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Rapport 2007 de la MIVILUDES  

 

Ecrémage, critiques, questions pertinentes et impertinentes,  un condensé des 234 pages dont nous vous épargnons volontiers la lecture.  

 

Un compte-rendu de lecture de Denis Mathieu

 

Lire également le commentaire d'Éric Bouzou

Lire également le commentaire de Michel de Courtelle

 

INTRODUCTION (et page culinaire). 1

I- La besace de la MIVILUDES, ou le toujours plus grand sac des « dérives sectaires ». 3

II- La MIVILUDES attaquée avance des « preuves » de son utilité, en lettres plus qu’en chiffres : 4

Introduction. 4

1-Retours des ministères. 5

2-« Actions de lobbying effrénées » ( !) 7

Conclusion. 9

III- La politique dite de lutte contre les dérives sectaires, tenants et aboutissants (non exhaustif) 9

1-Incompatibilité avec les fondements de la Constitution française. 10

2- « La fonction déclamatoire de la loi ». 10

3- La MIVILUDES, instrument de l’hégémonie républicaine. 11

4- Actions de lobbying effrénées ( ?) 12

IV- Arrêts sur quelques pages. 13

1- Datura et Chamanisme : la culpabilité par contagion. 13

2- Une centaine selon les observateurs, 25 000 selon la police. 14

3- Carnet de voyage en Europe centrale d’un militant antisecte français. 15

4- Discriminations au quotidien. 16

5- Instrumentalisation de l’émotion : 17

6- « Faux souvenirs induits » : 18

Conclusions. 19  

INTRODUCTION (et page culinaire).  

Dans un article du Monde du 4 avril 2008[1], intitulé  « Critiquée, la Miviludes défend le principe d'une "liste" des sectes », on pouvait lire : « M. Roulet a de nouveau défendu l'instauration d'une "liste" des organisations sectaires, méthode dans laquelle il voit "plus d'avantages que d'inconvénients". Un avis apparemment partagé par le premier ministre, qui s'était prononcé en février pour une "actualisation" de la liste de 1996, et par le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer (UMP) qui, dans un entretien à La Croix , le 2 avril, a estimé à "plusieurs centaines de milliers le nombre de victimes de groupes sectaires" »  

Un premier ministre et le président de l’assemblée nationale française émettent un avis favorable à l’établissement de listes publiques de citoyens et de groupes de citoyens soupçonnés de « dérives sectaires ».

Pas une voix ne s’élève dans l’hémicycle ou dans un grand média pour dénoncer cette incitation à des pratiques qui bafouent toutes les valeurs démocratiques et renvoient la France aux heures les plus sombres de son histoire.

Que se passe-t-il en France ? Le présent commentaire contient de nombreux éléments de compréhension.  

La méthode de listage de pratiques, d’individus et de groupes à risque sur des critères aussi subjectifs et arbitraires que  «la rupture avec l’environnement d’origine et le discours anti-social »[2] s’est pratiquée en réalité sans discontinuité depuis une vingtaine d’années sous une forme insidieuse.  

 

La recette est simple :  

 

Ingrédients :  

 

Des mots qui font peur (selon la saison, mais les valeurs sûres restent « Sectes », « Gourous », « Enfance en Danger », « Suicide », « Pédophilie », « Manipulation mentale ») : c’est en quelque sorte la levure.

Des faits divers choquants ayant un rapport même vague avec le sujet principal : les épices.

Un discours de base policé, bien structuré, discrètement péremptoire, de type Enarque : c’est la farine.

Des exemples de ce que l’on avance (très peu suffisent).

Les noms  de groupes et pratiques que l’on souhaite jeter au banc de la société (selon le goût).

Enfin, peu de tout et n’importe quoi : études approximatives, intentions diverses, rapports d’activité… : c’est le liant de ce que nous ne pouvons appeler une farce par respect pour ceux qui en sont victimes.  

Mise en œuvre :

Mélanger le tout (l’ordre importe peu).  

Prendre un support peu attaquable juridiquement, protégé par une certaine immunité comme un rapport de commission d’enquête parlementaire ou un rapport fait au premier ministre.(si la recette « attache » prévoir un renforcement de l’immunité).

Etaler par couches successives.  

Servir frais. Sachant que le plat mettra plusieurs mois ou années à être consommé intégralement et supportera assez  bien d’être réchauffé.  

C’est un plat par nature indigeste, mais la majorité y trouvera satisfaction, choisissant selon son humeur un élément ou un autre pour  satisfaire ses goûts.

Les plus réticents se laisseront tenter par l’enthousiasme général ou n’auront qu’à choisir une autre cantine.

 

Le rapport 2007 de la MIVILUDES s’inspire de cette recette, comme l’argumentaire antisectes en général.

 

I- La besace de la MIVILUDES , ou le toujours plus grand sac des « dérives sectaires ».

 

 

De nombreux articles de presse se sont fait le relais du rapport. Nous avons relevé sur internet cette réaction d’une lectrice :

 

« Je suis effarée de votre article sur "les charlatans" paru dans votre journal du 3 avril 2008. Je suis sophrologue, dispose de tous mes diplômes, et je rencontre de façon régulière des sophrologues rattachées à des unités hospitalières notamment dans des centres de la douleur. J'aimerais obtenir un droit de réponse, autre que cette réponse mail sur votre journal, auquel se joindront d'ailleurs d'autres collègues. MERCI DE M'INDIQUER LE PROCESSUS notamment pour rencontrer un de vos journalistes et éclaircir ces propos diffamatoires sur la profession. Bien à vous. » N L.[3]

 

Cette lectrice, réalisera vite que l’article ne fait que suivre l’impulsion donnée par le rapport de la MIVILUDES , rattachée au premier ministre de son pays et si elle poursuit sa recherche, elle réalisera qu’elle vient tout simplement, de par sa profession, de rejoindre dans le grand sac des dérives sectaires nombre de ses concitoyens qui chacun un jour, s’est retrouvé aussi effaré qu’elle devant cette situation.

 

Le bouc émissaire idéal est adaptable à volonté et le rapport 2007 de la MIVILUDES en fait un usage immodéré par le biais de l’expression fourre-tout « dérive sectaire ».

 

 « Il n’y a pas en droit français de définition juridique de la secte (…) L’Observatoire interministériel sur les sectes constatait dès 1997 que « tenter de définir et figer dans un texte, de façon forcément restrictive, une notion au contenu évolutif et non maîtrisable (…), ne serait pas de nature à faciliter l’exercice de l’action publique contre les dérives de ce phénomène. » Il convient de constater, dix ans plus tard, la justesse de cette analyse : aujourd’hui les dérives sectaires sont plus nombreuses dans le domaine de la santé, des thérapies alternatives et du développement personnel, que dans le cadre à proprement parler spirituel et religieux. »

 

Dans un autre passage du rapport :

 

 « Ainsi, il importe peu que telle dérive soit commise par un mouvement sectaire, un nouveau mouvement religieux, une religion du Livre ou par un charlatan de la santé. Dès lors qu’un certain nombre de critères est réuni, dont le premier est la mise sous sujétion, l’action répressive de l’État a vocation à être mise en œuvre. »

 

« La « profession » a choisi de s’organiser dans une période où les initiatives commerciales en la matière prenaient des directions très diverses et s’engageaient dans un certain nombre de cas sur le chemin de dérives, a minima commerciales, et au-delà, éventuellement susceptibles d’être qualifiées de pratiques à dérives sectaires. »

 

Et, plus loin  :

 

« Ce positionnement (…) expose de fait la FVD[4] à un risque d’adhésion de réseaux sensibles au risque de dérives sectaires. »

 

C’est la culpabilité par contagion.

 

Enfin : validation du risque par les « critères officiels » (et non reconnus juridiquement) rappelés dans le présent rapport :

 

– forte emprise sur l’individu avec changement de personnalité du nouvel adepte

– caractère exorbitant des exigences financières

– rupture avec l’environnement : diabolisation de la famille, des amis et de tous ceux qui attaquent le gourou ou le mouvement

– existence d’atteintes à l’intégrité physique et psychologique

– embrigadement des enfants, discours antisocial et trouble à l’ordre public

– importance des démêlés judiciaires

– détournements des circuits économiques traditionnels

– tentative d’infiltration des pouvoirs publics

– élitisme et culte de la personnalité

– mode de recrutement fondé sur la séduction

– mode de vie différent : communauté, prosélytisme, vêtements et alimentation différents, refus des soins conventionnels… »

 

Il est aussi rappelé qu’un seul critère rempli ne suffit pas à jeter l’anathème, l’exemple des « réseaux de vente multi-niveaux » nous permet de voir que deux suffisent :

 

« Il se profile ici deux des critères généraux d’appréciation du risque sectaire : la rupture avec l’environnement d’origine et le discours anti-social. »

 

Voilà, c’est aussi simple que cela, bienvenue aux réseaux de vente multi niveaux dans le grand sac des « groupes à risque de dérives sectaires » ; ou devrions-nous dire la besace 2007 de la MIVILUDES  ?

 

II- La MIVILUDES attaquée avance des « preuves » de son utilité, en lettres plus qu’en chiffres :

 

 

Introduction

Le mot du président qui introduit le rapport est en grande partie une réponse aux critiques faites à la politique de la MIVILUDES par ce qu’il appelle « la mouvance sectaire ».

C’est une option qui peut paraître étonnante pour introduire le rapport annuel d’un organisme d’État.

Ne pourrait-il laisser les chiffres signifiant son résultat d’activité parler d’eux-mêmes ?

Après avoir parcouru intégralement les 234 pages du document, nous pouvons répondre par la négative : ce rapport comme les précédents ne contient aucun chiffre, aucune statistique probante justifiant les dénonciations de la MIVILUDES.

 

Quand Monsieur Roulet dit « Eh bien, pendant trois ans, j’ai rencontré quotidiennement ces victimes que l’on voudrait invisibles, j’ai écouté leurs familles, j’ai mesuré les dégâts, les dommages irréparables commis par tout ce que la mouvance sectaire compte de gourous et d’apprentis sorciers. », quand la MIVILUDE a pour mission de «lutter contre les agissements des mouvements à caractère sectaire qui sont attentatoires aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales ou menacent l’ordre public », et qu’ils dénoncent des pratiques et croyances qui concernent des centaines de milliers de citoyens au bas mot, on pourrait s’attendre à voir cités un nombre conséquent de procédures judiciaires qui ne pourraient manquer de sanctionner des « atteintes aux libertés fondamentales ». D’autant plus que la première interpellation de ceux qui critiquent la politique de la MIVILUDES est une incitation à produire des preuves factuelles à l’existence de ce qu’elle dénonce comme un fléau social.

 

C’est pour ainsi dire incidemment, dans le corps du texte, que l’on reçoit quelques données concrètes sur l’activité de la MIVILUDES  : Elle aurait procédé à 41 signalements[5] depuis 2005. Il faut savoir pour mesurer ce chiffre que chaque année en France les affaires pénales se comptent par… millions[6]

1-Retours des ministères

 

Le chapitre contenant les rapports des différents ministères dans le domaine de la lutte contre les dérives sectaires est extraordinairement dépourvu de faits avérés de délinquances, mais rempli de désignations arbitraires et de suspicions.

 

On (mais pas la MIVILUDES semble-t-il) se souvient du chiffre donné officiellement par les inspecteurs représentant l’éducation nationale qui, questionnés par la dernière commission d’enquête parlementaire sur les « sectes », font état de 8 cas ayant un lien supposé avec une dérive sectaire sur 19 000 signalements d’enfants en danger sur une année.[7]

 

Le nouveau bilan d’activité porté à notre connaissance par le présent rapport ne semble pas démentir ces chiffres :

 

« L’année 2007 a été pour la cellule de prévention des phénomènes sectaires, une année durant laquelle elle a continué à mener son rôle de coordination et d’alerte.

 

  La CPPS (cellule chargée de la prévention des phénomènes sectaires dans l’éducation) a, en effet, été informée :

d’une demande de renouvellement d’instruction dans la famille d’enfants dont les parents appartiennent à la secte Tabitha’s Place ;

– de l’ouverture d’une école privée hors contrat à Brest « Cours primaire Notre-Dame de Rumengol » ;

– du souhait de l’association « Les enfants d’abord » que de nouvelles modalités de contrôle de l’instruction dans la famille soient mises en œuvre rapidement.

L’Inspecteur d’académie du Gard nous a alertés sur un dysfonctionnement et une présomption de dérives de type sectaire dans trois établissements hors contrat. Conformément à la loi du 18 décembre 1998 des contrôles  pédagogiques ont été effectués et aucune dérive sectaire n’a été constatée. »

C’est tout…

 

Par contre :

 « Les responsables de la CPPS ont organisé, comme il est de tradition, un séminaire annuel de formation et d’information à destination de leurs correspondants académiques afin d’attirer leur attention sur les nouvelles formes des activités sectaires… »

En vain semble-t-il...

 

Le Ministère de la santé et des sports quant à lui s’inquiète principalement des

« Pratiques Non Conventionnelles A Visée Thérapeutique (PNCAVT) »

 

(…) Ces PNCAVT, qui n’ont reçu aucune validation scientifique, se développent en marge du système de santé et présentent un certain nombre de risques et/ou de dérives qui comportent de nombreuses similitudes avec les dérives sectaires (…)

 

Cela suffit donc à justifier l’allocation par la MIVILUDES de cet espace d’affirmation gratuite au ministère.

 

En quelques lignes sont associés :

« risques graves pour les enfants », « illuminés charlatans escrocs », «  prétendues formations »

et

«fondement ésotérique ou mystique », «qui mettent en avant les bienfaits de la « nature » », « d’origine néo-orientale », « inscrites dans une recherche de « développement personnel » » sans oublier de citer le mot clé « New age ».

 

On retrouve, dans le bilan temporaire de ce qui est nommé une lutte, les « actions engagées par le ministère en 2007 » (numérotées).

 

Voici celles qui mentionnent un cas concret qui justifierait la lutte

 

« 2) Un signalement aux autorités judiciaires, par le Directeur général de la santé, d’une PNCAVT et de son créateur-promoteur (…) Ainsi, au mois d’août 2007, le Directeur général de la santé, après un minutieux examen du dossier par ses services, a adressé aux autorités judiciaires un signalement concernant le créateur-promoteur d’une PNCAVT qu’il a considérée comme particulièrement préoccupante. »

 

« 3) Suites d’une plainte de la DHOS[8] aux autorités judiciaires, pour une situation d’usurpation de titre Une plainte a été déposée en 2005 par la DHOS auprès des autorités judicaires, pour usurpation de titre, à l’encontre du titulaire d’un diplôme de docteur en philosophie (Ph.D), … »

 

« 4) Refus opposé par la DHOS aux demandes d’exercice de la médecine traditionnelle chinoise… »

La DHOS a refusé de délivrer une autorisation d’exercice de la médecine

à une personne titulaire d’un diplôme de médecine traditionnelle chinoise, qui …

 

 

« 6) Des études commanditées par la DGAS[9] sur la méthode dite « Communication facilitée », peu concluantes quant à son efficacité… »

 

Nous nous sommes rendus sur le site Internet du ministère de la santé afin de constater l’importance qui y est donnée aux « Dérives sectaires » et aux « PNCAVT »:

Rien à «  La Une  », rien dans les « Campagnes nationales », rien dans «  la Presse  », ni dans les « alertes sanitaires »…

 

-Résultats de recherche avec le moteur interne du site :

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Aucun document trouvé

 

Le mot aurait-il été inventé juste pour le rapport de la MIVILUDES  ?

On ne trouve pas non plus sur le site de document dédié aux dérives sectaires hormis, perdues dans les arborescences, des circulaires internes et les archives des textes de lois qui leur sont consacrés.

Pourquoi les propos extrêmement alarmistes tenus par le ministère de la santé dans son rapport à la MIVILUDES ne sont-ils pas repris sur son site Internet ?

Nous voyons deux hypothèses pour expliquer ce phénomène :

 

- Le ministère de la Santé se plie aux consignes de la MIVILUDES sur les dérives sectaires sans vraiment y croire.

- Le rapport de la MIVILUDES est une sorte d’exutoire ou de zone de non droit (zone de « tous les coups sont permis ») où le ministère tient des propos qui le servent mais qu’il ne peut pas décemment exprimer plus officiellement.

 

Toute autre explication rationnelle est la bienvenue.

 

Les autres ministères n’apportent pas plus que le ministère de la santé de preuve d’un fléau majeur envahissant le pays.

 

A noter dans le rapport du ministère de la défense, un chapitre particulièrement scandaleux (de la part de fonctionnaires assermentés) de son rapport d’activité qui désigne nommément des personnes morales intitulé :

 

« Viols et agressions sexuelles commis au sein de la secte « Tang ». »

 

A la dernière ligne duquel on apprend que rien n’est ni jugé ni prouvé :

 

« Les investigations à mener ont pour but d’établir la vérité quant aux accusations graves portées par des ex-adeptes. »

 

Les rares cas cités dans l’ensemble du rapport sont la plupart du temps anciens, et /ou approximatifs, souvent calomnieux ou irrespectueux de la présomption d’innocence.

Dans la l’obligation actuelle de la MIVILUDES de justifier son existence, une telle sélection s’est faite à l’évidence faute de mieux et non pas faute de temps ou de devoir se justifier et révèle donc à elle seule l’énormité du mensonge que la Mission semble avoir pour fonction d’entretenir.

2-« Actions de lobbying effrénées » ( !)

 

Un chapitre entier du rapport est consacré à dénoncer des « actions de lobbying effrénées » de la « mouvance sectaire » au niveau de l’Europe, chapitre intitulé :

 

« Stratégie d’influence de la mouvance sectaire à l’international : l’exemple de l’OSCE[10] »

 

Voici donc l’occasion de saisir la réalité concrète d’instances internationales méconnues, qui portent réellement un espoir de voir se concrétiser les textes fondamentaux ayant inspiré nos démocraties mais qui y sont ouvertement malmenés : un retour aux sources, l’égalité de droit et de parole du simple citoyen avec toute instance qui le gouverne. C’est aussi l’occasion de comprendre à quel point leur mission est urgente.

 

Citons la MIVILUDES  :

« L’OSCE est un vaste forum de consultations et de négociations pour les 56 États participants (Europe occidentale, centrale et orientale, États-Unis et Canada). Elle a été conçue de telle sorte que les sociétés civiles des pays membres puissent exprimer leurs doléances lorsqu’elles estiment que leurs libertés fondamentales sont bafouées. Ce principe permet une bonne défense des libertés individuelles là où elles sont menacées. »

 

« Elle est ouverte aux représentants de la société civile qui peuvent s’exprimer à égalité avec les délégués des États dans le cadre de plusieurs sessions thématiques parmi lesquelles celles concernant les droits fondamentaux ».

 

« Et les mouvements sectaires l’ont bien compris qui s’affichent sans le moindre scrupule sur un pied d’égalité avec d’autres ONG qui expriment légitimement leurs souffrances. »

 

Tout est dit : pour la MIVILUDES les mouvements dits sectaires ne sont pas à égalité avec les autres citoyens et n’ont aucune légitimité pour exprimer leurs souffrances.

 

La cerise sur le gâteau ou plutôt l’arête dans le gosier de la MIVILUDES  :

 

« En 1999 par exemple, le panel désignait comme animateurs d’une session supplémentaire du BIDDH (Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme), sur le « pluralisme religieux » M. Alain Garay, qui fut un temps  l’avocat des Témoins de Jéhovah, ainsi que M. Massimo Introvigne, directeur du CESNUR , (…). M. Alain Garay fait partie depuis 2005 du panel d’experts -au titre des deux personnalités désignées par la France- et il en a rejoint en 2006 le cercle plus restreint de son conseil d’orientation. Il y côtoie d’ailleurs M. Jeremy Gunn, désigné par les USA, autre pourfendeur des initiatives européennes destinées à prévenir et lutter contre les dérives sectaires.

 

La MIVILUDES s’offusque pendant 20 pages que son indignation ne soit pas partagée par les instances européennes malgré son effort pour détruire l’image des contestataires, notamment en soupçonnant que la plupart des personnes qui s’impliquent sur ce sujet feraient partie d’une « secte » ou auraient été en contact avec l’une d’elles.

Cette argumentation déshonore la France aux yeux de l’Europe et du Monde. Pour en mesurer la grossièreté, il faut réaliser que la phobie antisecte française est indéfendable à l’aune de la déclaration universelle des droits de l’homme comme n’importe quel ostracisme local, à caractère raciste par exemple.

 

Prenons un exemple du passé qui ne fâchera personne :

 

Que diriez-vous d’un représentant du gouvernement de l’Afrique du Sud des années 1960 qui, pour disqualifier un discours de Nelson Mandela aux yeux du Monde, dirait « Mais, mais enfin ne l’écoutez pas ! Ne voyez –vous pas qu’il est noir ?! »

 

Pour finir avec l’Europe, nous relevons une omission significative dans le chapitre

 

« Le recours des organisations sectaires à la Cour européenne des droits de l’homme : la jurisprudence actuelle. »

 

Le rapport mentionne deux affaires qui condamnent la Grèce pour manquement au respect de la liberté religieuse, mais il ne cite pas une jurisprudence pourtant significative puisqu’elle condamne la France pour entrave à la liberté d’expression dans une affaire impliquant directement la politique de lutte contre les dérives sectaires : « ARRÊT DE CHAMBRE PATUREL c. France » du 22 décembre 2005.

 

Pourtant, le commentaire suivant emprunt d’une certaine amertume semble y faire référence.

 

« Toutefois, elle ( la CEDH ) n’a jamais eu à statuer sur des griefs de personnes se prétendant victimes  d’agissements de sectes. Les requêtes jugées émanaient d’adeptes actifs de mouvements qui revendiquent la liberté de conscience et de religion. Il est possible qu’à l’avenir les victimes des mouvements sectaires la saisissent à leur tour et que l’exploitation faite des décisions de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) par les organisations sectaires ne soit plus aussi facile pour elles. »

 

Ou « rira bien qui rira le dernier » ?

Conclusion

 

Revenons à l’introduction de M. Roulet :

 

Sans chiffre à opposer à la critique, il la caricature et la déforme, méprisant la prudence et la rigueur des analyses faites depuis 20 ans sur la politique française de lutte contre les dérives sectaires par des juristes, des chercheurs reconnus et diplômés des universités françaises, et des fonctionnaires du gouvernement français ou de l’ONU, qu’il n’a jamais voulu écouter.

Dans un deuxième temps, ayant ainsi ramené le débat au niveau de la guerre de tranchées, il balaye toute argumentation en quelques lignes que l’on pourrait résumer à : « Ce n’est pas vrai, c’est même tout le contraire », sans autre forme de procès.

 

Le voir brandir en fin de texte l’étendard « Liberté Egalité Fraternité » donne envie de pleurer plus que rire.

 

III- La politique dite de lutte contre les dérives sectaires, tenants et aboutissants (non exhaustif)

 

 

La deuxième grande partie du rapport, intitulée « Enfance et Education » reprend les 50 propositions de la dernière commission d’enquête parlementaire sur les sectes et fait état de réponses qu’elles ont reçue. On peut y voir se dessiner quelques tenants et aboutissants de la politique de lutte contre les dérives sectaires.

1-Incompatibilité avec les fondements de la Constitution française

 

Trois de ces propositions ont été rejetées au motif qu’elles sont contraires aux principes fondamentaux de la démocratie ou à l’esprit de la loi. Le rejet semble  pris comme un obstacle administratif, un aléa des structures que l’on trouvera bien un moyen un jour de contourner et non comme le signe pourtant évident qu’une action qui se heurte ainsi aux principes fondamentaux de la République doit être revue sur le fond.

 

Proposition 1 de la commission :

 

« Définir précisément les conditions du choix de l’instruction à domicile : la maladie, le handicap de l’enfant, le déplacement de la famille ou toute autre raison réelle et sérieuse.

 

Réponse

 

Concédant que le choix de l’instruction à domicile puisse être motivé par l’état de santé ou le handicap de l’enfant, la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a jugé qu’il pouvait également relever « de la stricte convenance des parents ». De même, le gouvernement n’a pas souhaité « aboutir à inverser le principe de liberté, en exigeant de tout parent de produire des raisons réelles et sérieuses ».

 

Proposition 2 : 

 

–« Exiger le recours aux instruments pédagogiques offerts par le centre national d’enseignement à distance ou par les organismes privés d’enseignement à distance déclarés. (Pour l’instruction à domicile). »

 

Réponse

 

 (…), l’obligation de recourir à des instruments pédagogiques déterminés n’apparaît pas indispensable et serait contraire au principe de liberté des choix éducatifs des parents.

 

Proposition 34 :

 

–« Ouvrir un nouveau délai de prescription pour les mineurs victimes de l’infraction d’abus de faiblesse dans les mouvements à caractère sectaire, à compter de la date de leur majorité. »

 

Réponse

 

(…) avis défavorable du gouvernement considérant :

– d’une part que cela aboutirait à créer un régime spécifique de prescription, propre aux mineurs élevés en milieu sectaire, ce qui constituerait une rupture d’égalité entre les victimes de faits commis pendant leur minorité ; étant par ailleurs précisé que cela renvoie à la définition non juridiquement définie de « secte ».

 

Commentaire de la MIVILUDES  sur cette dernière réponse du gouvernement :

 

« De nouvelles pistes doivent être explorées, car c’est un point capital pour les victimes de pouvoir obtenir réparation du préjudice subi. »

2- « La fonction déclamatoire de la loi »

 

Une dizaine d’avancées législatives au sens de la MIVILUDES sont citées dans le rapport.

Elles ne semblent pas pour la plupart devoir entraîner des bouleversements majeurs au sein des cours de justice, et rappellent ce que Raphaël Liogier exprimait au Colloque du CICNS en septembre 2007 :