Compte rendu de la participation du CICNS à une session de travail de l'Office for Democratic Institutions and Human Rights à Varsovie
Octobre 2009
Le CICNS a participé le 29 septembre 2009 à
une session de travail sur la liberté de pensée, de conscience, de
religion et de croyance organisée par l'ODIHR
(Office for Democratic Institutions and Human Rights).
L'ODIHR est l'une des institutions actives dans le domaine de la
protection des droits de l'homme au sein de l'OSCE
(Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), qui
regroupe 56 Etats situés en Europe, en Asie centrale et en Amérique :
"L'OSCE
est la plus importante des organisations de sécurité régionale. Elle
déploie un large éventail d'activités relevant des trois dimensions
de la sécurité: humaine, politico-militaire et
économico-environnementale".
L'ODIHR organise chaque année des journées relatives à
l'implémentation de la dimension humaine (Human Dimension
Implementation Meeting). En 2009, ces journées se sont déroulées à
Varsovie du 28 septembre au 9 octobre (HDIM) ;
La séance relative à la liberté de pensée, de conscience, de religion
et de croyance a eu lieu le mardi 29 septembre.
Lors d'une séance plénière, les représentants des Etats membres,
d'organisations internationales et de différentes ONG ont pu exprimer
leur opinion sur le respect des libertés en question. Etant donné le
nombre important d'intervenants (plus de 60 cette année), le temps de
parole a été très court mais il a donné l'occasion de faire entendre
publiquement des avis qui sont en général ignorés par les autorités
publiques respectives concernées par ces avis. Les textes complets
correspondant aux interventions orales sont disponibles sur le
site internet de l'ODIHR.
A la suite de cette session plénière, le panel d'experts et
conseillers "Advisory
Council" (PEC) de l'ODIHR, en charge de produire des
lignes directrices « Guidelines » pour
le respect, dans les différentes législations, de la liberté de
pensée, de conscience, de religion et de croyance, a organisé une
session de questions réponses avec les ONG avec comme objectif de
faire évoluer à terme ces lignes directrices.
Séance plénière (29 septembre 2009 – 10h00 à 13h00)
La séance était modérée par Mme Elena Miroshnikova, professeur au
département d'Etudes religieuses (Université de Toula - Russie) ; un
discours d'entrée en matière a été prononcé par M. Abdelfattah Amor,
rapporteur du comité de l'ONU sur les droits de l'homme ; le
rapporteur de la séance était Mme Rachel Waldstein, membre du bureau
de la démocratie au département d'Etat des Etats-Unis. Environ 300
personnes étaient présentes.
La France était représentée par l'ambassadeur de France auprès de
l'OSCE et par George Fenech, le président de la MIVILUDES. Nous ne
rapportons ici que certains éléments concernant plus particulièrement
la France.
Le temps de parole étant très court (2mn) et le nombre
d'interventions important, l'impression qui ressort d'une telle
séance est une sorte d'avalanche de témoignages délivrés tambour
battant pour respecter le temps imparti avec un mélange important des
contextes. Notre intervention était, par exemple, précédée par une
description de la situation en Europe de l'Est. On peut certainement
regretter qu'il n'y ait pas plus d'espace, en prévoyant une séance
plénière sur la journée par exemple, permettant de décrire sans
précipitation des situations qui le méritent. Il faut cependant
reconnaitre la valeur de ce temps de parole publique et non censurée
sur des sujets qui ne sont en général pas traités de façon
démocratique dans les pays respectifs, et notamment en France. Le
nombre d'interventions illustre également la fragilité des lois et
règles censées protéger les libertés fondamentales. Le
document que nous avons
présenté est consultable en
Français et en
Anglais.
Un certain nombre de groupes spirituels basés en France et
d'associations de défense des libertés se sont exprimés au sujet de
la France. L'ambassadeur de France a pris acte de ces critiques
issues de la société civile mais s'est contenté de préciser que notre
pays, démocratique et laïc, respecte strictement les droits de
l'homme ; les critiques relatives à la loi
About-Picard seraient
infondées car cette loi ne remettrait pas en cause la liberté de
conscience, mais se contenterait de punir les dérives. Nous
qualifions cette intervention de pure langue de bois diplomatique,
confondant une énumération des textes de lois et conventions,
auxquels notre pays a souscrit, avec la réalité des faits. Un
observateur avisé nous a cependant fait remarquer que cette
intervention, sans contenu réel, peut être considérée comme un
progrès puisqu'elle est restée neutre en ne prenant pas faits et
causes pour la MIVILUDES, comme cela avait été le cas l'année
précédente.
Une intervention doit être mentionnée, celle du représentant de la
FECRIS, association
antisectes au niveau européen, en lien étroit avec l'UNADFI. Cette
organisation déclare dans son
document (traduction du
CICNS) : « Nous ne pensons pas
que les sectes aient un
rôle quelconque à jouer dans un organisme comme l’OSCE. Les sectes
sont rarement persécutées. Elles ne sont ni des religions ni des
systèmes de croyance. Leur participation au sein de l’OSCE et dans
des rassemblements similaires est un affront aux victimes des sectes
et à leurs familles : cela confère une fausse respectabilité à des
activités qui seraient raillées par toute personne concernée et à
l’esprit libéral partout dans le monde. De plus nous craignons que
leur présence porte atteinte à la crédibilité de l’OSCE et détourne
l’attention loin de son précieux travail de défense des droits de
l’homme et des libertés ». Ces propos antidémocratiques tout à
fait en ligne avec ceux que peuvent tenir la MIVILUDES et les
associations antisectes françaises renforcent la nécessité
d’organiser, comme le fait l’OSCE, des rencontres permettant
d’instaurer un dialogue respectueux (même si certains ne peuvent s’y
résoudre) entre toutes les parties.
Session de questions réponses (29 septembre 2009 – 13h00 à 15h00)
Les lignes directrices publiées par le PEC (Panel d'experts et de
conseillers) permettent d'évaluer les différentes législations sur la
façon dont elles traitent les religions et les croyances. Le PEC
souhaite lancer une réflexion sur de possibles améliorations de ces
lignes directrices, notamment à partir des témoignages, analyses et
questions des ONG.
Le PEC a d'abord précisé quel était son champ d'action. Notamment,
les membres du PEC ont souvent l'impression, après les sessions
plénières, qu'il leur est demandé d'agir directement sur les
législations discordantes. Ils ont précisé qu'ils n'ont pas ce
pouvoir. Ils peuvent offrir un lieu d'expression pour les ONG et
mettre en avant les lignes directrices, avec avis et recommandations
mais sans pouvoir exécutif.
Concernant les questions posées par les ONG, le panel a précisé que
les réponses données en séance n'étaient que des réflexions
préliminaires et ne représentaient de plus aucun consensus du PEC,
consensus qui demandera un travail plus approfondi. Nous listons
ci-après les principales questions posées.
-
Comment obtenir des médias qu'ils proposent une information
respectueuse sur les minorités ? Le PEC est conscient que cette
couverture n'est pas adéquate ; la difficulté est de concilier, dans
les recommandations, un rappel aux bonnes pratiques journalistiques
avec la liberté d'expression de la presse.
-
Comment assurer aux groupes religieux le droit d'utiliser un lieu
affecté à la pratique du culte ? Cette question est particulièrement
manifeste dans les pays d'Europe de l'Est et en Russie.
-
Comment permettre aux parents de choisir l'école de leurs enfants ou
d'exclure certains cours suivis à l'école publique (l'exemple de
l'éducation sexuelle a été donné) ? Remarque du PEC : il faut trouver
un équilibre difficile entre le droit des parents d'éduquer leurs
enfants selon leurs convictions et le respect de la liberté de
conscience et de pensée de l'enfant.
-
L'enseignement du fait religieux a également été évoqué, un
intervenant d'une ONG suggérant que les écoles confessionnelles
pourraient n'obtenir un statut que si elles s'engageaient à parler du
fait religieux des autres religions.
-
Les limites de l'objection de conscience ont été interrogées, avec
l'exemple d'un pharmacien qui refuserait de donner des médicaments
pour le contrôle des naissances en raison de ses propres convictions.
-
La question de la terminologie utilisée pour désigner les minorités
spirituelles a été posée, ("secte", "cult" en Anglais). Cette
terminologie est clairement péjorative et donc inappropriée. Le PEC
est tout à fait conscient de cet état de fait et un des travaux de
base consiste à faire évoluer les mentalités sur la façon dont les
groupes minoritaires sont désignés.
-
La question des limites qu'un gouvernement peut imposer à un groupe
religieux sur son implication politique a été posée. Une des
remarques émises par le PEC est que si la loi doit être respectée, il
est aussi important d'exercer une critique des lois qui apparaissent
impropres.
-
Le CICNS a pu poser une question sur la notion de manipulation
mentale en demandant s'il était envisageable de prévoir une clause,
dans les Lignes Directrices, demandant que les Etats s'abstiennent
d'utiliser des notions pseudo-scientifiques pour discréditer les
minorités et en particulier dans des lois comme la loi About-Picard.
La réponse du PEC a été positive et cette clause sera étudiée (à
suivre). Une autre question posée par le CICNS au PEC concernait
l'opportunité de créer un Observatoire indépendant des minorités
spirituelles au niveau européen. Elle n’a pas été traitée en séance.
Les différents contacts pris par le CICNS au cours de cette journée
ont montré qu’il existe une réflexion de fond et sincère pour la
préservation des libertés fondamentales au sein de l'ODIHR. Cette
action n'a effectivement pas de "pouvoir exécutif" tel que nous
pourrions l’espérer au vu, par exemple, de la politique antisectes
délétère conduite en France, mais elle permet assurément d’aider à
faire évoluer les mentalités, un processus de longue haleine. Il
apparaît également que la lutte antisectes française (et belge
puisque la Belgique est souvent vue comme imitant tristement la
France dans ce domaine) est considérée comme une incongruité par la
plupart des pays d’Europe de l’Ouest.
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