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L'affaire de la communauté des Béatitudes
Par le CICNS (mise à jour de mars 2009) La communauté des béatitudes a été l’objet
d’une couverture médiatique importante ces dernières années en raison
d’un certain nombre de plaintes déposées à son encontre. Nous
proposons ci-dessous un récapitulatif de ces événements et mettons en
évidence le rôle des médias dans la construction d’une image négative
de ce groupe, indépendamment des faits qui peuvent être reprochés à
certains de ses membres, et qui sont en cours de traitement par la
justice.
Origines et statuts
« La communauté est née en France en 1973, dans la
mouvance charismatique sous le nom de « Communauté du lion de Juda et
de l’agneau immolé ». Gérard Croissant, appelé Frère Ephraïm, marié,
est à son origine, avec un autre couple. C’est en 1987 que la
communauté décide de prendre le nom de « Communauté des
Béatitudes » Le changement devient officiel en 1991. Elle est
aujourd’hui implantée sur les cinq continents, dans 65 diocèses ».
« Association internationale de fidèles
de droit pontifical depuis 2002, la communauté relève du Conseil
pontifical pour les laïcs et non plus directement de son diocèse
d’origine » (La Croix,
24 juin 2008). « La communauté des Béatitudes a été reconnue
"ad experimento" (à titre provisoire, ndlr) en 2002 par
le Vatican pour une période de cinq ans. Sa reconnaissance définitive
n'ayant pas abouti, le statut provisoire a été prolongé de deux ans,
a indiqué à l'AFP le père Jean-Baptiste Tison, l'un des membres de la
communauté de Notre-Dame de Bonnecombe » (AFP,
17 octobre 2008).
Plaintes et procédures judiciaires
En avril 2005, Myriam et Pascal Michelena, anciens membres de la
communauté religieuse des Béatitudes déposent plainte contre cette
organisation pour faits d'escroquerie et abus de faiblesse.
La justice classe sans suite la plainte des Michelena : « Dans
son ordonnance de renvoi (...), la juge d'instruction estime en effet
qu'il n'y a pas eu abus de faiblesse mais plutôt un ressenti de
«manipulation mentale», une notion qui n'entre pas dans le droit tel
quel ». (La
Dépêche).
L'article précise que la juge ne se prononce pas sur les faits
d'escroquerie puisqu'ils sont prescrits. Myriam et Pascal Michelana
précisent : « Si nous avons tardé à porter plainte, c'est
parce que nous avons essayé en premier lieu de trouver une solution
avec les institutions ecclésiales et le tribunal d'officialité de
Toulouse. N'ayant pas été entendus, nous sommes allés vers la justice
pénale. Aujourd'hui, nous sommes écœurés par tout cela. Mais nous
voulons tourner la page en espérant que d'autres victimes trouvent le
courage et l'énergie de prendre le relais » (ibid.). A la suite de cette décision de justice de
nombreuses autres plaintes vont émerger donnant lieu à différentes
procédures judiciaires. Quatre membres de la communauté religieuse des
Béatitudes de l'Aveyron dénoncent le frère Pierre-Etienne Albert pour
« attouchements sexuels sur mineurs » (AFP,
12 juin 2008). Cet homme de 57 ans avoue à la justice « une
cinquantaine d'agressions sexuelles commises dans toute la France sur
des enfants de 5 à 14 ans entre 1985 et 2000 » (La
Dépêche, 3 octobre 2008). Il
est « mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, en
février 2008 à Rodez » (AFP,
17 octobre 2008).
Selon Pierre-Etienne Albert : « La
hiérarchie de la communauté était parfaitement au courant de ses
agissements et n'aurait rien fait pour y mettre fin, se contentant de
le déplacer de « maison » en « maison». » (Sud
Ouest,
3 octobre 2008).
C'est dans ce cadre qu’une information judiciaire pour
non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs a été ouverte à
Rodez (12). « Six
responsables des Béatitudes ont été placés en garde à vue ces
derniers jours à Toulouse, La Roche-sur-Yon (86) et Prayssas (47). À
Prayssas, c'est un couple de retraités, animateurs d'une association
liée à la communauté, Alliances internationales, qui ont été entendus
par les gendarmes du service de recherche de Toulouse. Placés en
garde à vue lundi, ils en sont ressortis le lendemain sans qu'aucune
charge n'ait été retenue à leur encontre. Dans le même temps, les
enquêteurs ont également perquisitionné la propriété de l'association
Kinor, à Labrit (40), considérée comme le domicile du fondateur des
Béatitudes, Gérard Croissant ». (Sud
Ouest,
3 octobre 2008)
Nicolas Le Port-Letexier, 28 ans, élève de 1995 à 1999 du cours Agnès de Langeac, collège de la communauté situé à Autrey (Vosges)
donne le témoignage suivant : « Le
responsable de la communauté d'Autrey, qu'on appelle le berger,
venait me savonner sous la douche. Le soir, il invitait d'autres
jeunes à le masser nu sur le lit dans sa chambre. Il caressait les
fesses et embrassait la poitrine d'un autre. Certains responsables
avaient des relations sexuelles avec les élèves (…) Huit jeunes à ma
connaissance ont mis fin à leurs jours »
(Le
Parisien).
A noter que le Parisien titre son article : « Enquête
sur une série de suicides dans une communauté religieuse » alors que
dans son numéro du 21 janvier 2009, il précise que l’une des
personnes a mis fin à ses jours dans un hôtel de Toulouse. « Le procureur d'Epinal, Bernard Marchal, a décidé
l'ouverture d'une enquête préliminaire suite à « des éléments
nouveaux » sur les événements survenus au sein du collège
Agnès de Langeac, entre 1995 et 1999, à Autrey (Vosges) » (Le
Parisien, 21 janvier 2009). Un membre des groupes de prières de la communauté
des Béatitudes de Vaumoise s'est adressé à une association
antisectes : « Il se sentait pris au piège et avait peur que cette
communauté religieuse se substitue à la médecine pour soigner les
gens avec des prières lors de certains offices » (Le
Parisien, 8 août 2008).
Olivier Demarle, qui avait rejoint la communauté installée dans le
château de Thy en Belgique dit avoir « été
confronté à des manipulations mentales » et à une thérapie « hautement
dangereuse »» (Le Parisien
– Aujourd’hui en France, 15 décembre 2008).
« Gérard Croissant, 59 ans, le fondateur de la communauté catholique
des Béatitudes (…) a été interpellé à sa descente d'avion mardi matin
à l'aéroport de Roissy. Il arrivait du Rwanda où il s'était réfugié
depuis dix mois. (…) Il a été remis en liberté mais sera convoqué par
la juge d'instruction pour être mis en examen pour « non dénonciation
d'agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans. » (Le
Parisien,
jeudi 6 novembre 2008).
MIVILUDES et associations antisectes
Dans un article du
Canard Enchainé
du 10 janvier 2007, le journaliste Didier Hassoux rapporte un
commentaire de Jean-Michel Roulet (alors président de la MIVILUDES)
sur la communauté des Béatitudes : "Un
faisceau concordant d'éléments justifie pleinement que la justice
soit saisie », car «
des familles nous ont décrit des situations que l'on peut qualifier
de dérives sectaires ».
L’actuel président de la MIVILUDES « Georges Fenech et ses
conseillers se sont rendus au siège blagnacois national et
international des Béatitudes où ils ont rencontré le modérateur
général Françoic-Xavier Wallays, son adjoint et plusieurs membres ».
Le président de la MIVILUDES précise : «
J'ai initié une méthode qui
est d'aller sur le terrain plutôt que de rester dans un bureau (…).
Nous avions reçu une vingtaine de plaintes ou de signalements,
d'anciens membres ou de leurs familles, concernant les Béatitudes :
agressions sexuelles, ruptures familiales, abandon de patrimoine pour
travailler ensuite bénévolement, pratiques psycho spirituelles,
confusion entre pratique religieuse de congrégation de vie consacrée
alors qu'une demande de statut de congrégation est instruite par le
bureau des cultes du ministère de l'Intérieur (…) J'ai saisi le
préfet de Haute-Garonne pour vérifier le fonctionnement sur la
légalité du travail bénévole, et pour qu'il demande où sont les
filles d'un couple sans nouvelle d'elles. Je vais réunir le conseil
qui m'entoure. Nous sommes au stade de la réflexion. Mais il faut une
surveillance de la MIVILUDES. » ». (La
Dépêche)
Le ton de Jean-Michel Roulet reste prudent et Georges Fenech ne
prononce ni l’expression « dérive sectaire », ni l’expression
« emprise mentale », pourtant « consacrées » dans la rhétorique de la
mission. Ces expressions sont néanmoins utilisées par des plaignants
et par la presse.
Il est intéressant de comparer les propos de Georges Fenech sur la
communauté des Béatitudes avec ceux qu’il a tenus au sujet de la
communauté « Amour et Miséricorde » dans le Jura, très rapidement
accusée d’être une « secte » : « selon la MIVILUDES (…) les
informations recueillies « attestent
de comportements constitutifs de dérives sectaires au sein de ce
groupe à travers des témoignages révélant un processus d’emprise sur
ses membres, de rupture avec l’environnement familial et social et de
pressions financières.» » (Source).
Si l’on compare les plaintes déposées pour ces deux groupes, il est
clair pourtant que la communauté des Béatitudes est plus
controversée. La différence de traitement tient apparemment à la
proximité de cette communauté avec l’Eglise catholique qui a un
statut particulier en France ; la terminologie antisecte ne peut être
utilisée sans précautions. Loin de nous l’idée de regretter la
prudence de la MIVILUDES, mais cette attitude, plutôt qu’une
salutaire prise de recul globale, illustre la laïcité à géométrie
variable qui caractérise notre pays.
Certains commentateurs critiquent par ailleurs la nouvelle stratégie
d’action de la MIVILUDES : « Il y a effectivement mélange des genres
: si le député Fenech est effectivement chargé d'une mission
d'évaluation des "dispositifs
judiciaires
conçus pour lutter plus efficacement contre les dérives sectaires",
il n'est pas inspecteur de police judiciaire et ses
perquisitions/visites chez des communautés relèvent du mélange des
genres ». (Michel Janva,
Chrétienté.info)
Dans un article du
Nouvel Observateur
du 29 mars 2007, la journaliste Marie Lemonnier rapporte les propos
de Guy Rouquet, président de Psychothérapie Vigilance, qui se désole
: « Il y a beaucoup de gens
sincères à l'intérieur de la communauté qui ne voient pas la
superstructure et la manière dont ils sont utilisés et abusés».
Le thème de l’emprise mentale est l’argument favori des associations
antisectes. Il a la particularité appréciable d’être anxiogène, ce qui
dispense en général d'avoir à apporter des preuves, et la double
fonction de discréditer d’emblée la ou les personnes accusées de ces
pratiques et de frapper d’irresponsabilité leurs supposées victimes.
Réactions de la communauté, de son environnement et de l’Eglise
catholique La communauté a déposé un certain nombre de
plaintes pour diffamation : « Cela porte à une dizaine le nombre de
plaintes déposées contre des médias : chaînes de télévision, journaux
de la presse quotidienne nationale ou régionale, hebdomadaire,
journal gratuit et même un site internet » (La
Dépêche, 20 janvier 2009).
Suite aux déclarations d’un membre de la communauté de Vaumoise craignant
que la communauté se substitue à la médecine, Bernard Grenier, le
vicaire général de l'évêché de Beauvais, déclare
: « « Ce
n'est pas le cas ! ».
«
Ils prennent sous leur aile ceux qui leur demandent de l'aide. Je
pense que l'homme qui s'est alarmé et a cru à une secte a dû être
surpris par la ferveur manifeste des religieux. Peut-être l'a-t-on
invité à participer à des prières, et peut-être ne s'est-il pas
reconnu ? » Même son de cloche du côté du maire de
Vaumoise, Germain Nicolas, pour qui il s'agit d'une malheureuse
incompréhension.
«
Nous cohabitons avec eux depuis vingt ans. Grâce à eux, certaines
communes désertées par les prêtres ont retrouvé un office. Les
offices de guérison existent bien, mais il ne s'agit en aucun cas de
soigner les gens par la prière. C'est appelé offices des malades et
cela a lieu une fois par trimestre environ. Les gens y viennent prier
pour ceux qui se sentent condamnés ou qui ont une maladie grave que
la médecine n'a pas réussi à guérir. Ils cherchent du réconfort,
c'est tout. D'ailleurs, que ceux qui se posent des questions sur
cette communauté viennent à leurs portes ouvertes le 16 septembre. Il
n'y a rien à cacher.» » (Le
Parisien,
8 août 2007)
Suite aux accusations portées contre le frère Pierre-Etienne Albert,
des tensions internes se sont révélées :
« On vit une sorte d'inquisition. C'est la conséquence de la
dénonciation »,
a déclaré cette laïque à l'AFP, regrettant que « tout
le monde se renvoie la balle ». « La
vérité a ruiné notre vie, notre intégrité », a regretté
cette femme pour qui
« c'est nous qui sommes les criminels » désormais.
Muriel, qui a « accompagné »
l'auteur des faits depuis sept ans, a estimé qu' « avec
plus d'hommes courageux et des évêques avec plus de convictions »,
la situation aurait été différente. « Il
faut que cette histoire serve », a souligné cette « stagiaire
en cheminement pour s'engager dans la communauté »
présente à l'abbaye depuis 2000 »
(AFP, 12 juin 2008). Le cardinal Bernard Panafieu, « archevêque
émérite de Marseille »,
chargé par le Vatican d'une mission auprès des Béatitudes, fait état
de : « récents
évènements douloureux touchant (la) communauté »
(AFP 17 octobre 2008). « Le Conseil pontifical pour les laïcs a pour sa
part souligné
"la nécessité d'aller au fond des problèmes soulevés et
d'entreprendre dès à présent un chemin de refondation spirituelle et
structurelle" et demandé que l'assemblée générale se
tienne avant novembre 2009 » (AFP,
17 octobre 2008).
« D’un point de vue juridique, le Saint-Siège attend que chaque état
de vie soit bien « défini » au sein de la communauté : laïcs,
consacrés hommes et femmes, religieux et religieuses, familles… «
On s’oriente donc vers la
création d’un institut religieux féminin, un institut masculin, et
une association de familles, indique-t-on à Rome. Actuellement, ce
n’est pas encore le cas, ce qui suscite parfois des confusions. Nous
leur avons indiqué une issue possible, qui passe par une rénovation
de fond. » ». « Pour l’archevêque émérite de Marseille, cette «
crise de croissance » aura permis aux Béatitudes (1 100 membres
répartis dans le monde, dont une centaine de prêtres) de « faire le
point et de réajuster (leurs) orientations », en vue d’enraciner leur
« dynamisme » dans la vie de l’Église » (La
Croix).
Le traitement médiatique
L'article
de Marie Lemonnier au Nouvel Observateur démarre ainsi : « Il se
passe des choses étranges dans cette « communauté nouvelle », l'une
des plus importantes du monde catholique. Plusieurs de ses membres
dénoncent des manipulations mentales, des abus de pouvoir, voire une
entreprise de racket. Son fondateur a disparu. La justice est saisie,
et l'Église bien embarrassée ». Quant au fondateur : « Il a (...) une barbe vaguement
méphistophélique ». A aucun moment la journaliste ne semble
s'intéresser à l'avis des membres satisfaits de leur appartenance à
la communauté. L'article est construit comme ces nouvelles à frisson
dont les magazines nous gratifient en été pour nous distraire et
cela au mépris des conséquences sur les personnes qui participent
toujours à cette communauté. Ce style journalistique peut être
qualifié de "mépris social", une attitude que s'interdiraient les
rédacteurs du Nouvel Observateur... si l'on en croit la charte de
déontologie du journal.
Fidèle à son style satirique - il était difficile d'espérer mieux -
Le Canard Enchaîné,
oriente son article sur les déviances financières de l'organisation
dont l'objet serait la « multiplication du blé ». N'importe quel
chiffre est utilisé pour démontrer l'escroquerie. Le coût d'une
formation sur 4 jours « oscille entre 400 et 800 euros », un chiffre
qui, en lui-même, a peu de chances de provoquer de réactions. Qu'à
cela ne tienne : « comme les fidèles sont priés de faire œuvre de
charité, ils versent une obole supplémentaire, en liquide ou par
chèque, mais sans mention du destinataire, s'il vous plaît... ». Pour
s'assurer l'adhésion définitive du lecteur, le journaliste évoque une
valeur sûre d'indignation en mentionnant les pratiques thérapeutiques
alternatives du docteur Hamer qui seraient utilisées au sein de la
communauté. En l'espace de quelques lignes, des centaines de personnes
sont dévalorisées : soit en escrocs, soit en pauvres victimes
inconscientes. Le Parisien, dans l’article de Stéphanie Forestier
du 8 août 2007, équilibre son propos par des témoignages positifs sur
la communauté. L’annonce d’une journée « portes ouvertes » dans la
communauté de Vaumoise lui inspire néanmoins ce commentaire : « on
peut s'interroger sur la discrétion affichée par la communauté, qui
ne semble pas vouloir ouvrir ses portes avant le mi-septembre ». Il
suffirait à cette journaliste de reconnaître le climat antisecte qui
règne en France pour comprendre la prudence des minorités
spirituelles vis-à-vis des médias. S’il est naturel que les plaintes et le contexte
des affaires citées soient restitués dans la presse et à la
télévision, nous constatons une nouvelle fois que beaucoup de
journalistes se défoulent à peu de frais sur des communautés de
personnes dont ils ne connaissent presque rien, si ce n’est à travers
les témoignages de quelques plaignants. Leur traitement généralement
très partial de l’information dans les affaires dites de « sectes »
n’invite pas les groupes ainsi qualifiés à l’ouverture. Personne n'a
en effet le goût du lynchage médiatique, en particulier lorsque des
procédures judiciaires sont en cours. L'objectif de produire une information plus
équilibrée et plus respectueuse du temps judiciaire est-il un
objectif si difficile à atteindre ?
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