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Courrier à M. François Fillon

Lettre adressée à M. François Fillon, Premier Ministre, suite à la rumeur attribuant à Georges Fenech (L'Express du 21 au 28 mai) le poste de Président de la Miviludes en septembre 2008. Courrier également signé par Human Rights Without Frontiers (Brussels).

Montpezat de Quercy, le 12 mai 2008

Objet : Remplacement du Président de la Miviludes en 2008

Réf : cicns/FF/n°1

Monsieur le Premier Ministre,

 
La question des dérives sectaires occupe régulièrement le devant de la scène à la fois politique et médiatique. Ceci pourrait être vu comme une marque de l'urgence de la situation. Pourtant ce diagnostic et les réponses apportées par la France depuis trois décennies font débat, également chez nos voisins européens qui ne semblent pas connaître le fléau social dont notre pays serait accablé. Si l'on s'en tient à une analyse sociologique et juridique, le trouble à l'ordre public est insignifiant comme l'ont d'ailleurs confirmé la plupart des administrations (Éducation Nationale, Justice, Affaires Étrangères) lors de la commission d'enquête parlementaire "L'enfance volée".
 
Néanmoins la peur des sectes existe aujourd'hui et, s'il sera utile d'analyser les véritables raisons ayant conduit à l'instauration de ce climat de peur, il convient désormais de répondre aux conséquences de cette psychose.
La MIVILUDES et les missions qui l'ont précédée ont privilégié une politique victimaire. Il est légitime de s'occuper des victimes rares de dérives sectaires, mais cela ne devrait pas se faire au prix des discriminations subies par de nombreuses personnes honnêtes et sincères. La recherche spirituelle est aujourd'hui très diversifiée et cette diversité est en principe protégée dans le cadre de la loi de 1905 qui garantit également le respect de l'ordre public. Cette protection n'est pourtant plus assurée aujourd'hui dans la mesure où ces démarches alternatives sont accusées arbitrairement de dérives sectaires. De nombreux travaux de sociologues, juristes, observateurs français et étrangers et associations comme le CICNS, l'attestent. Ce n'est pas là l'esprit de notre laïcité.
 
Nous considérons que le sujet important de la place de la spiritualité dans notre société nécessite la création d'un observatoire indépendant des minorités spirituelles. Nous vous invitons à prendre en considération ce projet d'observatoire dont nous avons une présentation sur notre site. La MIVILUDES ne remplit pas ce rôle. Dans peu de temps, sa présidence sera vacante et, afin de rétablir au minimum un débat serein à défaut de traiter un sujet de société dans son ensemble, il nous parait urgent de choisir un nouveau président qui ait démontré son ouverture d'esprit, son sens du dialogue, de la conciliation et qui accepte de s'entourer d'experts reconnus (notre pays n'en manque pas).
 
De plus en plus de personnes expriment leur désarroi mais également leur profond mécontentement sur la façon dont ils sont stigmatisés en raison de leurs choix spirituels alternatifs. La politique de lutte contre les dérives sectaires ne doit pas retourner la société française contre une partie d'elle-même.
 
Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de notre très haute considération.

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