de Douai a expliqué hier que le Dr Guéniot n'avait examiné la
patiente qu'à une seule reprise. Et qu'en conséquence, il ne pouvait être
condamné pour "non-assistance à personne en péril" » (20mn).
Le contexte de l'affaire
Une fois n'est pas coutume, nous avons trouvé dans un journal, Nord Éclair, un compte-rendu assez équilibré des tenants et aboutissants de l'affaire avec, de surcroît, une reconnaissance de la tendance des médias aux amalgames. Ce type d'amende honorable, à l'attention de son propre journal et sur le sujet des sectes, est suffisamment rare pour être mentionné. Nous reproduisons de larges extraits de l'article de Raphaël Tassart (écrit avant la décision de la cour d'appel). En
1996, « Evelyne Marsaleix, (...) originaire de la région parisienne,
apprend subitement qu'elle est atteinte par un cancer du sein ». « [Elle] se
refuse d'abord à une cruelle évidence : la chimiothérapie est bel et bien le
seul remède. Elle cherche des solutions, pense aux médecines alternatives et
atterrit par l'intermédiaire d'une de ses meilleures amies, Catherine Ohl, chez
le docteur homéopathe Saint-Omer à Tourcoing ». « Un
an et demi plus tard, Evelyne Marsaleix se retrouve avec une tumeur qui a plus
que doublé de volume. (…) Quelques mois encore et la jeune femme meurt dans
des conditions pour le moins atroces. Que s'est-il passé entre deux ? La jeune
femme s'en expliquera, juste avant de mourir. Selon elle, elle a été la
victime d'un piège tendu par les membres d'une secte appelée Graal et à
laquelle appartenait, toujours selon ses déclarations (…) le docteur
Saint-Omer et enfin le docteur Gérard Guéniot présenté comme le grand gourou
de la communauté. Ces spécialistes lui auraient promis la guérison. Pas
de traitement lourd, seulement des plantes : bref le remède idéal pour une
femme qui ne voulait au départ pas entendre parler de chimiothérapie. Voilà
le procès tout trouvé pour une affaire de « druides en blouse blanche »
comme on le retrouvera souvent formulé dans les divers articles de presse, y
compris Nord Eclair. » « (…)
Gérard Guéniot ne verra qu'une seule fois Evelyne Marsaleix et ce, selon lui,
pour lui dire de retourner voir son cancérologue, un certain Dr Coscas avec qui
Gérard Guéniot a d'ailleurs l'habitude de travailler. Dans le dossier
d'instruction, on retrouve ce même constat. »
« (...)
Le médecin homéopathe Gérard Guéniot continue de traîner derrière lui deux
images et deux réputations diamétralement opposées. La première, la moins
commentée dans la presse, est celle d'un praticien qui fut en son temps - les
années 90 - l'un des homéopathes les plus prisés du pays. L'autre, qui détruit
la première, veut en faire le gourou d'un mouvement pour le moins ésotérique,
un druide en blouse blanche qui agirait dans un secret mille fois brisé pour le
compte du Graal, association un moment répertoriée comme secte (cf rapport
parlementaire de 1996 plusieurs fois contesté et aujourd'hui rangé dans un
placard) ». « (…)
La thèse de l'accusé Guéniot est d'évoquer une sorte de complot monté
par la victime approchée juste avant sa mort par l'ADFI. » « (....)
les clichés accrochés aux sectes reviennent. A chaque procès ou disons impair
judiciaire que connaît le Dr Guéniot, s'en suit un mouvement de soutien assez
considérable de ses patients ou anciens patients.
(…) Vu de l'ADFI, le tableau est limpide (trop ?) et c'est clair : c'est
une secte avec des disciples qui défendent embrigadés leur gourou. Vu
de l'autre côté, c'est la défense d'un innocent ». Dans
20mn,
le défenseur du Dr Guéniot, Me Xavier Autain explique que : « Gérard Guéniot
ne s'était pas opposé à ce que la jeune femme subisse une chimiothérapie. »
La
couverture médiatique Le
traitement médiatique général de l'affaire est loin d'avoir été aussi équilibré,
comme l’illustrent les exemples ci-dessous. Dès
1996, François Koch, "expert antisectes" de l'Express (à qui
nous avons écrit
à plusieurs reprises), publie un article
intitulé "Evelyne et les charlatans du cancer" à charge
contre "les guérisseurs du graal" qui "crient leur
innocence". Il termine son texte par une citation d'Evelyne Marsaleix :
« J'ai été arnaquée pendant près d'un an, soupire Evelyne, en étouffant
un sanglot. Tant qu'il me restera un souffle de vie, je me battrai pour que les
médecins du Graal cessent de faire des émules... et des victimes ».
Se faire l'écho de la souffrance d'Evelyne Marsaleix est une chose, l'utiliser
pour faire passer les thèses primaires du discours antisectes en est une autre.
L'Express semble s'être contenté de publier, plus sobrement, la dépêche AFP
pour annoncer la relaxe du Dr Guéniot. Cette
dépêche AFP, reprise par de nombreux autres supports, s'intitule :
"Mort d'une patiente : relaxe en appel pour un médecin ex-adepte d'une
secte". Si le médecin incriminé avait été un ancien catholique ou
protestant ou membre d'une autre religion "reconnue" en France, l'AFP
aurait-elle parlé d'un médecin "ex-adepte de l'Eglise catholique ou réformée" ?
Raphaël Tassart, le journaliste de Nord Eclair, considère que le rapport
parlementaire sur les sectes de 1996 a été "rangé dans un placard".
Non seulement il ne l'a pas été mais
il est bien toujours un document de référence pour
la plupart des médias. Si le docteur Guéniot est toujours considéré
par l'AFP comme "ex-adepte d'une secte", c'est bien parce
que ce rapport a mentionné le Mouvement du Graal dans sa liste des sectes et
que l’AFP s’y réfère. TF1
a couvert le sujet à deux reprises dans son émission le "Droit de
savoir" (dont l'intitulé semble bien présomptueux). Une première émission
en 1996 s'est penchée
plus particulièrement sur le Mouvement du Graal. La deuxième émission diffusée
le 22 décembre 2007 est disponible sur Google
video (aller à 34:40 pour
l’affaire Guéniot). Elle ne laisse aucune place au contradictoire, le docteur
Guéniot est coupable aux yeux des « journalistes » qui ne semblent
pas s'embarrasser des règles du Droit français : la culpabilité ou
l'innocence ne sont établies que lorsque le jugement est définitif, ce qui
n'est pas le cas en 2007 puisque la procédure d'appel est en cours. Dans le
journal de 20h du 26
février 2008, date de début
du procès en appel, le reportage reprend les mêmes thèmes et arguments que
dans l'émission "Droit de savoir". Le 23 février 2008, Marianne publiait un article au titre évocateur : "Le procès d'un gourou en blouse blanche". Avec ironie, la journaliste Elodie Vialle constate que : "l'ex-médecin, qui a fait appel de sa condamnation, poursuit son oeuvre", ignorant sans doute que la procédure d'appel rend la sentence de première instance suspensive. Dans un paragraphe intitulé "Mégalomanie", Elodie Vialle poursuit : « Certains ont même formé un «comité de soutien» pour défendre le Dr Guéniot. «Ce sont des personnes au portefeuille bien rempli, des idiots utiles », juge Charline Delporte, responsable de l'Association de défense des familles et de l'individu (ADFI) ». Dans une tentative peu crédible de respecter le contradictoire, la journaliste ajoute : « La présidente du comité de soutien, Françoise Lemaille, estime de son côté que « la secte n'est qu'un prétexte dans ce procès. En vérité, ce qui dérange, ce sont les médecines alternatives ». Disqualifier la thèse sectaire n'est pas du goût d'Elodie Vialle, qui s'inquiète en conclusion de voir la laïcité mise en péril : « Gérard Guéniot doit être jugé en appel à Douai, mardi 26 février. Me Xavier Autain, l'un de ses avocats, demande qu' « au nom des principes laïcs », son client ne soit pas jugé « en fonction de ses croyances (…) mais sur les faits qui lui sont reprochés ». Comme si les deux n'étaient pas intimement liés. Au moment où l'existence de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires est menacée, où l'on parle de « toiletter » la loi de 1905, où la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, explique que les sectes sont « un non problème », nul doute qu'il risque d'être entendu ». (voir le jugement du tribunal d'instance de Paris au sujet de cet article diffamatoire, en bas de cette page) Dans
Le Panorama du Médecin : « Une
mère de famille était décédée en 1997 pour avoir suivi les prescriptions médicales
illusoires des deux médecins, liés tous deux au Mouvement du Graal, répertorié
comme sectaire dans les deux rapports parlementaires de 1995 et de 1999 »,
article reproduit sur le site de l’UNADFI
sous le titre : « Les
nouveaux charlatans de la santé » FR3
résume de façon lapidaire l’issue du procès : « Cet ancien
adepte de la Secte du Graal est donc blanchi. » Face
au non respect du contradictoire dans les médias traditionnels, les
personnes soutenant le docteur Guéniot ont choisi de faire entendre leur
voix sur le Net.
Ils permettent ainsi à toute personne désirant s'informer de façon plus
objective de diversifier ses sources d'informations pour construire
une opinion mieux informée. Le
rôle des ADFI et UNADFI En
2005, Charline Delporte, Présidente de l’ADFI, a un avis bien informé :
«
Comme exemple de technique soi-disant naturelle, comme on en trouve beaucoup
dans les groupes de type new age et dans les sectes, celle du Dr Guéniot, qui
était membre du Mouvement du Graal, est
emblématique. A
mon avis, il aura des ennuis avec la justice, notamment suite au décès d’une
malade. Le Dr Guéniot s’est révélé très dangereux en soignant des
cancers avec du houx…Une personne en est morte alors qu’elle aurait pu être
sauvée et qu’elle était guérissable, si
elle avait suivi un traitement médical classique. Voici une des graves
conséquences de la manipulation mentale de type sectaire et qui n’a rien à
voir, au point de vue des conséquences, avec les petites manipulations dont
nous faisons l’objet quotidiennement au travers de la publicité notamment. » (Source) En
2006 : « L’enquête
avait alors débuté à la suite d’une plainte de l’Association de défense
des familles et de l’individu (ADFI). L’association antisectes dénonçait
entre autres certaines théories médicales, proches de l’ésotérisme, défendues
par les deux médecins qui se réclamaient du mouvement du Graal et de son
fondateur Abd-Ru-Shin, le « fils de la lumière ». » (CCMM) En
2009 : « Dans l’affaire Marsaleix, l’UNADFI est partie civile. Et
la présidente de l’ADFI Nord, Charline Delporte, a été citée à comparaître
comme témoin. » (UNADFI) « Le
praticien nordiste, adepte des médecines parallèles, est mis en cause par la
famille de la victime pour l'avoir détournée des traitements classiques. Mais
l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu
victimes de sectes (UNADFI) tient à joindre aux débats l'appartenance du
praticien au mouvement chrétien sectaire ». « Dans son
jugement de 2006, le tribunal n'a pas reconnu le rôle du Graal dans cette
affaire », a réagi François Jacquot, l'un des deux avocats du
médecin. Mais
en 2008, pour la procédure d'appel, la Cour a accepté d'entendre l'UNADFI. (…)
(Source) La
MIVILUDES Dans
son rapport
annuel 2006 (voir nos commentaires
sur ce rapport),
la MIVILUDES consacre (page 224) trois pages au drame d’Evelyne Marsaleix. Le
paragraphe est intitulé : « Le Mouvement du Graal » et
l’introduction précise : « Une décision mérite d’être
signalée dans le domaine de la lutte contre les atteintes aux personnes et aux
biens commises par des mouvements à caractère sectaire : il s’agit de
l’affaire dite « Mouvement du Graal
». Les rapporteurs présentent uniquement la version des
faits défendus par la partie civile (à savoir l’ADFI) et étendent donc
l’accusation au « Mouvement du Graal ». Ils font donc
arbitrairement l'amalgame entre une possible
dérive individuelle et la dérive
d’un groupe dans son ensemble, avec l’objectif non dissimulé de cautionner
le caractère « sectaire » de l’affaire. Probablement mieux informés
des règles de droit que les journalistes, ils terminent leur version des faits
par une phrase exprimant la prudence : « Cette décision n'est pas
définitive, un appel ayant été interjeté », mais ceci après avoir
pris soin de jeter un soupçon non équivoque de leur part sur les docteurs
Saint-Omer et Guéniot et le Mouvement du Graal. La
Justice au procès de Lille A
noter, en 2006, cette phrase du Procureur : « Contre les ex-médecins, Mme
Hoflack a demandé une peine exemplaire au regard des idées extrêmement
dangereuses que vous diffusez. » (Source) « Selon
l’avocat général Dominique Hoflack, les deux hommes, spécialistes de
l’homéopathie et d’acupuncture exerçant dans la métropole lilloise, ont
prescrit « un traitement totalement inapproprié. » (Source)
La
suite Force
est de constater, une nouvelle fois, qu'une l’ADFI
(secondée avec zèle par la MIVILUDES et les médias) a attisé les haines et
la désinformation dans une affaire déjà très douloureuse. Charline Delporte
(responsable de l’ADFI Nord,
partie civile dans l’affaire du Dr Guéniot) a sans doute sa bonne conscience
pour elle et nous ne jugerons pas ce qu’elle estime sincèrement comme un
combat juste et nécessaire. Mais ce sentiment de « justesse » ne
peut que s’effriter devant les dérives de la lutte antisectes menée en
France au nom d'une défense pervertie des droits de la famille et de
l'individu. Suite à la décision de justice de la Cour d’appel de Douai,
Charline Delporte précise : « J'en
appelle maintenant à la Chancellerie. C'est désormais à elle de porter ce cas
devant la Cour de cassation. » (20mn) Quelques
questions en suspens L’Express
et François Koch vont-il commenter la décision de justice de la Cour d’appel
de Douai et leurs prises de positions initiales très orientées sur l’affaire
? TF1 va-t-elle initier une émission intitulée le « Droit de vraiment
savoir » dans laquelle un numéro plus objectif sera consacré à
l’affaire du Dr Guéniot ? Marianne et Elodie Vialle vont-ils désormais
nuancer leurs commentaires sur les « gourous en blouse blanche » et
s’imprégner un peu mieux de l’esprit de la laïcité au lieu d’en parler
de façon incantatoire ? L’AFP va-t-elle comprendre après plus de vingt
ans que la liste des sectes de 1996 n’a jamais eu aucune crédibilité et
qu’il faut cesser de s’y référer directement ou indirectement ? La
MIVILUDES, organisme public censé représenter une version équilibrée de la réalité
sociale, est-elle légitime dans son exposition non contradictoire de
l’affaire du Dr Guéniot et dans les amalgames auxquelles elle procède systématiquement
? L’ADFI, au vu de ses prises de positions extrêmes voire extrémistes et de
son instrumentalisation des pouvoirs publics sur la question des victimes de
sectes, mérite-t-elle un statut d’utilité publique ? Si
nous ne pouvons formuler qu'un espoir mesuré de réponses satisfaisantes aux
quatre premières questions, nous avons les réponses aux deux dernières : non
et non. Notre
commentaire aurait été similaire, même si le Dr Guéniot avait été condamné
en appel. Il convient en effet de mettre un terme au lynchage médiatique,
aux défoulements bon marché. Beaucoup de ceux qui se référent avec emphase
aux droits de la personne, aux valeurs de la République, à la laïcité, les
foulent souvent au pied lorsqu’ils jugent avec partialité et publiquement,
avant l’institution judiciaire.
«
L Par jugement en date du 21 octobre 2009, le tribunal de grande instance de Paris a condamné le directeur de la publication du magazine Marianne pour avoir publié un article intitulé « le procès d’un gourou » contenant des diffamations à l’encontre de Gérard Guéniot qui avait été relaxé définitivement par la cour d’appel de Douai en février 2009.
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