Le rituel, partie intégrante de l'expérience humaine
Par André Tarassi
Les
rituels sont partie intégrante de l’expérience humaine.
Ils sont aujourd’hui dénoncés par les athées et les rationalistes parce que
ces derniers les rattachent exclusivement à l’expérience religieuse (et à
ses dérives), mais le rituel n’est en fait pas limité à la pratique
spirituelle traditionnelle. On peut éventuellement faire une distinction
intellectuelle entre le rituel sacré et le rituel profane, mais cette division
ne reflète pas l’aspect essentiel de ce phénomène : l’être humain a
besoin du rituel dans son existence, quelle que soit l’étiquette qu’il lui
accole pour sauver les apparences.
Les messes, les prières, les puja indiennes, les rites de passage ou
initiatiques traditionnels (ainsi que les gestes de superstition) sont des
rituels sacrés sur lesquels sont dirigées les foudres de nos congénères en révolte
contre la religion.
Les vœux pour la nouvelle année, les anniversaires, les apéritifs et autres
moments symboliques de la fête, la fête des mères, les rituels de séduction,
l’entraînement sportif, les manifestations sportives (certains parlent même
de « rituels » dans l’Éducation Nationale, en particulier pour les
maternelles), sont des rituels profanes, sans ambiguïté. Mais cette
distinction ne parvient pas à masquer le caractère « sacré » ou pour le
moins solennel de tous les rituels, quelle que soit la colonne dans laquelle on
les range proprement. Les rites de la République laïque et du patriotisme sont
encore plus fortement empreints de ce transfert du rituel religieux dans le
profane, apparemment à l’insu de ses officiants. « La République », elle-même,
comme entité toute-puissante, dogmatique, et ne souffrant pas la critique, a
progressivement pris la place de l’Église… mais en lui ressemblant étrangement.
Le journal de 20h est un autre rituel par excellence qui est l’équivalent
profane d’une messe catholique (Lire à ce sujet l’article
de Pierre Mellet). Même si la plupart des « téléspectateurs » se défendraient
certainement de se comporter comme des ouailles à ce moment précis de leur
journée, toute leur attitude, leur écoute quasi absolue, cette absorption dans
la parole du prêtre du 20h donnerait, à quelqu’un de totalement étranger à
notre culture qui surprendrait la scène, le sentiment d’assister à un moment
sacré.
Le besoin de se relier à quelque chose de plus grand que soi (Dieu
dans la messe catholique, le monde dans le journal de 20h, ou l’équipe
dans le rituel sportif (voir le Haka des All Blacks)) est une composante de la
nature humaine. L’homme se sent à l’étroit dans son existence personnelle,
ses obstacles quotidiens, et même dans le cas où il rejette Dieu, par un
effort de volonté ou de façon désabusée, il ne peut se défaire du besoin
d’élargir son existence au-delà de ses limites imposées. Il a besoin de «
communier » avec les autres, avec l’environnement, avec des forces supérieures.
Même chez celui qui se croit détaché de ces instincts, le rituel revient
ainsi en force dans son existence par d’autres biais, alors même que celui
qui le pratique en est inconscient.
Les activistes antisectes et antireligieux ont progressivement déployé une
ribambelle de rituels, créant des forums pour célébrer ensemble leur
croisade, se retrouvant dans les palais de justice, temples de la raison, où
leurs idéologies sont souvent défendues, utilisant les termes des orateurs
religieux appelant à la lutte contre le mal, sans réaliser que le
totalitarisme qu’ils disent dénoncer dans les mouvements spirituels les ont
gagnés, tout simplement parce qu’ils sont humains et en aucun cas différents
de ceux qu’ils montrent du doigt (bien que le mépris soit entier dans leurs
propos à leur égard). Le club antisectes démontre en tous cas que le besoin
d’appartenance est aussi grand chez eux que chez ceux qu’ils dénoncent,
avec des codes et des rituels de reconnaissance très similaires, un besoin
d’adhérer sans nuance à une idéologie, à une pensée qui n’est alors pas
perçue comme une opinion parmi d’autres, mais comme «une vérité absolue ».
Le rituel, quand il est observé de l’extérieur, peut donner un sentiment
d’abrutissement et de soumission, il manifeste quelque chose de primitif en
l’homme. Mais ce jugement sévère sur l’attitude des rituels qui nous sont
étrangers a donc tendance à nous voiler la réalité : nous sommes tous
constamment en train de passer d’un rituel à l’autre, justifiant les uns et
condamnant ceux qui ne correspondent pas à l’image que l’on veut donner de
soi. Mais l’image n’est qu’une image et nous sommes en fait de la même
espèce, souvent perdus devant les forces de la nature, devant le mystère de la
vie et beaucoup de rituels de tous bords fournissent des repères pour tenter
d’imiter l’ordre que nous percevons dans la nature ou de gérer notre
impuissance.
Un regard plus respectueux et tolérant est donc nécessaire sur les tentatives
diverses des hommes, toujours fondées sur les mêmes mécanismes universels,
pour retrouver un semblant d’unité et de grâce dans un monde désenchanté.
Ce
regard fonde les principes du CICNS dans son appréciation des minorités
spirituelles d’aujourd’hui.
André
Tarassi est né en 1961, il est le fondateur du CICNS. Chercheur indépendant,
il étudie les Nouvelles Spiritualités depuis 25 ans. Il a étudié le
journalisme et la télévision aux états-unis. Il a publié, sous un
autre nom, plusieurs ouvrages sur la démarche spirituelle.
Haut de page

|