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Prisons et prisonniers

« La sécurité avant tout. Ici ce n’est pas le Club Med  ! »

Par l'équipe du CICNS 

La prison est un sujet tabou. Il semblerait même que nous soyons nombreux à penser qu’il n’y a pas de problème, notre ignorance est si grande. Mais notre attention est heureusement attirée sur cette question à la suite de plusieurs témoignages choquants, vibrants et incontournables de ce début de millénaire comme ceux du Dr Vasseur, médecin-chef à la prison de la Santé ou de Philippe Maurice, ancien détenu. Il est en effet impossible de les lire sans se sentir profondément concernés par ce qu’ils révèlent.

 

Dans l’esprit du grand public, la perception des prisons et de leurs prisonniers est modelée par l’imagerie du cinéma, qui se révèle considérablement édulcorée en comparaison de ces témoignages saisissants de détresse et de violence.

 

Les prisons sont en réalité, et depuis toujours, des espaces clos où le « droit » n’entre pas, malgré les réformes annoncées cycliquement par les médias depuis des décennies. Les abus de pouvoir y sont donc automatiquement exacerbés. L’impunité de l’administration pénitentiaire se révèle un des derniers bastions de la barbarie.

 

Bien sûr, nous avons tous été conditionnés à penser que les personnes qui « croupissent » en prison l’ont bien mérité, que la punition est juste, pour le moins, quand nous ne pensons pas plus ou moins secrètement qu’elles mériteraient pire. Lorsqu’on s’informe sur la réalité des prisons, on réalise qu’il n’existe rien de pire et que nous devons revoir de toute urgence notre opinion superficielle sur le sujet. Il serait même probablement nécessaire d’y séjourner pour mesurer vraiment l’horreur absolue que les témoignages les plus crûs ne font certainement qu’évoquer.

 

Mais le problème qui se pose à nous va plus loin encore que la compassion que nous ressentons à la lecture de ces témoignages. Car il est réellement question du « sens » de la prison dans notre société.

 

Nous croyons que les prisons sont faites pour punir alors que les prisons devraient être avant tout des sas de réinsertion, et donc d’éducation et de soin.

 

Ce point ne peut être éludé parce que la violence du système carcéral est telle que les personnes qui y entrent en ressortent détruites et emplies de haine. Depuis l’abolition de la peine de mort, toute personne qui entre en prison est destinée à en sortir un jour (à moins de s’être suicidée en cours de peine). Il ne peut donc plus être question d’occulter le sens de ce séjour « derrière les barreaux ». Si une personne entre en prison parce qu’elle a commis un crime dans un moment d’égarement (je ne parle pas là des « caïds » ou des tueurs professionnels qui ne subissent pas la prison de la même manière et la perçoivent comme un « incident de parcours »), elle risque de sortir de ce séjour avec plus de haine.

Quelle inspiration est transmise pour trouver un sens à sa vie ?  

Quel bagage est donné par l’administration pour ne plus reproduire d’erreur ? 

Quel soin est prodigué pour que les blessures ne le transforment pas à nouveau en criminel potentiel ?

 

Aujourd’hui, les prisons ne fournissent rien de tout cela. Elles produisent en réalité des épaves (hygiène moyen-âgeuse, overdose de calmants pour contrôler des angoisses terrifiantes, sévices subis des gardiens ou des co-détenus, les « mitards » - prison dans la prison – ou « la souricière », caveaux datant de Louis XIV et qui n’ont jamais été rénovés, humiliation et déstructuration de la personne, perte des repères sensoriels, actes désespérés de la part de personnes en demande d’un peu d’humanité et aggravant leur état de santé, etc.).

 

L’être humain jeté dans une prison à la suite d’une dérive plus ou moins grave (les auteurs des unes comme des autres étant amalgamés dans les mêmes prisons) ressort « transformé ». Mais cette transformation n’est pas celle que nous devrions attendre. Elle est réellement une honte de notre société. Elle nous oblige à montrer du doigt la lâcheté et l’ignoble aveuglement des responsables qui, pour des raisons de carrière et de politique, préfèrent fermer les yeux sur la condition de ces êtres humains plutôt que de confronter une opinion publique ignorante qui demande encore aujourd’hui, dans un pourcentage élevé, que la vengeance barbare prévale dans la gestion du crime.

 

Pauvre société que la nôtre qui cache ses maladies honteuses tout en paradant au regard du monde avec l’assurance pathétique d’être « protectrice des droits de l’homme » !

 

82 % des prisonniers « purgent » des peines de moins d’un an. La plupart d’entre eux sont des sans papiers (37% des prisonniers à la prison de la Santé à Paris), des toxicomanes ou des cas psychiatriques (Il y a aussi les « travestis » dans les prisons d’hommes) qui n’ont rien à faire en prison avec des assassins. Chaque année 1000 personnes sont envoyées en prison par erreur et 100 % des mineurs emprisonnés récidivent. Les prisons sont surpeuplées (il peut y avoir quatre personnes dans une cellule prévue pour une seule) mais personne n’a encore rien entrepris de concret pour que cela change. Officiellement, cent suicides ont lieu dans les prisons françaises tous les ans, un chiffre en-dessous de la réalité puisqu’il ne prend pas en compte ceux qui, à la suite d’une tentative, ont été évacués en hôpital et sont décédés là-bas.

 

Au début du 21° siècle, personne n’a encore rien entrepris pour améliorer cette situation !

 

Qui a donc intérêt à laisser s’aggraver le problème des prisons ? Pour réagir à cette situation, attendons-nous de rejoindre les Etats-Unis qui totalisent 2 millions de prisonniers (contre 60 000 en France dont 20 000 « prévenus », c’est-à-dire « non condamnés » ; que font-ils dans cette galère ? L’affaire d’Outreau nous en a présentés plusieurs) ?

 

Une des solutions existantes (bracelet électronique, liberté surveillée, travaux d’intérêts collectifs) pourrait déjà être appliquée afin de juguler rapidement les débordements.

 

Mais, de manière plus profonde et moins technique, nous devrions sans délai apporter un regard nouveau sur notre manière archaïque de traiter la condition humaine et les erreurs de nos congénères.

 

La « pensée unique » nous laisse croire qu'on peut maîtriser la criminalité en l'enfermant, qu'on assure la sécurité en privant de liberté les fauteurs de trouble, que les erreurs méritent toutes le même châtiment, voire que les erreurs sont toutes punissables, que les prisonniers méritent leur condition alors qu’elle nous est en fait inconnue. Cette pensée normative, et ce schéma comportemental d’ostracisme que l’on retrouve à la fondation de toutes les dictatures et que le CICNS dénonce dans l'attitude officielle à l’encontre des minorités spirituelles*, doivent être dénoncés avec la même vigueur que les témoignages cités en introduction.

 

Ces personnes ne peuvent plus être seules à tenter de restaurer l’humanité dans notre société pervertie. La population française doit s’associer activement aux mouvements qui défendent les droits de l’homme et les libertés individuelles avant que cela ne soit plus possible.

 

* Beaucoup d’activistes antisectes rêvent de voir des responsables de mouvements spirituels subir des peines de prison pour la simple accusation d'être "des sectes". Nous pensons que cela sonnerait le glas de la civilisation. Quand ceux qui se consacrent majoritairement à restaurer les valeurs essentielles dans le monde sont traités comme des criminels, nous pouvons certainement considérer que nous vivons une période de sérieux déclin.

 

 

Sources et bibliographie :

 

http://www.prison.eu.org

 

http://prisons.free.fr

 

http://www.oip.org

 

http://abolition.prisons.free.fr

 

« Médecin-chef à la prison de la Santé » de Véronique Vasseur

éditions Le Cherche Midi

 

« De la haine à la vie » de Philippe Maurice

éditions Le Cherche Midi  

 

« Le choc carcéral, survivre en prison » par Dominique Lhuilier

éditions Bayard

 

«  Les prisons de la misère » par Loïc Wacquant

éditions Raisons d'agir

 

Lire Vers une criminalisation du citoyen ordinaire

 

 

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