Menu

Courrier à  France 2 et Jean-Luc Delarue

A propos de l'émission "Ça se discute" sur le thème de la manipulation, où l'on voit comment les moyens incriminés sont utilisés à outrance. A l'attention de France 2 et Jean-Luc Delarue

1 juin 2005 
Bonjour

Deux émissions de télé : les dossiers de Téva, Ça se discute sur France 2 et un magasine (Le Nouvel Observateur), reprennent le thème des sectes ces trois dernières semaines. Ces groupes sont le bouc émissaire préféré des pouvoirs publics et des médias (notre axe du mal comme le dit Maurice Duval, Ethnologue, voir son interview sur notre site : (http://www.cicns.net/Maurice_Duval.htm). On ne peut s'empêcher de voir un rapport entre le "Non" à la Constitution Européenne, qui va inévitablement mettre l'exécutif en difficulté, et le réveil de la peur sectaire qui a l'avantage de détourner un peu l'attention. La kinésiologie en fait les frais ces derniers jours. Ou bien est-ce prêter trop de machiavélisme à nos gouvernants ?

La dernière émission en date sur le sujet a donc été "Ça se discute" de Jean-Luc Delarue (JLD) sur France 2, le 25 Mai 2005, sur le thème de la manipulation. Inévitablement les sectes étaient mentionnées : on reconnaitra à JLD qu'il n'a pas limité le sujet à ces seuls groupes là, c'est une des rares remarques positives que nous pouvons faire sur ce dossier : on notera également l'intervention de Didier Van Cauwelaert, écrivain, et de l'inévitable invitée psychiatre, assez nuancés tous deux. L'ensemble reste consternant.

Bien sûr l'émotion était au rendez-vous et il est vrai que certains témoignages ont été poignants et ont fait état d'une réelle détresse ou souffrance. Mais l'émission a pris dans bien des cas, l'allure d'un tribunal, sans le dire. Les accusés étaient en fait, tous les absents, les manipulateurs ou groupes manipulateurs, condamnés a priori. Ils n'ont pas été nommés (sauf les groupes sectaires bien sûr parce que ceux-là sont dangereux de notoriété publique et le public ne doit pas l'oublier) car il serait trop évident alors que la chaîne outrepasse ses droits, mais l'intention et le résultat ne sont-ils pas les mêmes ? La souffrance d'une partie est-elle une preuve suffisante de la culpabilité de l'autre partie ? Même dans les cas qui semblent flagrants, un reportage unilatéral de 10 mn est-il suffisant ? Une enquête complète des éléments de vérité de part et d'autre n'est-elle pas nécessaire ? Dans une manipulation, la réalité n'est-elle pas plus complexe que ce qui en a été présenté (un point vite mentionné par l'invitée psychiatre qui s'est empressée de préciser que dans les cas présentés bien sûr il n'y avait pas de doute).

Des remarques ont été faites sur la justice et les trous juridiques qui laissent certaines situations irrésolues. Rendons grâce à la justice de savoir encore écouter toutes les parties avant de se prononcer et de ne pas être soumise à la règle de l'audimat.

Revenons aux prétendues sectes.

Un père de famille est effondré : sa fille est restée avec sa mère dans un groupe appelé : l'Eglise Evangélique Pentecôtiste de Besançon (EEPB). JLD précise que c'est une secte. Le présentateur télé l'a dit, donc c'est vrai. Plus tard nous aurons confirmation de Catherine Picard présidente de l'UNADFI : c'est une secte. Devant autant de preuves on ne peut que se soumettre. Ce père de famille dit que sa fille de 5 ans est lobotomisée : elle a essayé de le guérir de son cancer avec les mains, elle dit que son papa est un pécheur. Encore une fois ce seul témoignage sans recoupement, sans vérification est-il suffisant pour passer le message à plusieurs millions de téléspectateurs : l'EEPB est une secte dangereuse qui manipule les enfants ?

Un couple a passé 20 ans aux Témoins de Jéhovah. Le présentateur télé nous dit que c'est une secte. Ils sont maintenant tout deux apostats. Ils sont amers du temps qui leur a été volé. Nous les voyons passer devant un des lieux de rencontre des TJ : "Putain, charognes, hypocrites, faux jetons", hurlent-ils. C'est un défoulement, expliquent-ils au journaliste. La femme se plaint que sa fille de 32 ans soit restée aux TJ, elle a l'air épanouie mais c'est un masque; sa fille ne lui rend pas son amour. Mari et femme sont tous deux sortis des TJ de façon étonnamment simple, en écrivant une simple lettre.

Ensuite intervient Catherine Picard.

L'introduction de JLD en début d'émission avait été : "...Certains se sont laissés prendre dans les filets d'une secte, on compte en France 500 000 adeptes, soit un Français sur 100 qui, désemparé par un accident de la vie, finit par sacrifier son temps, son argent, tout l'amour qu'il a en lui, pour un idéal illusoire qui le coupe tout à fait du monde réel". Cette affirmation est tout simplement effarante de la part d'un présentateur dans une émission de grande écoute : comment peut-on dire que les centaines de milliers de personnes qui ont fait un choix de démarche spirituelle alternative sont tous aliénés et coupés du monde ? D'où vient un tel mépris de l'autre et de sa différence ? N'a-t-on pas assisté là, en direct, à un bel exemple de manipulation des consciences ?

Catherine Picard enfonce le clou. Elle avance le même chiffre de 500 000 qui sont sous l'emprise d'une secte. Elle précise que 172 mouvements ont été listés dans un rapport officiel, qui est toujours d'actualité (au mépris de la note du Ministère de l'Intérieur qui a précisé que cette liste n'avait aucune valeur normative et juridique), que l'Unadfi a maintenant un fichier de 500 groupes et qu'il est difficile d'avoir des chiffres exacts, mais que le danger est réel. JLD la remercie pour le travail qu'ils effectuent.

Lorsqu'un état diffuse des listes de groupes accusés d'être dangereux sans preuve, et qu'il est relayé par la quasi totalité des médias sans la moindre analyse contradictoire, on devrait parler de poche de totalitarisme : en France nous préférons l'appeler "défense de la famille et du citoyen".

Lorsque les médias sont à ce point éloignés d'une information analysée et recoupée, ils ne jouent pas le rôle qui devrait être le leur et une remise en cause profonde s'impose.

Le "Non" au référendum de ces derniers jours exprime certainement beaucoup de choses. Parmi ces choses, il y a sans doute un appel à une vie différente qui n'est pas conditionnée uniquement par la compétition et la consommation. Changer de façon de vivre peut se faire de multiples façons et demande une ouverture d'esprit. Les minorités spirituelles par leur choix, sont force de propositions. Ces propositions ne conviendront pas à tout le monde mais elles enrichissent le patrimoine commun de nouvelles idées. Mettre au banc tous ces groupes en les appelants des sectes revient à s'appauvrir.

Cordialement

L'équipe du CICNS

Haut de page


Menu

© CICNS 2004-2013 - www.cicns.net (Textes, photos et dessins sur le site)