L'anti-sectarisme est un leurrePar Guy Delaunay
« Le courage c'est de rechercher la vérité et de la dire ; c'est de
ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas
faire écho de notre âme, de notre bouche, de nos mains aux
applaudissements imbéciles, aux huées fanatiques
[1]. »
Jean Jaurès (1903)
L'objet « secte »
D'où provient dans notre société française cette
préoccupation de nos élites, qui confine à l'obsession d'affirmer,
comme une incantation, que les groupes minoritaires (thérapeutiques,
spirituels, écologiques... ) seraient potentiellement des sectes et
leurs animateurs de dangereux gourous ou des chefs terroristes ?
Partons de la réflexion de Julien Coupat, dans
l'interview donnée au journal le Monde le mardi 26 mai dernier, deux
jours avant sa libération. Voici ce qui a été rapporté par les
journalistes : « L'antiterrorisme,
contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n'est pas un moyen
de lutter contre le terrorisme, c'est
la méthode par quoi l'on produit,
positivement, l'ennemi politique en
tant que terroriste. Il s'agit,
par tout un luxe de provocations, d'infiltrations, de surveillance,
d'intimidation et de propagande, par toute une science de la
manipulation médiatique, de l'"action psychologique", de la
fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier
et du judiciaire, d'anéantir la "menace subversive" en associant, au
sein de la population, l'ennemi intérieur, l'ennemi
politique à
l'affect de la terreur. » Ces termes peuvent être repris mot pour mot
concernant la lutte anti-sectes en France.
Les associations anti-sectes, orchestrées par
la Miviludes[2],
soutenues et encadrées par les ADFI et autres CCMM ou Info-sectes ne
justifient leur existence (et donc leurs subventions publiques) qu'en
affirmant qu'il y a des sectes. C'est le fait qu'elles existent qui
amènent brusquement à cataloguer des groupes ou communautés en sectes
; plus encore, « l'antisectarisme » n'est pas le moyen de lutter
contre les sectes, c'est le moyen de construire l'objet secte.
Financées par l'État et les Collectivités Locales, il est nécessaire
pour le fonds de commerce de ces associations et leur survie de
trouver un ennemi. Un exemple ? « Rappelons
que depuis un an, l’ADFI Île de France reçoit
une subvention de 35.000 € par an pendant 3 ans, (DDASS:
10.000 €, Région, 17.000 €, Ville de Paris : 8.000 €), »
pour établir la liste « des gourous, déguisés
en thérapeutes, psychanalystes, psychologues, professeurs de Zen ou
de Yoga, médiums et voyants … » car
« la méconnaissance de ces outils ne permet pas à un public
vulnérable de faire la différence entre le charlatanisme des sectes
et le professionnalisme médical.[3]
» « Une nouvelle liste « noire » verra-t-elle le jour ?[4] »
Le sociologue Antoine Garapon écrit dans la
revue Esprit de Juillet 2009[5]
: « L'enlistement est une manière d'isoler […] L'objectif
est de déconnecter les suspects et donc de les neutraliser : il est
donc délibérément préventif ; d'où une certaine confusion voire une
mystification car la décision d'inscrire sur une liste ne requiert
pas un niveau de preuve identique à
celui qu'il faudrait pour condamner. Le listing
appartient donc à ces mesures dites préventives qui consomment la
peine avant même la condamnation – en dehors de tout procès ;
prévention et peine s'entrechoquent jusqu'à ne faire plus qu'un en
évacuant le moment de la justice […] D'autant que la liste concerne
non pas des actes mais des personnes […]. Le centre de gravité de
cette logique n'est plus un repérage des actes mais un ciblage des
personnes dans le but d'introduire une ségrégation entre les parias
et les partenaires, à l'exclusion de toute position tierce. » Cette analyse très fine appliquée à l'étude du
monde de la « toile », peut être reprise mot pour mot dans les
tentatives d'isoler les minorités et d'éliminer de notre monde
policé-policier, par une suspicion généralisée, le recours au tiers,
à la référence, à la loi, à la justice. Nous apprenons, au passage,
dans cet article que certains « sanctuaires » jusqu'alors préservés
comme les cabinets d'avocats disparaissent, ceux-ci étant tenus de
dénoncer toute opération suspecte sans « avoir le droit d'informer
leur client ! » Il est vrai que des actes de manipulations ou de
perversions peuvent se dérouler dans un groupe mais n'est-ce pas
commun à tout rassemblement humain ? Du collège au parti politique en
passant par la famille, il n'existe pas de vaccin anti-manipulation.
La confusion - en France - est d'accuser les groupes minoritaires
(ceux qui ne sont pas reconnus par les pouvoirs en place, politiques
ou religieux) d'être dangereux, sans enquêtes ni recherches
préalables et de les considérer, a priori, comme un ennemi intérieur.
Combien de groupes minoritaires spirituels ou
thérapeutiques ou simplement en marge de cet ordre actuel qu'on veut
nous imposer à tout prix, se retrouvent catalogués comme « groupe
sectaire ou terroriste » souvent au seul motif que d'anciens adeptes
affirment en être victimes, ou alors parce qu'ils dérangent. Mais qui
troublent-ils, quel ordre mettent-ils en péril ? Les arguments
avancés par ces tenants de la Défense de la Famille et de l'Individu
(ADFI), font appel aux plus bas instincts de méfiance, de suspicion
contre « l'étranger » qui ne se conduit pas « normalement »,
c'est-à-dire comme le veut le « politiquement-correct ». Les
apostats, ceux qui changent d'avis, sont non seulement toujours
considérés comme des victimes, des pauvres gens sans défense qui ont
été abusés mais ils ont systématiquement raison pour l'appareil
policier et judiciaire. Pourquoi cette législation « victimaire »
taillée sur mesure pour les
plaignants ? Autant de questions auxquelles il n'est jamais répondu. Dans les lignes qui suivent, nous allons nous
arrêter sur un cas particulier : la lutte anti-sectes, pour
essayer de comprendre et si possible d'en montrer les mécanismes.
De la victime à la gestion des masses
Aucun adulte, normalement constitué, ne peut se
dire victime
de ses propres engagements avec le corrélat que nul autre, que
lui-même, ne peut en être tenu pour responsable ; et même si
on change d'avis ; et même si on pense que l'on a été séduit
ou endoctriné, il n'en demeure pas moins qu'il faut, par souci de la
vérité ou simplement par honnêteté, se demander : quelles questions
personnelles, quelles demandes affectives avons-nous reportées sur
quelqu'un, par impossibilité d'y faire face, par peur ou manque de
confiance ? Pourquoi avons-nous érigé quelqu'un en place de
« savoir-pour-nous » ? Nous pouvons, sans risque de nous tromper,
affirmer que les relations humaines, dans un couple ou une famille,
voire entre amis, se construisent de ce genre d'échanges et
d'influences, et comme le remarquait une sociologue, les relations
sentimentales rendent vulnérables et parfois un peu idiot et l'on ne
condamne pas pour autant "les amoureux" »[6].
Il peut venir un moment où on s'émancipe d'un
système, ou d'un groupe, où l'on peut même penser qu'on n’aurait pas
dû y rester voire y entrer, attitude normale et compréhensible. Ce
qui l'est moins c'est le reniement de ce groupe ; ce faisant, c'est
l'oubli de sa propre histoire, de son cheminement singulier qui est
en question. Crier à la manipulation, à l'influence, à
l'impossibilité de se libérer d'une emprise redoutable..., c'est
trouver un écho dans les dénégations des dignitaires nazis, à
Nuremberg, qui employaient ces mêmes arguments pour se défendre,
seule changeait la forme : « ils ne savaient pas, ils n'avaient fait
qu'obéir, tout le monde faisait de même... ». Il est, toujours, plus
facile de trouver un bouc émissaire que d'assumer ses actes et de se
reconnaître participant. A partir de ce moment-là, comme dans un divorce
qui se passe mal, tous les arguments sont utilisés : une gifle à un
enfant se transforme en brutalités quotidiennes, des disputes en abus
de faiblesses, des partages d'argent en abus de biens sociaux …
Se déclarer « victime » devient une façon
privilégiée de se faire entendre de la justice au risque d'une
perversion dangereuse. Convertir un citoyen en victime, en absolvant,
par avance, sa conduite, c'est le placer hors de la loi ; il n'est
plus sujet de la justice ni de la loi. Dans ce processus, il est
certes victime mais du processus qu'il déclenche, sans identité, ni
histoire, il se retrouve comme un « prisonnier », sans les murs, ni
les barreaux. Il n'est plus une personne puisqu'il est coupé, détaché
de ses actes et de ses responsabilités.
Ce qui convient très bien à un état policier, à qui il est
plus facile de gérer des « victimes » qui s'en remettent à ses
directives, qui attendent tout de lui, que des citoyens qui
interrogent et s'insurgent. L'étymologie nous en apporte une
confirmation éclatante : « victime, homme ou animal offert à la
divinité. Du latin victima : victime immolée de la main du vainqueur
ou encore, animal de sacrifice expiant pour ses fautes et celles des
autres. » Il est bien sûr inutile de se demander quelle est la
divinité en question ? Les fautes à expier ont des noms
multiples, la réflexion,
l'autonomie, la dissidence, la désobéissance, le refus du
« prêt-à-penser »...
Il
est vrai que tout échange, tout appel, toute question adressée à
quelqu'un comprend un risque. Risque de se tromper, d'investir une
personne d'une « demande
affective » - sentiment souvent au départ d'une démarche personnelle
ou spirituelle ou plus simplement d'une vie de couple - mais ce n'est
pas la multiplication des contrôles, de la répression, qui peut régir
la vie, dicter les choix, empêcher les erreurs. N'oublions pas ce que
Benjamin Franklin déclarait vers 1780 : « Celui qui est prêt à
sacrifier un peu de liberté pour obtenir un peu de sécurité
ne mérite ni l'une ni l'autre. » Il est avéré que tous les
gouvernements qui ont fait de la sécurité un slogan électoral, pour
cacher, éliminer les vrais problèmes que sont le chômage (en
particulier des jeunes), la politique par rapport aux gens âgés, le
traitement infligé aux travailleurs, la destruction des ressources
naturelles, l'état des prisons, des universités, des hôpitaux
notamment psychiatriques ...
ont restreint la liberté de leurs concitoyens, sans leur apporter une
once de sécurité supplémentaire.
Citons quelques auteurs qui se sont intéressés à
la question. Trois citations pour illustrer des moments différents du
cheminement humain :
-
la construction du
sujet, (l'inconscient)
-
le rôle de la société ou
des groupes sociaux, (le social)
-
la dépendance au
pouvoir, (la loi) « Le
paradoxe de la condition humaine, c'est qu'on ne peut devenir
soi-même que sous l'influence des autres. »
Boris Cyrulnik (Les nourritures affectives),
« Il n’y a en littérature qu’un sentiment absolument sot : c’est la
peur d’être influencé. »
Jean Paulhan,
« Le trafic d'influences constitue le pain quotidien du pouvoir. » Jacques
Attali (Verbatim III)
Si ces trois aspects s'interpénètrent et fonctionnent simultanément,
arrêtons-nous sur le dernier. Il amène une dimension supplémentaire :
« le trafic d'influences » comme instrument privilégié du pouvoir.
Cela lui sert à se perpétuer, mieux, à assujettir chaque citoyen à un
discours unique, celui du progrès et du « bien-qu'il-veut-mettre-en-place-pour-chacun
». Il est évident qu'il ne peut pas accepter de concurrence, de
brèche dans ce monopole. Il est interdit de penser autrement,
d'aspirer à un autre idéal que de simplement consommer selon les
normes imposées. Deux questions restent ouvertes : de quel bien
s'agit-il et pour le profit de qui ?
Que certains mouvements comme l'Ordre du Temple
Solaire puissent être dangereux, peut-être, mais cette question est
largement dépassée à l'heure actuelle. Cette mise en avant sert au
pouvoir à manipuler les peurs et à aménager une répression intérieure
contre ses propres citoyens en élaborant des lois iniques. La France
est devenue subitement un terreau où fleurissent, comme la mauvaise
herbe au printemps, des « sectes » innombrables. Les lois habituelles
de la République se révèleraient insuffisantes pour condamner tout
manquement à l'ordre social et républicain et le Parlement nous
concocte des lois et décrets d'exception comme celle qui porte le
triste nom de ses promoteurs,
la loi About-Picard de 2001. En contre-exemple, admirons la réponse des
autorités suisses lorsque 48 membres de l'Ordre du Temple Solaire
sont retrouvés morts dans deux cantons paisibles du Valais et de
Fribourg en 1994. « Comme on peut l'imaginer l'émotion est grande
dans tout le pays et relance la question de la dangerosité des
minorités spirituelles […] Ce qui est rassurant c'est que dix ans
plus tard, on peut constater que la seule proposition (à la demande
du Département de Justice et de Police) qui a abouti est la création
d'un Centre Inter-Cantonal sur les Croyances et à ce jour il n'existe
aucune réglementation, ni au niveau fédéral, ni au niveau cantonal,
sur les sectes, certains de le déplorer, la majorité de s'en
satisfaire. »
Quelques années plus tard, en 1999, le
Parlement helvétique s'inquiète que « le pays soit le plus touché
- avec la Grande Bretagne - par la multiplication des mouvements à
caractère religieux ». Une campagne médiatique se déroule même
sur ce thème « porteur », dans les médias et sur les ondes. Malgré
cette pression, le gouvernement fédéral a répondu, sèchement, que le
Droit en vigueur était tout a fait suffisant[7].
« Vérité en deçà des Alpes, erreur au-delà
!... »
Depuis, la « patrie des droits de l'homme » a
fait mieux et continue toujours plus loin dans la répression ; dans
la ligne de mire sont visés tous les mouvements thérapeutiques et
même simplement les professionnels psy, non estampillés[8]…
Ils vont devoir « s'encarter » auprès des Préfectures pour avoir le
bon « label républicain », le psy qui guérit en conformité aux lois
de la République, mais pour quelle finalité ? De plus, les instituts
qui les formeront doivent être agréés par la République ! Plus
d'échappatoire, que de bons citoyens conformes, dociles, dans leur
angoisse ou leur mal-être et même dans leur guérison ! L’ordre
Républicain a disparu de nos urnes et même du Parlement. Comment
expliquer autrement qu’un texte de loi rejeté[9]
par les députés, c’est-à-dire les représentants du peuple, est
représenté parce que le résultat du vote a déplu au pouvoir en place
? Julien Coupat parlait de la fusion entre le judiciaire et le
policier, celui entre le législatif et l’exécutif est aussi
préoccupant. Les députés de l'opposition, en manquant d'honneur (il
leur suffisait de boycotter l'Assemblée Nationale !) ont manqué
l'occasion de véritablement redevenir nos représentants.
La législation française aussi est suffisante -
comme en Suisse – pour
réprimer tout manquement à l'ordre social, alors pourquoi construire
- au niveau législatif comme répressif - une machinerie pour écraser
un danger qui reste d'abord de l'ordre du fantasme ?
Nous sommes obligés de nous demander dans quel but ? Il n'est plus question de droit ni de justice,
seulement de gestion des masses, pour qu'elles restent silencieuses
ou plus exactement qu'elles continuent à croire qu'il n'y a pas
d'autres solutions que dans le modèle proposé. Il est symptomatique
que la plupart des « remèdes » financiers apportés à la crise
actuelle consistent en un soutien aux industries polluantes, remises
en cause par l'état de la planète, comme les entreprises pétrolières
ou automobiles par exemple … Tout est mis en œuvre pour un « faire
croire » mortifère et une fuite en avant. Les plans « écologiques »
qui devaient se mettre en place pour tenter de préserver notre
planète, notre avenir, celui de nos enfants et petits-enfants,
risquent d'être suspendus voire même supprimés pour cause de crise,
pour ceux, du moins, qui avaient reçu un début d’application.
Mais d'où provient cette dichotomie entre les textes fondamentaux de
la République, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen …
et la répression banale, quotidienne, étouffante qui nous enferme
chaque jour un peu plus ?
Le bonheur est la satisfaction de tous
Jacques Lacan écrivait en 1986 :
« L'affaire n'est pas autrement facilitée par le
fait que le bonheur est devenu un facteur de la politique […] Il ne
saurait y avoir de satisfaction d'aucun, hors de la satisfaction de
tous. »[10]
Alexis de Tocqueville avait déjà noté, en 1840,
que la devise républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité, ne
laissait place à aucun doute quant à son évolution. La liberté est
difficile à atteindre, la fraternité impossible à mettre en œuvre, il
reste l'égalité vers laquelle les hommes vont se précipiter avec
toutes les déviations et effets pervers que nous voyons se développer
de plus en plus sous nos yeux. En effet, comme l'égalité n'est jamais
entièrement réalisée, les citoyens en retirent une frustration qui
les pousse à solliciter toujours… plus d'égalité. Tocqueville se
demande alors si cet amour pour l'égalité ne va pas détruire la
liberté. Les peuples démocratiques « ont
pour l'égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible
; ils veulent l'égalité dans la liberté, et, s'ils ne peuvent
l'obtenir, ils la veulent dans l'esclavage »[11].
Comment expliquer
que l'égalité puisse devenir liberticide ? L'uniformisation des
conditions d'existence conduit au matérialisme et à l'individualisme.
Ce repli sur sa sphère privée est dangereux pour « la pérennité du
fait démocratique ». Occupés à régler leurs affaires, les
« individus des temps démocratiques » tombent dans une
« mollesse intellectuelle » et négligent le débat public. Ils
sont prêts à s'en remettre à un État « immense et tutélaire ».
Tocqueville continue en affirmant que l'oubli des vertus civiques
peut permettre à un despote de s'installer au pouvoir. La course à
l'égalité conduit à la « tyrannie de la majorité » et réduit
la liberté... Il découvre la
misère et l'exploitation, y compris de très jeunes enfants, dans les
fabriques de la nation la plus industrialisée de l'époque, la Grande
Bretagne, et conclut que l'égalité peut aboutir à la création d'un
« monstre social ».
Tous pareils, tous consommateurs, chaque citoyen
doit avoir les mêmes chances pour vivre. Nous savons que cela est
impossible ; plus de deux siècles après la Révolution Française, il
n'y a jamais eu autant de différences : de plus en plus de Français,
même avec un travail, se paupérisent. La grandeur utopique de la
devise républicaine reposait sur un équilibre impossible des trois
éléments. Mettre l'accent uniquement sur l'égalité autorise toutes
les exactions, « la tyrannie de la majorité » avec en corollaire
l'élimination de tout ce qui est différent, la peur de l'étranger, de
ce que nous ne comprenons pas et qui sert d'alibi, de masque et de
bouc émissaire pour renvoyer l'égalité impossible aux « lendemains
qui chantent ».
Dans le séminaire sur l'Éthique, Lacan démontre
que la recherche du bonheur nous entraîne de plus en plus aujourd'hui
vers l'assujettissement au service des biens. « Une part du monde
s'est orientée résolument dans le service des biens, rejetant tout ce
qui concerne le rapport de l'homme au désir – c'est ce qu'on appelle
la perspective post-révolutionnaire. La seule chose qu'on puisse
dire, c'est qu'on n'a pas l'air de se rendre compte qu'en formulant
ainsi les choses, on ne fait que perpétuer la tradition éternelle du
pouvoir, à savoir –
Continuons à
travailler, et pour le désir vous repasserez […] En d'autres
termes cette opération ne se justifie que pour autant que nous avons
à l'horizon l'État universel. »[12]
Remplaçons cet État cité par Lacan par la Mondialisation et nous y
sommes, avec les accents exclusifs du commerce et de la finance, le
« monstre social » devient planétaire. La vie personnelle est
régentée et soumise au profit avec, à l'horizon, une société
ultra-sécuritaire mondialisée. Ce qui est sacrifié sur l'autel de
cette « modernité », c'est le sujet humain, l'homme avec ses désirs,
ses aspirations, et même ses besoins élémentaires[13].
Le « dieu profit » dévore tellement ses enfants
qu'en Afrique, 30 millions d'hectares de terres arables sont cédées à
vil prix par les gouvernements qui spolient leurs propres habitants
en profitant du fait qu'ils ont rarement des titres de propriété
dûment enregistrés. 30 millions, c'est l'équivalent des terres
fertiles de France !, qui sont achetées par des pays étrangers (USA,
Chine, Afrique du Sud...) pour des cultures intensives (thé, coton,
café …) dont les paysans dépouillés ne verront pas les bénéfices. En
1980, la paysannerie africaine s'auto-suffisait en matière
alimentaire dans la plupart des pays ; depuis 2006 des émeutes de la
faim ont lieu régulièrement et les secours promis par les pays riches
arrivent au compte gouttes. Si en Afrique (et dans d'autres pays du
Sud) le monstre dévore ses enfants au « grand jour », émeutes de la
faim, guerre entre ethnies ou inter-confessionnelles … Comment réagit
notre Occident policé ? Cela ne va pas sans heurts ; toute proportion
gardée, il y faut aussi son lot de victimes, de boucs émissaires pour
détourner la vague de haines, de peurs générées par un tel massacre
et pour dissimuler l'opération en cours. Nos hommes politiques et
autres manipulateurs en coulisse, certains parfaitement conscients,
d'autres, serviteurs d'une structure qui leur échappe, montrent
beaucoup d'inventivité. Nombre de chercheurs le démontrent : devant les
problèmes insurmontables de notre époque,
pour donner le change, chaque État s'invente un « ennemi
intérieur » qui sert à canaliser les ressentiments et les
frustrations de ses citoyens. Aux USA, le terrorisme fait l'affaire,
cela a conduit ce pays, à partir de mensonges et de dissimulations, à
l'invasion de l'Irak et à la création d'une prison spéciale :
Guantanamo. D'abord, elle est située hors territoire national,
ensuite son fonctionnement implique une double négation de la loi
concernant non seulement les détenus mais aussi les gardiens. Les
premiers sont hors la loi d'abord du fait de leurs actes terroristes,
réels ou présumés, mais aussi parce qu'ils ne sont pas justiciables
de la loi commune mais de mesures d'exception. De même les gardiens
n'appliquent pas la loi habituelle des États de l'Union mais en outre
ils sont exonérés de toutes poursuites malgré des actes de torture,
de barbarie… Nous constatons la même perversion : à « ennemi
intérieur », « lois d'exceptions » et immunité pour ceux qui les
appliquent. Et en France ?
La manipulation étatique « ordinaire » à la française Examinons, à l'aide d'un exemple, le
fonctionnement de cette manipulation grossière et comment, partant
d'un mensonge, l'État fabrique une vérité. N'oublions pas que le
premier ministère de la Propagande fut inventé par les nazis, c'est
l'ancêtre (le modèle ?) de nos ministères de l'Information.
Résumons brièvement les faits, dûment
enregistrés par la très officielle chaîne de télévision parlementaire
(LCP Assemblée Nationale).[14]
La Commission Parlementaire sur les Sectes,
dirigée par Monsieur Fenech[15],
interroge, en octobre 2006, des hauts fonctionnaires de différents
ministères : Inspecteurs Généraux, Directeurs de Services ou Chef du
Bureau des Cultes au ministère de l'Intérieur ... pour connaître le
nombre des dossiers qu’ils ont à traiter sur les enfants « victimes
des sectes », afin de protéger nos chères têtes blondes qui seraient
en danger.
Extraits
du dialogue entre la Commission Parlementaire et les fonctionnaires :
Monsieur
Fenech : « On nous a cité le chiffre de 80 000 enfants qui
seraient en danger ... »
1 -
Réponse de l'Autorité Judiciaire : « Oui, sauf qu'en 2002, 2003,
2004, quand nous avons mené cette enquête, nous avons recensé 192 signalements
directs ou indirects et pas un de plus ». Le fonctionnaire doit insister devant la pression
des membres de la Commission : «... pour un certain nombre de dossiers la problématique est
indirecte, c'est-à-dire que nous n'en sommes même pas sûrs ! »
2 -
Réponse des Inspecteurs Généraux de l'Éducation Nationale : « Nous
avons interrogé les Inspecteurs d'Académie, les parents d'élèves, parmi ces
enfants en danger nous avons demandé le nombre de ceux qui l'étaient à cause des mouvements
sectaires, ils nous ont répondu qu'il y en avait 8 ! »
Monsieur
Fenech, troublé, revient à la charge : « Sur les 19
000 signalements, auprès des
Parquets des enfants en danger, vous me dites que 8 seulement
concernent le phénomène sectaire. Là, on est en droit de se poser des questions,
pourquoi ce chiffre insignifiant ? » Risquons une réponse, les 18 992 enfants manquants
ne seraient-ils pas en danger à cause de leur entourage familial ou
social ? Ce qui est clair dans ce reportage, c'est qu'à aucun moment
la Commission ne veut regarder la réalité en face et admettre le
travail rigoureux des fonctionnaires. La seule question honnête à se
poser devant l'insistance des faits serait de se demander : « Et si
nous nous étions trompés » ? Devant cette impossibilité de rectitude
de nos élus, nous sommes, nous, en droit de nous demander : à quelle
fin, dans quel but cette torsion de la réalité ?
Les réponses des hauts fonctionnaires de la
République, qui sont filmées, vont toutes dans le même sens,
ils résistent fermement à l'intention manipulatrice des élus.
Les
membres de la Commission insistent pourtant, ils s’en prennent aux
Témoins de Jéhovah,
boucs émissaires habituels. Réponse des Inspecteurs Généraux
de l’Education Nationale : « Jamais
nous n’avons de signalement de parents d'élèves, d'élus sur le
comportement des enfants de Témoins de Jéhovah. » Question de Monsieur
Fenech qui s’offusque : « Pourquoi ? »
Petit sourire de son interlocuteur : « Ils ne sont pas vraiment en
danger… »
3 –
Arrêtons-nous, pour clore cet échantillon de surdité malhonnête, sur
la déposition de Monsieur Didier Leschi, à l'époque Chef du Bureau des Cultes
au Ministère de l'Intérieur. La Commission se heurte à sa rectitude, celui-ci répond : « Si
les autorités administratives
constituent un dossier suffisamment étoffé, nous examinerons ce
dossier. Pour l'instant, je ne l'ai pas vu. Je ne suis pas en
droit de me substituer à cette absence de preuve .»[16]
Absence de preuves ! Tout ce travail de centaines
de fonctionnaires de la République est bafoué, nié, rejeté car, dans
le rapport enregistré à l'Assemblée Nationale le 19/12/2006 sous le
numéro 3507, Monsieur Fenech annonce sans sourciller, - et il
récidive dans les différents journaux télévisés de l'époque - :
« de 60 à 80 000 enfants sont
en danger, en France, du fait des sectes. » Plus le mensonge est
gros, moins les preuves sont nécessaires.
C’est une escroquerie intellectuelle, une manipulation
délibérée ! La poursuite actuelle contre les minorités,
entendez tous les groupes qui n'acceptent pas la « vérité
officielle », qu'ils soient catalogués comme groupes spirituels,
thérapeutiques voire terroristes, comme le groupe de Tarnac, ou
autres ne repose que sur un mensonge d'État.
Si
quelques voix, ces derniers mois, et non des moindres – celles de
Mesdames Mignon et Alliot-Marie, entre autres, (conseillère auprès du
Président de la République et ministre de l'Intérieur), ont tenté de
dire que les sectes n'étaient pas un problème en France, elles ont
été étouffées et sont vite rentrées dans le rang. « La tyrannie de la
majorité », dénoncée par Tocqueville, sert à manipuler sciemment et
contrôler les envies, les aspirations de cette même majorité qui n'y
comprend rien, qui ne veut pas regarder la réalité ni entendre la
vérité.
De la mollesse intellectuelle à la nouvelle religion et ses
hérétiques
Le flou qui entoure la définition du mot
« terrorisme », comme le rappelle également Julien Coupat, se
retrouve aussi autour du mot secte. Les employés de
« l'anti-sectarisme » ont varié dans leurs appellations ; de
mouvements sectaires, on est passé à dérives sectaires maintenant aux
groupements... Avec secte, le mot lui-même aurait obligé, dans son
emploi, à quelques précisions
sémantiques, mais avec des expressions floues, comme dérives ou
groupes sectaires, dont l'objet ne peut être clairement défini, on
reste dans la conjecture, l'extrapolation. L'avantage est que
n'importe quelle minorité dérangeante peut ainsi être qualifiée de
déviante ! Lors d'une émission de télévision récente sur FR3
(mai 2009), un sociologue, démissionnaire du Comité Scientifique de
la Miviludes, énonçait ainsi ses raisons devant les caméras :
« D'abord un manque de définition concernant l'objet auquel s'attaque
la Miviludes, ensuite un défaut de méthodologie pour traiter cet
objet et enfin l'absence totale d'outils de validation pour mesurer
les résultats des travaux. » En bref, il affirmait qu'il ne
pouvait pas faire son métier de sociologue pour lequel il était payé.
La réponse de Monsieur Fenech, présent sur le plateau, est
révélatrice ; d'abord, il se lave les mains en répondant que « ce
sont des gens, comme son contradicteur, qui définissent la politique
de la Miviludes » (allez saisir une telle hypocrisie) ! Cela ne
suffisant manifestement pas, il entonne le couplet bien connu :
« Vous n'avez pas vu le drame de ces parents qui ont un enfant dans
une secte... » etc.
Le sociologue ne peut plus s'expliquer, la parole est mobilisée, les
autres invités présents ainsi que le journaliste deviennent des
faire-valoir. C'est symptomatique, quand l'un de ces propagandistes
est en difficulté, il entonne avec des trémolos dans la voix
l'antienne sur la tragédie des pauvres « victimes » et pas un
participant n'ose répliquer ! Et la boucle se referme. Quelle justice
peut fonctionner sur de telles bases ? Aux faits sont substitués la
plainte, les fantasmes, les dires, les émotions, les sensations … Et
que des ténors du barreau, des avocats, des magistrats ou ancien
ministre s'insurgent, dans une émission de radio diffusée par France
Culture, contre cette justice « victimaire », cela ne sert à rien ;
seul répond le mépris des politiques.
Un autre signe de ce déni de la vérité par ces
propagandistes sectaires est de refuser systématiquement les
résultats de tous les travaux scientifiques sur le sujet. Par
exemple, Raphaël LIOGIER,
Directeur de l’Observatoire du Religieux de l’Université
d’Aix-en-Provence, écrit dans le Monde du 3 mars 2008 :
« Tous les chercheurs, sans
exception, je dis bien tous, quelles que soient leur appartenance
partisane ou leurs opinions politiques, tous les spécialistes du
religieux sont d'accord depuis trente ans pour dire que les
listings établis par les commissions parlementaires ainsi que les
prétendues enquêtes des missions interministérielles sont
fantaisistes. »
Trente ans, mais
qu'est-ce que cela change au discours officiel : rien ! Maurice
DUVAL, ethnologue, responsable d'un laboratoire au CNRS, conseille à
ses jeunes collègues d'abandonner les études sur les mouvements
religieux, pour ne pas ruiner leur carrière. Pendant quatre ans,
alors que les différents médias parlaient des turpitudes et des
délits commis par la « secte » du Mandarom, sans aucune vérification,
ni enquête, il a observé, s'est immergé dans ce groupe. A la fin de
son travail, vingt-sept journalistes (presse écrite et parlée,
télévision...) devaient en rendre compte. Suite à des pressions sur
ces médias « indépendants », il n'y eut aucune interview, aucun
article ! Il fut même suspecté d'avoir été influencé et de parler
pour la « secte ».
Tout ceci est corroboré, vérifié par un
chercheur, Susan PALMER, sociologue, qui enseigne la Science des
Religions à l'Université Concordia de Montréal et est une figure
reconnue de l'étude des mouvements religieux au Québec. En 2001, elle
obtient du Gouvernement Fédéral Canadien
une subvention, pour trois années d'études sur « la gestion
publique des minorités religieuses en France ». Quelle n'est pas sa
surprise de découvrir le tabou qui entoure ces groupes, « comme
dans aucun autre pays au monde », reconnaissant que « les
chercheurs (français) ne peuvent pas travailler » […] Tous
ces groupes minoritaires sont considérés « comme des groupes
criminels, un peu comme la mafia. » Elle affirme avoir
« eu l'impression que les bureaucrates étaient juste payés pour
lutter contre les sectes, mais ils ne prenaient pas la peine de lire
quoi que ce soit et n'allaient certainement pas rendre visite à ces
groupes. » Elle continue en examinant les documents et la
littérature de la MILS[17]
écrits par des membres des mouvements anti-sectes et s'avoue
« surprise de voir le peu d'informations dont ils disposaient et la
façon dont ils avaient négligé d'entreprendre une recherche même la
plus élémentaire. » Autrement dit, ces tenants des ADFI et
autre groupes fanatiques, soi-disant chargés de la lutte contre les
dérives sectaires, font montre d'une inculture et d'une intolérance
forcenée qu'ils projettent sur les groupes qu'ils combattent.
Venue d'Amérique du Nord, elle fait la même
constatation que Vladimir BOUKOVSKY, sociologue et dissident russe
qui s'étonnait, dans les années 1970, de la croyance naïve des
Français envers leurs médias. En URSS, écrivait-il, il suffit qu'un
périodique donne un avis pour que les gens entendent l'opposé en
lisant entre les lignes et Susan PALMER d'ajouter qu'en Amérique
« la prise de conscience existe (de la part des lecteurs)
que le gouvernement tente de manipuler les gens
à l'aide de la presse[18].»
D'où provient cet aveuglement ; pire, ces
mensonges à répétition ? Susan PALMER rejoint le travail de Jean
BAUBÉROT[19],
lorsqu'elle affirme que les nouveaux groupes spirituels français sont
vus et entendus comme les « hérétiques de la laïcité. »
Celui-ci affirmait à la tribune du Congrès du CICNS à Paris en
septembre 2007 : « La laïcité française a repris à son compte, en
bonne partie, cette tradition gallicane de surveillance, de
domination de la religion par la politique, et en même temps
d'officialisation d'une certaine religion – la laïcité -
comme religion nationale. »
Il existe des chercheurs, des scientifiques
français qui tentent de dénoncer ces amalgames mais, comme l'écrit
Raphaël LIOGIER dans l'article cité précédemment, les chercheurs du
CNRS ou universitaires, sociologues ou juristes
« sont exclus de toute
discussion, et enfin accusés de trahir la République ».
Pourquoi ? La réponse est évidente :
ils trahissent –
eux, qui sont payés par les différents ministères - parce qu'ils ne
cautionnent pas, de leurs places de scientifiques, le mensonge et la
manipulation de l'État !! A la peur, s'ajoute la censure généralisée.
La presse et les médias en général doivent marcher à la botte, ne pas
dévier du faire-croire habituel et servir de faire-valoir, comme le
rapporte également Susan PALMER, suite à ses contacts avec des
journalistes français.
Écoutons, une dernière fois, Monsieur FENECH
pour qui le mensonge est la vérité. Interrogé, sur l'antenne de FR3,
en décembre 2006, il déclare, à propos de la Commission Parlementaire
sur les Sectes, sur un ton lénifiant et condescendant[20] :
« Nous
avons respecté totalement le contradictoire, nous avons adressé des
questionnaires à toutes les communautés concernées, elles ont eu tout
le loisir de nous répondre, tout est bien clair. »
Question
de la journaliste : « Donc,
concernant les Témoins de Jéhovah, contrairement à
ce qu’ils disent, vous avez discuté avec eux, vous les avez
entendus ? »
Réponse :
« Mais on ne discute pas avec
des communautés sectaires, on prend acte de leurs actes et lorsqu’ils
franchissent la ligne jaune, c’est-à-dire la loi républicaine… »
La présentatrice n'a pas relevé la contradiction
et le mensonge. Mais à invoquer un soi-disant modèle républicain
comme rempart, celui-ci n'existe plus, il disparaît sous nos yeux.
Que pesons-nous devant une telle perversion, face à une telle
forfaiture ? Car bien entendu, il se garde bien de rectifier que,
depuis son intervention, la Cour de justice Européenne a donné raison
aux Témoins de Jéhovah et débouté l'État français.
La loi « souillée » : Quand Monsieur Fenech parle, sur FR3, de
« franchir la ligne jaune, c'est-à-dire la loi républicaine », ce
n'est certes pas celle qui affirme que :
(...)
L’unanimité et la clarté règnent lorsqu’il
s’agit pour le juge d’affirmer que le religieux relève du for interne
de l’individu. Rappelant qu’« en France, le principe de la liberté de
conscience et de culte doit prévaloir », « que les libertés
religieuse, de croyance, d’opinion, d’expression sont
constitutionnellement garanties », le juge précise à maintes reprises
que « la croyance fait partie de la sphère individuelle », qu’« il
s’agit d’un domaine privé ressortissant à la liberté de conscience ».
A ce titre, le juge ne saurait « émettre quelque avis que ce soit
quant à l’appartenance d’un parent à un groupe religieux, fût-il
habituellement qualifié de secte »[21].
(...)
Les juges
s’interdisent de faire produire au religieux de quelconques
conséquences juridiques
: ainsi, « l’appartenance de la mère à une association spirituelle »
(dont le juge précise par ailleurs qu’elle est répertoriée comme
mouvement sectaire par la commission d’enquête parlementaire sur les
sectes) « ne saurait à elle seule motiver le transfert de la
résidence habituelle des enfants chez le père » ; le juge ne doit pas
« prendre
quelque
décision que ce soit qui reviendrait à
sanctionner ce parent pour cette appartenance » (à une secte) . Ou
encore, il doit « être admis en principe qu’une croyance religieuse
quelle qu’elle soit ne peut en elle-même être constitutive d’un
comportement fautif ». D'après Vincente Fortier,
directeur de recherche à l'Université
de Montpellier. Extrait de
"Le juge, gardien du pluralisme confessionnel".[22]
La loi républicaine est-elle donc bafouée ?
Pour les laquais hypocrites de l'État, certes pas, elle s'applique
mais uniquement pour les citoyens bien-pensants, dans la norme ou qui
ne veulent pas savoir ; elle n'est pas destinée aux ennemis de la
République. Et la législation française a créé, avec l'appui
d'associations reconnues d'Utilité Publique, des lois d'exception qui
désignent un ennemi intérieur parmi ses propres citoyens. Citons,
parmi d'autres, Roger IKOR, fondateur du CCMM [23]
: « Il faut cogner, détruire ces sectes qui pullulent sur notre
pourriture. Quand suffisamment de gens iront mettre les locaux des
sectes à sac, ils [les pouvoirs publics] remueront sans
doute. » Que l'article 20 de la Déclaration Universelle des
Droits de l'Homme des Nations Unies, du 10 décembre 1948, stipule
que : « Toute personne a droit à la liberté de réunion et
d'associations pacifiques », ne l'empêche pas d'affirmer :
« Si nous nous écoutions, nous mettrions un terme à toutes ces
billevesées, celles des sectes, mais aussi celles des grandes
religions. » Répondant à une remarque, de bon sens, d'un
journaliste qui demande : « J'aimerais comprendre pourquoi on
essaie de soustraire une personne à ses croyances ? » Alexandra
SCHMIDT, ex-porte-parole de l'ADFI répond : « Toute l'ADFI était
basée là-dessus. »
Arrêtons là ce florilège de la bêtise et de la
haine quotidienne… Le but poursuivi est toujours le même, restreindre
les libertés individuelles, désigner un ennemi intérieur et laisser à
une entité étatique le soin de décider à la place des individus, au
nom de l'égalité. Le « monstre social » renforce son emprise !
Ce genre d'agissements et de réflexions fait tache
d'huile et échappe même à ses propagandistes en envahissant tous les
comportements sociaux. L'illustration est l'escalade, dans les
moyens, du traitement des différends entre citoyens. Des groupes
minoritaires, soi-disant (prétendus ?) « sectaires et dangereux »,
nous passons aux cours de récréation. Il est symptomatique que le
seul recours invoqué par des parents, lors d'un racket à l’école
primaire « mettant en cause des enfants de 7 ou 8 ans », est le
recours à la gendarmerie, à la répression armée ! Les relations
sociales et les fonctions des parents, des enseignants ... succombent
sous nos yeux au profit de la seule sanction policière. Mais l'exemple vient de haut, du Président de la
République. Le personnage en charge de représenter le registre
symbolique, qui donne corps au lien entre les citoyens, le bafoue
chaque jour un peu plus. Sous les oripeaux moisis de l'Ordre
Républicain se cache désormais un Ordre policier, répressif qui,
habilement, se choisit des boucs émissaires pour mettre en place ses
méthodes, sa manipulation, ses tribunaux, ses agents. Et que ces
boucs émissaires se nomment le
« Groupe de Tarnac », catalogué « association de malfaiteurs », ou la
communauté de la Balme, qualifiée de « secte », qu’importe, tout est
bon. Notons, avec tristesse, que déjà en 1992, nous avions été
quelques-uns condamnés à 3 mois de prison avec sursis, sous ce même
chef d’inculpation « association de malfaiteurs en vue de la
préparation d'un crime » et cela pour une bagarre ridicule entre
quelques éducateurs, le tout assorti d'une amende à payer au Trésor
Public de 234 francs (35 euros !). Notez l'importance de la somme
pour une infraction aussi grave qui mettait, sans aucun doute, l'État
français en danger ! A l’époque nous avions préféré en rire, nous
étions aveugles et avions tort, nous n'avions pas voulu comprendre ;
c’était le prélude, une répétition. Il fallait nous faire taire, nous
réduire au silence pour avoir commis le crime inqualifiable, non
seulement de dire qu'il était possible de guérir les malades mentaux
mais de le mettre en œuvre en refusant les méthodes de traitements
habituels de la psychiatrie. Vingt-cinq ans de travail assidu, pour
élaborer une institution de soins inédite et exemplaire, en référence
à la psychothérapie institutionnelle et à la psychanalyse. Avec une
réussite telle qu’une enquêtrice de l’I.G.A.S.S. nous confiait (hors
rapport officiel) que, si nos méthodes de soin étaient appliquées, il
faudrait remettre en cause toute la psychiatrie française
officielle ! Comment un pouvoir, et particulièrement l'État
bureaucratique français, peut-il supporter les empêcheurs de penser,
de manipuler en rond et qu'on touche, ne serait-ce que du bout d'un
traitement ou d'une pilule, à son emprise ?
Vingt ans plus tard, dans sa lettre ouverte à
Nicolas Sarkozy, le Docteur Michaël Guyader en apporte une
illustration similaire et dramatique. Un meurtre, inacceptable comme
le sont tous les actes de cette nature, sert à discriminer une
population entière sous prétexte qu'il est commis
par un malade mental. En s'adressant au Président de la
République, il écrit : « [...]
Vous avez donc, sous l'apparence du discours d'ordre, contribué à
créer un désordre majeur, portant ainsi atteinte à la cohésion
nationale en désignant à ceux qui ne demandent que cela, des boucs
émissaires, dont mes années de pratique m'ont montré que
justement, ils ne pouvaient pas se défendre [...] »[24]
Doit-on créer des lois spéciales pour les
boulangers, les plombiers, les enseignants ou tout autre corporation
parce que l'un de leurs membres aurait tué un passant ? Le président de la République Française fait appel
aux plus bas instincts de chacun de nous pour stigmatiser l'autre, le
plus faible, l'étranger, le fou. Rappelons-nous que les nazis ont
débuté leurs massacres avec les malades mentaux des hôpitaux
allemands !
Comment conclure ?
Sommes-nous si loin de l'idéologie nazi ou
bolchévique quand le mensonge et la falsification s'érigeaient en norme
et transformaient des gens ordinaires, des braves gens en délateurs et
parfois en tortionnaires ? Nous n'en sommes pas là ? En êtes-vous sûr ? Le
nazi et le communisme ont quitté notre monde, l'idéologie actuelle
paraît plus gentille, inoffensive, elle n'emprunte pas les mêmes
sentiers, elle ne s'affuble pas des mêmes oripeaux, elle veut notre
« bien », notre « sécurité », mais quel est le prix à payer ? Elle
parvient à nous faire croire que c'est ce que nous voulons, que c'est
essentiel pour notre existence. Alexis de Tocqueville parlait de
notre recherche de l'égalité
jusques et y compris dans l'esclavage. Avec la « mondialisation »
notre destin, notre vie nous échappent et semblent remis à un monstre
tutélaire qui va tout décider.
L'urgence est réelle de s'opposer à l'ère du
contrôle diffus et généralisé qui aura atteint son but
« lorsqu'il aura été suffisamment intériorisé pour faire de chacun le
contrôleur de soi-même.[25]»
Soyons des veilleurs pour que le mensonge et la
falsification ne passent pas par nous. Et «s'il n'est pas nécessaire
d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer », sans
illusion aucune, prenons cette phrase comme la définition et la
mesure de l'action humaine. Agissons sans attendre notre voisin ou
une quelconque reconnaissance ou gratification.
Le Docteur Michaël GUYADER lors du
rassemblement sur le Plateau des Glières[26]
du 17 mai 2009, commémorant avec des résistants la première bataille,
à visage découvert, entre l'Armée de la France Libre et les milices
de Vichy appuyées par un corps d'armée nazi déclarait :
« Résister : une ardente obligation en psychiatrie
aujourd'hui […] « Le 2 novembre 2008, Nicolas SARKOZY, dont on
aurait pu attendre que la fonction le transporte, s'est vautré dans
le pire du discours attendu, des décisions vulgaires, des accusations
à courte vue […] » « Dans cette lutte constante pour œuvrer à la
déstigmatisation de ceux qui souffrent psychiquement et que l'on
n'ose plus appeler les fous, un honnête homme eut suffi, c'est une
fois de plus manqué et
l'ardente obligation de résister contre ce que le discours dominant a
de pire reste une impérieuse nécessité. » René
Char écrit : « Les
esclaves ont besoin d'esclaves pour afficher l'autorité des tyrans. » « Nous
n'en ferons naturellement rien et continuerons à
résister !
Il ne s'agit pas pour nous de prendre les armes
mais l'éthique impose de ne pas appliquer les lois scélérates.
Monsieur Alain Refalo [27]
nous a donné à tous une voie à suivre, celle de la désobéissance
citoyenne qui dit non à l'application des lois déshonorantes. André
Malraux, inaugurant le monument de Gigioli en 1973, disait :
« Les ombres inconnues
qui se bousculaient aux Glières dans une nuit de Jugement Dernier
n'étaient rien de plus que les hommes du Non, mais ce Non du
maquisard obscur collé à la terre pour sa première nuit de mort
suffit à faire de ce pauvre gars, le compagnon de Jeanne et
d'Antigone. L'esclave dit toujours oui. »
« Continuons donc, nous avons du travail devant l'absurdité bornée
du discours
dominant, nous avons à inventer le monde de demain où il ne serait
pas interdit de crier « vive
l'espérance !». Continuons donc. »
Guy Delaunay
(Juin-Juillet 2009)
[1]
Citation rapportée par le Docteur
Michaël GUYADER, Psychiatre des Hôpitaux, Psychanalyste –
Intervention au Plateau des Glières, en mémoire de la
Résistance française, 17 mai 2009
[2]
Mission Interministérielle de
Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires,
(dépendant du Premier Ministre).
[3]
D'après CAPLC (CAP pour la Liberté de Conscience -
Liberté de Religion -
Liberté de Conviction). 26/02/08.
[4]
Allusion à une première liste, à
l'initiative de l'ADFI et de la Mairie de Paris, visant à
répertorier tous les lieux « susceptibles » d'abriter des
groupes minoritaires « dangereux » dans la capitale. Autant
de lieux désignés à la vindicte !
[5]
L'article a pour titre : « L'imaginaire pirate de la
mondialisation », p. 154 et ss.
[6]
Voir
l'article de
Marcela Iacub sur
www2.cnrs.fr:80/presse/journal/1236.htm.
[7]
Faits rapportés par le pasteur
Jean-Claude Basset, lors du Congrès du CICNS en septembre
2007 à Paris
[8]
Cf le projet de Loi Bachelot mai
2009, voté au Sénat.
[9]
Que
ce rejet de la loi Hadopi soit le fait d’une manœuvre de
l’opposition n’y change rien.
[10]
Séminaire Livre VII, L'Éthique,
p. 338
[11]
De la Démocratie en Amérique, T2,
p.103
[12]
Séminaire Livre VII cité, p. 367.
[13]
A l'échelon d'un continent,
regardons le pillage de l'Afrique par les sociétés
internationales ; jusqu'en 1980, les pays africains étaient
auto-suffisants quant à leur alimentation !
[14]
Ces informations sont accessibles
sur le site :
www.cicns.net ou sur
Dailymotion
[15]
Ancien magistrat, condamné pour
« injures raciales » en 1998. Député du Rhône depuis 2002,
réélu en 2007, son élection est invalidée par le Conseil
Constitutionnel ; inéligible pour un an pour infractions sur
ses comptes de campagne. Ce qui n'empêche pas Monsieur
FILLON, duquel il dépend, de le nommer, fin 2008, président
de la Miviludes.
[16]
Tout ceci relevé, comme aurait pu le faire n’importe quel
journaliste d’investigation, sur La Chaîne Parlementaire LCP
Info en octobre 2006 !
Cf le site www.cicns.net
[17]
La commission précédant la
Miviludes (Mils : Mission Interministérielle de Lutte contre
les sectes). Appellation abandonnée parce que, oh paradoxe !,
le mot secte est trop précis et embarrassant, on ne
peut pas lui faire dire n'importe quoi.
[18]
Interview du CICNS de juillet
2009.
[19]
Spécialiste français des études
sur la laïcité à l'École Pratique des Hautes Études.
[20]
Cf les travaux du CICNS, déjà
cités.
[21]
Dans une interview du 07/07/2009
sur France-Info, Raphaël LIOGIER prend le contrepied de la
majorité des internautes interrogés qui veulent que le port
de la burkha soit interdit par la voie législative. Il
affirme que c'est une affaire de croyance personnelle, que
nous n'avons pas à nous arrêter à nos opinions ou rejets
personnels devant une telle manifestation et, tant que la loi
est respectée, l'État n'a pas à s'en mêler. Il ajoute que des
études sociologiques récentes montrent même que des jeunes
femmes cultivées souhaitent porter ce voile par choix
personnel en envisageant des carrières d'avocates ou de
médecins... Encore une fois, dit-il, si le port de cette
burkha porte atteinte à la paix sociale ou aux lois de la
République, les lois actuelles suffisent amplement.
[22]
Cité par le CICNS – novembre 2007
[23]
Centre Contre les Manipulations
Mentales
[24]
Lettre ouverte du Docteur Michaël
Guyader au Président de la République, 8 décembre 2008.
[25]
D'après Antoine Garapon, revue
Esprit – Juillet 2009, p. 165. Sur ce sujet, il faut lire
« L'amour du Censeur » de
Pierre Legendre qui apporte des lumières essentielles.
Éditions du Seuil – Paris 1974 [26] Premier lieu d'affrontement et symbole de la lutte armée entre la Résistance Française (mars 1944) et les troupes allemandes et vichyssoises.
[27]
Professeur des Écoles de
Haute-Garonne qui, avec d'autres, refuse d'appliquer des lois
scélérates qui saccagent l'idée de l'école et de
l'enseignement, tel qu'il fut élaboré depuis de nombreuses
années. Il lutte contre une « logique d'entreprise et de
libéralisation » pour tenter de garder à l'élève son
statut de sujet. Il écrivit à l'inspecteur d'Académie, le
06/11/2008, une lettre documentée : « En conscience, je
refuse d'obéir... Si aujourd'hui je décide d'entrer en
résistance et en même temps en désobéissance, c'est par
nécessité... ». Il est en butte, actuellement, ainsi que
ses amis, aux sanctions disciplinaires, pertes de salaires,
etc ... |
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