Les rapports parlementaires et leur valeur juridiquepar le CICNS
La campagne menée contre les minorités spirituelles remonte au début des années 1980. Le premier rapport date de 1983. Il est connu sous le nom de « rapport Vivien », du nom du député qui l'a présidé.
Le fameux rapport publié en 1996 dressant la liste de 173 sectes[1] concluait la première commission d’enquête parlementaire sur le thème des sectes en 1995[2].
En
octobre 1998, le Ministère de l'Intérieur publiait une circulaire
définissant les moyens mis en place pour lutter contre les dérives sectaires.
« Ces rapports parlementaires ne constituent qu'un élément d'information et de proposition, ils ne prétendent pas avoir valeur normative et ne sauraient fonder ni des distinctions entre les associations qualifiées de "sectaires" et celles qui ne le sont pas au regard desdits rapports ni des sanctions quelconques. Tant qu'une association ne fait pas l'objet d'une dissolution administrative ou judiciaire, elle jouit des libertés constitutionnellement reconnues et peut exercer l'activité correspondant à son objet dans le strict cadre des lois en vigueur. »
Cette circulaire s'applique donc à tous les rapports parlementaires sur le thème des sectes. Une
deuxième commission d’enquête parlementaire sur le thème « Secte
et argent » en
Le 27 mai 2005, le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin publiait une circulaire relative à la lutte contre les dérives sectaires dans laquelle il est dit : L'expérience a montré qu'une démarche consistant, pour les pouvoirs publics, à qualifier de « secte » tel ou tel groupement et à fonder leur action sur cette seule qualification ne permettrait pas d'assurer efficacement cette conciliation et de fonder solidement en droit les initiatives prises (...) le recours à des listes de groupements sera évité au profit de l'utilisation de faisceaux de critères.
À noter que peu de temps après la publication de cette circulaire, le groupe d'études sur les sectes au Parlement, publiait ce communiqué de presse.
Une
troisième commission
d’enquête parlementaire sur le thème « secte et mineurs » s’est
déroulée en 2006. Le
rapport correspondant a évité de dresser des listes nominatives tout en
stigmatisant un certain nombre de groupes.
Aujourd'hui,
la plupart des députés actifs sur le thème de la lutte contre les sectes
ainsi que les instances gouvernementales comme
En
résumé, la situation est la suivante : plusieurs textes officiels confirment
l'absence de valeur normative et juridique des rapports (et de toute liste du même
acabit). La circulaire Raffarin de 2005, à défaut d’interdire leur
utilisation, recommande de ne pas y avoir recours, mais en pratique ceux-ci sont
constamment utilisés dans les cours de justice, dans les administrations et
collectivités locales et par les médias, sans qu’ils soient opposables
juridiquement puisqu'ils sont dits n’être qu'indicatifs. Cette pratique,
dans le contexte français de lutte
contre les sectes et sur fond de laïcité, constitue ce que Raphaël
Liogier appelle : « la dénégation théorique d’un
comportement pratique » (Raphaël
Liogier, « Une laïcité légitime –
Le
CICNS entend bien rappeler cette réalité incohérente et non respectueuse du
droit à ceux qui auraient de la peine à l'entendre.
[1] Le chiffre de 172 "sectes" est le plus répandu quand on évoque ce document (y compris dans nos pages), mais il y a en réalité 173 mouvements listés dans ce rapport. Le 173e est celui des Témoins de Jéhovah, inscrit un peu en retrait de la liste, ce qui a laissé penser à certains qu'ils n'étaient pas associés au reste de la liste. La campagne antisectes des années suivantes a démontré qu'il n'en était rien. [2] Lire également http://www.sectes-infos.net/Paturel_2.htm |
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