Commentaire de la circulaire "Raffarin"relative à la lutte contre les dérives sectaires Par Emile Dalbret du CICNS La circulaire
du A lire cette
circulaire, dont vous trouverez ci-dessous le texte intégral, nous nous
demandons pourtant comment son annonce a pu être porteuse d’enthousiasme. Ce document suffit à convaincre que la «politique de lutte contre le dérives sectaires» n’est remise en cause que sur une question de forme mineure mais nullement dans ses perspectives, ses intentions et son intensité.
Commentaires en italique et en gras dans le texte J.O
n° 126 du texte
n° 8 Décrets,
arrêtés, circulaires Textes
généraux Premier
ministre Circulaire
du NOR:
PRMX0508471C Paris,
le Le
Premier ministre à Mesdames et Messieurs les ministres et secrétaires d'Etat,
Mesdames et Messieurs
les préfets, En
créant, par le décret du lutte
contre les dérives sectaires (MIVILUDES), le Gouvernement a entendu réorganiser l'action
préventive et répressive des services de l'Etat à l'encontre de ces
agissements. Après
trente mois de fonctionnement de la MIVILUDES et à la suite du deuxième
rapport annuel
qui m'a été remis par son président, je juge utile de tirer les enseignements
et de fixer les
orientations qui suivent. I.
- Les principes de l'action menée par le Gouvernement L'action
menée par le Gouvernement est dictée par le souci de concilier la lutte contre
les agissements
de certains groupes, qui exploitent la sujétion, physique ou psychologique,
dans laquelle
se trouvent placés leurs membres, avec le respect des libertés publiques et du
principe de
laïcité. Il
y a là exprimé, tout le paradoxe d’un état qui, tout en prétendant agir
pour la sauvegarde de ses citoyens, se voit régulièrement confronté aux
limites imposées par les textes fondamentaux de sa propre constitution. L'expérience
a montré qu'une démarche consistant, pour les pouvoirs publics, à qualifier
de « secte
» tel ou tel groupement et à fonder leur action sur cette seule qualification
ne permettrait pas
d'assurer efficacement cette conciliation et de fonder solidement en droit les
initiatives prises.
Aussi a-t-il été décidé, plutôt que de mettre certains groupements à
l'index, d'exercer une vigilance
particulière sur toute organisation qui paraît exercer une emprise dangereuse
pour la liberté individuelle de ses membres afin d'être prêt à identifier et
à réprimer tout agissement susceptible
de recevoir une qualification pénale ou, plus généralement, semblant
contraire aux lois et règlements. Ce souci de sécurité juridique, loin
d'affaiblir l'action menée, ne fait que mieux garantir son efficacité. C’est, nous
le pensons, un aveu sans précédent que le gouvernement français s’est livré
dans le cadre de sa politique de lutte contre les dérives sectaires, à une
« expérience » de « mise à l’index » en fondant son
action sur la simple qualification de secte. Cet aveux qui nous parait extrêmement
grave n’est en rien accompagné de la remise en question de fond à laquelle
nous pourrions légitimement nous attendre. Nous pouvons lire dans ce
paragraphe, non seulement, la détermination de persévérer dans cette
politique, mais aussi l’intention de laisser régner dans cette action un flou
entretenu par des termes que nous avons surlignés et qui laissent la porte
ouverte à toutes les interprétations et à tous les abus. La remise en
question de forme développée plus loin n’est d’ailleurs semble-t-il motivé
que par un « souci de sécurité juridique ». Il
est clair, toutefois, qu'une telle démarche ne peut être pleinement efficace
que si les fonctionnaires
et agents publics mènent, avec discernement, une véritable action de terrain : -
ils doivent s'attacher à rechercher et à identifier, dans leur périmètre
d'attributions, toute activité,
quelle que soit sa forme, susceptible de revêtir un caractère « sectaire »,
parce qu'elle place
les personnes qui y participent dans une situation de sujétion ou d'emprise et
tire parti de cette
dépendance ; Ainsi,
les groupements ne seront plus des sectes, mais des activités à caractère
sectaire. Dont
la définition ici donnée pourrait encore une fois être attribuée à tous
types d’activités humaines. Une association de supporters, un parti
politique, comme un club de foot ou une entreprise, place ses membres ou ses
employés dans une situation de dépendance dont ils profitent. Puisque
effectivement, et comme dans les milieux spirituels, les gens s’y réunissent
souvent par communion d’intérêt, de conviction ou de foi afin de faire
grandir ceux-ci. -
cette activité doit alors être suivie avec une extrême vigilance de manière
à prévenir tout agissement
répréhensible et, s'il se produit, à engager sans délai l'action répressive. Cette
vigilance doit s'exercer en tenant compte de l'évolution du phénomène
sectaire, qui rend la
liste de mouvements annexée au rapport parlementaire de 1995 de moins en moins pertinente.
On constate en effet la formation de petites structures, diffuses, mouvantes et moins
aisément identifiables, qui tirent en particulier parti des possibilités de
diffusion offertes
par l'Internet. L’Etat
s’attaque donc maintenant plus particulièrement aux « petits ».
Il est vrai que certains grands groupes se sont révélés avoir des soutiens
encombrants notamment auprès de l’UNESCO, de l’ONU, ou de certain grands
Etats. Cette
vigilance est particulièrement cruciale à l'égard de certains groupes fondés
sur une conception
totalitaire et pratiquant un fonctionnement occulte, dont les agissements
peuvent avoir
des conséquences irréparables. Cette
phrase est typique d'une attitude visant à entretenir la peur d'un ennemi indéfini
et anonyme, nerf d’une guerre qui trouve toujours de nouveaux combattants. II.
- Les modalités de l'action L'action
engagée doit être poursuivie grâce au dispositif, sans égal en Europe, mis
en place tant
au niveau national que local. cohérence
de l'action de l'Etat en coordonnant l'activité des services. Le
comité exécutif de pilotage opérationnel, qui réunit les représentants des
administrations centrales les plus concernées, se réunit tous les deux mois. Je demande que ce rythme soit maintenu et que la représentation des services soit assurée de façon régulière et au meilleur niveau de responsabilité. Le
dialogue confiant et fructueux qui s'est noué sous la responsabilité du président
de la MIVILUDES
entre ce comité et le conseil d'orientation, qui réunit des personnalités qualifiées,
doit être approfondi. Le
conseil d’orientation réunit, entre autres mais en majorité,
des représentants ou des proches de l’UNADFI et
du CCMM, associations qui affichent un parti pris « anti-sectes »,
des députés qui réitèrent régulièrement et publiquement des voeux
guerriers à l’encontre des minorités spirituelles et donc, un consensus qui
ne semble pas laisser place à une remise en cause de la croyance en un danger
pernicieux et grave dans les nouvelles expressions de la spiritualité. 2.
La même cohérence a été recherchée au niveau local avec l'institution, par
une circulaire du ministre
de l'intérieur, de « cellules de vigilance départementales » placées sous
l'autorité des préfets. Les
missions de ces cellules seront transférées par décret en Conseil d'Etat,
dans le cadre de la simplification
des commissions déconcentrées, à un nouveau conseil compétent en matière de prévention
de la délinquance, de lutte contre la drogue, contre les dérives sectaires et
d'aide aux
victimes. Les
préfets mettront en place au sein de chaque conseil un groupe de travail chargé
de suivre spécifiquement
les questions relatives à la lutte contre les dérives sectaires. 3.
Certains ministères ont désigné des correspondants ou chargés de mission spécialisés.
Je souhaite
que chaque ministre se dote d'un tel responsable, à un niveau adéquat
(cabinet, direction
des affaires juridiques ou direction stratégique) avec des capacités de
coordination et d'animation
reconnues. 4.
Les correspondants régionaux de la MIVILUDES désignés par les préfets de région
ont reçu
une mission générale de formation et d'information. Cette mission doit être
confortée et élargie.
Je souhaite en particulier que soit élaboré, au niveau régional, un document
de synthèse
permettant de suivre les évolutions, et que soit organisé, avec l'aide
notamment du « Guide
de l'agent public », un programme de formation interservices sur les dérives
sectaires. 5.
Les services compétents de police et de gendarmerie, ainsi que l'autorité
judiciaire, constitueront
des recueils de données actualisées, portant notamment sur le nombre et la nature
des signalements, des plaintes, des enquêtes ou des condamnations en rapport
avec des dérives
sectaires. 6.
Chaque département ministériel dressera un bilan annuel de ses actions pouvant
figurer, en tout
ou partie, dans le rapport du président de la MIVILUDES. Ce bilan devra porter
sur les activités
poursuivies, les actions de formation entreprises et les résultats obtenus au
niveau local
comme au niveau national. Le cas des enfants et des adolescents devra faire
l'objet d'une attention
particulière de façon à assurer la protection qui leur est due. Décidément,
l’affaire est sérieuse, elle mobilise préfets, ministères et fonctionnaires
dans une lutte qui est effectivement unique en Europe et qui laisse pantois bien
des gouvernements européens qui ne voient en l’émergence des nouveaux
mouvements spirituels nulle matière à inquiétude ou vigilance particulière. 7.
Les réponses aux questions écrites des parlementaires portant sur les problèmes
liés au phénomène
sectaire - plusieurs dizaines par an - doivent faire l'objet de toute votre
attention. Compte
tenu de la sensibilité du sujet, je vous demande de solliciter systématiquement
l'avis de
la MIVILUDES avant toute réponse. Notre
observation des questions écrites et orales de l’assemblée nationale révèle
que la moitié des interventions en question ont pour auteur des députés
membres du conseil d’orientation de la MIVILUDES et qu'aucune d’entre elles
ne remet en question la politique du gouvernement. Il s’agit donc là encore
d’un soutien exprimé à une politique plus extrémiste. 8.
Enfin, un certain nombre d'instructions ministérielles données par vos prédécesseurs doivent
être actualisées en fonction des orientations définies par la présente
circulaire. Je vous demande
de procéder à cet examen en lien avec la MIVILUDES. En tout état de cause,
les références
aux organismes comme l'Observatoire des sectes ou la Mission interministérielle de
lutte contre les sectes (MILS) devront être remplacées par des références au
décret instituant
la MIVILUDES, et le recours à des listes de groupements sera évité au profit
de l'utilisation
de faisceaux de critères. Je vous demande de procéder à cette mise à jour au
plus tard
pour le Jean-Pierre
Raffarin Ce
dernier point qui a semble t-il suscité quelques espoirs d’ouverture,
n’est, au regard de ce qui le précède qu’une mise au point « marketing »
sur une entreprise dont la nature et le fond restent inchangés. Il
est plus que jamais d’actualité de se rassembler pour soutenir l’action du
CICNS, et notamment son projet de la première enquête
sérieuse sur la liberté spirituelle en France, enquête que le gouvernement ne
semble décidément pas prêt à envisager.
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