Colloque « Quelle régulation pour les nouveaux mouvements religieux et les dérives sectaires dans l'Union européenne ? », 15 janvier 2010 à ParisCompte rendu du CICNS
Colloque
ANR-LCSE-Univ.Strasbourg-IESR-EHESS-ISSP Le 15
janvier 2010, un colloque sur le thème : « Quelle
régulation pour les nouveaux mouvements religieux et les dérives
sectaires dans l’Union Européenne ? » (voir
le programme détaillé) était
organisé conjointement par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR),
le laboratoire des Cultures et Sociétés en Europe (LCSE),
l'Université de Strasbourg, le Centre d’Etudes Interdisciplinaires
des Faits Religieux (IESR), l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences
Sociales (EHESS – Centre d’Etudes Interdisciplinaires des Faits
Religieux), l’Institut des Sciences Sociales du Politique de l’Ecole
(ISSP Cachan). Nous en proposons
ci-dessous un compte rendu qui ne restitue qu’une partie seulement
des nombreux et riches échanges de cette journée.
Introduction A partir d’un bref
historique décrivant l’arrivée sur le devant de la scène de ce sujet
de société,
Nathalie Luca (EHESS) a lancé
la réflexion en présentant les principales caractéristiques du thème
de la journée : une terminologie qui pose problème (le terme
« nouveau mouvement religieux » est imprécis, le terme « secte » est
devenu péjoratif) et dont le choix pourrait en dire plus sur nos
institutions que sur le problème qu’elle tente de décrire ; des
réponses très différentes d’un pays à l’autre alors que les minorités
spirituelles sont les mêmes avec des comportements similaires dans
tous ces pays ; un parlement européen qui,
reconnaissant la contradiction pouvant survenir entre
« garantir la liberté individuelle » et tenter « d’empêcher certaines
dérives », a laissé les
Etats choisir leur propre solution.
Les « nouveaux
mouvements religieux » apparaissent comme une menace car ils
proposent une référence qui n’est pas celle de l’Etat nation, dans de
nombreux aspects de la vie en société. Dans cette perspective la
France, en voulant prévenir les dérives, en arrive à « dénoncer »
avant qu’un acte délictueux ne soit commis. Jean-Paul Willaime
(directeur de l’IESR, directeur d’étude à l’EPHE) a rappelé que le
thème de la journée s’inscrivait dans un mouvement plus large de
« retour de la question religieuse dans l’agenda des pouvoirs publics
» alors qu’on croyait avoir résolu ces questions. Il y a de plus une
pluralisation religieuse et philosophique accrue aujourd’hui. Si
trois principes de base se retrouvent dans la plupart des pays – 1)
liberté de conscience, de pensée, religieuse ; 2) égalité des droits
et des devoirs pour les citoyens ; 3) autonomie des Etats mais aussi
des Eglises, les uns par rapport aux autres, dans leur gestion
respective – les solutions choisies pour répondre à la question
religieuse sont très diverses. Louis-Léon
Christians (professeur, chaire de Droit et religion, Université
catholique de Louvain) a présenté les « contraintes juridiques
européennes pour la régulation des mouvements religieux contestés ».
Plusieurs décisions de justice de la CEDH (Cour Européenne des Droits
de l’Homme), qui travaille « crescendo » sur ces questions, ont
permis d’invalider des décisions prises par des juridictions
nationales à l’encontre de personnes membres de minorités
spirituelles (ex : affaire
Paturel contre UNADFI,
affaire Jérusalem c. Autriche 27 février 2001, où il a été jugé par
la CEDH que le terme « secte » était un jugement de valeur). Ce
travail de rééquilibrage s’accompagne d’une recommandation
d’information « soft » (que l’on pourrait traduire par « mesurée ») à
destination des pouvoirs publics lorsque ceux-ci s’adressent aux
citoyens au sujet des nouveaux mouvements religieux. L’information
diffusée peut alerter des dangers potentiels mais en évitant les
discriminations. Néanmoins, selon Louis-Léon Christians, cette
recommandation ne s'accompagne d'aucun contrôle dans les pays
respectifs permettant de vérifier si elle est respectée, la CEDH
allant même jusqu'à faire des évaluations peu crédibles puisqu'elle
a par exemple prétendu que le rapport parlementaire français sur les
sectes de 1996 n’avait eu aucun impact sur le public. La CEDH
n’accepte pas de critique sur sa méthode.
Le modèle français Patrice Rolland (Professeur, Université Paris XII) Patrice Rolland
a présenté le contexte français en constatant
de prime abord que la réaction française à l'encontre des nouveaux
mouvements religieux est sensiblement plus visible qu’ailleurs alors
que les situations des pays voisins sont similaires. L’affirmation de
la neutralité de l’Etat français sur la question religieuse et de sa
non reconnaissance des cultes, provoque deux embarras. Le premier est
juridique ; la « non reconnaissance » l’empêche de définir ce qu'est
une religion et donc une secte, rendant toute désignation subjective
et conduisant par exemple dans la loi About-Picard à ne mentionner
les sectes que dans le titre de la loi. Le deuxième embarras est
politique ; l’invocation fréquente de la laïcité pour justifier sa
politique cache en fait l’affrontement résiduel qui l’oppose aux
institutions religieuses au sujet de l’article 4 de la
loi de 1905 (qui précise que
l’Etat respecte l’organisation interne des cultes). Est-ce qu’au nom
d’une politique de libération, l’Etat français peut intervenir dans
le domaine religieux, demande Patrice Rolland ? Bertrand Gaume
(Chef du Bureau Central des Cultes au Ministère de l’Intérieur) Pour Bertrand
Gaume, il est nécessaire d’adopter une position équilibrée ; l’Etat
n’a pas à qualifier les croyances ; dans l’article 1 de la loi de
1905 (« la République assure la liberté de conscience et garantit le
libre exercice de culte »), le mot « garantit » induit bien une
obligation positive et en tant que 1er article de la loi,
cela met ce point au premier plan. Il rappelle la
circulaire du premier ministre
Jean-Pierre Raffarin de mai 2005 ; celle du
25 février 2008 de Michèle
Alliot-Marie où il est
précisé que « secte » est une notion de fait et non de droit. Selon
Bertrand Gaume, il ne faut pas mettre à l’index les mouvements et
s’appuyer uniquement sur le trouble à l’ordre public. Il considère
que le débat sur l’article 4 de la loi de 1905 n’est pas clos. Toutes
ces questions interrogent le rapport à la « norme » et elles ne sont
pas forcément exprimables par le droit positif. Amélie Cladière
(secrétaire générale de la
MIVILUDES) Amélie Cladière a
présenté la mission de la MIVILUDES telle que sur le site Internet de
cette dernière. La MIVILUDES mène une action d’observation et
d’analyse du phénomène sectaire à travers ses agissements
attentatoires aux droits de l’homme, aux libertés fondamentales et
autres comportements répréhensibles. Elle coordonne l’action
préventive et répressive des pouvoirs publics à l’encontre des
dérives sectaires et contribue à la formation et l’information de ses
agents. Elle informe le public sur les risques voire les dangers
auxquels il est exposé et facilite la mise en œuvre d’actions d’aide
aux victimes de dérives sectaires. Elle s’emploie à préserver l’ordre
public et la santé physique et psychologique des personnes. Amélie
Cladière a ensuite précisé certains points : la mission doit
fréquemment justifier son action à l’international car elle n’est pas
toujours comprise ; il n’y a aucune liste de sectes, ni grille
d’évaluation des mouvements ; la MIVILUDES ne juge pas le contenu des
croyances, néanmoins elle doit s’y intéresser à son modeste niveau
(puisque ses membres ne sont pas chercheurs) pour savoir apprécier là
ou il pourrait y avoir danger. La secrétaire générale de la Mission a ensuite précisé
qu’elle était consciente que le rapport parlementaire de 1995 avait
un effet négatif sur certains groupes (« Quoi de plus simple en effet
pour un Maire que de sortir une vieille liste au sujet d’un mouvement
» a-t-elle précisé) et elle a mentionné que la mission réfléchissait
à la façon de mettre fin à ce type d’utilisation. Amélie Cladière a
également précisé qu’elle était sensible aux risques de
discriminations possibles et qu’elle souhaitait les limiter.
Elle a par ailleurs
précisé le budget de la MIVILUDES : 12 personnes salariées dans leurs
ministères respectifs et une enveloppe supplémentaire de 150 000
euros. Les présentations
ont été suivies d’un débat avec la salle, dont nous retranscrivons
certaines questions/réponses avec quelques commentaires. Le CICNS a demandé
comment la mission conciliait son attachement affiché à la liberté de
conscience et son souhait de limiter les discriminations avec, par
exemple, la
« descente » de la MIVILUDES dans la
communauté du Moulin des Vallées. Amélie Cladière a assuré
que ce type de visite n’était pas faite sous la « contrainte » et
qu’elles correspondaient toujours à des signalements qui leur
parvenaient. Elle ne voyait donc pas le lien fait avec la lutte
contre les discriminations. Nous considérons
cette réponse comme non satisfaisante : la MIVILUDES s'est
conduite comme une force policière lors de cette descente alors
qu’elle n’a aucun mandat de ce type ; il est bien évident qu’un refus
d’obtempérer des résidents aurait augmenté le soupçon des
« visiteurs » quand bien même ceux-ci agissaient sans éléments
juridiques à l’appui ; fonder ce type d’action sur des plaintes et
des dénonciations, la méthode habituelle de la mission et des
associations antisectes, sans les vérifier au préalable, n’est pas
recevable. L'association
CAP-LC a questionné l'utilisation de la notion de dérive sectaire qui
n’est pas définie. En guise de réponse, Amélie Cladière a fait
référence aux
critères de dérives sectaires
précisés sur le site de la MIVILUDES. Cette réponse évite la question
de fond sur la pertinence de ces critères. Patrice Rolland considère
ces critères équivalents à une liste d’articles du Code pénal dont on
doit questionner l’utilité. Un auditeur
(sociologue de profession) a précisé que la question des dérives
sectaires tournait en fait autour de la notion « d’emprise mentale »
et que ce thème central devait être traité de façon large. Eileen Barker
(sociologue, fondatrice d’Inform – voir plus bas) a demandé à Amélie
Cladière si les actes pédophiles de prêtres catholiques étaient
considérés comme des dérives sectaires par la MIVILUDES. La réponse
de la secrétaire de la mission a été que l'acte pédophile en tant que
tel n'était pas une dérive sectaire, mais que la réaction d'une
communauté prenant connaissance de cet acte pouvait constituer une
dérive sectaire.
Cette réponse qui
semble « subtile » évite à nouveau la question de fond qui est celle
de la discrimination. Si les malversations politiques (ou
financières), par exemple, et leurs dissimulations par les organes
concernés, étaient considérées comme des dérives sectaires, on
pourrait considérer le concept de dérive sectaire comme acceptable
(laissant pour un instant de côté son inutilité puisqu’applicable à
tous les groupes humains et donc sans réelle valeur ajoutée, ainsi
que le caractère très péjoratif qui lui est associé). Mais ce n’est
pas le cas, la dissimulation n’est vue comme une dérive sectaire qu'à
l’encontre de certains groupes arbitrairement désignés comme
« sectes ». Un avocat des
Témoins de Jéhovah prenant la parole a remis en question l’assurance
de transparence affichée par la MIVILUDES au sujet de ses sources
d’informations, en donnant plusieurs exemples concernant cette
communauté. Le temps du débat
étant limité, nous avons en aparté recommandé à Amélie Cladière de
consulter notre reportage sur le Moulin des Vallées (qu’elle n’avait
pas vu) et lui avons demandé quel était l’état de développement du
référentiel de la MIVILUDES en précisant avoir lu dans le Courrier
des Maires sa mise à disposition aux Maires, alors que plusieurs
minorités spirituelles s’enquérant à ce sujet ont reçu comme réponse
qu’il n’était pas encore disponible. Amélie Cladière nous a assuré
que les Maires et les minorités spirituelles étaient à la même
enseigne quant à l’accès au référentiel. Ajoutons deux
autres commentaires sur les propos d’Amélie Cladière. Prétendre
vouloir limiter l’impact du rapport parlementaire de 1996 est louable
(si l’intention est sincère) mais peu crédible après une trentaine
d’années d’utilisation sans restriction de ce rapport pour
discréditer les groupes listés. Georges Fenech lui-même en a fait une
consommation plus qu’abusive. Quant à la mission que se donne la
MIVILUDES de veiller à la santé physique et psychologique des
personnes, on s’étonnera qu’elle se soit justement affranchie de la
collaboration des chercheurs qui l’aiderait à maitriser des
disciplines pour lesquelles elle n’a aucune compétence. A notre
connaissance lors du
colloque organisé par la MIVILUDES le 26 novembre dernier à Lyon,
aucun chercheur listé dans ce compte rendu n'était invité.
Le modèle Belge Le modèle Belge a
été présenté par Eric Brasseur (directeur du
CIAOSN :
Centre d’Information et d’avis sur les Organisations Sectaires
Nuisibles). La Belgique n’a pas cherché à définir la notion de
dérives sectaires mais elle fait une différence entre des
organisations sectaires ne posant pas de problèmes et des
organisations sectaires « nuisibles ». Le CIAOSN selon son président
s’appuie sur une méthodologie précise et scientifique pour recueillir
et classer les informations, adoptant ainsi une démarche de
connaissance (la qualité de cette démarche a été attestée par
Jean-Paul Willaime qui a introduit la session sur le modèle belge).
Le CIAOSN est un organe indépendant, associé au service public de la
justice uniquement pour le financement. Il ne reçoit aucune directive
des ministres ou du cabinet. Un contrôle est effectué par la chambre
des représentants qui nomme les membres du CIAOSN. Jean Baubérot
(directeur d’études émérite, EPHE) prenant acte de la démarche
scientifique adoptée par le CIAOSN, a demandé pourquoi dès lors, le
nom du centre d'information contenait l'expression « sectes
nuisibles » qui est dépassée. Eric Brasseur a reconnu que pour lui
également, ce terme pose problème mais qu’il ne peut être changé à
moins de relancer un débat au sein du Parlement, procédure que
beaucoup d’acteurs souhaitent éviter. Pour aller dans le sens de Jean Baubérot, le CICNS a précisé qu’un organisme recherchant ce qui est
« nuisible » chez d’autres organisations introduit immédiatement un
biais dans sa recherche, car dès qu’il porte son attention sur un
groupe, des soupçons, une rumeur sont générés. Que dirait-on d'un
« organe de surveillance des politiciens malhonnêtes ? ».
Le modèle suisse Le modèle suisse a
été présenté par François Bellanger (président du conseil de
fondation du
CIC : Centre d’Information
sur les Croyances) et Brigitte Knobel (Directrice du CIC). Les
Suisses n’utilisent plus officiellement la notion de secte (au niveau
des pouvoirs publics), ils ont par contre défini la notion de
« dérive sectaire » : « un acte, une action, physique ou psychique, à
des fins contraires à la loi, commis en relation avec une croyance ».
Le CIC s’efforce d’utiliser une terminologie neutre : le terme
« secte » n’est pas utilisé, le terme « adepte » est remplacé par
« membre », le terme « infiltration » est remplacé par « lobbying »
etc. Il met à disposition des informations issues de différentes
sources : minorités spirituelles, associations de défense des
victimes, recherches scientifiques, le rapport parlementaire français
(en précisant qu’il ne devrait pas être utilisé…), médias etc. en
cherchant un équilibre par rapport à l’utilisation de ces sources.
Les subventions pour le CIC sont en baisse car le thème des sectes
n'est plus sur le devant de la scène et beaucoup pensent que s'il
s'agit d'informer, Wikipédia suffit ; à quoi bon payer un organisme
pour faire un travail équivalent ? Commentant ce
modèle, Jean Baubérot a fait remarquer que la difficulté n’est pas de
rassembler des informations mais de les hiérarchiser et qu’il n’est
pas souhaitable de mettre sur le même plan des articles de médias et
des recherches scientifiques.
Le modèle anglais Le modèle anglais a
été présenté par Eileen Barker (sociologue et fondatrice d’Inform,
voir une vidéo de présentation d’Inform
par Eileen Barker).
Inform est un observatoire
indépendant financé par le gouvernement anglais et un certain nombre
d’Eglises établies, organe de référence du gouvernement pour les
questions relatives aux nouveaux mouvements religieux. Inform
recueille, classe/archive, évalue, diffuse l’information en
utilisant les méthodes scientifiques de la sociologie.
C’est d’ailleurs à
partir du modèle d’Inform que notre association, le CICNS, propose la
mise en place en France d’un
Observatoire indépendant des nouvelles
spiritualités.
Les modèles italiens et espagnols Il n’y a pas
d’organe de surveillance des nouveaux mouvements religieux en Espagne
et en Italie. Introduisant cette session, Jean Baubérot relate une
remarque du ministre de la justice espagnol, constatant que la
question posée par les nouveaux mouvements religieux est la même en
Espagne et en France : « Nous, on la traite de manière rationnelle,
vous, de façon émotionnelle ». Pour l’historien, le conflit dans ces
deux pays entre les Catholiques et les anticléricaux, n'est pas
terminé ce qui rend la question des nouveaux mouvements religieux
secondaire. En France, le conflit des deux France étant terminé, la
colère rentrée des uns et des autres trouve un exutoire en ciblant
les nouveaux mouvements religieux. Marco Ventura
(professeur à l’université de Sienne) a présenté la situation
italienne. S’il n’y a
pas d’organe de surveillance en Italie, le sujet a néanmoins été
récupéré politiquement notamment pour faire un amalgame avec
l’immigration et susciter un sentiment de rejet. Les NMR sont
présentées comme issues de l’étranger, donc présentant un risque pour
l’identité nationale; comme de fausses religions, donc présentant un
danger pour les religions établies ; comme des groupes criminels, donc
présentant un risque social. Juan Ferreiro
Calguera (sous-directeur général de la coordination et de la
promotion de la liberté religieuse) a parlé de la situation
espagnole. L’Espagne a adopté un modèle de séparation et de
neutralité où l’Etat est incompétent en matière religieuse. Il
fournit un régime déclaratif à plusieurs étages, fonction notamment
du niveau d’enracinement d’un culte dans la société. Lors du débat,
Bertrand Gaume a fait remarquer la similitude entre le modèle
espagnol et le modèle français tout en notant la différence
d’attitude vis-à-vis des nouveaux mouvements religieux, attribuant
ces différences aux rapports différents des Etats face à une
conformité rêvée ou supposée. Un auditeur a
demandé si le modèle français avait des chances d’être exporté.
Amélie Cladière a précisé que l’objectif de la MIVILUDES n'était pas
d’exporter son modèle mais d’établir un dialogue avec les autres
pays. Marco Ventura pense pour sa part que la tendance n’est pas à
l’adoption du modèle français, l’inquiétude centrée sur les sectes va
perdre de l’importance. Par contre, si le but est de détourner
l’attention, il est possible que ce modèle suscite un nouvel intérêt.
Constatant également que la notion d’emprise mentale est au centre
des débats, il suggère d’aborder ce sujet de façon non cloisonnée et
donc non limitée aux « sectes ».
Conclusion En conclusion de ce
colloque,
Jean Baubérot a reformulé
l’interrogation évoquée par Nathalie Luca en début de journée : Y
a-t-il plus de drames en France qu’ailleurs pour justifier une
politique à l'opposé de celle adoptée par un pays comme la Suède ? Sa
réponse est non. Il y a un risque selon lui à se référer
systématiquement au « patrimoine » face aux incertitudes. Dans toutes
les sociétés, il existe des gens qui ne veulent pas vivre comme tout
le monde. Il faut rester ouvert vis-à-vis de la contestation sociale.
Dans les nouveaux mouvements religieux, y compris chez ceux qui nous
dérangent, n’y a-t-il pas des voies qui vont permettre à la société
de bouger ? Jean Baubérot s’est félicité d’entendre que la MIVILUDES
ne constituait pas de listes de sectes, rappelant qu’il y a vingt ans,
les chercheurs avaient été fortement critiqués pour remettre en
question la liste parlementaire de 1996 (l'acronyme du CNRS avait
même été détourné pour signifier : Centre National de Recrutement des
Sectes). Il s’avère donc qu’ils avaient raison vingt ans trop tôt.
Notre conclusion Ce colloque, par la
qualité des interventions, le respect du contradictoire, le climat
respectueux des échanges, montre qu’un dialogue est néanmoins
possible sur un sujet de société politiquement et médiatiquement
biaisé.
Il met en évidence
l’importance d’une analyse comparative entre les différents pays.
Nathalie Luca a d’ailleurs regretté en introduction de ne pas avoir
pu faire venir de représentants d’Allemagne et des pays scandinaves.
Cette méthode
comparative met clairement en évidence un modèle français
inapproprié, incarné par la MIVILUDES (voir également notre
critique en dix points de la politique
de lutte antisectes française présentée à l’OSCE ainsi
qu’une analyse de
la lutte antisectes comme point noir de
notre identité nationale). Les interventions
du Bureau des cultes et de la MIVILUDES traduisent également deux
conceptions différentes pour appréhender un même phénomène de
société. Nous pensons que l'approche du Ministère de l’Intérieur,
fondée sur la notion juridique de respect de l’ordre public et non
sur une politique du soupçon, est la plus lucide, rationnelle et
efficace. Elle nous semble indiquer la voie vers la mise en place
d’un observatoire indépendant des minorités spirituelles. Le sujet des
« nouveaux mouvements religieux » alias « sectes » étant par ailleurs
encore considéré comme « sulfureux » (et donc peu recommandable dans
un plan de carrière) par une partie des chercheurs en sciences
sociales français, cette réunion montre qu’il suscite au contraire un
vif intérêt. C’est entre autres grâce à des journées de réflexion de
ce type que ce sujet sortira de la pensée unique dans laquelle il est
enfermé depuis une trentaine d’années en France. Nous remercions les
intervenants pour cette initiative qui mérite d’être renouvelée. Nul
doute que le thème de « l’emprise mentale » est un bon candidat pour
une prochaine journée de réflexion.
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