Menu

Eckankar et l'affaire de St Paul...

Interview de Jean Maunick, responsable du mouvement Eckankar à l'Ile Maurice au sujet de la tragédie de St Paul...

 

 

Par Nad Sivaramen et Elwyn Chutel

 

 

Enregistré à Maurice depuis 1997, ce n’est qu’aujourd’hui que le mouvement religieux Eckankar fait parler de lui. Son fondateur à Maurice, Jean Maunick, insiste que les enseignements d’Eckankar condamnent sans réserve le suicide et lève le voile sur son organisation…

 

Connaissez-vous les victimes du drame de St-Paul ?

 

Des dix morts, je connaissais seulement Rajesh Dhayam. Il a été membre d’Eckankar de 1990 à 1996. Il a pris ses distances du mouvement pour des raisons personnelles. Je l’ai revu quand il est venu assister à un séminaire de notre mouvement en 1999, qui se tenait à la galerie Max Boullé. On s’est tout juste salué car j’étais très pris ce jour-là. On ne l’a plus revu depuis dans nos fonctions. Je l’ai archi dit : je ne connais personne d’autre. Ce qui s’est passé à St-Paul n’a rien à voir avec Eckankar.

Comment expliquez-vous que deux des victimes portaient des médaillons d’Eckankar ?

Peut-être que Dhayam avait son médaillon à lui et qu’il en a fait une copie pour sa compagne. N’importe qui peut aller chez un bijoutier pour en faire fabriquer un. À Eckankar, le port du médaillon n’est pas obligatoire. N’importe qui peut en porter sans pour autant en être un adhérent. Ça ne prouve rien, absolument rien.

Pourrait-il avoir un mouvement parallèle au vôtre ?

Nous représentons officiellement la seule branche d’Eckankar à Maurice. Il n’y a aucune affiliation ou quoique ce soit avec un tout autre groupe. Eckankar est l’unique religion de la lumière et du son de Dieu…

Quand et comment avez-vous lancé Eckankar à Maurice ?

C’est en 1986, à mon retour d’Australie (où j’avais émigré en 1968) que j’ai lancé le mouvement Eckankar. Cette ancienne science du « Voyage de l’âme », qui compte des milliers d’adeptes de par le monde, je l’ai découverte au hasard de mes lectures à Sydney. Intéressé par cette philosophie, j’ai intégré un mouvement de cette obédience religieuse, dont les enseignements ont changé ma vie. À mon retour au pays natal, je me suis dit qu’il fallait que je partage cette expérience incommensurable.

Combien d’adeptes comptiez-vous au départ ?

J’ai commencé avec deux membres. Ce sont des gens qui ont lu des articles sur Eckankar que j’avais fait paraître. Et ils ont voulu joindre le mouvement. Petit à petit, de bouche à oreille, le nombre d’adeptes a sensiblement augmenté. Aujourd’hui, nous sommes une cinquantaine.

Une cinquantaine seulement ?

Ce n’est pas le nombre qui compte. Eckankar ne prône pas le prosélytisme. N’importe qui peut venir assister à nos causeries sans avoir à changer de religion. Et puis, nous ne sommes pas une organisation à but lucratif, donc ce n’est pas notre objectif d’attirer des foules et amasser de l’argent.

À quel rythme se tiennent vos rencontres ?

Normalement c’est une fois par semaine, les dimanches. Il y a une vingtaine qui vient régulièrement. Nous venons tout juste d’ouvrir notre centre, grâce au soutien de nos membres. Il est modeste, avec quelques chaises et quelques livres. C’est tout ce qu’on possède.

Comment se déroulent ces séances hebdomadaires ?

Nos sessions commencent par une courte lecture tirée d’un ouvrage d’Eckankar ou de notre bible, The Shariyat Ki Sugmad. Puis nous faisons le HU collectif, qui est un chant d’amour à Dieu. D’une durée de vingt minutes, il est en fait une contemplation silencieuse, qui ouvre la conscience. Et on termine par une discussion libre sur un sujet d’ordre spirituel : l’amour de la vie, le voyage de l’âme. L’objectif est de maîtriser les changements dans notre vie, d’apprendre à aimer, de servir son prochain, d’écouter pour apprendre à survivre spirituellement dans le temps présent. Ne vous méprenez pas : nous n’avons pas de rituels sortant de l’ordinaire. Nous avons des chaises, et nous sommes assis pour prier. Il n’y a pas de gourou, ni de cérémonies spectaculaires, ni aucun culte…

Vous n’êtes pas le gourou, quel est donc votre rang ?

J’ai fait des études et je suis ce qu’on appelle le haut initié. En réalité, je ne suis qu’un serviteur pour aider les fidèles à mieux recevoir le son et la lumière de Dieu. Nous avons tous un seul chef spirituel, que nous appelons le Mahanta. C’est Sri Harold Klemp, qui a fait de l’Eckankar une religion internationale, qui est aujourd’hui en pleine expansion dans une centaine de pays et légalement reconnue comme une organisation non lucrative dans quarante pays.

Est-ce que les enseignements d’Eckankar approuvent le suicide ?

Non, non et non. C’est à l’opposé de notre philosophie même. Nous considérons que la vie est un don, mieux un cadeau de Dieu. Et par conséquent le suicide va à l’encontre de la loi spirituelle. Chaque personne est une âme, une parcelle divine, envoyée sur terre pour acquérir la maturité de la conscience. Ceux qui s’adonnent au suicide n’ont rien compris. La vie est en fait une école où nous apprenons à faire face à nous-mêmes. Tout problème a une solution spirituelle, qui n’est certainement pas le suicide.

Vous qui avez lancé Eckankar à Maurice, comment avez-vous réagi en apprenant que le mouvement était probablement lié au mystère des dix cadavres ?

C’était comme un coup de massue. Croyez-moi cela fait mal, quand des gens qui ne connaissent pas du tout les enseignements d’Eckankar commencent à dire n’importe quoi, à faire des allégations les plus farfelues. Jamais je n’aurais pu penser que des hommes, des femmes et enfants auraient pu mourir de cette façon. C’est très malheureux ce qui s’est passé. Je peux vous dire que tout ce drame n’a rien à faire ave Eckankar, car comme je vous l’ai dit précédemment, la vie est une étincelle divine, et nous la respectons plus que tout. Eckankar nous enseigne à contrôler les passions négatives et destructives telles que la luxure, la gourmandise, l’attachement aux choses matérielles et la vanité. Nous pronôns des vertus telles que le pardon, la tolérance, le détachement et l’humilité. Je peux vous assurer que je n’ai rien à cacher, d’où cette interview…

Mais Eckankar est classée « secte dangereuse » en France…

Depuis que certaines organisations religieuses ont connu des problèmes en France, les médias ont mené une virulente campagne contre plusieurs d’entre elles, avec une tendance à généraliser. L’enquête menée par les autorités françaises est aujourd’hui contestée par plusieurs pays européens… C’est une entorse à la liberté religieuse, du moins en ce qui concerne Eckankar.

L’appellation secte vous semble-t-elle inappropriée ?

Nous ne sommes pas une secte car nous ne vivons pas en communauté, nous n’avons pas de gourou, nous n’avons pas d’intérêts financiers. Et puis Eckankar n’impose rien, au contraire nous reconnaissons l’importance du rôle spirituel des autres religions et de leurs chefs sprituels, tels que Jesus, Buddha et Mahomet. Les membres sont tenus de respecter les croyances religieuses des autres personnes. Par conséquent, nous ne réunissons pas les caractéristiques de base d’une secte. Nous ne faisons pas d’endoctrinement.

Depuis quand êtes-vous enregistré à Maurice ?

Depuis le 25 juin 1997. Pour enregistrer la Mauritius Eckankar Satsang Society, nous avons rempli toutes les conditions. Le Bureau du Premier ministre a pris une année pour étudier notre dossier et nous a donné son aval. Nous sommes enregistrés au Registrar. Nos documents peuvent y être consultés. Nous n’avons rien à cacher…

 

Lire également l'évolution de l'enquête dans notre section "News" et l'évidente manipulation médiatique conduisant à la condamnation d'une secte dès les premières heures de l'affaire...

Haut de page


Menu

© CICNS 2004-2013 - www.cicns.net (Textes, photos et dessins sur le site)