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L'affaire
de la communauté des Béatitudes
par
le CICNS (mai 2008)
En
Avril 2005, Myriam et Pascal Michelena, anciens membres de la communauté
religieuse des Béatitudes déposent plainte contre cette dernière pour faits
d'escroquerie et abus de faiblesse.
La justice vient de classer sans suite la plainte des Michelena : "Dans
son ordonnance de renvoi (...), la juge d'instruction estime en effet qu'il n'y
a pas eu abus de faiblesse mais plutôt un ressenti de «manipulation mentale»,
une notion qui n'entre pas dans le droit tel quel " (selon un
article de La Dépêche (LD)). L'article précise que la juge ne se prononce
pas sur les faits d'escroquerie puisqu'ils sont prescrits.
Cette affaire a été l'objet d'une couverture médiatique accusatoire qui n'a
pas respecté (sans surprise), la présomption d'innocence.
La communauté des Béatitudes, présente dans de nombreux pays, a la
particularité d'être soutenue par l'Église catholique. Cette proximité a
certainement adouci les attaques, notamment de la part de l'UNADFI (voir http://www.unadfi.org/IMG/pdf/Les_Beatitudes_en_question.pdf).
Un mouvement sans lien avec la culture spirituelle de notre pays ne bénéficie
pas de telles précautions de langage.
Le chef d'accusation
Dans un article du Canard Enchainé
du 10 janvier 2007, le journaliste Didier Hassoux rapporte un commentaire de
Jean-Michel Roulet, président de
la MIVILUDES, sur la communauté des Béatitudes : "Un
faisceau concordant d'éléments justifie pleinement que la justice soit saisie
», car « des familles nous ont décrit des
situations que l'on peut qualifier de dérives sectaires ».La MIVILUDES
appuie son discours sur un capital de peur amassé et entretenu depuis une
trentaine d'années. Il lui suffit de dire, avec précaution, qu'il est
"possible" de qualifier des situations de dérives sectaires, donc
sans en être vraiment sûr, pour lancer la machine de la rumeur. Selon le
dernier rapport de la mission interministérielle (voir
notre commentaire de ce rapport), une dérive sectaire implique forcément
l'emprise mentale des victimes.
Dans
un article du Nouvel Observateur
(NO) du 29 mars 2007, la journaliste Marie Lemonnier rapporte les propos de Guy
Rouquet, président de Psychothérapie Vigilance, qui se désole : « Il y a beaucoup de gens sincères à l'intérieur de la communauté qui
ne voient pas la superstructure et la manière dont ils sont utilisés et abusés».
Le classement sans suite de l'affaire par la juge d'instruction en dit long sur
le bien fondé de l'accusation "d'abus de faiblesse".
Statuer sur un "ressenti de
manipulation mentale, une notion qui n'entre pas dans le droit tel quel
" est sans doute la réponse la plus pertinente qui puisse être
renvoyée aux parlementaires ayant fait rentrer de force la notion de
manipulation mentale dans la jurisprudence, notamment à travers la loi
About-Picard. Les efforts pathétiques et infructueux des associations qui se
portent parties civiles dans les affaires de sectes, afin d'argumenter l'abus de
faiblesse et de justifier ainsi l'application de cette loi, devraient inciter le
législateur à revoir sa copie.
Les époux Michelena ne font pas référence à des abus sexuels dans leur chef
d'accusation. Cela n'empêche pas les journalistes de pimenter leur récit de
faits évocateurs : (NO) : "En 2004
aussi, dans le « petit séminaire » créé par les Béatitudes
(...), un autre prêtre a été accusé de pédophilie. L'affaire a
cependant abouti à un non-lieu. L'un des garçons qui se disait victime s'est
depuis suicidé". Pourquoi parler de cette affaire s'il y a eu non
lieu, si ce n'est avec l'intention d'augmenter la suspicion à l'égard de la
communauté ? (NO) : "Pour compléter leur «cauchemar», les Michelena ont
appris par hasard qu'un prêtre condamné quatre mois plus tôt par la cour
d'appel de Rouen à cinq ans de prison pour pédophilie sur mineurs de moins de
15 ans logeait en toute tranquillité au-dessus de la chambre de leurs trois
enfants". La journaliste ne semble pas intéressée de questionner ce fait
étonnant : que faisait un condamné à 5 ans de prison dans la communauté ?
Etait-ce une condamnation avec sursis ? Avait-il échappé à la justice ?
Les faits d'escroquerie allégués sont prescrits. Myriam et Pascal Michelana précisent
(LD) : " Si nous avons tardé à porter plainte, c'est parce que nous
avons essayé en premier lieu de trouver une solution avec les institutions éclésiales
et le tribunal d'officialité de Toulouse. N'ayant pas été entendus, nous
sommes allés vers la justice pénale. Aujourd'hui, nous sommes ecoeurés par
tout cela. Mais nous voulons tourner la page en espérant que d'autres victimes
trouvent le courage et l'énergie de prendre le relais. ". Les
commentaires des journalistes illustrent la difficulté à accepter
qu'un groupe dont l'objet est la pratique d'un culte puisse avoir des ressources
de fonctionnement et un patrimoine visible. Même si les sommes d'argents
impliquées sont modestes, ou proviennent de dons, les commentateurs se
persuadent très vite que l'existence même d'un flux d'argent est illicite :
(NO) " la communauté a bénéficié d'une aide de l'Église, mais aussi de
dons de fidèles prompts à se défaire de leurs richesses matérielles".
Le traitement de certains médias avant
la décision du juge
L'article de Marie Lemonnier au Nouvel Observateur démarre ainsi : "Il se
passe des choses étranges dans cette « communauté nouvelle », l'une des plus
importantes du monde catholique. Plusieurs de ses membres dénoncent des
manipulations mentales, des abus de pouvoir, voire une entreprise de racket. Son
fondateur a disparu. La justice est saisie, et l'Église bien embarrassée".
Quand au fondateur : "Il a (...) une barbe vaguement méphistophélique".
A aucun moment la journaliste ne semble s'intéresser à l'avis des membres satisfaits de leur appartenance à la communauté. L'article est construit
comme ces nouvelles à frisson dont les magazines nous gratifient en été, pour
nous distraire. Il n'est plus question d'information mais d'une distraction au
mépris des conséquences sur les personnes qui participent toujours à
cette communauté. Cela peut être qualifié de "mépris social", une
attitude que s'interdiraient les rédacteurs du Nouvel Observateur ... si
l'on en croit la charte de déontologie du journal.
Fidèle à son style satirique - il était difficile d'espérer mieux - Le
Canard Enchaîné, lui, oriente son article sur les déviances financières de
l'organisation dont l'objet est la "multiplication du blé". N'importe
quel chiffre est utilisé pour démontrer l'escroquerie. Le coût d'une
formation sur 4 jours "oscille entre 400 et 800 euros", un chiffre
qui, en lui-même, a peu de chances de provoquer de réactions. Qu'à cela ne
tienne : "comme les fidèles sont priés de faire œuvre de charité, ils
versent une obole supplémentaire, en liquide ou par chèque, mais sans mention
du destinataire, s'il vous plaît... ". Pour s'assurer l'adhésion définitive
du lecteur, le journaliste évoque une valeur sûre d'indignation en mentionnant
les pratiques thérapeutiques alternatives du docteur Hamer qui seraient utilisées
au sein de la communauté. En l'espace de quelques lignes des centaines de
personnes sont dévalorisées : soit en escrocs, soit en pauvres victimes
inconscientes.
Le Parisien, dans un article de Stéphanie Forestier du 8 août 2007, est le seul
des quelques médias mentionnés qui équilibre son propos (après avoir évoqué
la plainte dans son édition du 2 août) en donnant la parole à quelques témoins
à décharge dont le maire de Vaumoise où est implantée une communauté :
" Nous cohabitons avec eux depuis vingt ans. Grâce à eux, certaines
communes désertées par les prêtres ont retrouvé un office. Les offices de guérison
existent bien, mais il ne s'agit en aucun cas de soigner les gens par la prière.
(...) D'ailleurs, que ceux qui se posent des questions sur cette communauté
viennent à leurs portes ouvertes le 16 septembre. Il n'y a rien à cacher.
» . La journaliste ajoute : " Dès lors, on peut s'interroger sur la
discrétion affichée par la communauté, qui ne semble pas vouloir ouvrir ses
portes avant le mi-septembre". Même la session "portes
ouvertes" est suspectée. Si Stéphanie Forestier était véritablement au
fait du climat antisecte qui règne en France, elle comprendrait sûrement la
prudence des minorités spirituelles vis à vis des médias. De la même façon
Marie Lemonnier du Nouvel Observateur précise : "l'instance supérieure de
la Communauté
des Béatitudes sollicitée par « le Nouvel Observateur », refuse de
commenter les accusations qui pèsent aujourd'hui sur les « maisons » et leur
fondateur". Personne n'a en effet le goût du lynchage médiatique. Lorsque
les médias feront sérieusement et respectueusement leur travail d'enquête il
est probable que les portes s'ouvriront plus facilement.
Epilogue ?
Dans le Nouvel Observateur, Marie Lemonnier remarque : "Le père Bernard
Marie, nouveau « berger » depuis septembre, de l'ancienne « maison » des
Michelena, évoque quant à lui d'«éventuelles erreurs de jeunesse».".
Dans La Dépêche Jean-Marc
Guilbert rapporte : "(...) fin 2007, les autorités du Vatican qui avaient
donné un statut d'association de fidèles aux Béatitudes pour 5 ans, leur ont
imposé de nouvelles obligations".
D'aucuns pourraient dire : "Vous voyez, l'organisation de la communauté
a évolué, le Vatican a imposé de nouvelles règles, l'action menée par les
époux Michelena, les associations de prévention des dérives sectaires,
la MIVILUDES
, les médias ont fait évoluer les choses dans le bon sens". Si les époux
Michelena sont en droit de demander justice parce qu'ils pensent avoir été
trompés, il convient de ne pas justifier pour les autres l'utilisation de
moyens inappropriés et non démocratiques en vue d'obtenir une fin qui
pose question étant donné le non lieu prononcé.
L'utilisation caricaturale, au point de devenir grotesque, de la notion
d'emprise mentale, fait basculer notre pays dans des pratiques totalitaires. Les
amalgames qui accompagnent la lutte contre les sectes sont largement amplifiés
et sur-utilisés par les médias : ces "marchands d'excitants et de crétinisme"
selon l'expression du professeur Philippe Meirieu (nous reprenons son
appellation à notre compte pour la plupart d'entre eux sur la question
sectaire) (Canal+ - L'année
du zapping 2007).
Même si des délits sont commis au sein d'un groupe spirituel, leur traitement
par la Justice
ne devrait pas s'accompagner du climat délétère qui entoure et influence
chaque affaire de secte et rejaillit en fait sur toutes les autres prétendues
"sectes". Il est du reste heureux et remarquable que
la Justice
puisse, la plupart du temps (mais malheureusement pas tout le temps), maintenir
une indépendance face à cette pression médiatique.
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