Sectes, médias et pensée unique
Par Éric Bouzou (enquête décembre 2008 à février 2009)
Un certain nombre d’intellectuels ont fait une analyse critique des médias de masse. Leurs travaux et mises en perspective nous permettent de mieux comprendre le fonctionnement des débats publics organisés sur ces médias. Après avoir cité certains de ces auteurs, nous proposons plusieurs commentaires et critiques de l'émission Les infiltrés traitant du thème des sectes et diffusée sur France 2 le 17 décembre 2008.
La
pensée unique dans les médias L’émission
Les infiltrés (France2 – 17 décembre 2008) – Invitation du CICNS L’émission
Les infiltrés (France2 – 17 décembre 2008) – Commentaire L’émission
Les infiltrés (France2 – 17 décembre 2008) – Droit de suite Commentaires divers sur les méthodes d’investigation par caméra cachée
La pensée unique dans les médias
Noam
Chomski (Manufacturing Consent, Vintage, traduction CICNS) « Les médias de masse sont utilisés comme un système permettant de communiquer des messages et des symboles à la population en général. Leur fonction est d’amuser, de divertir et d’informer et d’inculquer aux individus, les valeurs, croyances et codes de conduite qui leur permettront de s’intégrer dans les structures institutionnelles de la société. Dans un monde où la richesse est concentrée et lieu de conflits majeurs entre groupes d’intérêts, remplir ce rôle demande l’utilisation d’une propagande systématique ».
« (…)
La Monoforme est devenue le seul langage utilisé pour éditer et structurer
les films de cinéma, les émissions de télévisions, journaux télévisés,
feuilletons, soap-opéras, comédies, reality-show… - ainsi que la plupart
des documentaires, pratiquement tous soumis aux codes et standards rigides qui
proviennent directement du cinéma Hollywoodien. Il en résulte une forme de
langage caractérisé par : un espace fragmenté, des rythmes répétitifs,
une caméra en mouvement perpétuel, un montage rapide et saccadé, un
bombardement de sons denses et agressifs, et un manque de silence ou
d’espaces de réflexion. (…) Ce silence est également renforcé par la réticence (c’est peu dire…) du système éducatif contemporain à vouloir discuter de la nature des MMAV (Mass Media Audio Visuels) en termes critiques et plus particulièrement à analyser l’impact que peut avoir la Monoforme. Il semblerait même que la plupart des enseignants d’aujourd’hui sont à peine conscients, ni même concernés par cet impact ».
« Il
y a une philosophie implicite dans la tête de gens de télévision, qui fait
qu’il est impossible qu’un personnage comme Bourdieu (mais il y en a des
masses d’autres), soit entendu plus de trente secondes par un citoyen de
base, or c’est faux ». « Toutes les chaines se dotent d’une petite émission pseudo critique qui permet d’avoir un peu d’audimat, mais à condition évidemment de ne toucher à rien (…) Neuf fois sur dix, la déontologie, c’est du pipeau ; c’est ce que se racontent les journalistes pour se donner bonne conscience ».
L’émission Les infiltrés (France2 – 17 décembre 2008) – Invitation du CICNS
Le CICNS est régulièrement contacté pour participer à des "débats" sur la question des dérives sectaires (voir notre compte rendu de l'émission "Ça se discute"). Dernièrement, France 2 a contacté notre association pour participer au débat dans le cadre de l'émission "Les infiltrés" animée par David Pujadas et programmée le 17 décembre 2008. Rappelons que le principe de cette émission est d'utiliser une caméra cachée pour déceler des conduites répréhensibles ou, en tous cas, donner l'impression qu'elles le sont. Nous avons décliné cette offre car l'émission n'est pas en direct et le plateau présenté au moment du contact ne garantissait pas le respect du contradictoire, deux conditions qui nous semblent indispensables pour permettre un échange de qualité sur ce sujet sensible. L'interlocutrice de France 2 précisait néanmoins avoir pris contact avec des universitaires pour apporter la contradiction. Lorsque nous lui avons suggéré de faire également intervenir des personnes heureuses d'appartenir à des minorités spirituelles, sa réponse gênée a été : "Non, ça n'est pas facile à trouver". Le CICNS, qui rencontre ces minorités dans le cadre de son action, peut témoigner qu'il est facile de trouver de telles personnes.
L'annonce
de l'émission sur le site de France 2 précisait : « David Pujadas
accueille sur son plateau des victimes, des anciens adeptes, mais aussi un représentant
des autorités en charge de la lutte contre les sectes ». La présence
d’avis contradictoires n’était pas mentionnée et le journaliste
en charge de cette annonce semblait de plus ignorer qu'il n'y a théoriquement,
en France, pas de « représentant des autorités en charge de
lutter contre les sectes » mais bien en charge de lutter contre les
« dérives sectaires ». Cette bévue de mauvaise augure, au premier
abord, était-elle en réalité la marque d'une lucidité salutaire sur
l'hypocrisie des pouvoirs publics qui tentent de légitimer leur
« lutte contre les sectes » en la renommant « lutte contre les
dérives sectaires » ? Gageons plutôt qu'il s'agissait bien
d'ignorance journalistique,
une confusion, il est vrai, entretenue systématiquement par le pouvoir
exécutif (les députés en charge de la question sectaire étant sur ce point
moins hypocrites, mais est-ce une qualité lorsqu'il s'agit de stigmatiser ?).
La MIVILUDES déclare
ne s’intéresser qu’aux dérives sectaires, croyant
peut-être effacer (mais le souhaite-t-elle vraiment ?) 25
années de rumeurs sur la dangerosité de nombreuses minorités
spirituelles appelées « sectes ». Son action concrète
et les propos
récents de son président démontrent qu’il ne s’agit la plupart
du temps que
d’un rideau de fumée.
Dans
une émission sur les sectes, on compte en moyenne trois promoteurs du discours antisectes
pour un intervenant proposant une réflexion alternative. Ce numéro des
« Infiltrés » a respecté ce ratio puisque les invités étaient, du
côté antisectes : Georges Fenech, Président de la MIVILUDES,
Catherine Picard, Présidente de l’UNADFI,
Jean-Pierre Jougla, avoué proche de l’UNADFI,
Claudine Delpech, Présidente de l’AFSI (Alerte aux Faux Souvenirs Induits),
Nicolas Jaquette, ancien Témoin de Jéhovah, Alain Stoffen, ancien
scientologue. Du
côté réflexion alternative : Nathalie
Luca et Raphaël
Liogier. Ces deux sociologues ne sont intervenus qu’en deuxième
partie du débat pour une raison indéterminée, soit
dix minutes sur une heure d’échanges. La discussion qui a suivi le reportage avec caméra cachée illustre la difficulté de s’exprimer dans un contexte de pensée unique. Ce type de situation a très bien été décrit par Noam Chomsky dans son étude des médias (voir en particulier le documentaire de Pierre Carles "Enfin pris" dans lequel Pierre Bourdieu propose une analyse des médias; un extrait du documentaire illustre le propos de Noam Chomsky qui, s'il n'aborde pas la question des sectes, décrit un principe générique). Dans un contexte de pensée unique, il est très simple de toucher l'audience avec des phrases courtes ou des insinuations s'inscrivant dans cette pensée unique, par exemple : « Les sectes sont un fléau social » (ou, plus hypocritement, « Les dérives sectaires sont un fléau social »). En France, l'acceptation d'un tel propos, acquise à force de répétitions, n'implique nullement qu'il s'agisse d'une "vérité". En l'occurrence, sociologiquement et juridiquement, l'affirmation « Les sectes sont un fléau social » est fausse (la peur fabriquée autour des sectes semble, par contre, devenir un fléau social). En outre, les termes « sectes » et « fléau social » sont extrêmement flous et sujets à commentaires mais, curieusement, une fois mis ensemble et suite à un matraquage incessant, ils finissent par prendre sens et parler directement à notre inconscient.
Inversement,
si un protagoniste déclare : « Les sectes sont un non problème »
(comme l'a fait Emmanuelle
Mignon, ancienne directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy), il
heurte ce qui a été artificiellement construit comme sens commun. Il est
susceptible de déclencher des réactions épidermiques et sera dès lors sommé
de s'expliquer, ce qui n'est pas en soi un problème. Cependant, expliquer une
position qui s'éloigne de la pensée unique demande un développement et les médias
n'en donnent généralement
pas le temps. Toute exposition de pensée qui dépasse une minute (un chiffre
optimiste) est interrompue
pour donner la parole à un autre protagoniste ou pour zapper sur une autre
idée (le prochain troisième volet de notre documentaire "120
minutes pour la liberté spirituelle" abordera extensivement le
rôle des médias). Un travail de rééquilibrage est à faire par les médias, dont le pouvoir croissant exige aujourd'hui une conscience aiguë de leur responsabilité. Encore faudrait-il qu'ils n'adhèrent pas eux-mêmes exclusivement à la pensée unique sur la question des sectes. L'information présentée par notre association peut les aider à élargir leur point de vue. Nul doute que s'ils la consultent, ils trouveront profusion d’interlocuteurs de qualité et enthousiastes pour participer à des débats constructifs.
L’émission Les infiltrés (France2 – 17 décembre 2008) – Commentaire
Le
reportage de ce numéro des « Infiltrés » sur les sectes présentait
des journalistes (avec caméra Il
est à noter
qu’au
cours de deux précédentes émissions
de la série (concernant les maisons de retraite et la presse people), un représentant de
l'organisme infiltré avait été invité sur le plateau. Lors de l’émission
sur le travail illégal, aucun chef d’entreprise utilisant le
travail illégal n'était présent sur le plateau, pour des raisons compréhensibles.
Nous pouvons par
contre nous interroger sur l’absence de témoins raëliens ou adeptes de
Kryeon dans cette émission : ont-ils refusé de participer ou bien les sectes
sont-elles considérées comme « ininvitables » ? Le CICNS a exprimé sa position sur les victimes de « dérives sectaires ». Il ne s’agit pas pour nous d’ignorer certains faits troublants exposés dans le reportage, notamment sur les faux souvenirs induits (lire notre article à ce sujet), mais de souligner que l'amalgame consistant à dénoncer une dérive pour condamner toutes les démarches est une façon d’ostraciser les personnes qui « sortent du moule » tout en prétendant protéger des victimes, celles-ci exprimant par ailleurs, comme l’a justement noté Madame Picard, une demande réelle et qui doit être prise en compte. Les réponses apportées à ces demandes (au travers des croyances ou thérapies alternatives) doivent s’inscrire dans le cadre de la loi et respecter un certain nombre de critères qu’il convient de débattre démocratiquement ; nous en sommes loin. C’est ce que Raphaël Liogier a bien résumé en exprimant que la notion « d’ordre public » pouvait facilement se transformer en « ordre moral ». La non acceptation d’idées considérées comme farfelues a été illustrée également lorsque David Pujadas, incrédule, a posé la question : « Les Raëliens et Raël lui-même croient-ils vraiment aux extraterrestres ? » Faut-il rappeler que l'humanité tout entière (y compris de nombreux rationalistes) s'est associée au projet coûteux d'une sonde américaine Voyager et qu'un enregistrement sur plaque d'or a été envoyé vers d’hypothétiques habitants de l'univers ? La tolérance à l’égard des idées sortant de l’ordinaire ne saurait être une option dans un État démocratique.
Raphaël Liogier a ajouté : « Lorsqu’on généralise et lorsqu’on fonctionne un peu trop sur le fantasme, en oubliant le principe démocratique du contradictoire (…), on peut battre en brèche les droits de l’homme, un certain nombre de libertés publiques (…). Il est possible d’agir de façon plus efficace en étant plus ciblé et en généralisant moins ». Une technique de généralisation que G. Fenech n’a pu se retenir d’utiliser. Dès le début de la discussion, critiquant le procédé des faux souvenirs induits, il a précisé : « d’après le Conseil national de l’Ordre des médecins, il y a environ 3000 médecins en titre qui se livreraient à ce genre de psychothérapies, à ce genre de techniques », mettant ainsi implicitement tous ces praticiens à l'index sans qu’ils puissent répondre.
Nathalie Luca a, pour sa part, proposé à la MIVILUDES d’utiliser le travail des chercheurs et de faire participer les minorités spirituelles à la discussion, comme le font d’autres pays européens. Pour Georges Fenech, le travail de « théoriciens » des chercheurs ne rentre pas dans sa mission : « Je ne suis pas aussi intelligent et brillant qu’eux (…) Mon seul travail à moi, c’est pas de faire des études universitaires, c’est de dénoncer ce qui trouble l’ordre public, ce qui est une infraction à la loi, ce qui est un danger pour la santé publique (…) et de lutter contre tout ce qui est contraire aux intérêts des individus et de la société; que chacun fasse son travail». Voilà qui met un terme à tout espoir (pour autant qu'il nous en restait) de voir adoptée une démarche de connaissance à la MIVILUDES.
Tous les participants se sont accordés sur le fait qu’il fallait lutter contre les dérives sectaires. Ce qui n’a pas empêché David Pujadas de demander explicitement à Raphaël Liogier si Raël, la Scientologie, les Témoins de Jéhovah et les faux souvenirs induits étaient de vraies sectes. La notion de « sectes dangereuses pour l’ordre public » développée par Raphaël Liogier, dans le temps très court imparti, ne nous paraît cependant pas constructive dans le contexte français.
Oui,
tout le monde s’accorde, le CICNS compris, pour que soient traitées
les dérives (quelles qu’elles soient et si tant est qu'il soit
possible de les
définir) dans le cadre de la loi. Cependant, la méthode utilisée est en cause
et devrait être sérieusement reconsidérée par tous car elle discrimine une
grande partie de la population en prétendant en protéger une autre.
L’émission Les infiltrés (France2 – 17 décembre 2008) – Droit de suite
L’émission
« Les infiltrés » décriée au sein même de la profession
journalistique à cause de ses méthodes d’investigation (infiltrations et
caméras cachées), se justifiait en introduction de sa dernière édition (28
janvier 2009) sous la forme d’un « droit de suite ». Elle
se félicitait notamment que depuis son émission sur « les sectes »
et le reportage sur « les faux souvenirs induits » la MIVILUDES
avait reçu une centaine de courriers écrits par des « familles brisées » par
« ces mêmes gourous » et que, « devant la multitude de témoignages »,
elle mettait en place conjointement avec le Ministère de la santé un « groupe
d’appuis technique » comprenant médecins, policiers et gendarmes chargés
de « détecter de telles dérives ». Il
semble trop tôt pour juger de la pertinence et de la validité de la théorie
des « faux souvenirs induits » que la MIVILUDES utilise pour se justifier
de porter le soupçon sur de nombreuses pratiques psychothérapeutiques alors que
ladite théorie se développe à peine en France et qu’aux Etats-Unis, où
elle est née il y a une quinzaine d’années, elle n’a encore aucune
reconnaissance ni de la profession médicale ni de la communauté scientifique
dans son ensemble. Qu’elle
soit mise en avant par les medias et la MIVILUDES est un
parti pris que nous avons déjà souligné. Nous
ne préjugeons pas non plus de l’authenticité des témoignages reçus par la
MIVILUDES, mais il est à constater que « Les Infiltrés », eux, le
font avec une indécente précipitation en regroupant cette centaine de
courriers sous la mention : « familles brisées par des gourous »,
alors qu’il semble, d’après Georges Fenech lui-même, Président de la
MIVILUDES, que seuls certains de ces dossiers seront instruits et qu’on est
encore loin, bien entendu, de voir une condamnation. Au-delà
de l’évaluation des diverses méthodes thérapeutiques, il s’agit pour le
CICNS de mettre en lumière, à partir de cet exemple, une méthode douteuse,
caractéristique de l’action antisectes. Cette méthode consiste à « crier
au loup », puis à attendre les échos inévitables du cri qui vient d’être
poussé : plaintes plus ou moins opportunistes, expressions haineuses
d’une ancestrale phobie, et aussi, immanquablement, des témoignages
d’apparition de la bête dans les situations les plus invraisemblables. Dans
la peur grandissante, il est alors facile de justifier une chasse tous azimuts. Imaginons
un reportage en caméra cachée qui piège, par exemple, un commercial en train
de mystifier un client suivi d’une annonce de l’existence d’un organisme
d’État en charge de l’aide et du soutien aux victimes des dérives des
commerciaux. Il y a fort à parier que c’est bien plus d’une centaine de
courriers réclamant justice, à tort ou à raison, que recevrait le dit
organisme dans les jours suivants. Cela suffirait-il à justifier
l’existence dudit organisme ou encore les dérogations à la charte des
journalistes que constitue l’usage de fausses identités et de caméras
cachées pour démasquer les "dangereux commerciaux" ? Nous
recevons régulièrement, par erreur (tant il est difficile pour la plupart des
internautes d’imaginer qu’un site qui parle de « sectes » ne
soit pas antisectes), des courriers réclamant justice contre une « secte ».
L’exemple suivant montre combien ces manifestations peuvent être
opportunistes. (Transcription intégrale et sans correction) : urgent
merci Bonjour Est
ce qu'un testament au profit d'une secte est valable.? Nous
avons un cas éloigné autour de nous, les héritiers non directs ne savant pas
quoi faire...... » merci
de votre réponse et de votre aide avez
vous un texte de loi? Cordialement Le
nombre d'accusations
de secte dans les procédures de divorce dont l'explosion a suivi la
parution du premier rapport d'enquête parlementaire sur les sectes en 1995, en
est un autre exemple. D’après les
avocats qui ont observé le phénomène, ces accusations auraient rarement
été prises au sérieux par la Justice mais elles auront indubitablement
contribué à entretenir l’amalgame entre spiritualité et criminalité que
provoque le mot secte. Un
proverbe dit : Quand on veut noyer son
chien, on dit qu’il a la rage... Encore faudrait-il qu’il y ait une épidémie
déclarée. La
désignation de « secte » est une épidémie galopante et toujours
d’actualité. Une trentaine d’années plus tôt, elle ne concernait que quelques minorités
spirituelles mais elle se propage au fil des ans dans tous les milieux dits
alternatifs. Son mode de transmission serait principalement hertzien mais la
propagation se ferait aussi par voie orale, voie de presse,
voie administrative… Nous
pensons qu’un minimum de précautions éthiques dans la profession
journalistique, de même que l’application par le public d’une
certaine hygiène de vie (alimentation en informations variée et équilibrée,
exercice quotidien de l’esprit critique…) pourrait marquer un arrêt si ce n’est
une régression de cette psychose de société. En
attendant, nous conseillons à tous, en
traitement préventif et curatif, de prendre
connaissance des
deux
documentaires du CICNS.
Commentaires divers sur les méthodes d’investigation par caméra cachée
Dans
un
article de l'Express, Marion Festraëts évoque « les émissions
d'investigation » où « la télévision se pique de filmer là où ça
fait mal ». Laurent Richard, créateur des Infiltrés, y déclare
que la « cam'cach' » est un « procédé vieux comme l'information ».
Mais « Le principe n'est pas
sans danger. Paul Moreira se méfie ainsi des images volées, restreignant
leur usage au minimum : « En France, il règne une culture du secret et de
l'opacité qui rend parfois pertinent le recours à la caméra dissimulée,
admet le journaliste. Mais on ne peut faire d'investigation qu'en étant
loyal avec les gens. L'enquête est plus importante que toutes les images
qu'on pourra rapporter en caméra cachée : il faut se méfier de la
fascination qu'elles exercent, du voyeurisme qu'elles induisent. » Sans
compter les risques qui pèsent sur ceux qui consentent à parler : « Pour
moi, il est inacceptable qu'une personne perde son emploi ou subisse des
presssions parce qu'elle a bien voulu témoigner, assène Moreira. Je n'ai
aucun scrupule à supprimer de telles séquences. » Bernard Nicolas le
reconnaît : « On se pose moins de problèmes déontologiques lorsqu'on a
affaire à des méchants. »».
Extrait du Figaro
(...) «Les infiltrés» font en effet du bruit avant même leur intrusion dans les grilles. En cause : le concept même de ce nouveau magazine, réalisé à partir de caméras cachées et présenté par David Pujadas. Et surtout la manière de les obtenir : la falsification d'identité. «L'utilisation de la caméra cachée n'est en rien une première, pas plus que la falsification d'identité, se défend Guylaine Loquet, directrice adjointe de la rédaction de Capa, qui produit le magazine. Les images obtenues servent à dénoncer une situation, un système, mais n'ont absolument pas pour but d'attaquer des personnes ou des entreprises en particulier" Sept numéros sont pour l'instant programmés. Le bruit courant qu'une tentative d'infiltration serait en cours dans les magazines people, tous les stagiaires sont désormais regardés comme de possibles taupes… Ambiance. Seule certitude : le deuxième numéro sera consacré au travail au noir. Pour le reste, on parle d'une plongée au sein d'une secte et d'une autre au cœur des réseaux de faux papiers…
Extrait de : Le Post
(...) Ce que l'on me répondra
? Qu'il s'agit de sujets compliqués où seul l'emploi d'une caméra cachée permet de filmer ce que des malveillants (sectes, faux papiers, maltraitants de vieillards...) veulent dissimuler et qu'il n'existe pas d'autres moyens de porter la caméra dans la plaie. Bien, admettons. Jean-Michel Apathie (Blog RTL)
« Quelles sont les valeurs que véhicule le journalisme?
La sincérité, puisqu’il lui revient d’établir des faits. L’honnêteté
puisqu’il revient d’enquêter sur l’irrespect des règles sociales et
des lois. La transparence puisqu’il révèle et met en lumière. Comment
atteindre ces objectifs, la sincérité, l’honnêteté et la transparence en
choisissant d’exercer son métier en utilisant le mensonge, la malhonnêteté
et la dissimulation?
On
répondra, vieux, vieux, vieux classique, que la fin peut justifier des
moyens. Dans un autre registre, c’est ainsi que depuis la nuit des temps,
les dictateurs et les affairistes s’affranchissent des codes moraux. Les
premiers disent au peuple: vous ne vivez pas libre, mais vous vivez en sécurité.
Négation des valeurs et de la philosophie qui hissent les hommes au dessus de
leur condition mortelle. Les affairistes, eux, s’arrangent de la
transgression des lois en excipant la création des richesses. C’est placer
le matérialisme et la vénalité au dessus de l’effort et de la persévérance.
Quelle
drôle d’idée, quel projet singulier, de vouloir placer le journalisme dans
cette perspective. Informer serait tellement important que les moyens pour y
parvenir seraient second. Ce raisonnement là est mortel pour le journalisme.
Un journalisme sans valeurs deviendrait vite un métier sans morale. Si le
principe du but commence à l’emporter sur l’observation des moyens, alors
la brèche serait ouverte pour que tous les moyens deviennent légitimes pour
atteindre le but. C’est en ce sens que le projet des « Infiltrés » ne peut pas être recevable par ceux qui ont choisi la profession du journalisme. S’il devait voir le jour et s’installer durablement dans le paysage français, ce serait alors, et même s’il rencontrait le succès, une immense défaite pour tous les journalistes de ce pays ». |
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