Prisons et prisonniers« La sécurité avant tout. Ici ce n’est pas le Club Med ! »Par l'équipe du CICNS La
prison est un sujet tabou. Il semblerait même que nous soyons nombreux à
penser qu’il n’y a pas de problème, notre ignorance est si grande. Mais
notre attention est heureusement attirée sur cette question à la suite de
plusieurs témoignages choquants, vibrants et incontournables de ce début de
millénaire comme ceux du Dr Vasseur, médecin-chef à la prison de Dans
l’esprit du grand public, la perception des prisons et de leurs prisonniers
est modelée par l’imagerie du cinéma, qui se révèle considérablement édulcorée
en comparaison de ces témoignages saisissants de détresse et de violence. Les
prisons sont en réalité, et depuis toujours, des espaces clos où le « droit »
n’entre pas, malgré les réformes annoncées cycliquement par les médias
depuis des décennies. Les abus de pouvoir y sont donc automatiquement exacerbés.
L’impunité de l’administration pénitentiaire se révèle un des derniers
bastions de la barbarie. Bien
sûr, nous avons tous été conditionnés à penser que les personnes qui
« croupissent » en prison l’ont bien mérité, que la punition est
juste, pour le moins, quand nous ne pensons pas plus ou moins secrètement
qu’elles mériteraient pire. Lorsqu’on s’informe sur la réalité des
prisons, on réalise qu’il n’existe rien de pire et que nous devons revoir
de toute urgence notre opinion superficielle sur le sujet. Il serait même
probablement nécessaire d’y séjourner pour mesurer vraiment l’horreur
absolue que les témoignages les plus crûs ne font certainement qu’évoquer. Mais
le problème qui se pose à nous va plus loin encore que la compassion que nous
ressentons à la lecture de ces témoignages. Car il est réellement question du
« sens » de la prison dans notre société. Nous
croyons que les prisons sont faites pour punir
alors que les prisons devraient être avant tout des sas de réinsertion,
et donc d’éducation et de soin.
Ce
point ne peut être éludé parce que la violence du système carcéral est
telle que les personnes qui y entrent en ressortent détruites et emplies de
haine. Depuis l’abolition de la peine de mort, toute personne qui entre en
prison est destinée à en sortir un jour (à moins de s’être suicidée en
cours de peine). Il ne peut donc plus être question d’occulter le sens de ce
séjour « derrière les barreaux ». Si une personne entre en prison
parce qu’elle a commis un crime dans un moment d’égarement (je ne parle pas
là des « caïds » ou des tueurs professionnels qui ne subissent pas
la prison de la même manière et la perçoivent comme un « incident de
parcours »), elle risque de sortir de ce séjour avec plus de haine. Quelle
inspiration est transmise pour trouver un sens à sa vie ? Quel bagage est donné par l’administration pour ne plus reproduire d’erreur ? Quel
soin est prodigué pour que les blessures ne le transforment pas à nouveau en
criminel potentiel ? Aujourd’hui,
les prisons ne fournissent rien de tout cela. Elles produisent en réalité des
épaves (hygiène moyen-âgeuse, overdose de calmants pour contrôler des
angoisses terrifiantes, sévices subis des gardiens ou des co-détenus, les
« mitards » - prison dans la prison – ou « la souricière »,
caveaux datant de Louis XIV et qui n’ont jamais été rénovés, humiliation
et déstructuration de la personne, perte des repères sensoriels, actes désespérés
de la part de personnes en demande d’un peu d’humanité et aggravant leur état
de santé, etc.). L’être
humain jeté dans une prison à la
suite d’une dérive plus ou moins grave (les auteurs des unes comme des autres
étant amalgamés dans les mêmes prisons) ressort « transformé ».
Mais cette transformation n’est pas celle que nous devrions attendre. Elle est
réellement une honte de notre société. Elle nous oblige à montrer du doigt
la lâcheté et l’ignoble aveuglement des responsables qui, pour des raisons
de carrière et de politique, préfèrent fermer les yeux sur la condition de
ces êtres humains plutôt que de confronter une opinion publique ignorante qui
demande encore aujourd’hui, dans un pourcentage élevé, que la vengeance
barbare prévale dans la gestion du crime. Pauvre
société que la nôtre qui cache ses maladies honteuses tout en paradant au
regard du monde avec l’assurance pathétique d’être « protectrice des
droits de l’homme » ! 82
% des prisonniers « purgent » des peines de moins d’un an. La
plupart d’entre eux sont des sans papiers (37% des prisonniers à la prison de
Au début du 21° siècle, personne n’a encore rien entrepris pour améliorer cette situation ! Qui
a donc intérêt à laisser s’aggraver le problème des prisons ? Pour réagir
à cette situation, attendons-nous de rejoindre les Etats-Unis qui totalisent 2
millions de prisonniers (contre 60 000 en France dont 20 000
« prévenus », c’est-à-dire « non condamnés » ;
que font-ils dans cette galère ? L’affaire d’Outreau nous en a présentés
plusieurs) ? Une
des solutions existantes (bracelet électronique, liberté surveillée, travaux
d’intérêts collectifs) pourrait déjà être appliquée afin de juguler
rapidement les débordements. Mais,
de manière plus profonde et moins technique, nous devrions sans délai apporter
un regard nouveau sur notre manière archaïque de traiter la condition humaine
et les erreurs de nos congénères. La « pensée unique » nous laisse croire qu'on peut maîtriser la criminalité en l'enfermant, qu'on assure la sécurité en privant de liberté les fauteurs de trouble, que les erreurs méritent toutes le même châtiment, voire que les erreurs sont toutes punissables, que les prisonniers méritent leur condition alors qu’elle nous est en fait inconnue. Cette pensée normative, et ce schéma comportemental d’ostracisme que l’on retrouve à la fondation de toutes les dictatures et que le CICNS dénonce dans l'attitude officielle à l’encontre des minorités spirituelles*, doivent être dénoncés avec la même vigueur que les témoignages cités en introduction. Ces
personnes ne peuvent plus être seules à tenter de restaurer l’humanité dans
notre société pervertie. La population française doit s’associer activement
aux mouvements qui défendent les droits de l’homme et les libertés
individuelles avant que cela ne soit plus possible. *
Beaucoup d’activistes antisectes rêvent de voir des responsables de
mouvements spirituels subir des peines de prison pour la simple accusation d'être
"des sectes". Nous pensons que cela sonnerait le glas de la
civilisation. Quand ceux qui se consacrent majoritairement à restaurer les
valeurs essentielles dans le monde sont traités comme des criminels, nous
pouvons certainement considérer que nous vivons une période de sérieux déclin. Sources
et bibliographie :
http://abolition.prisons.free.fr « Médecin-chef à la prison de éditions
Le Cherche Midi « De
la haine à la vie » de Philippe Maurice éditions
Le Cherche Midi « Le
choc carcéral, survivre en prison » par Dominique Lhuilier éditions
Bayard «
Les
prisons de la misère »
par
Loïc Wacquant éditions
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