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Des critères non pertinents et arbitraires pour dénoncer les dérives sectaires

par le CICNS

Les « critères de dérives sectaires » permettent à la MIVILUDES de transformer en « secte », selon l’acception péjorative du terme, n'importe quel groupe dont elle souhaite ternir la réputation. L’utilisation abusive et arbitraire de ces critères mérite réflexion. Le 11 décembre 2008, Georges Fenech a rendu visite à une communauté du Jura nommée "Amour et Miséricorde", suite à une demande d'appel en justice d'un citoyen insatisfait du non lieu prononcé après enquête dans cette communauté. Le président de la MIVILUDES a conclu qu'il existe dans ce groupe "un processus d'emprise sur ses membres, de rupture avec l'environnement familial et social et de pressions financières" (AFP 17 décembre 2008). Les membres du groupe ont démenti ces accusations (Bien Public) mais ont décidé, suite au tapage médiatique accompagné par la MIVILUDES (G. Fenech a par exemple mentionné sa visite et ses conclusions dans l'émission « les Infiltrés » de France 2) de dissoudre leur communauté avant la fin de l'action judiciaire (Plein Air). Cette affaire montre une nouvelle fois, que l'utilisation médiatisée de ces critères contestés, foule aux pieds la présomption d'innocence et gêne l'application sereine de la justice, seule institution habilitée à sanctionner les troubles à l'ordre public.

 

Trente années de lutte antisectes en France ont transformé les membres des minorités spirituelles en caractères plus fictifs que des personnages imaginaires. On ne sait rien de ces citoyens pourtant très médiatisés, mais à charge et à « distance » ; dans un climat de psychose entretenue, ils peuvent facilement être transformés en épouvantails tant il est plus facile d'imaginer le pire sur des hommes et des femmes qui ont si rarement la parole. La MIVILUDES, aidée en cela par les médias, entretient cette ostracisation, d'abord en s'écartant volontairement de toute démarche de connaissance sur les minorités spirituelles (elles sont ainsi rendues invisibles en tant que groupes humains poursuivant des objectifs de vie légitimes autour d'une croyance ou d'une pratique) et en fabriquant le concept de dérives sectaires.

 

Le 8 juin 2008, France 24 diffusait un grand reportage dans un monastère bouddhiste d'Auvergne, dont les membres sortaient tout juste d'une retraite de trois ans, trois mois et trois jours : « (...) un émouvant retour au monde (...) une expérience unique d'enfermement volontaire dans la plus grande austérité avec 12 heures de méditation quotidienne » commente le présentateur introduisant le sujet. Le journaliste sur place poursuit : « (...) Cheveux ras et sourires aux lèvres, ces hommes sortent d'une longue retraite de plus de mille jours ; la plupart sont français, mais il y a aussi des allemands, des belges et des suisses ; les retraitants retrouvent leurs proches ; ce moment est intime, notre présence est à peine tolérée ; pendant leur séjour, les retraitants ont été suivis par des lamas, des guides spirituels comme Lama Landrup ; Lama Landrup était le seul lien qu'ils avaient avec l'extérieur ; à l'intérieur pas de radio ni de télévision ; les nouvelles du monde, comme le parcours de la flamme olympique, ne doivent pas venir les distraire ». Au moment de leur sortie, des signes auspicieux sont tracés sur le sol. Un flash back nous montre les novices avant leur entrée en retraite. Certains expriment leur appréhension. Le journaliste rapporte la réaction de parents qui peinent à admettre le choix de retraite de leurs deux fils : « [ils] ont eu beaucoup de mal à accepter leurs choix ; pour la famille, être en retraite ne peut mener nulle part professionnellement et moine ce n'est pas une carrière ». Un moine commente les réactions de son entourage : « les gens qui ne connaissent pas, ils sont dans leurs peurs, donc on est là pour les rassurer, pour leur faire voir qu'on est vraiment heureux de faire ça, que ça vient vraiment de nous ». D'autres parents témoignent positivement de cette expérience qui est aussi la leur. Tout au long du reportage, le journaliste montre respect et intérêt pour toutes ces personnes ayant choisi un parcours inhabituel : « je n'avais pas d'a priori ; ils m'ont fait l'impression de gens qui avaient vraiment les pieds sur terre, la tête dans les étoiles, peut-être un peu plus que les autres parce qu'ils étaient attirés par toute cette philosophie orientale et par le bouddhisme, mais une très bonne impression ».

Imaginons maintenant un sujet analogue dans une minorité spirituelle classée « secte » ; le journaliste aurait-il montré la même curiosité et la même ouverture d'esprit ? Assurément non. Plusieurs critères de dérives sectaires seraient applicables à cette congrégation bouddhiste, mais elle bénéficie d'un statut cultuel et suscite une bienveillance a priori dont une des raisons est par exemple la figure connue et emblématique du Dalaï Lama. Leurs membres sont considérés comme des personnes dotées d'un libre arbitre même lorsqu'ils décident de s'isoler du monde pendant plusieurs années. Les membres des minorités spirituelles sont eux considérés a priori comme manipulateurs ou manipulés et personne n'a l'occasion de les voir témoigner dans les médias qui choisissent unanimement de ne donner la parole qu'aux seuls apostats.

 

Dans notre société démocratique et laïque, le meilleur moyen de traiter désormais la question des dérives, consiste à établir un dialogue respectueux et permanent entre les parties concernées, dans le cadre de la loi. Aller à la rencontre des gens permet de les comprendre en acceptant les différences. Il n’existe aucune raison valable, de la part des pouvoirs publics et des médias, de refuser ce traitement aux minorités spirituelles.  

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