L'autel laïque du sacrifice
André Tarassi
Il y a aujourd'hui un profond malaise en France sur la question spirituelle.
Le phénomène n'est pas limité à la France mais il a pris ici des proportions
originales et inquiétantes.
Tout laisse penser qu'il y a derrière les discours outrés de la pensée unique
en matière de spiritualité une volonté de souiller l'aspiration spirituelle
et de créer des amalgames et une confusion dont les effets se font sentir de
plus en plus douloureusement.
Internet propose aujourd'hui des centaines de sites consacrés au dénigrement
de toutes les figures des spiritualités minoritaires de ces dernières années.
Pas une n'est absente du carnage, je l'ai vérifié.
Et on ne recule devant rien pour que l'impact soit rapide et efficace : sexe,
argent, pouvoir forment le trépied de l'autel sacrificiel des sectes. On
trouve des témoignages convaincants "d'anciens adeptes" qui
parlent des travers abominables de leurs anciens gourous. Celui-ci, surtout
connu pour ses miracles, se révèle tout à coup pédophile, un autre aurait
violé une de ses disciples qui le révèle vingt après, et tous sont très intéressés
par l'argent, bien sûr.
Que la plupart de ces accusations odieuses aient été démenties par des procès,
pour ceux qui pouvaient se le permettre, n'intéresse pas l'opinion publique et
l'impact des diffamations a déjà fait son œuvre
profondément dans la conscience collective française. L'objectif est atteint
depuis quelques années maintenant. Si notre voisin nous dérange, notre
mari ou notre femme en instance de divorce veut garder les enfants ou si,
comme je l'ai vu récemment, des parents un peu dominateurs n'apprécient pas
l'indépendance de leur enfant, il suffit de les désigner comme membres de
sectes pour généralement obtenir gain de cause.
La vérité est qu'il n'est vraiment pas de bon ton d'évoquer une quelconque quête
spirituelle ou la sincérité de ceux qui s'y engagent. Le bouc émissaire a été
trouvé et la violence des propos de l'homme ou de la femme interrogés dans la
rue sur ce sujet est égale à leur ignorance du phénomène. Il s'agit d'un
conditionnement dramatique dont les racines sont profondes.
A quoi bon détailler les intentions des sacrificateurs à l'origine de cette
guerre, prêtres laïques du gouvernement, gourou de loge ou simple irrité qui
trouve en la matière une occasion de croisade rêvée. Le problème qui touche
de plus près la quête spirituelle est que l'injustice est flagrante et qu'elle
atteint de telle proportion que l'illusion de la démocratie s'effrite de jour
en jour. Nous vivons sous le joug d'une dictature déguisée qui est parvenue à
faire passer la domination du spirituel pour une œuvre de salubrité publique,
comme d'autres nous disent faire la guerre pour "libérer" des
peuples.
L'élan spirituel, délicat et précieux, est maintenant étouffé dans l'œuf
et la plupart ont bien compris qu'il valait mieux demeurer sur les voies bien
tracées de la quête sociale plutôt que de montrer son nez dans les cercles
spirituels. Les thérapeutes et autres amis spirituels vivent leur foi et leur
pratique sous l'ombre d'une épée de Damoclès qui va immanquablement tomber,
c'est maintenant une fatalité. Peu parmi ceux que je connais ont été épargnés
à ce jour. L'un d'entre eux s'est suicidé, il y a quelques temps, dans
l'anonymat, et il y a maintenant beaucoup de tristesse et parfois de peur à
l'endroit ou l'espoir avait une chance de naître et de vivre.
La vraie vie est à nouveau muselée, comme elle l'est régulièrement depuis
qu'existent les sociétés humaines pour des intérêts que nous connaissons
bien, même si on a beaucoup travaillé à nous les faire oublier.
Nous sommes véritablement aujourd'hui dans le creux de la vague.
Il y a, heureusement, parce que la vie est ainsi qu'elle ne peut rester muette
éternellement, des personnes qui acceptent de parler et de s'associer pour que
la vérité essentielle de l'élan spirituel se révèle de dessous les décombres
de cette destruction.
La tâche est ardue et parfois désespérante. L'injustice que nous subissons
tous - y compris les laïques et athées, sans le
savoir - est le parent pauvre de toutes les injustices aujourd'hui. Il semble y
avoir d'autres urgences et on défile plus facilement en masse dans la rue pour
défendre sa "retraite" que pour restaurer un regard plus juste sur le
sens profond de la retraite spirituelle. Il faudra pourtant que nous nous réveillions
de ce sommeil et sans doute cette épreuve est-elle là également pour cette
raison. Quand nous disons " spiritualité ", nous parlons en effet de
la fondation d'une vie véritable qui ne met pas de bride sur l'aspiration la
plus pure de l'homme. Ce sursaut de conscience est essentiel et mérite une
attention soutenue.
Il y a un nuage noir qui stationne au-dessus de notre existence et nous pouvons
contribuer à ramener le beau temps.
Je souhaite que nous soyons nombreux à le croire aujourd'hui.
André Tarassi est né en 1961,
il est le fondateur du CICNS. Chercheur indépendant, il étudie les Nouvelles
Spiritualités depuis 25 ans. Il a étudié le journalisme et la télévision
aux états-unis. Il a publié, sous un autre nom, plusieurs ouvrages sur
la démarche spirituelle.
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