Secte et démocratie
sous la direction de Françoise Champion et Martine Cohen publié
aux éditions du Seuil Extraits
Depuis
quelques années, le thème des sectes alimente régulièrement
la polémique sociale. « Problème de société » passionnel, la question
des sectes a cette singularité de susciter une dénonciation unanime,
une indignation générale, alors même que les actes criminels
ou illégaux commis par les sectes - terme qui recouvre, on
y reviendra, des réalités extrêmement diverses - sont rares : en témoigne,
en France, le faible nombre de condamnations judiciaires
à leur égard. (…)
Les médias
ont été le second acteur dans la construction sociale du
problème social des « sectes ». Il y a là pour eux un sujet où il est
aisé de tomber dans la facilité : un sujet où le sensationnel et le
fantastique le disputent au frauduleux et où il est facile de se poser en défenseurs
de victimes innocentes contre des escrocs à démasquer. Nombre de
journalistes aiment ainsi à jouer au justicier...
(…)
Les histoires sensationnelles à
propos des « nouveaux mouvements religieux » ne requièrent pas de
connaissance de la religion de la part des utilisateurs des mass-médias, la
focalisation sur les aspects non-religieux des mouvements signifie qu'il
n'y a pas nécessité d'aborder les problèmes relatifs aux croyances ou à
l'expérience religieuse. En faisant le parallèle avec des histoires de fraude
ou d'exploitation en politique, d'affairisme et de crime, on propose au public
un script auquel il est habitué. En bref, le mouvement anti-sectes fournit les
journalistes en matériau qui ne nécessite pas beaucoup d'adaptations pour être
facilement ingéré par un public qui n'a pas beaucoup de goût pour la
religion. À
ce constat, qui renforce l'hypothèse émise plus haut, fait écho la réaction
de Jean Baubérot au premier chapitre de Quand
les sectes
affolent
(1995) : [..,] En se
diversifiant, le religieux est de moins en moins expérimenté directement et
de plus en plus perçu à travers le miroir (déformant? grossissant?) des médias.
Peut-être que la démarche préalable à une approche sociologique consiste à
permettre aux gens de se distancer de ce regard médiatique (lettre du 2l décembre
1995). (…)
les médias
ont un « script » tout prêt. Au niveau
individuel, tout est présenté comme comportement « anormal
» et soumission à un gourou et, au niveau collectif, comme blanchiment
d'argent, trafic d'armes ou d'influence. L'intérêt premier
des médias réside dans la dramatisation des faits - comme s'ils
tenaient là un bon feuilleton policier ! La question du sens, des idéaux des
adeptes, c'est-à-dire, selon Roland Campiche, du « religieux
», intéresserait d'autant moins les médias qu'ils manifestent un
déficit patent de culture religieuse ; cela les conduits à ne voir dans les
groupes sectaires que croyances farfelues et comportements
anormaux et frauduleux. (…)
on peut aussi se demander pourquoi le retrait hors du monde
ordinaire de moines catholiques ou bouddhistes peut être présenté
avec beaucoup de sympathie et de compréhension (notre monde
n'est-il pas trop stressant et matérialiste?), alors que d'autres
groupes invitant leurs membres à des formes plus souples de
retrait se voient violemment attaqués comme « antisociaux ». (…)
Quelles sont les valeurs, les normes de conduite qui appellent la
réprobation ? la dénonciation ? le procès en justice ? Les souffrances
vécues par les proches des adeptes ne sont pas forcément des
motifs légitimes de condamnation ou de réprobation morale de
celui (ou celle/ceux) qui est à la source de ces souffrances. Le consensus
social contre les « sectes » érige parfois en normes indiscutables
certaines idées et conduites... qu'il s'agit précisément de discuter.
Peut-on par exemple condamner sans réfléchir ceux qui mettent
en cause l'attachement indéfectible aux liens familiaux, ou ceux
qui consacrent une part importante de leurs revenus ou de leur temps
à des groupes de conviction, ou encore ceux qui refusent de croire
au seul bien-fondé de la médecine reconnue, ou à la nécessité
d'une socialisation des enfants dans des lieux idéologiquement pluralistes,
etc. ? Il s'agit d'estimer si telle ou telle conduite précise est, ou non, de
l'ordre de l'illégal (ou devrait l'être), du socialement
condamnable (et relevant d'un débat public), ou du moralement
répréhensible. Et, face à
des conduites non illégales mais communément
jugées regrettables, une société démocratique et respectueuse
des droits individuels ne peut que les tolérer. (…)
(le sociologue) n'en est pas
moins en droit d'attendre aussi -
du moins de la part de certains acteurs sociaux - une reconnaissance
de la valeur sociale de son métier : sa
démarche compréhensive
approfondie implique des mises en perspective sociologiques et
historiques, et il doit donc nécessairement suspendre, temporairement, le
moment de juger. Une telle démarche devrait être aussi, à
tout le moins, celle de toutes les commissions chargées de préparer
une « politique » en la matière, sur les plans éducatif, culturel, juridique,
etc. (…)
Le droit à la liberté religieuse participe de la définition d'une culture
européenne commune. La
Convention européenne des droits de l'homme garantit la liberté
religieuse individuelle, laquelle inclut, comme on l'a dit, la liberté
d'enseignement. Silvio Ferrari analyse quelques-uns des tenants et des
aboutissants de l'article 9, clé de cette Convention. Il y
est question, notamment, des limitations posées à la liberté
religieuse, mais ces limitations sont elles-mêmes aujourd'hui dûment encadrées
: L'interdiction d'un groupe ne peut intervenir que lorsque celui-ci met en
cause très directement - et pas seulement par ses croyances ou ses propos -
des valeurs supérieures à la liberté religieuse, telles la vie humaine, les règles
de la démocratie, les libertés fondamentales. (…)
la teneur fondamentale de ce
rapport (le rapport parlementaire)
est typique de la contradiction au cœur de la laïcité française, écartelée
entre « deux directions opposées » : l'une, « à dominante juridique, est la
neutralité, la non-intervention dans les questions religieuses», l'autre, «à
dominante idéologique, est le combat, la dénonciation ». C'est cet écartèlement
- non conscient bien sûr - qui a conduit les parlementaires tout à la fois au
refus d'envisager une législation spécifique visant les «sectes» et à la
publication d'une liste de 173 « sectes »
qui seraient dangereuses, livrant ainsi ces groupes à la vindicte
publique, (…)
le « problème du danger des sectes » n'est cependant pas spécifiquement français
; il est soulevé dans tous les pays européens - avec des particularités
nationales, toujours - et aussi
au niveau des instances européennes. S. Ferrari explicite comment, tant au
niveau européen que national, diverses tentatives juridiques ont cherché à
distinguer la « secte » de la « religion
», le bon et le mauvais prosélytisme,
ainsi qu'à trouver de « nouvelles figures du crime », du genre « viol
psychique » ou « manipulation mentale ». Ces diverses tentatives ont toutes
échoué « laissant à la magistrature le soin de faire front aux problèmes
posés par les "nouveaux mouvements religieux" avec l'arsenal
normatif déjà existant ». On ne peut donc que souscrire au commentaire
conclusif de Silvio Ferrari : « Demander de nouvelles lois semble plus répondre
au désir d'exorciser un phénomène inquiétant qu'à
la nécessité de remplir un vide juridique réel » (…)
En France, les travaux sur les Nouveaux mouvements religieux (NMR) ont été peu
nombreux, bien moins nombreux que dans la plupart des autres pays européens,
alors même, il faut le rappeler, que la France laïque a depuis longtemps développé
une recherche en sociologie de la religion très importante en quantité comme
en qualité (y compris sur le thème des religions non conformistes, à travers
les travaux d'Henri Desroche et de Jean Séguy). Pourquoi les NMR ont-ils si peu
retenu l'attention des chercheurs français? Celle question mériterait d'être
élucidée. (…)
La mouvance anti-sectes isole
ce qui se passe dans l'univers religieux des évolutions de la société globale
et se condamne dès lors à une lecture psvchologisante parfaitement univoque :
ainsi, dans la marchandisation du religieux et du psycho-religieux, elle ne voit
que des stratégies personnelles de «gourous» avides et imposteurs - des «dealers
de transcendance», selon une formule-choc aujourd'hui répandue, qui se
construiraient des « masques religieux » pour dissimuler des objectifs de
puissance et/ou d'enrichissement. (…)
Si plus de 60% des Français s'identifient encore comme catholiques en
1994 (contre plus de 80% dix ans auparavant), la France est devenue, à la fin
du XXe siècle, un pays multi-culturel et multireligieux. Cette évolution
se mesure à la présence statistique montante des religions minoritaires :
celle, au premier chef, de l'islam, mais aussi celle du bouddhisme, à côté
des minorités anciennes constituées par le judaïsme et le protestantisme.
Elle s'évalue également à la prolifération non négligeable des « nouveaux
mouvements religieux », pour lesquels les pouvoirs publics cherchent désespérément
les éléments de recensement et les critères de classement permettant de les
placer sous contrôle. Mais cette évolution est d'ordre subjectif autant
qu'objectif. Les alarmes de l'opinion, les campagnes des médias et les
proclamations des politiques sont autant d'indicateurs d'un bouleversement
culturel plus profond : la dissolution, précisément, de cette équivalence
entre religion et catholicisme à partir de laquelle a été jusqu'ici pensé,
organisé et « juridisé » le rapport entre les religions, l'Etat et la société. (…)
La Soka Gakkai française (SGF), présente en France dès le début des années
1960, est un mouvement de 8000 membres aujourd'hui. C'est peu certes en nombre
absolu, mais cela en fait malgré tout un des «
poids lourds » du bouddhisme français. Cependant, bien que revendiquant
avec force son identité bouddhique, elle ne bénéficie généralement pas en
France de l'image positive accordée au bouddhisme. Son traitement dans les médias
la présente le plus souvent comme l'émanation d'une secte puissante et extrêmement
riche, en tant que filiale de la SG japonaise. La présentation médiatique de
la SG exclusivement en termes organisationnels ne laisse pas de place au vécu
quotidien des pratiquants : dès lors, le pouvoir d'attraction du mouvement ne
peut être compris que sous un angle nécessairement fallacieux, comme un abus,
une manipulation, et l'analyse, voire la dénonciation, de stratégies à l'échelle
du monde oblitère complètement la question du sens que les pratiques revêtent
aux yeux des adeptes. (…)
Il est tentant de parler de viol psychique pour qualifier les agissements
sectaires. Mais il n'y a, à proprement parler, aucune pénétration par
effraction dans la psyché de l'autre. C'est totalement méconnaître le
processus d'adhésion que de parler en termes de violence imposée. Aucune
effraction psychique ne saurait assurer un ancrage affectif comme celui qu'on
voit à l'œuvre dans l'investissement du groupe sectaire. Contrairement à ce
qu'on pourrait croire, l'adepte adhère activement.
La secte arrive à point nommé pour répondre à la réactivation
sociale d'un manque. (…)
Les premières interprétations
des médias ont presque toutes été d'un caractère réductionniste. Au
lendemain de la tragédie suisse (temple
solaire, OTS), beaucoup de médias ont tout de suite appliqué à la tragédie
le stéréotype anti-sectes (les activistes anti-sectes ont aussi été
rapides à se présenter comme experts, même s'il était très clair que la
majorité d'entre eux en savait peu, sinon rien, sur l'OTS). Roland Campiche a
analysé les commentaires les plus importants des six principaux quotidiens
suisses de langue française pendant la semaine suivant la tragédie, et il a
trouvé un certain nombre d'éléments communs. Tous les quotidiens ont appelé
l'OTS une « secte ». Les membres ont été caractérisés comme « faibles »,
«. marginaux », « naïfs »,
« moutons », ou même « idiots », ou « doux dingues ». (Or,
les membres) ne
correspondaient pas au profil typique du «
membre manipulé d'une secte». Certains d'entre eux étaient bien connus
comme hommes d'affaires habiles et ils étaient liés à d'influentes familles
de Genève; il était donc plus difficile de les considérer comme des «
doux dingues » ou des victimes d'un lavage de cerveau, il était également
difficile de les considérer comme des « membres idiots d'une secte » (…)
l'implication de personnages connus dans les milieux d'affaires et artistiques
ne pouvait pas ne pas troubler la presse. Les
médias en arrivèrent donc à suggérer que l'OTS n'était pas « réellement
» un mouvement religieux, mais une façade qui cachait quelque chose d'autre :
par exemple, une énorme entreprise de recyclage d'argent, une organisation liée
aux terroristes de droite, au crime organisé, ou à de grandes affaires illégales.
Il est maintenant reconnu que l'exagération du montant des patrimoines de l'OTS
détenus dans les banques a été due à la mauvaise lecture d'un téléfax par
la radio publique du Québec. (…)
173 groupements sont livrés à la vindicte publique. Et lorsque certains
d'entre eux cherchent à connaître ce qui leur est reproché, ils n'arrivent
pas à le savoir. L'accusation portée par une instance officielle peut se
dispenser de fournir des précisions ou des preuves, comme le montre l'échange
de lettres entre une Eglise pentecôtiste et le président de la commission. (…)
Les associations anti-sectes bénéficient
de fonds publics de la République laïque, certains de leurs responsables rédigent
en partie des textes de brochures ministérielles sur les sectes ; beaucoup de
journalistes reconnaissent volontiers que ces associations constituent leur
source privilégiée d'information. Pourquoi ? Parce que, de façon dominante,
une similitude de vues est ressentie entre ces mouvements et la société
globale. De même, parce qu'il a une formidable assurance sociale de la justesse
de sa cause, l'organe d'un de ces mouvements a pu, sans se discréditer, traiter
des universitaires de différents pays, spécialistes de sectes, de « révisionnistes»...
(…)
A supposer qu'elles (les listes
officielles de sectes) ne soient plus
établies arbitrairement et qu'elles aient quelque pertinence, elles
figent les groupes dans leurs dérives, nient à l'avance toute évolution
possible et tendent à rejeter dans l'impensé social les dérives analogues qui
se produisent au sein de la société. De plus, n'est-il pas très naïf de
croire la société globale si attractive qu'il suffira de dénoncer nommément
telle ou telle « secte » pour que celle-ci cesse d'être attirante ? Le combat
pour la liberté de penser est une noble tâche, il demande à être mené avec
lucidité et au moyen d'analyses rigoureuses, sinon l'action entreprise ne tarde
pas à s'avérer contre-productive (…) La société aurait intérêt à disposer
de médiateurs culturels. Quelle est la différence principale entre la
situation française et celle de certains pays anglo-saxons? Dans les deux cas,
il existe des associations anti-sectes virulentes, ce qui fait partie de la
liberté d'association, mais, en France plus qu'ailleurs, leurs propos militants
sont très souvent pris pour argent comptant par la société globale. Tout
autre discours a tendance à apparaître, en conséquence, comme favorable aux
sectes. (…) Ces propositions supposent que l'usage de certaines techniques permettrait de se rendre maître de la volonté d'une personne ; donc non seulement d'exercer sur elle une influence, même très forte (ce qui peut arriver dans beaucoup de milieux : la famille, les lieux de travail, le groupe d'amis, etc.), mais de détruire complètement la libre volonté d'un individu et de la remplacer par celle d'un maître. Il y a ici deux problèmes : d'une part, les psychologues ne sont pas d'accord sur la possibilité d'exercer une persuasion coercitive telle qu'elle soit capable de réduire une personne en esclavage mental, au moins quand il n'y a pas de contrainte physique. En l'absence d'une telle contrainte, il est impossible de distinguer la persuasion coercitive d'autres formes de persuasion licite, comme celles exercées dans les communautés de réhabilitation des toxicomanes et des alcooliques, ou dans les traitements psycho-corporels et psychanalytiques. Le deuxième problème est posé par la nature même de ces crimes. Les expressions « viol psychique » ou « captation du comportement » sont très vagues et, à juste titre, on hésite à les employer pour des personnes qui se déclarent parfaitement satisfaites de leur religion et de leur vie; en effet, on risque alors d'attribuer «à la magistrature le droit de décider de l'authenticité d'une conversion religieuse », ce qui pourrait être dangereux, non seulement pour les «nouvelles » mais aussi pour les « vieilles » religions. (…)
Quand on parle de politique, d'économie, d'idéologie, on parle de domaines où
l'Etat a compétence pour intervenir ; au contraire, quand on parle de
religion, on parle d'un secteur où l'État laïque contemporain est incompétent.
Ce principe d'incompétence, qui a ses racines soit dans la doctrine chrétienne
soit dans la pensée libérale, est actuellement appliqué dans la plupart des
pays de l'Union européenne. Il porte en lui deux conséquences majeures.
En premier lieu, l'incompétence
de l'Etat implique que, sauf cas particuliers, il ne peut distinguer les
religions des « sectes » ; selon une opinion très répandue, il ne peut même
pas définir ce qui est religion et ce qui ne l'est pas. Traditionnellement,
cette incapacité à faire des distinctions a été retenue comme la meilleure
garantie de l'impartialité de l'État laïque : étant incapable par définition
de distinguer les « bonnes » et les « mauvaises » religions, il est forcé
de les traiter toutes avec impartialité. L'incompétence est la base de la
neutralité qui à son tour est au coeur de la conception juridique de la laïcité
de l'État : c'est, comme on l'a dit, une laïcité qui repose sur un refus de
connaître, sur une ignorance volontaire. En second lieu, le principe d'incompétence
a conduit les pouvoirs étatiques à donner aux communautés religieuses un
degré d'autonomie supérieur à celui reconnu aux autres groupes sociaux.
L'organisation interne des communautés religieuses est libre et elles ne sont
pas tenues de respecter des règles qui, au contraire, sont impératives pour
d'autres groupes: ainsi, plusieurs États imposent une structure démocratique
aux partis politiques et aux syndicats mais non aux Églises ; ou encore, la
liberté d'opinion est garantie par l'Étal à l'intérieur de beaucoup
d'organisations sociales, mais non dans les communautés religieuses : le
dissident a seulement le droit de les quitter. L'État laïque s'arrête aux
frontières des communautés religieuses, et il franchit cette limite seulement
dans des cas très graves (quand un crime a été commis à l'intérieur de la
communauté, par exemple) ; mais, en règle générale, l'organisation interne
des communautés religieuses est largement soustraite au contrôle de l'État laïque. (…)
Une partie considérable de
l'opinion publique européenne ne voit pas avec faveur les « nouveaux
mouvements religieux », et cette méfiance se répercute naturellement dans les
arrêtés des juges et les décisions des fonctionnaires. L'interprétation est
le canal privilégié pour relier les normes juridiques à la société et, en
conséquence, chaque mouvement qui défie des convictions très enracinées dans
la société doit passer par une période plus ou moins longue d'hostilité
jurisprudentielle et administrative. (…)
La distinction entre «bonnes»
et «mauvaises » religions, entre prosélytisme permis ou interdit, entre
« vraies » et « fausses
» conversions peut être faite
seulement à partir de faits concrets, au cas par cas, et non pas à partir
d'une définition « officielle » de
la religion, du prosélytisme, de la conversion, définition qui serait reconnue
par l'État et prise comme mesure pour évaluer toutes les religions et
organisations religieuses. Cette solution trahirait l'incompétence religieuse
de l'État, qui, à mon avis, est le vrai coeur de la laïcité Une
loi générale sur les «sectes» peut être conçue de deux façons. Ou elle répète
des dispositions déjà existantes dans d'autres lois, et alors elle est
inutile; ou elle s'aventure dans le domaine de la définition des « sectes »,
du prosélytisme, de la conversion, et alors elle se rapproche dangereusement du
risque majeur : affirmer la compétence de l'État en matière de religion.
Demander de nouvelles lois semble plus répondre au désir d'exorciser un phénomène
inquiétant qu'à la nécessité de remplir un vide juridique réel : il est
plus sage de reconnaître les limites de la loi et d'admettre que les problèmes
posés par les « nouveaux mouvements religieux » doivent être abordés, pour
commencer, sur un terrain différent.
Sur les auteurs :
Françoise Champion est chercheur au Groupe de Sociologie des Religions et de la Laïcité, laboratoire du Centre National de la Recherche Scientifique (C.N.R.S.) et de L'École Pratique des Hautes Études (E.P.H.E.), section des Sciences religieuses (e-mail: champal@magic.fr). Elle a fait sa thèse sur la vulgarisation scientifique puis a mené ses recherches dans le domaine de la sociologie des religions (sur les Nouveaux mouvements religieux, le Nouvel-Age, la polémique sociale sur les "sectes") puis, parallèlement, dans celui de la sociologie de la laïcité. Dans ce dernier domaine, elle travaille plus particulièrement sur les comparaisons entre pays européens. Martine Cohen (e-mail : cohen@iresco.fr) Chargée de recherche, CNRS Jean Baubérot, Directeur d'études EPHE, Président de l’EPHE (e-mail : bauberot@iresco.fr) Massimo Introvigne Historien et sociologue Italien, voir http://www.cesnur.org Silvio Ferrari est professeur de droit constitutionnel à l'université de Milan silvio.ferrari@unimi.it Francis Messner Directeur de Recherches au CNRS, Directeur du Centre CNRS Société, Droit et Religion en Europe
Toutes les publications du groupe de sociologie des religions à http://www.iresco.fr/labos/gsrl/publications.htm
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