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Charlie Hebdo et les sectes

ou Comment salir jusqu'à écoeurement les plus belles aspirations humaines

 

par Emile d'Albret, membre du CICNS

Mon voisin savait que je faisais de la méditation et que j’étais végétarien. Mes choix de vie étaient éloignés des siens mais nos rapports étaient cordiaux. Depuis qu’il a lu le Hors Série de Charlie Hebdo sur les Sectes, je sens dans son attitude le poids d'une "révélation" : je fais probablement partie d’une secte et j'appartiens maintenant à un monde défini dans l’éditorial de cette «oeuvre de paix» comme celui de « la loufoquerie, de la méchanceté, de la mégalomanie, de la perversité, du mensonge, de l’escroquerie, de la paranoïa, de la naïveté des uns et de la ruse des autres. ».

 

Dans le « pays des droits de l’homme », on ne peut plus aujourd’hui, comme cela s’est fait il y a encore une soixantaine d’années, mener de force quelqu’un en place publique pour le livrer à la vindicte populaire. Cela choquerait, pour le moins… La publication de ce numéro de Charlie Hebdo, qui traîne dans la boue une partie de la population pour la seule raison de ses pratiques ou appartenances spirituelles, n’est pas loin d’un tel acte, mais elle ne soulève, pourtant, aucune indignation dans les médias, ni aucune réaction des autorités.

 

Les dessins de la revue suffisent à exprimer le mépris que ces journalistes ont pour le sujet qu’ils traitent. Les quelques phrases ci-dessous, extraites de ce numéro hors série, traduisent bien l'état d'esprit de ces deux "journalistes" qui se sont rendus "sur le terrain" :

   

«(…) Les zinzins, plus on en voyait plus ça nous donnait envie de fuir (…) Vous imaginez ? Faire semblant de croire à des choses qui vous débectent. Applaudir des gens à qui on a envie de casser la gueule. Écouter sans broncher des délires absurdes et soporifiques. Nous mettre dans la peau de quelqu’un qui n’a plus de cerveau. Reniés, on s’est reniés (…) Une autre chose douloureuse, c’est l’impression de trahir. Pas les gourous, eux, ils sont dangereux et on s’en fout. Je parle de leurs victimes, ces adeptes qui étaient sympas avec nous (…) tous ces gens avec qui on a été faux-culs pour mieux les assassiner sur le papier. »

 

Pourquoi une telle agression ? Au nom d’un certain « bon sens », sans doute, soutenu par une tranche de la population qui fut «rebelle à la société» et qui retrouve dans les pages de Charlie Hebdo le décor de sa jeunesse. Le style est inchangé mais depuis les « Hara Kiri » des années 60-70 (revue à laquelle a succédé Charlie Hebdo), jusqu'à ce Hors Série de 2004, on peut mesurer l’amertume et le poids d’une lente intégration à contrecoeur dans une société qui n’a pas répondu aux aspirations de la jeunesse d’alors.  

 

Ceux qui réclamaient hier la liberté et l’émancipation des citoyens se font aujourd’hui les alliés de la très conservatrice Union Nationale des Associations de Défense de la Famille et de l’Individu, ainsi que d’une politique d’état liberticide de « lutte contre les dérives sectaires » auxquelles ils font une publicité implicite et explicite.  

Brassens chantait « Les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux …»


Que les « braves gens » d’aujourd’hui soient les rebelles d’hier ne change rien à l’actualité de ces paroles, et c’est cette tendance frileuse et égocentrique qui est exploitée par ceux qui veulent imposer leur vision rationaliste et matérialiste du monde.  

Si vous voulez choquer aujourd’hui il est plus facile de le faire en parlant de Dieu, d’amour et de paix, qu’en parlant de sexe. Est-ce là la victoire attendue des rebelles de 68 ?

 

Au-delà de cette question qui concerne avant tout les auteurs et lecteurs de cette revue, nous ne pouvons que lancer un signal d’alarme devant une telle parution. C’est avec une semblable indifférence de l’opinion que dans la presse de l’avant-guerre sont parus des articles et des dessins antisémites auxquels ce Hors Série de Charlie Hebdo n’a que peu à envier (Lire Propagande). Et c'est encore une fois, dans le contexte d'une ségrégation d'état que toutes les exagérations trouvent leur impunité. Comment expliquer, sinon par une caution tacite de l'état et des pouvoirs politiques en général, une telle absence de gêne ?

 

Les sources citées en deuxième page du journal, incontournables références des parlementaires et fonctionnaires en charge de la "lutte contre les dérives sectaires", sont consternantes de par leur vision unilatérale de la question autant que par leur mépris des milieux spirituels. On retrouve donc entre autres, l'UNADFI, et le CCMM, Alain Vivien et Jean Marie Abgrall, qui ont fait du sujet des sectes leur cheval de bataille, soutenus par le gouvernement dans une véritable "chasse aux sorcières". 

 

Si "casser de la secte" est devenu toléré, voire encouragé, c'est que les minorités spirituelles ont endossé un rôle de bouc émissaire. Dorénavant, s'inscrivent dans les premières lignes d'une liste de la honte, aux côtés des "bicots", "youpins", "manouches", "cocos", "ricains" ou "portos", les mots, devenus infamants, de "secte" et de "Gourou". Chaque individu se sentant concerné par cette situation devrait examiner soigneusement ses intentions et la réalité de ses connaissances sur le sujet avant d'utiliser de tels mots.

 

Il est grand temps de lever le voile sur la réalité méconnue d'une population mise au ban de la société à cause de ses aspirations spirituelles ou de ses choix de vie minoritaires, et cela dans un consensus médiatique et politique écrasant.

 

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