L'argent
Le rapport à l'argent dans notre société - L'argent et « les sectes » Par Éric Bouzou - mai 2009
Alors que la crise économique s’ajoute à la crise financière, il est
instructif d'appréhender notre rapport à l’argent. Même incomplète,
cette compréhension est certainement un bon indicateur sur l'état de
notre société et la prise de recul correspondante permet de mettre en
perspective les accusations sur le rapport à l’argent que l’on
attribue aux « sectes »
en France:
« Les
parlementaires, dans leur rapport de 1999 intitulé « Les sectes et
l’argent », ont rappelé que l’enrichissement étant un des principaux
objectifs des mouvements sectaires »[1].
« Le rapport parlementaire sur
Les sectes et l’argent montrait que la première nécessité d’une
organisation sectaire est de recruter le plus grand nombre possible
d’adeptes, puis d’utiliser ses membres à la réalisation d’un chiffre
d’affaires »[2].
« N’oublions pas que l’argent qu’elles [les sectes] utilisent pour
parvenir à une reconnaissance religieuse n’est autre que celui
qu’elles extorquent aux personnes fragiles, désorientées voire
parfois désespérées. Cet argent amassé à force de manipulation
n’honore en aucun cas la cause ou l’idéal métaphysique défendu par
ces organisations »[3].
« (…) les systèmes sectaires ont souvent la tentation, on le
constate, de coupler leurs activités d’emprise sur les individus avec
diverses fraudes destinées à rendre l’ensemble encore plus lucratif :
travail illégal, fraude fiscale, fraudes aux diverses allocations et
aux aides publiques notamment. C’est un nouvel axe de travail pour la
mission dans les années qui viennent, avec notamment la perspective
d’une conférence internationale sur le thème « Dérives sectaires et
circuits financiers »[4].
L'argent roi, nerf de la globalisation, frein de la mondialisation
L’argent est le nerf de la guerre.
Cet adage bien connu a le mérite de saisir en peu de mots une grande
partie des affaires humaines : s'entretuer pour des broutilles la
plupart du temps et plus rarement pour une cause noble, en dépensant
beaucoup d’argent et de ressources diverses.
Force est de constater que l’argent a pris graduellement, au cours
des siècles, une place de plus en plus
centrale dans les activités de tous les citoyens[5],
que d’aucuns voudraient aujourd’hui réduire à l'état de consommateurs
compulsifs et de marchandise à la fois (on vend de la matière grise,
de la main d’œuvre, on délocalise la force de travail si elle est
meilleur marché ailleurs, etc.).
Dans les pays riches, le discours politique et même le discours
social s’expriment désormais très largement à l’aide de données
économiques. L’être humain disparaît et laisse la place aux quotas,
indices, pourcentages. « Travailler plus pour gagner plus » devient
un mot d’ordre suffisant pour servir de vision d’avenir et il est
probable que ce matraquage de chiffres lapidaires finit par faire
croire aux populations que le sens de leur vie passe effectivement
par l’économie. Lorsque l’être humain et les rapports humains sont
replacés au centre du discours, c’est bien souvent une tactique
marketing permettant de « faire passer » des réformes économiques,
prétendues indispensables pour la croissance et le progrès de la
communauté. Dans le discours de l’élite, les mots « solidarité » et
« unité » ne sont jamais loin des mots « business » et
« rentabilité ».
Pour Emmanuel Todd : « La « globalisation », c’est le mécanisme
économique et financier aveugle dont nous ressentons désormais les
effets négatifs. La « mondialisation », c’est quelque chose de
beaucoup plus vaste et diffus, une ouverture mentale des cultures de
la planète les unes aux autres, et ce concept devrait garder une
connotation positive »[6].
Cette globalisation, par les tensions qu’elle génère, semble bien
être un frein à une mondialisation harmonieuse.
La doctrine financière et économique
Le jargon financier et économique, ésotérique pour le profane, est
néanmoins devenu familier à force de répétitions. Il est vulgarisé
jusqu’à la caricature au Journal Télévisé. Puisqu’il est, pour
beaucoup, rassurant et incompréhensible à la fois, le premier réflexe
consiste à s’en remettre aux « autorités » en la matière, à faire
confiance à ceux qui savent. Mais savent-ils vraiment ?
Suite à la déréglementation financière des années 80, la plupart des
responsables politiques et économiques ont affirmé pendant des
décennies la capacité d’autorégulation des marchés, qu’il fallait
laisser « libres », condition sine qua non de l’harmonie mondiale. La
crise financière une fois reconnue, beaucoup ont prétendu ne pas
l’avoir
vue venir. Il serait plus exact de dire que personne ou
presque n’a voulu la voir venir[7].
A la lecture d’ouvrages d’économistes lucides (il en existe), il
apparaît que la finance mondiale repose avant tout, non pas sur des
lois économiques mais sur certains traits de caractères humains, la
confiance, mais aussi d’autres parmi les moins glorieux : la
cupidité, l'esprit de compétition (concurrence).
Nul besoin de sortir d’une
business school, il suffisait de disposer de quelques notions en
psychologie pour prédire que la discipline financière, dans les
conditions actuelles, n’avait aucune chance de « s'autoréguler »[8].
Face au désastre, certains ont pourtant persisté à prétendre que la
raison de l’effondrement est l’excès de régulation[9].
Pour Jean-Paul Gréau, la « vulgate néo-libérale »
(le jargon) est diffusée par « un véritable clergé, composé
d'économistes institutionnels, de banques, d'organismes de recherche,
[qui] s'emploie à escamoter tout ce qui pourrait être mis en question
pour éclairer les dirigeants politiques et cette fraction de
l'opinion dont la curiosité intellectuelle n'a pas encore été
découragée »[10].
Les théories économiques sont loin de constituer une science exacte.
Pour susciter une confiance accrue, il fallait « durcir » cette
science un peu molle dans un monde rationnel. Patrick Moynot[11]
montre comment la création d’un prix Nobel d'économie a fait
l’affaire, alors que cette récompense était en principe réservée à
une liste précise de disciplines.
Néanmoins, malgré l’abondante médiatisation de la doxa économique et
la révérence entourant les prix Nobel d’économie - dont certains,
apôtres d’un ultralibéralisme, ont très sérieusement démérité[12]
-, le « capital » confiance du public à l’égard des personnes qui
« savent » s’est sérieusement effrité une fois constaté leur
effarement[13],
affecté ou pas, devant la crise.
Combien d’argent ?
A partir d’un certain montant, les chiffres ne veulent plus dire
grand-chose pour le commun des mortels, voire pour tous ; mais
justement, en donnant une idée de l’énormité des sommes, il est plus
facile de comprendre l’absence de maitrise des différents acteurs. De
plus, les proportions relatives de ces chiffres sont instructives.
Dans son ouvrage historique sur l’ascension inexorable de l’argent
dans l’activité de la société, Niall Ferguson[14]
donne une évaluation des masses financières échangées dans le monde
en 2006. Cette année-là, la production économique totale est évaluée
à 47 000 milliards de dollars. La capitalisation du marché des
actions[15]
(les parts d’entreprises françaises ou étrangères que chacun peut
acheter) est évaluée à 51 000 milliards de dollars. Le marché des
obligations[16]
domestiques et internationales (principalement l’argent emprunté par
les Etats pour financer leurs dépenses publiques) est évalué à 68 000
milliards de dollars. L’ensemble des produits dérivés[17]
atteint quant à lui 473 000 milliards de dollars. Le quatrième poste
cité, de loin le plus important, correspond, selon la qualification
de Jean-Paul Gréau[18]
à « une activité qui consiste
exclusivement à faire des paris ». « (…) La table de jeu (…)
s’élargit sans cesse en accueillant des opérateurs nouveaux qui s’y
livrent à une orgie de paris réciproques ». L’économiste précise que
cette activité « décide de la valeur de nombreux biens » : monnaies,
pétrole, matières premières agricoles et industrielles.
La plus grosse partie de l’argent échangé dans le monde sert donc de
mise dans un casino mondial où les dérives commises ont conduit à
l’effondrement du système financier, aux émeutes de la faim et à la
crise économique avec son cortège de tensions et de drames. Pour
Emmanuel Todd, ce « libre-échange » non régulé favorise la haine
entre les peuples[19].
L’argent de la guerre
L’argent est bien toujours le nerf de la guerre, un exutoire à cette
haine. Dans les budgets nationaux de l’année 2004, le monde cumulait
1 100 milliards de dollars en dépenses militaires, dont 623 milliards
pour les seuls Etats-Unis[20].
Ces sommes ne tiennent pas compte des guerres en Irak et en
Afghanistan. Joseph Stiglitz et Linda Bilmes[21]
ont fait une étude économique poussée de ces conflits en évaluant les
coûts directs et indirects (en particulier la prise en charge des
blessés de guerre). Ils estiment qu’entre 2 200 milliards de dollars
(scénario optimiste) et 5 000 milliards de dollars auront été
dépensés par les seuls USA sur ces conflits, sans compter les
intérêts de l’argent emprunté pour payer les dépenses militaires. Il
convient d’ajouter à ces sommes astronomiques les dépenses d’autres
pays comme le Royaume Unis. Pour l’année 2008, les auteurs estiment[22]
que les USA dépensaient chaque mois 16 milliards de dollars en effort
de guerre. Ce chiffre est à rapprocher de l’aide extérieure annuelle
des Etats-Unis en direction des pays en voie de développement qui
s’élève à 25 milliards de dollars en 2008[23].
Deux mois de guerre représentent plus que l’aide extérieure annuelle
de la première puissance mondiale. Il est difficile d’imaginer ce que
serait le monde si tout l’argent de la guerre avait été alloué à des
projets internationaux constructifs.
Il est bien entendu que le principal coût de la guerre est le coût en
vies humaines.
L’asservissement par la finance
Les termes
subprime[24],
titrisation[25],
effet levier[26],
paradis fiscaux[27],
trader[28],
bonus et parachutes dorés[29],
abscons mais familiers, sont désormais évocateurs des dérives d’un
système devenu incontrôlable mais « pervasif ».
Si « l’addiction » à la pratique financière n’est plus à démontrer
s’agissant des traders et
autres acteurs de la profession, un économiste comme Frédéric Lordon
montre comment cette pratique est de plus en plus encouragée au
niveau de chaque citoyen[30].
Invité à investir une partie de ses revenus en achetant des bouts de
son entreprise, à assurer ses vieux jours par l’entremise de fonds de
pensions, etc., il devient un acteur cautionnant malgré lui
l’emballement du système.
Il est désormais de notoriété publique que la majeure partie de
l’argent créé l’est sous forme de crédit, ce que certains appellent
« l’argent dette ». Il est donc créé à partir de rien (ex nihilo) par
des banques commerciales privées qui demandent un intérêt pour cette
création ex nihilo. Une fois compris ce mécanisme, il est aisé de
voir que, globalement, l’argent de l’intérêt ne pourra être créé que
par plus de crédit, donc plus de dettes. Maurice Allais[31]
estimait déjà en 1998 que « l'économie mondiale tout entière repose
aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes ». Le paiement
des dettes publiques et des intérêts correspondants asservit tous les
Etats, qu’ils soient pauvres ou riches[32].
Un certain nombre d’économistes[33]
et d’acteurs de la société[34]
envisagent désormais de redonner le pouvoir de création monétaire à
la société civile plutôt que de laisser ce privilège à des organismes
privés[35].
Le service de cette dette endémique mondiale oblige les différents
protagonistes à se lancer dans une course folle de
production/consommation, à la poursuite du sacro saint indice de
croissance, avec toutes les répercussions désastreuses que cette
production/consommation effrénée a sur l’environnement et la santé
des personnes[36].
La mystification du G20
Le G20[37]
(groupe des vingt pays les plus riches, réunis en avril 2009) était
censé refonder et moraliser le système financier. Globalement les
commentaires ont été positifs[38].
Pourtant, son issue est affligeante. Le principal « résultat » obtenu
a été d’injecter 1 100 milliards de dollars dans les tuyaux pour la
relance économique et les institutions financières[39].
Concernant la moralisation du système, deux listes de paradis fiscaux[40]
(omettant les principaux paradis que sont Hong Kong, Macao,
Devant l’ampleur des dégâts, les membres du G20 auraient d’abord pu
choisir de replacer la finance et l’économie au service des hommes et
des femmes de cette planète par une annonce officielle et solennelle.
Et pour montrer qu'il ne s'agissait pas d’un simple effet d’annonce,
ils auraient pu ouvrir la ligne de crédit et lancer un projet
international pour mettre un terme à la faim dans le monde. L’argent
nécessaire pour résoudre cette pandémie, qui touche plus de 800
millions de personnes, est estimé à 50 milliards de dollars[42].
Ajoutons qu’un milliard d’autres personnes vivent avec moins de 1
dollar par jour[43].
Nous n’avons pas encore réussi, ni nos dirigeants élus, à trouver
cinquante petits milliards pour résoudre le problème de la faim dans
le monde, parmi les centaines de milliers de milliards de dollars qui
circulent sur la planète finance !
Ce réquisitoire n’a pas pour but de condamner l’argent, moyen
d’échange actuel entre les hommes. Beaucoup d’ailleurs cautionnent le
système financier actuel en mentionnant les progrès dont ont
bénéficié les citoyens de par le monde. Nous ne nierons pas ce fait,
mais la réalité aujourd’hui est que la roulette des salles de marchés
s’est emballée avec le concours des croupiers et le jeu est devenu
délétère. De plus, si un progrès ne peut être nié, il s’accommode de
la plus extrême précarité d’un bon tiers de la population mondiale et
prend de plus en plus l’allure, dans les pays riches, d’un gavage des
oies planifié – ce constat étant fait sans oublier qu’il existe aussi
malheureusement dans ces pays riches, de grandes poches de pauvreté[44]
et des inégalités criantes qu’il faudrait résorber[45]
-. La crise de « foi » en ce monde consumériste gagne une partie
croissante de la société civile. Il est temps de changer de monde.
Petit test pour
À partir de ce tableau d’ensemble du système financier mondial, il
serait intéressant d’en faire une synthèse à envoyer à
Un système qui :
Nul doute que
Nous ne cautionnons pas les notions de « sectes » et de « dérives
sectaires » diffusées par la mission interministérielle, au
contraire, car elles ne procèdent pas d’une démarche de connaissance
mais d’une volonté d’ostracisation. Ce test permet d’illustrer une
fois de plus le caractère inapplicable des critères de dérives
sectaires.
Et les sectes, dans tout ça ?
Dans le cadre plus large des dérives du système financier, la litanie
sur la dépravation alléguée des « sectes » vis-à-vis de l’argent est
grotesque. C’est un exercice malhonnête de désinformation dans une
société où l’argent tient lieu d’oxygène voire d’hallucinogène.
« Sectes » s’entend au sens, induit par
Il est acquis que toute infraction à la loi doit être sanctionnée par
la justice. Néanmoins, nos propres recherches sur la question nous
ont amenés à la conclusion que ces infractions sont rares au sein des
minorités spirituelles. La MIVILUDES et certains parlementaires,
relayés par les médias, prétendent le contraire mais sans fournir de
statistiques basées sur des enquêtes crédibles et vérifiables et sans
étude comparative avec la situation dans le reste de la société.
Les minorités spirituelles ont besoin, comme toutes les autres
organisations dans notre société, de ressources financières pour
exister, mêmes minimes. Ces ressources sont constituées suivant les
cas de cotisations, de donations, de mécénat à leur endroit, de
ventes de stages, conférences, publications, « produits spirituels »
divers. Ces pratiques n’ont rien d’anormal, alors que leur
reproche-t-on plus précisément ?
Les ressources financières des minorités spirituelles sont a priori
mal vues
«
En 1999, trois ans après la sortie du rapport de 1996 sur les sectes,
les parlementaires ont poursuivi leur entreprise de dénigrement des
minorités spirituelles en publiant un deuxième rapport indigent :
« Les sectes et l’argent »[49].
Les rapports successifs de la MILS puis de la MIVILUDES n’ont pas
manqué d’évoquer systématiquement la prétendue perversion des
« sectes » vis-à-vis de l’argent (voir les citations en
introduction). Selon Hervé Duray, l’action de l’Etat dirigée contre
des minorités spirituelles, avec comme objectif la taxation des dons
manuels, met en péril la liberté d’association[50].
Certains groupes spirituels ont un nombre de membres suffisant pour
leur apporter une assise financière. Beaucoup ont au contraire des
ressources très limitées. La plupart utilisent ces ressources pour
développer ce qui donne un sens à la vie du groupe. Jeter le doute
sur ces personnes sans faits précis n’est pas acceptable.
L’hypocrisie qui consiste à admettre, voire revendiquer, des moyens
de fonctionnement suffisants dans tous les secteurs de la société
sauf pour les minorités spirituelles, n’est pas recevable. Par
ailleurs, personne ne se préoccupe du compte en banque des religions
« reconnues ».
L' « ascèse » financière qui leur est réclamée serait-elle une
demande inconsciente de contrepartie à la débauche constatée dans le
reste de la société ou est-elle juste un stratagème pour couper les
vivres à des groupes qui dérangent ?
Les minorités spirituelles sont les faux nez d'entreprises
commerciales s’enrichissant sur le dos de leurs adeptes
Cette affirmation péjorative et globalisante, utilisée pour dénigrer
les activités (ou même simplement les cotisations) qui permettent aux
groupes spirituels de gagner de l'argent, est une autre façon de leur
dénier le droit à l’existence. Ranger ces minorités arbitrairement
dans le grand sac des « sectes » qui veulent s’enrichir en
« infiltrant les entreprises » ou sur le dos de leurs membres, n’est
pas fondé. La plupart des personnes qui délivrent des prestations ou
des enseignements ne font que gagner leur vie honnêtement. Si
certaines s’enrichissent, rappelons que, indépendamment de
l’appréciation morale que chacun pourra porter sur cette attitude,
l’enrichissement n’est pas un délit dans notre société marchande,
s’il est légal. Suggérer par la rumeur qu’il serait, de manière
générale, illégal dans les « sectes », est une attitude
discriminatoire et diffamatoire.
Un certain nombre de minorités spirituelles exaltent la réussite
personnelle, qui va souvent de pair avec la réussite sociale et
économique. Chacun appréciera, selon des critères personnels, s’il
est sensible ou non à ce type de démarche, quitte à la critiquer dans
le cadre d’un débat démocratique, mais en aucune manière n’est-il
légitime de condamner ces groupes sur la place publique.
La plupart des minorités spirituelles sont des associations loi 1901.
Le peu de moyens de beaucoup d’entre elles les conduit à utiliser le
bénévolat de leurs membres. Si cette pratique doit être encadrée
strictement par la loi, elle n'est pas une spécificité de ces groupes
mais un fonctionnement généralisé des associations de toutes natures.
Les minorités spirituelles escroquent leurs « clients » en pratiquant
la manipulation mentale.
L’appréciation d’un parcours spirituel qui conduit un citoyen à
suivre un enseignement ou acquérir des « biens spirituels »
(immatériels ou matériels) doit respecter le contradictoire, sans
déresponsabiliser systématiquement le bénéficiaire ou « l’acheteur »
déçu en le transformant en victime.
A ce titre, la banalisation dans les médias et, par voie de
conséquence, dans l’opinion, suite à l’action de
Un citoyen pourrait-il poursuivre en justice un parti politique dont
il ne partage plus l’idéologie à laquelle il s’est pourtant dédié
corps et âme pendant des années, bénévolement, sous la « pression
amicale » du staff, en
payant une cotisation annuelle qu’il considère désormais comme
abusive et en consacrant de nombreuses journées à diffuser cette
idéologie ? Pourrait-il prétendre avoir subi une emprise mentale et
invoquer la loi About-Picard[54]
contre ce parti ?
Synthèse
L’expression « Les sectes et l’argent », comme la plupart de celles
qui contiennent le mot « secte », est un amalgame qui doit être
dénoncé. Cette expression est la représentation d’un « non problème »
pour reprendre une formule désormais célèbre[55].
Les minorités spirituelles en France, dans leur grande majorité,
participent à l’édification d’un monde plus fraternel parce qu’elles
mettent la personne humaine et son développement au centre de leur
activité et de la vie en société.
[1] Rapport 2007 de
[2] Rapport 2008 de
[3]
Ibid, p. 188, extrait d’une
question au gouvernement du député Jean-Pierre Kucheida.
[4]
Ibid, p. 168.
[5] Niall Ferguson
(Professeur d’histoire à Harvard),
The ascent of money –
A financial history of the world, Editions The Penguin
Press ; dans cet ouvrage, décrivant
l’ascension
inexorable de l’argent dans l’activité de la société,
Niall Ferguson illustre en particulier comment la guerre a
souvent été une opportunité pour l'innovation financière.
[6] Emmanuel Todd,
Après la démocratie,
Editions Gallimard ; p.51.
[7] Voir l’ouvrage de
Frédéric Lordon (économiste, directeur de recherche au
CNRS) : Jusqu’à
quand ? – Pour en finir avec les crises financières,
Editions Raisons d’agir ; p. 8 « Il y a plus spectaculaire
que les événements eux-mêmes : l’étonnement de ceux qui les
commentent. Evidemment la plupart ont communié depuis deux
décennies sans la moindre restriction dans le credo des
marchés déréglementés. Et sans le moindre effet
d’apprentissage non plus. Car les crises, infirmations
pratiques et répétées de la prétention des marchés
financiers, n’ont pas manqué ! Depuis que la déréglementation
est sur les rails, il aura été impossible de passer en
moyenne plus de deux ans et demi sans passer par une secousse
majeure (…) ».
[8]
Ibid p. 20 : « La concurrence
(alliée à la cupidité) est la force par excellence de
l’aveuglement au risque et de l’emballement collectif ».
[9] Des économistes comme
Elie Cohen, Pascal Salin, régulièrement invités sur les
plateaux de télévision (émission
C dans l’air,
France
5, par exemple) ont tenu de tels propos.
[10] Expression et
citation tirées
de l’ouvrage de
Jean-Luc Gréau (économiste et ancien expert auprès du
Medef) : La trahison
des économistes, Editions Gallimard ; p. 1.
[11]
Patrick Moynot,
Nobel
d'économie : coup de maître,
lemonde.fr (source) ;
il écrit : « A
l'époque [d’Alfred Nobel], l'idée d'affubler l'économie du
qualificatif de "science" ne serait venue à personne. Tel
était d'ailleurs le cas de la plupart des champs
d'investigation que même aujourd'hui on ne consent à appeler
sciences que lorsqu'on en parle au pluriel : les sciences
humaines. (…) Tant que l'économie ne s'était pas émancipée du
politique, elle ne pouvait prétendre à l'autorité
scientifique. Celle-ci, comme toute autorité, procède d'une
légitimation : par les pairs, dans les publications
scientifiques où chacun cite son voisin dans un grand
mouvement d'autolégitimation, par les médias et l'opinion,
souvent à l'occasion de la publication de résultats
expérimentaux, par le pouvoir politique, enfin, qui réclame
les conseils éclairés de ceux qui sont censés savoir.
Or le prix Nobel a ceci de fabuleux qu'il concentre en
une action, un lieu et un instant l'ensemble du processus.
L'aura de scientificité qu'il procure est prodigieuse. Le
capital symbolique du prix est devenu colossal. L'autorité
qu'il confère au savant distingué procède tout à la fois de
la reconnaissance scientifique, de la glorification aux yeux
de l'opinion et de l'anoblissement politique. Les économistes
ne s'y sont pas trompés, en saisissant l'occasion unique qui
s'est présentée à eux en cette fin d'année 1968.
(…) Le prix sera bien remis dans les mêmes conditions, au
terme d'un processus de sélection respectant les mêmes
règles, et l'on poussera le raffinement jusqu'à se conformer
au même protocole, lourd, suranné et parfois surréaliste, que
celui des autres prix Nobel. Mais celui-ci portera le nom de
« Prix de la banque de Suède en sciences économiques en
mémoire d'Alfred Nobel », et le montant du prix sera
versé par la banque de Suède, et non par
[12]
Frédéric Lordon op.cit ; p. 55 : « Nobélisés
également, Robert Merton et Myron Scholes, (…) employés de
luxe, c’est bien la moindre des choses, du
hedge fund LTCM
qu’ils conduiront très académiquement à la faillite en
1998 ».
[13] Cécile Prudhomme,
[14]
Niall Ferguson op.cit.,
p. 4.
[15] Une action (en
anglais britannique : share, en anglais américain : stock)
est un titre de propriété délivré par une société de capitaux
(i.e. une société anonyme ou Société en commandite par
actions). Elle confère à son détenteur la propriété d'une
partie du capital, avec les droits qui y sont associés :
intervenir dans la gestion de l'entreprise et en retirer un
revenu appelé dividende, fr.wikipedia.org (source).
[16] Obligation (bond en
anglais) : valeur mobilière représentant, au contraire des
actions, une part de dettes d'une société, de l'Etat, ou de
collectivités locales, edubourse.com (source).
[17]
Frédéric Lordon op.cit, p. 176 : « L’essentiel de
la prolifération financière est venue du compartiment des
produits dérivés. Quoiqu’encore discutée par ceux qui,
voulant sauver tous les acquis de la finance, ne se rendront
jamais à l’évidence, leur contribution à l’instabilité
financière est devenue patente. (...) La grande
caractéristique des transactions sur dérivés (quel qu’en soit
le marché) est en effet la suivante : portant sur des
promesses de vendre ou d’acheter, donc d’encaisser ou de
payer, à une certaine
échéance, elles ne nécessitent pas en principe de mise de
fonds immédiate au moment où elles sont conclues. Les
opérateurs s’y engagent donc en quelque sorte à découvert, au
sens où ils ne sont tenus à aucun apport de fonds propres (et
même de fonds tout court !) au moment de la passation du
contrat ».Voir également un exemple de
transaction sur produit dérivé à cette adresse : 3trois3.com
(source).
[18]
Jean-Luc Gréau op.cit : p. 152 :
« Le libre-échange
non régulé favorise aussi sûrement que l’autarcie totalitaire
la haine entre les peuples », selon Emmanuel Todd ».
[19] Emmanuel Todd,
op.cit. ; p. 153.
[21]
Joseph E. Stiglitz ( Nobel Prize in
Economics), Linda J. Bilmes,
The three trillion
dollar war – the true cost of the
[22]
Ibid, p. 9. [23] Globalissues.org (source).
[24]
Subprime : terme
américain pour désigner aux Etats-Unis des prêts immobiliers
risqués. Ces prêts transformés en produits financiers par la
technique de titrisation, se sont avérés insolvables, rendant
les produits financiers correspondants
toxiques. Ils sont à l’origine de la crise financière
de 2007.
[25] Titrisation :
voir note10, p. 144 : « Elle consiste
à découper les prêts, comme on découpe un tissu en petites
lanières, en titres de créance qui pourront être achetés par
la suite, en quantités variables, par les fonds de
placements ».
[26]Frédéric Lordon op.cit.p. 30 et p. 176 pour une
description des effets dévastateurs de l’effet levier : « La
démultiplication de rentabilité obtenue par le recours à
l’endettement dans le financement des investissements ».
[27] Voir en particulier
le magazine de France 3 :
Crise financière : les
secrets des banques françaises, Pièces à Conviction n°71
- mercredi 17 décembre 2008. Selon ce reportage, 50 % des
flux commerciaux passent par les paradis fiscaux et 2/3 des
fonds spéculatifs sont présents dans les paradis fiscaux.
Ecouter en particulier la réponse passablement embarrassée et
confuse du directeur général de
[28]
Trader : terme
anglais désignant un opérateur de marché. Le plus médiatisé
en France est Jérôme Kerviel qui a fait perdre à sa banque, [29] Niall Ferguson op.cit. p. 1 : « Maintenant comparons la situation de Monsieur Toutlemonde avec celle de Lloyd Blankfein, directeur à Goldman Sachs, la banque d’investissements. En 2007, il a reçu 68,5 millions de dollars en salaires, bonus et stock options, une augmentation de 25 % par rapport à l’année précédente » (traduction CICNS). Voir parmi d’autres un article du
Monde de Marie de Vergès,
21 346 euros/heure...
pour le patron de Porsche, « les six membres du
directoire du fabricant allemand de bolides ont encaissé
143,5 millions d'euros, en hausse de 27 % sur un an, selon le
rapport d'activité publié mercredi 26 novembre », lemonde.fr
(source).
Voir Le Parisien pour un exemple
français, leparisien.fr (source).
[30] Frédéric Lordon,
Fonds de pension,
piège à cons ? – Mirage de la démocratie actionnariale,
Editions raisons d’agir ; p. 12 :
« On sera surpris
de voir jusqu’où peut aller ce projet d’une démocratie
actionnariale, réplique et peut-être substitut de la
démocratie politique, avec ses assemblées, son éducation
boursière destinée à former les citoyens-actionnaires et son
lien social reconstruit autour des intérêts financiers
partagés ».
[32] Voir à ce sujet
l’ouvrage d’André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder,
La dette publique, une
affaire rentable – A qui profite le système ? Editions
Yves Michel ; p. 71 : « Au total, entre le début de 1980 et
la fin de 2006, nous avons payé 1 142 milliards d’euros
d’intérêts. La dette, quant à elle, a augmenté de 913
milliards d’euros. Pendant ces vingt-six ans, si nous
n’avions pas eu à emprunter ces 913 milliards sur les marchés
monétaires, c’est-à-dire si nous avions pu créer notre
monnaie, faire exactement ce qu’ont le droit de faire les
banques privées, si nous n’avions pas abandonné au profit des
banques notre droit de seigneuriage, c’est-à-dire le
bénéfice, sous forme d’intérêts, de la création monétaire, la
dette qui était de 229 milliards d’euros début 1980 serait
inexistante aujourd’hui ». [33] Voir en particulier le site de James Robertson. Voir également l’article de
Frédéric Lordon :
Pour
un système socialisé du crédit, blog.mondediplo.net (source).
[34] Voir en particulier
l’ouvrage de Philippe Derudder,
Rendre la création
monétaire à la société civile – Vers une économie au service
de l’homme et de la planète, Editions Yves Michel.
[35] Voir entre autres les
notes 6,
7,
10,
41 pour un ensemble de
mesures que leurs auteurs pensent nécessaires pour refonder
le système financier et économique.
[36] Voir par exemple la
notion d’empreinte écologique de l’humanité : « Selon le
''Rapport Planète Vivante 2008'' du WWF, l’empreinte
écologique globale de l’humanité a doublé au cours des 35
dernières années, et dépasse de 30 % les capacités
biologiques de
[37] fr.wikipedia.org (source) ;
« Le Groupe des 20 (ou G20) est un forum économique qui a été
créé en 1999, après la succession des crises financières dans
les années 1990. Il vise à favoriser la concertation
internationale, en intégrant le principe d'un dialogue élargi
tenant compte du poids économique croissant pris par un
certain nombre de pays ».
[42] Budget estimé par un
collectif d’organisations luttant contre la faim dans le
monde, alliancetoendhunger.org (source).
[44] Voir par exemple
l’observatoire des inégalités, « [45] Voir par exemple le rapport Cotis sur le partage des profits au sein des entreprises françaises, net-iris.fr (source). Voir également l’article de
Frédéric Lordon, Bonus
et primes : le (résistible) chantage des « compétents »,
blog.mondediplo.net (source).
[46] Voir notre article
sur la diffusion de la terminologie antisectes à tous les
secteurs de la société (source).
[50] Voir par exemple le
commentaire d’Hervé Duray au sujet de la procédure engagée
par l’Etat contre les Témoins de Jéhovah et relative à la
taxation des dons manuels. Selon lui, cette procédure met en
péril la liberté d’association (source).
[53] Voir par exemple
l’article de Marie Benilde,
Scanner les cerveaux
pour mieux vendre, monde-diplomatique.fr (source). |
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