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Le thème des "sectes" dans les débats (chapitre 1 : 2004 - 2007)

... télévisés et radiophoniques.

Aller au chapitre 2 (2008 - 2011)

Les médias américains ont introduit deux règles dans leur relation au grand public :

La "Fairness doctrine", qui oblige les chaînes de télévision à ne pas se limiter à un seul point de vue dans la présentation d'une question publique controversée.

La "personal attack rule", qui impose aux chaînes de faire parvenir dans les huit jours une copie du programme concerné à tous ceux qui ont été nommément attaqués à l'antenne, pour qu'ils puissent se défendre.

En France, comme dans beaucoup d'autres pays, le monde de la télévision se croit généralement obligé de présenter des débats tronqués pour satisfaire à un public peu exigeant et friand de sensationnel. Un véritable débat sur les minorités spirituelles, dans un tel contexte, n'aura donc jamais lieu. 

Ces émissions sans âme, flattant les instincts les plus bas de la nature humaine, creusant sans scrupule les fossés de la division, ne peuvent pas être vues sans un pincement au coeur. Mais nous pouvons certainement y porter un regard qui contribuera à ce que l'intolérance ne soit pas la seule voix à se faire entendre. 


Émission "C dans l'air" du 6 janvier 2004

Émission "pièces à conviction du 24 mai 2004

Émission de Karl Zero janvier 2005

Émission de Teva du 9 mai 2005  Lettre ouverte aux réalisateurs

Notre expérience à "Radio Ici et Maintenant"

Émission "le téléphone sonne" sur France Inter du 5 septembre 2006

Reportage "Jonestown" sur France 3 du 6 février 2007

Émission Zoom Europa sur Arte 11 avril 2007

Émission de Jean-Luc Delarue sur France 2 13 juin 2007

Émission au sujet de "Waco" sur France 2 le  29 août 2007

Émission de Jean-Luc Delarue sur France 2 : 19 septembre 2007

Émission sur Canal + le 8 octobre 2007

Suite sur la page 2

Réponse du CSA en avril 2011 au sujet d'une émission sur « les sectes »


« C dans l'air », France 5,  6 janvier 2004 : « Les sectes contre attaquent ! »

Une émission de désinformation dans le style habituel. Trois adeptes virulents de la loge des anti-sectes exposent, dans une intolérance maîtrisée, leur discours mensonger stimulé par un présentateur plein de certitudes primaires sur une question qui le dépasse complètement. 

Un seul intervenant, par ailleurs qualifié de "pro sectes" et au demeurant "rationaliste", est présent. C'est un sociologue qui dit se "sentir comme un chien dans un jeu de quilles" mais dont les propos sont un peu noyés dans le sarcasme et les esquives des autres intervenants.

Les reportages qui entrecoupent les dialogues sont construits de manière à présenter une image folklorique des minorités en question.

L'émission commence avec l'affirmation de Mathieu Cossu au sujet des "173 sectes avérées", se référant à l'infâmante liste parlementaire, outil diffamatoire mais toujours très utilisé. La lassante utilisation de cette affirmation illégale n'est cependant pas un hasard ou une erreur involontaire.

On y entend ensuite que "Les sectes sont procédurières !". Retournement tragi-comique de situation que le téléspectateur peu concerné ne notera pas. Les pauvres avocats et psychiatres de la croisade deviennent tout à coup victimes des minorités spirituelles, lesquelles ont pourtant subi pendant plus de vingt ans, sans broncher, des attaques continuelles et des amalgames injustes.

"Les sectes sont dangereuses, les religions, elles, sont organisées !" affirme avec conviction le psychiatre invité (membre de la Miviludes). Si le fait d'être "organisé" devient dans sa bouche une garantie de sérieux ou de protection contre les dérives, la même "organisation" est reprochée aux "grandes sectes" comme un signe de leur dangerosité ! La manipulation est donc omniprésente, mais entre gens d'une telle "crédibilité", cela est sans doute considéré comme "de bonne guerre".

L'avocat invité (spécialiste de la lutte antisectes), dont le fond de commerce, sans doute florissant maintenant, est directement lié à la croisade, sort tout à coup de son chapeau "une gamine dans une secte satanique dans le fin fond de l'Ardèche !". Si l'effet émotionnel est garanti, la véracité du propos ne l'est pas. Mais la grossièreté bien habillée de ces personnes trahit surtout leur conscience de parler aux téléspectateurs avec la certitude qu'ils ne mettront pas en doute ce qui leur est affirmé.

Il s'agit donc, encore une fois, de la sarabande maintenant traditionnelle d'arguments sans profondeur, dans une ambiance complice de réunion de bandits (les trois intervenants se tutoient, se font des sourires, et le pauvre sociologue - le chien dans le jeu de quilles - est régulièrement méprisé dans son rôle. "Devant un sujet aussi sérieux, nous n'allons pas faire des considérations sociologiques !" s'écrie le présentateur quand le sociologue invité demande que l'appellation "secte" soit définie).

On peut noter que les débats semblent plus policés en apparence qu'il y a quelques années. Mais les attaques sont plus sournoises. En regardant les ficelles utilisées par les uns et les autres des chasseurs de sorcières, on peut se demander si les fameux "gourous" n'ont pas changé de camp.

Il y a malheureusement toujours aussi peu à espérer de la part de la télévision pour contribuer à un dialogue en profondeur et serein sur la question essentielle des minorités spirituelles.


« Pièces à conviction », France 3, lundi 24 mai 2004 sur  : « Voyage au pays des nouveaux gourous »

Deux comptes-rendus

Lire également le droit de réponse de Landmark

Cette émission est une entreprise de destruction de la société Landmark Education, comme nous en avons déjà vu de nombreuses à la télévision. Comme toujours, la volonté de discréditer les nouvelles formes de la quête spirituelle ou thérapeutique est à l'œuvre et, comme toujours, Les invités sont principalement des activistes antisectes. Une ancienne stagiaire du Landmark a cependant, malgré les pressions de l'animatrice et des autres invités, maintenu son appréciation positive de ses stages à Landmark. La mention du rapport parlementaire, comme un dictionnaire de référence des sectes, se poursuit, malgré l'illégalité de ce procédé. Les groupes listés ne sont pas nécessairement des sectes au sens criminel du terme. Ceci a été confirmé par plusieurs décisions de justice. Avoir affirmé à plusieurs reprises que Landmark Education est une secte parce qu'apparaissant dans ce rapport parlementaire, devrait donc exposer FR3 à être condamné à son tour par la justice. Tout au long de l'émission, des stagiaires enthousiastes expriment ce qu'ils ont découvert à Landmark Education. Mais plutôt que de les entendre, FR3 préfère écouter quelques spécialistes autoproclamés, véritables obsédés du secte, à seule fin de discréditer Landmark Education sans apporter aucune preuve. Tous les ans des milliers de personnes meurent de mort violente, meurtre ou suicide. Même s'agissant de chrétiens, fidèles ou clergé, les instances chrétiennes ne sont pas mises en cause pour autant. De même les hôpitaux psychiatriques ne sont pas mis en cause quand l'un de leurs pensionnaires commet un crime.  Nous demandons donc à FR3 la cause de cette insistance à associer Landmark à un meurtre horrible et un suicide. La présomption d'innocence fait partie du droit français, aucun début de preuve n'a été apporté mais les conséquences de cette calomnie sont déjà à l'œuvre.  Landmark Education et la Scientologie n'ont rien de commun. Pourquoi l'amalgame entre ces deux groupes ? FR3 manquait-il d'arguments envers Landmark Education et fallait-il appeler la Scientologie à la rescousse pour alimenter la peur ? Ou bien fallait-il en profiter pour ternir encore un peu plus l'image de la Scientologie ?  2) L'émission porte bien son nom ("pièces à conviction"), puisque elle présente d'emblée Landmark Education (L.E) comme une organisation dangereuse. Une association est faite entre leur méthode d'enseignement et la criminalité. Le reste de l'émission est le développement d'un jugement sans appel. Les journalistes font le lien entre un meurtre, un suicide et la méthode de L.E. L'accusation étant "grave", on s'attend à voir présentées des "pièces à convictions". Il n’en est rien. On s'étonne que la justice, comme l'état, n'aient pas mené leur enquête aussi loin. Le titre de l'émission : "Voyage au pays des gourous". L'ambiance est angoissante, musique et images chocs donnent le ton, la peur est entretenue par des extraits d'interviews sortis de leur contexte, mais qui, montrés de cette façon, visent à alimenter la psychose des sectes. L'émission est dite "spéciale". Équipé d'une micro caméra (bouton de la chemise), un journaliste, Laurent Richard, s'infiltre dans l'organisation de L.E. et participe à l'un de leurs stages, appelé Forum. Tous les visages sont cachés par trucage, sauf celui du responsable, Alain ROT. On y montre un contrat que les stagiaires signent avant de commencer. Il y est stipulé qu'ils sont libres de participer à ce stage et qu'ils sont sains d'esprit, toute personne ayant été suivie par un psy n’étant pas acceptée: "Chaque client déclare assumer tous les risques de dommage physique, psychologique et de troubles émotionnels pouvant survenir pendant ou après le forum "... et "dégage LE. de toute responsabilité" L'exemple d'un travail de groupe est montré. La méthode est présentée comme une violence psychologique que subissent les stagiaires. Le journaliste l'associe à une manipulation mentale, le stagiaire est "mis en danger" par les paroles du coach, Alain ROT, qui n'hésite pas à faire pleurer la personne. Un avocat sur le plateau de l'émission dit que les clauses du contrat sont abusives, car le coach du stage provoque chez la personne une « déstabilisation mentale » et pourrait se trouver responsable des conséquences. C'est un argument mis en image, qui tente de faire la relation entre les méthodes de L.E. et les évènements tragiques exposés par la suite. Puis vient la présentation de L.E. On l'associe à une "secte" et on en profite pour montrer d'autres mouvements spirituels. La liste du rapport de 96 est montrée, on y voit L.E. inscrit parmi d'autres mouvements. "Le suicide des rives" et "le clan des surhommes » entourent L.E. et sont nommés. Interview de Jean-Marie Abgrall qui a fait un rapport sur L.E., il ne se positionne pas sur le fait que l'organisation soit une secte ou pas. Les questions du journaliste le poussent à dire qu'il s'agit bien d'une secte. Dans son rapport il dit que L.E. semble avoir une approche scientifique, et que les clients ne sont pas sous la contrainte, mais déplore le manque de suivi par la suite, une critique exprimée plusieurs fois au cours de l'émission. Jean-Marie Abgrall qui est psychologue et conseiller auprès du ministère de la justice aurait été payé 45 000 € par L.E pour faire une étude sur eux. Le journaliste ne cite pas ses sources.Le député Jean-Pierre Brard fait une association gratuite avec l'argent, en disant "vous voyez bien que c'est une secte, c'est évident ! " sans avancer le moindre argument pour le prouver. Jusqu'à présent rien dans le reportage ne vient corroborer ses dires. De nouveau, nous nous retrouvons au stage. Il est montré un exemple où le coach interroge un stagiaire sans ménagement. Un ancien stagiaire tue sa mère à coups de fourche, la famille prend pour responsable L.E et la scientologie. Lors du procès, un psychiatre présente un rapport qui affirme la responsabilité de L.E. Le criminel est interné et déclaré irresponsable, il dit lui même que les seuls qui peuvent l'aider dans sa détresse aujourd'hui sont L.E. L'avocat du frère de l'assassin évoque une procédure de la justice qui est "L'intime conviction" en matière pénale. C'est à dire : est-ce qu'il existe un lien grave concordant mettant en cause ces personnes, l'assassin et L.E. Si cela est prouvé, la condamnation a lieu. Une des membres de L.E, Jocelyne Berthelot, est interviewée en plateau et restera presque jusqu'à la fin de l'émission. C'est la seule personne qui fait contrepoids dans l'émission en se faisant l'avocat de la défense. Elle apparaît comme l’exemple vivant de l'efficacité des méthodes de L.E de par sa sincérité à être elle même. Les autres membres, comme un psychiatre, tenteront de la faire passer pour une naïve qui n'a pas vu qu'elle avait été manipulée. Une certaine pitié se manifeste chez les autres à son égard, avec des remarques du genre "Madame quand on est manipulé par les sectes, on n'a plus la capacité de raisonner objectivement par soi-même". A ce stade de l'émission il en ressort que F3 s'est engouffrée dans une faille du système d'éducation de L.E pour justifier que L.E est bien une secte dangereuse. Et cela malgré l’affirmation de plusieurs anciens stagiaires qui aimeraient continuer les stages, bien qu’ayant été malmenés. Les reportages montrent un point de vue ... à l'opposé de ce que vit la membre de L.E Mme Berthelot. Elle est touchée et se met à pleurer. L'association avec la scientologie est faite, une ancienne adepte en témoigne : " le vocabulaire et les méthodes sont exactement les mêmes entre les deux organisations."Puis vient le rapport à l'argent, le journaliste s'infiltre dans les locaux de l'administration de L.E, on entend des dialogues entre les bénévoles et Alain ROT, il est question "d'enrôlement" pour trouver de nouveaux stagiaires, vocabulaire utilisé par les membres. On voit les chèques encaissés, une estimation de 60 000 euros par stage est avancée soit un CA de 1,5 millions d'euros par an. La question est de savoir où passe cet argent car il n'y a que des bénévoles qui travaillent. L’inspection du travail et le ministère des finances n'ont fait aucun contrôle depuis l'annonce du rapport sur les sectes en 96. LE. ne fait aucune déclaration de ses revenus à la chambre de commerce comme la loi le demande. Le député Jean-Pierre Brard dénonce les non-actions des administrations fiscales, et dit que ce film montre qu'il peut y avoir des dérives. Encore une fois aucun argument sur ce qu'il entend par dérive et l'association qu'il fait entre ce que l'on voit et ce qu'il dit.. C'est comme s'il se trompait de cible, mais profite du climat de peur généré par l'émission pour attaquer toute démarche spirituelle en elle même. Toujours avec sa caméra, le journaliste déjeune avec un stagiaire médecin, qui avoue qu'il conseille à ses patients de suivre ces stages. Au passage nous voyons que le déroulement de l'Interview a été monté. L'assiette de crème brûlée que mange le journaliste est à la moitié au début de l'Interview et est pleine à la fin. Une inversion de l'Interview a donc été faite. C'est pratique courante dans l'audiovisuel afin de condenser et rendre compréhensible le discours. Les médecins sont donc prosélytes. Une interview du secrétaire adjoint du conseil de l'ordre confirme qu'il en existe 3000 en France. Un stagiaire se suicide, des témoignages des parents et de sa femme confirment que la formation à LE est en cause. Bien sûr aucun argument concret pour appuyer l'accusation, sinon une émotion de tristesse et de colère. Puis le ton change dans l'émission pour terminer avec un plateau avec Mathieu Cossu, Catherine Picard, un journaliste de presse écrite et Gilles Bottine secrétaire de la MIVILUDES. Gilles Bottine a été piégé par F3 dans son bureau, croyant que la caméra était éteinte, il dit que l'État n'a fait aucune action contre Landmak. Il est mis à mal sur le plateau. Nous nous retrouvons comme dans une arène avec un "coach", la présentatrice, qui essaiera par la force de démontrer que l'état est irresponsable. F3 ayant bien réussi à s'infiltrer, la justice devrait faire de même pour dissoudre L.E. Gilles Bottine se défend en disant que ce ne sont pas les méthodes de l'État. La présentatrice Elise Lucet se révèle, le parti pris du départ se confirme. Commentaires : Mon sentiment général est que cette émission a été soigneusement préparée. L'objectif était de tenter de démontrer que L.E était une secte dangereuse. Il est difficile de dire que les images vues ne sont pas la réalité puisque le journaliste se faisait passer pour un stagiaire, le stage est montré tel qu'il se passe dans ses moments les plus intenses. Mais comme les images sont sorties du contexte, ce qu'on en retient est seulement le caractère intensif, mais pas les bienfaits éventuels que peuvent vivre certains participants. Dans cette émission, un dialogue aurait pu naître, les acteurs étaient présents pour cela : Jean-Marie Abgrall qui a fait une remarque constructive concernant le manque de suivi au cours des stages. Jocelyne Berthelot, membre de L.E qui témoigne de quelque chose de vécu. Le secrétaire de la MIVILUDES, Gille Bottine, qui ne se laisse pas aller dans l'affolement de "il faut détruire la secte". On aurait aimé des interviews plus poussés des stagiaires, il aurait été intéressant par exemple d'aller voir celui qui pleurait pendant un exercice, et pas seulement le montrer comme une preuve que LE fait craquer les gens et donc que c'est dangereux. A propos de savoir où passe l'argent, les députés le font remarquer justement à plusieurs reprises, mais c'est comme s'ils se trompaient de cible. La thèse qui tient pour responsable la démarche de développement personnel est sérieusement à revoir. Si l'état ne fait pas appliquer la loi toute simple qui dit qu'il faut déposer ses comptes chaque année, il y a sûrement d'autres intérêts qui n'ont rien à voir avec le développement personnel. Il est facile de voir l'implication de ceux qui dénoncent, nous sommes souvent confrontés aux associations antisectes, qui maintiennent leur combat, sans aucune remise en question du point de départ n'échappe pas à cette règle, le reportage étant commencé avec un parti pris, il leur était difficile de remettre en question leur jugement, malgré les perches souvent tendues par les réponses des intervenants qui expriment une satisfaction quel que soit le contenu émotionnel des stages.Les doutes exprimés au cours de l'émission sont rapidement éludés, comme la véracité de la relation entre le meurtre et le suicide et les méthodes de L.E. Encore une fois cette pratique qui consiste à associer certains évènements tragiques avec les méthodes de LE, comme à toute démarche spirituelle pour les discréditer, est a l’œuvre dans une démonstration montée en images. Tout cela tendant à démontrer que les propos de la mouvance antisectes doivent être pris en compte. Il a été facile pour F3 de faire une émission qui nourrit les peurs des spectateurs. Le doute sur le recrutement des stagiaires et l'utilisation de l'argent a été l'occasion de broder, plutôt que d'approfondir la question qui est somme toutes une affaire des services fiscaux et qui relève du droit Français.   Nombre d'entreprises lucratives font exactement la même chose et ne sont pas accusées de manipulation. Ici parce que nous touchons à la spiritualité, c'est la démarche de tous les mouvements qui est remise en question. La peur et l'ignorance sont les maîtres. Enfin on assiste à une manipulation mentale en direct à la fin sur le plateau, où Gilles Bottine est mis à mal devant la violence des propos de la présentatrice. Finalement, elle a pris exemple sur les méthodes qu'elle reproche à LE.


« Le vrai faux journal » sur « les faux prophètes », Janvier 2005 avec Karl Zéro  

Spectacle de fin d’année : Karl Zéro caresse l’inconscient collectif dans le sens du poil pendant 1h30, sur le thème des « sectes ».

Les enfants se racontent souvent, entre eux, des histoires grinçantes pour faire rire ou pour faire peur. C'est une manière pour celui qui les raconte de se faire valoir devant le public de ses camarades, d'attirer l'attention. Bien souvent leurs histoires tournent en dérision ou calomnient une minorité raciale, sociale ou religieuse qui reste pour eux un objet très abstrait de plaisanterie. Ils peuvent par exemple raconter innocemment les pires blagues racistes, ignorant un contexte dramatique réel fait d'exclusions, de conflits, de drames humains et d'un passé terrible. Puis ces enfants grandissent, et prennent peu à peu conscience de la réalité des êtres et du pouvoir des mots. Peut-on accorder la même présomption d'innocence à la télévision et à certains de ses acteurs? C’est ce que l’on peut se demander après avoir regardé l’émission « Faux prophètes » de Karl Zéro, le 26 décembre sur Canal+. Ces interviews où tout est fait pour déstabiliser et ridiculiser l’interviewé sont trop faciles, la sélection intentionnelle des faits pour entraîner le public dans l’indignation et dans l’effroi est irrespectueuse du public lui-même, dans son aspiration à comprendre et approcher vraiment ce qui lui est étranger. Les principaux clichés sont là de manière caricaturale : argent, sexe et pouvoir. Karl Zéro tire sur les ficelles universelles de la nature humaine pour faire danser son public comme un pantin docile. Ce pourrait être acceptable, si cette danse ne piétinait des aspirations parmi les plus belles, ainsi que des innocents, dans un amalgame grossier. Je me souviens avec émotion de l’interview du commandant Massoud, dans cette même émission, et de l’approche profondément humaine de ce personnage. Était-ce le meilleur du « Vrai-Faux Journal » ? Je ne reviens à cette émission qu’aujourd’hui, pour ce « spécial faux prophètes », où je constate le pire. Au-delà de la véracité des faits exposés que nous ne nous attarderons pas à remettre en question, il y a, dans la manière de les présenter et dans les commentaires qui les accompagnent, des conclusions induites et parfois très explicites qui, elles, sont à exposer et à examiner sans concession, ainsi que leurs implications et conséquences. Ces conclusions pourraient être résumées ainsi : - Les sectes sont des lieux de perdition où le suicide collectif est à craindre à tout instant - Les gourous sont des escrocs et/ou des pédophiles, - Les guérisseurs sont des charlatans - L’ésotérisme et les mouvements spirituels minoritaires sont les lieux privilégiés de toutes les dérives - Ceux qui parlent de Jésus et de Dieu en dehors des cadres traditionnels sont des fous mégalomanes ou des manipulateurs - L’église catholique reste une valeur sûre et le refuge d’une foi raisonnable devant la folie des mouvements marginaux. Ce sont là des traits qui s’inscrivent dans le contexte français très particulier où l’État mène depuis une quinzaine d’années, sous l’appellation de « lutte contre les sectes », une véritable politique liberticide. Celle-ci a déjà fait de nombreuses victimes et mené, un peu plus chaque année, au rétrécissement du cadre de l’expression des choix de vie spirituels, thérapeutiques ou éducatifs. Le CICNS est né du constat de cette situation et travaille à révéler au grand jour la réalité préoccupante d’une population discriminée et de la violation aujourd'hui, en France,  des droits de l’homme à la liberté de religion, de croyance et de convictions. Chaque émission de ce type rajoute une pierre à un édifice de propagande honteux, et représente une insulte pour les victimes directes de cette politique, mais aussi pour les millions de personnes qui trouvent ou ont trouvé au sein des minorités spirituelles un réconfort, et souvent un véritable éveil à une compréhension plus étendue de l'existence humaine dont l'art de vivre ensemble dans le respect et l'ouverture est une valeur fondamentale. Il y aurait là un beau sujet d’émission ou de reportage, pour journalistes courageux et soucieux de vérité. Le public, nous en sommes sûrs, le mérite et l'attend.


Teva,  « Sectes : simple communauté ou manipulation organisée »

A l'attention des réalisateurs de l'émission : 

"Sectes : simple communauté ou manipulation organisée" diffusée le lundi 9 Mai 2005 à 20h50

Le 6 Mai 2005, nous vous avons fait parvenir un courrier de réflexion sur l'annonce de votre émission. Nous étions interpellés par le texte d'annonce de votre dossier qui partait d'une question, mais donnait sans détour la réponse à cette question dans l'annonce même. Après avoir vu l'émission, le constat est affligeant. Il n'existe pas de mot assez sévère pour qualifier un dossier qui prétend rester factuel et ouvert en omettant aussi grossièrement à plusieurs reprises de présenter pour chaque situation les témoignages complémentaires. Vous pouvez avoir une position arrêtée sur le phénomène dit "des sectes" et tout ce qu'il recouvre, mais alors annoncez clairement qu'il s'agit d'une opinion. Votre dossier dans son ensemble ne laisse aucune latitude de réflexion. Il part d'un a priori qui donne les réponses finales au téléspectateur. Est-ce là votre idée du journalisme ? Prenons les séquences une à une.

1 Introduction

L'introduction de Marielle Fournier (présentatrice des dossiers de Teva) donne le ton. Dès la première minute d'émission, le téléspectateur est prévenu que les sectes recrutent, déstabilisent et manipulent. A aucun moment de l'émission vous ne donnerez une chance à l'opinion alternative. Comment pourrait-il en être autrement, le mot "secte" dans sa nouvelle acception (bien qu'il n'existe aucune définition sociologique et juridique actuelle du mot) est synonyme de délit. Le titre même de votre émission est une fraude intellectuelle qui se déploie tout au long des reportages. Comprenez bien que la signification courante du mot secte n'est pas un problème. C'est son utilisation inconsidérée qui est en cause, à l'égard de tout ce qui dérange, sans qu'on ai besoin de se justifier, une fois que le mot a été prononcé.

2 Premier reportage : les sectes profitent des catastrophes pour faire du prosélytisme

La scientologie aurait profité de la catastrophe AZF de Toulouse pour proposer son aide et gagner de nouveaux adeptes. La scientologie est l'emblème des boucs émissaires des sectes. Pas une émission sans que ce nom soit prononcé comme un épouvantail. Les seules preuves tangibles sur la dangerosité de ce mouvement seraient des preuves soit juridiques, soit basées sur une étude sociologique. Qui aujourd'hui possède de telles preuves pour étayer ses dires ? Qui est prêt à faire cette démarche d'étude qui semble naturelle face à un mouvement qui déclenche autant de peur ? En l'absence de ce regard sociologique ou ethnologique, toute accusation est abusive.

Les témoins de Jéhovah (TJ) auraient profité des inondations de Novembre 99 dans le sud de la France, en aidant les victimes. La tentative du journaliste pour arracher aux différents témoins un mot, qui pourrait confirmer que les TJ ont cherché à faire du prosélytisme, est pathétique...

Une directrice de centre témoigne simplement : les TJ lui proposent de l'aide, d'abord anonymement, elle est d'accord, puis ils précisent qui ils sont, elle ne voit aucun problème et elle témoigne formellement qu'il n'y a eu aucune tentative de prosélytisme.

Un couple témoigne de leur interaction avec les TJ dans le même ton. Devant cette simplicité, le journaliste cherche la faille :" Mais si un jour ils vous rappellent et vous disent, vous vous rappelez, nous vous avons aidé, on vient vous voir ?" - 'Non merci, c'est tout', "Vous n'avez pas eu envie de faire un don ?"- 'non je ne donnerai pas'. A la fin de l'interview le mari de ce couple précise qu'il ne pense pas que nous ayons à avoir beaucoup de craintes de ces sectes.

Seul le Maire de Cuxac d'Aude répond aux attentes non avouées de ce reportage : il précise qu'il ne se fait pas d'illusions sur les TJ. Le Maire nous parle de son cas de conscience : il s'est vu dans l'obligation d'accepter l'aide des TJ étant donnée la situation et malgré ses réticences devant ce groupe.

Le reportage se termine par ses mots : "Depuis 3 ans les sectes sont présentes sur les catastrophes : a priori rien à redire sur cette générosité, mais quel est vraiment le but de ce bénévolat. Les TJ brassent des sommes d’argent considérables, les catastrophes finissent-elles par payer ? Combien permettent-elles de séduire, hier ou demain, impossible de le savoir mais la menace est réelle... Officiellement, les sectes sont là uniquement pour aider, en réalité elles voient souvent derrière chaque victime un futur adepte potentiel."

Notre réflexion est la suivante : nous ne savons pas au bout du compte quelles étaient les intentions des scientologues et des Témoins de Jéhovah lors de ses événements. Doit-on forcément les imaginer négatives ? Quelle perversité cependant a poussé les réalisateurs de ce reportage a dégrader à ce point l'élan d'entre aide de certains, même en admettant qu'il y ait eu une arrière pensée, pour alimenter leur propos sur la peur des sectes ? Quelles étaient les arrières pensées des personnes qui n'ont pas aidé sur le terrain, doit-on les juger aussi ?

3 Un couple détruit par une secte

C'est un cas qui devient classique maintenant. Un couple se déchire et l'appartenance de l'un a une minorité spirituelle est utilisée contre lui pour obtenir la garde des enfants.

Le reportage prend fait et cause pour le mari. C'est homme souffre de la rupture de son couple et de ne plus voir autant ses enfants, cela est certain. Est-ce que sa souffrance est une raison suffisante pour passer dans le reportage un verdict sans appel sur son bon droit, et sur la culpabilité de son épouse, alors qu'un jugement puis un deuxième ont confirmé que la mère pouvait garder ses enfants ?

Quelle faute a donc commis cette femme ?...Elle appartient à une secte. Cette appartenance n'est pas prouvée, mais qu'importe.

Le mouvement accusé d'être une secte est la Sri Ram Chandra Mission. Deux journalistes se rendent dans un centre du mouvement à Augerans. ils sont forcés de reconnaître que les gens semblent paisibles, mais, selon eux, les loisirs ne durent pas, vient le temps de la méditation. En deux phrases, le journaliste parvient à évaluer la philosophie du groupe et à montrer le danger qu'il fait encourir à ses adeptes.

Une autre preuve avancée de la dangerosité de la Sri Ram Chandra Mission est sa présence dans le rapport Gest-Guyard. Aucune mention n'est faite des conditions contraires aux règles élémentaires d'un pays démocratique, dans lesquelles ce rapport a été fait. Aucune mention n'est faite du communiqué du Ministère de l'Intérieur qui précise que ce rapport n'a aucune valeur normative et juridique. Puisque ce mouvement est dans le rapport, c'est un mouvement dangereux.

Une fermière est interrogée sur le mouvement : sa première réponse est de dire qu'elle ne voit pas de problème avec ces gens là. Le journaliste la remet promptement sur le droit chemin en lui demandant si elle sait que c'est une secte : oui, une des pires parait-il, répond la dame.

Donc, la mère des enfants qui appartient à cette prétendue "secte" fait courir un grave danger aux enfants. Le père précise qu'il est inquiet sur la santé des enfants, qu'il les voit maigrir. Intervention de Janine Tavernier qui au nom de l'ADFI pense qu'ils sont en danger sans autre justification.

Le reportage utilise de façon outrancière des moments de tendresse entre le père et ses enfants en sous entendant que cette mère "coupable" les met en péril. La fibre émotive est utilisée sans retenue pour pointer du doigt un coupable désigné d'avance pour son choix de démarche spirituelle et cela en dépit de deux décisions de justice.

Note ndlr : Mécanismes

De ces deux reportages, il convient de dire un mot sur les techniques employées.

Les accusations, les procès d'intention sont portés sans preuves. Ils font appel au témoignage d'apostats.

On nous présente un témoignage d'Alain Vivien sans prendre la peine de préciser qu'il était président de la MILS qui n'existe plus et qui a été remplacée par la Miviludes; l'intérêt de son témoignage cependant est de permettre de faire la publicité des deux associations antisectes françaises, l'ADFI et le CCMM.

Tout au long du reportage nous bénéficions des commentaires éclairés de psychologues spécialisés sur la question des sectes; d'un avocat qui explique que les membres d'une secte trompent les magistrats parce qu'ils sont sereins contrairement à certaines victimes non reconnues qui montrent leur trouble et perdent ainsi leur moyens de conviction.

Ces techniques d'argumentation sont tellement similaires à celles employées par l'ADFI et le CCMM, que la source des informations de ce reportage semble ne faire aucun doute...

4 Waco

Sans doute le reportage le plus objectif de l'émission sur le drame de Waco aux Etats Unis. Un reportage anglo-saxon, à prendre en exemple. La voix off est sobre et se contente de décrire les faits. Toutes les parties s'expriment. Le téléspectateur peut se faire une opinion par lui-même. La responsabilité du FBI dans le massacre semble écrasante. Vous pouvez penser différemment. Vous pouvez aussi vous rappeler ce que vous avez dit de l'événement à l'époque des faits, sans prendre de précautions comme la plupart des médias concernés. Qui parmi les médias fait amende honorable aujourd'hui sur ces errements médiatiques du passé ? Qui parmi les médias, fait amende honorable sur l'affaire Guyana, un drame similaire à Waco, où les dossiers publiés par le FBI sont accablants contre les services de renseignements américains. Ces événements sont à l'origine du développement de la lutte antisectes par les pouvoirs publics français. On pourrait donner des exemples similaires en France où les accusations sont portées sans discernement et à peu de frais. Une rumeur sans preuve à la télévision est un usage courant. Nous vous recommandons l'interview de Maurice Duval, ethnologue, publiée sur notre site.

5 Colonia Dignidad

Nous ne nous prononcerons pas sur ce reportage, ne connaissant pas suffisamment le contexte dans lequel ce mouvement a évolué. Notre sentiment est qu'il est construit de la même façon. Une question est posée au début, mais son traitement paraît sans équivoque sur l'opinion des journalistes. Ce qui à nouveau n'est pas un problème si il est clairement dit que cela est une prise de position subjective.

6 Conclusion

Marielle Fournier conclut l'émission par : "nous vous avons montré la réalité de ces mouvements et leurs dérives"...

Notre conclusion

Posez-vous en conscience la question ? Qui manipule qui avec un dossier comme celui que vous avez présenté ? Vous perdez toute légitimité à exercer le métier de journaliste lorsque vous vous éloignez à ce point, d'une démarche qui présente l'avis des différentes parties d'un fait ou d'un événement. L'impact que vous avez sur le public est grand : ce pouvoir se mérite.

Il y a un point positif dans le dossier présenté, bien malgré vous. C'est l'ouverture avec laquelle la plupart des personnes interrogées (dans le premier reportage) parlent de leur rencontre avec les prétendues "sectes" et parfois même leur incompréhension devant cette insistance sur le danger encouru. L'espoir d'un nouveau regard ouvert, dépassionné est là, dans cette acceptation simple de l'autre, même si on n'est pas d'accord avec lui ou qu'il est différent, même si ces intentions peuvent être questionnées sans le rejeter.


« Le téléphone sonne » sur France Inter, 5 septembre 2006

Un titre prétexte pour quelques-uns des artisans de l'anti-sectarisme à se vautrer dans les lieux communs les plus grossiers. 45 minutes d'un salon de thé indécent entre copains de la croisade contre les minorités spirituelles, où chacun s'appelle par son prénom, libre de distiller le mépris et le mensonge dans l'absence de point de vue contradictoire (voulue par les réalisateurs de l'émission). Un moment consternant et surréaliste de pure désinformation. Les ficelles de ce "débat" nous ont semblé si énormes et le parti pris d'Alain Bédouet si flagrant que nous avons négligé de faire parvenir un courrier aux auteurs de cette émission désolante. Nous avons cependant reçu des dizaines d'emails de personnes révoltées par autant de manipulations (des témoignages soigneusement filtrés à l'antenne puisque seules les personnes acquises à la cause antisectes ont pu s'exprimer). C'est peut-être le seul effet positif de cette émission et sans doute qu'à force de matraquages sans discernement et dans la plus évidente mauvaise foi, les minorités spirituelles ressentiront-elles la nécessité de s'associer dans un élan solidaire.


Reportage au sujet de « Jonestown », France 3,  6 février 2007

Dans les semaines qui précédait l'émission, on pouvait trouver sur le site Internet de France 3 un encart de cinq pages faisant la promotion du reportage : « Jim Jones, la folie meurtrière d’un Gourou » 
Extrait: 
"Ce jour-là, la quasi totalité des adeptes d’une secte américaine se suicident ou sont assassinés sur ordre de leur gourou : Jim Jones. Bilan : 913 morts dont plus de 200 enfants. Une des tragédies les plus meurtrières du monde sectaire."
Ce lien entre le drame et « le monde sectaire », qui fait référence aux nouvelles expressions de la spiritualité dans leur ensemble, n'existe pas dans le documentaire. Pourquoi apparaît-il dans la présentation ? Et pourquoi exclusivement une liste d'organisations et de sites antisectes pour soutenir cette présentation ?
De nombreux autres sites sur Internet se sont penchés sur la tragédie de Jonestown de manière bien plus spécifique mais sans cet amalgame avec les minorités spirituelles désignées sous le terme de sectes ou dérives sectaires.
Pourquoi une telle sélection ? Compte rendu du documentaire :
Généralités : un film qui donne une impression de série B, des acteurs peu crédibles, des lourdeurs… Il y a en particulier un contraste saisissant entre les images de fiction qui montrent les supposés habitants de Jonestown prostrés et sous influence permanente de la peur, et les images d'époque et témoignages de survivants qui évoquent une tout autre réalité (l'apostat pleure presque en parlant de ses anciens frères, tous merveilleux, et de leur rêve commun).
Comme thème principal : "La folie d’un homme au charisme extraordinaire conduit à la mort de centaines de personnes »
La matière première :
Des témoins :
- Un homme qui voulait quitter Jonestown peu de temps après son arrivée.
Il décrit Jonestown comme « un camp sous haute surveillance où l’on se sentait prisonnier ». Plus tard il explique pourtant qu'il a laissé son fils sur place lors de son départ pour le protéger du racisme qu'il pourrait rencontrer en Amérique, disant que « Jonestown était mieux pour lui ».Son témoignage est celui d’un homme torturé par le regret d’avoir abandonné son fils et présente bien des incohérences. Il y a d’autres survivants dont on peut trouver le témoignage sur Internet et qui ont une vision plus positive de la vie à Jonestown. Était-il impossible de les faire connaître ? - Un fils de Jim Jones, Stephan, décrit son père comme un fou furieux entièrement responsable de ce qui est arrivé.
La réalisatrice dit : « Stephan a refusé de parler pendant 20 ans. Pendant tout ce temps, les médias du monde entier ont essayé de l’interviewer en vain. Nous sommes arrivés au moment où il avait fait le deuil de ce drame et il était prêt à parler. » On trouve pourtant plusieurs interviews de Stephan Jones sur Internet dont une de 1984. Mensonge ou simple approximation de journalistes superficiels ?
- Le témoignage d'un journaliste qui a survécu à la fusillade de l’aéroport. Il dit à la fin : "On a parlé à tort de suicide collectif, c'était un meurtre collectif". A la fin du film, un texte défilant dit "913 personnes sont mortes suicidées ou tuées..."
On peut encore lire aujourd’hui sur le site de la MIVILUDES: « LE PHÉNOMÈNE SECTAIRE ET LES POUVOIRS PUBLICS – HISTORIQUE : 1978 suicide collectif de 923 adeptes du « Temple du peuple » au Guyana »
Pourquoi cette approximation de la MIVILUDES alors que la vérité est connue de tous depuis au moins une dizaine d’années ? 
- Le témoignage du père d'une jeune fille morte à Jonestown. Il accompagnait Ryan dans son voyage pour voir sa fille vivant avec sa mère à Jonestown depuis leur séparation. Il apporte cette dimension émotionnelle au film qui supplante l'investigation. 

Rien dans le documentaire, ni ailleurs, ne permet de justifier les affirmations du résumé présenté sur le site de France 3 :
"La secte, (…) a depuis longtemps basculé dans la folie totalitaire au service exclusif de son leader. Viols, tortures, détournements de fonds, captations d’héritage, travail forcé, humiliation, obéissance aveugle font partie de la vie quotidienne à Jonestown."
L'introduction du reportage présente Jim Jones comme un leader spirituel qui s'est transformé en "gourou", suivi par des "adeptes" perdus dans une société violente et en crise. Tout au long du documentaire, ce qui transparaît en premier lieu sur le « Temple du Peuple », et ce que confirment les experts de la question, est sa prédominance marxiste.
Pourquoi, alors, ne pas parler d’un Pasteur révolutionnaire marxiste ?
Si les sites Internet en Français qui parlent de Jonestown racontent plus ou moins la même histoire que le documentaire, les sites en Anglais, révèlent que les plus grands spécialistes de la question, ceux qui ont passé des années à étudier le sujet, s’accordent à dire que l'affaire n'est pas élucidée qu’il n’y a pas une histoire de Jonestown, mais plusieurs, bien différentes, et notamment celles qui contredisent par les faits la vision simpliste avancée ici (voir notre page sur Jonestown).
Les autorités ont d’abord annoncé 383 morts puis, quelques jours plus tard, 775 et, enfin, 913. Soit que les militaires se sont lourdement trompés dans leurs comptes, soit plus de 500 personnes n’étaient effectivement pas mortes à Jonestown et quelqu’un les y a en suite amenées. En tous cas, les autorités ont caché des faits importants.
Pourquoi ne pas mentionner la CIA intimement liée au massacre ? 
Comment peuvent-il oser affirmer en introduction du documentaire : "Nous allons vous raconter l’histoire des 5 derniers jours de Jonestown", comme s’ils pouvaient détenir une vérité que les experts ne prétendent pas détenir ?
Une étrange lacune dans le film : Stephan Jones, et les autres membres de l'équipe de basket de Jonestown, jouaient un tournoi contre l'équipe nationale Guyanaise. Ils ont refusé de rejoindre le camp à l'injonction de Jim Jones le fameux soir et sont allés se réfugier à l'ambassade des États-Unis pour "tenter de donner l’alerte". Quand ils sont rentrés plus tard à la maison de la secte à Georgetown où ils logeaient pendant le tournoi, le drame avait eu lieu. La question laissée sans réponse : "Que s'est-il passé à l'ambassade ?"
De même, Léo Ryan fait brièvement part du manque de coopération qu’il trouve auprès de l’ambassade des États-Unis et des autorités locales guyanaises qui visitaient parfois Jonestown et n’y trouvaient rien à redire.
Pourquoi ne pas investiguer sur cette étrange et supposée cécité à l’encontre d’un groupe qui affichait son hostilité au gouvernement américain ?
Le fils de Jim Jones dit que les membres de la congrégation souffraient de malnutrition, pour expliquer leur soumission et leur geste irréparable.
Aucun autre témoin ou visiteur, officiel ou non, ne mentionne cela.
Ils parlent tous de gens en bonne santé. Cette contradiction ne devrait-elle pas contrebalancer le témoignage de Stephan Jones ?
Qu’apporte ce documentaire ?
Aucun fait nouveau, aucune analyse des faits, aucune vision d’ensemble de la très complexe affaire de Jonestown sur laquelle le FBI a publié plus de 39 000 pages sans apporter de réponse définitive à ce qui reste une énigme probablement due au fait que beaucoup d'éléments sont tenus cachés par les autorités.
Il fournit pour l’essentiel une explication simpliste qui sert la politique française de lutte contre les dérives sectaires au moment précis (hasard des programmations sans doute ?) où une véritable offensive est menée autour de la troisième commission d’enquête parlementaire sur les sectes et où le CICNS sort un film sur le même sujet.
Un reportage navrant, dans la grande tradition télévisuelle populaire, qui est parvenu à zapper les faits qui contredisent la version des antisectes français (le fait que le mouvement était tout autant assimilable au Marxisme révolutionnaire qu'aux nouvelles spiritualités, et le fait que la version du seul "suicide collectif" n'a plus cours depuis longtemps). Pour pallier à cela, la présentation du documentaire, reprise automatiquement par tous les médias, est le reflet d'un discours antisectes primaire tendancieux.


Lire notre enquête sur le massacre de Jonestown


« Zoom Europa », Mercredi 11 avril 2007 à 21h35 sur Arte

"Zoom Europa. Le zoom de la semaine : alors que les églises traditionnelles se vident, les Européens en quête de spiritualité se tournent vers d'autres pratiques, parfois très originales. S'agit-il de nouvelles religions ou de sectes ? Reportages en Bavière, en Grèce et en Hongrie."

Le constat qui découle du montage et des commentaires supérieurs et ironiques, c'est que l'on pratique à l'étranger un dangereux "libéralisme" alors que tous ces groupes sont "farfelus", "inquiétants" voire "sectaires". Les tarifs et bénéfices étaient souvent soulignés ainsi que d'éventuelles réprobations des autorités religieuses en place. Au milieu de cela, un groupe pentecôtiste et des groupes paganistes chamaniques en Hongrie, un groupe Zen allemand et un groupe polythéiste grec, tous ayant plusieurs milliers de fidèles. Des gens tranquilles, l'air très heureux de ce qu'ils font, et heureux de le présenter aux journalistes. Pour l'Église pentecôtiste, un apostat, ex n° 2 de l'Église, a exprimé que le pentecôtisme se sert en réalité de la superstition pour le bénéfice d'un leader unique prêtre superstar. On peut comprendre que ce soit dur pour un n° 2 !  On apprend qu'en Hongrie, il suffit de cent signatures de fidèles pour se déclarer association religieuse et recevoir de ce fait le droit de créer des dispensaires, des écoles et de bénéficier de certains abattements fiscaux. Ils sont fous ces Hongrois, on se demande comment leur pays n'est pas déjà à feu et à sang ! Les Grecs ne semblent guère plus raisonnables puisqu'ils ont accordé le statut de religion à des "originaux" qui vont se prosterner dans des temples qui selon un représentant des affaires touristiques ne sont pas des lieux de culte mais des monuments antiques destinés de toute évidence à être simplement admirés. Des adorateurs d'Athéna à l'Acropole, ça ferait un peu désordre quand même, non ? Pour boucler la série sur le renouveau religieux, une "synthèse" des réactions d'internautes sur le sujet en trois témoignages de personnes dans la tranche des 18-30 ans dont nous retranscrivons ici l'essentiel :

Témoignage N°1 : Le retour du religieux ? "En Allemagne, beaucoup sont venus pour voir le Pape, mais je crois que c'est juste une mode."

Témoignage N°2 : Le renouveau du religieux ? C'est surtout du folklore entretenu pour des besoins touristiques."

Témoignage N°3 : Le renouveau du religieux ? "Bof, dans le fond s'ils ne font de mal à personne, je suis pour la tolérance."

Cette émission reflète fidèlement l'opinion française qui ne veut pas croire au renouveau du spirituel mais croit à sa dangerosité, campée derrière ses certitudes « raisonnables » et son système antisectes unique au monde.


Ça se discute », France 2, 13 juin 2007 avec Jean-Luc Delarue

"Sectes - Peut-on tous en être victime ? / Qui peut être enrôlé dans une secte?"

Quelques invités, anciens "adeptes de communautés", ou ce père n'ayant plus aucun contact avec ses deux enfants, partis avec son ex-compagne du jour au lendemain... Des histoires racontant des drames familiaux, insistant sur les syndromes classiques de la personne "embrigadée", la rupture avec les membres de la famille, les idées loufoques... En fait, aucune "secte" n'est clairement nommée dans l'émission, afin de se protéger de tout risque d'attaque en diffamation. Les témoignages sont ceux de personnes ayant fait le choix de rejoindre une quelconque communauté ; je n'ai pas noté d'amalgame notable, hormis celui-ci : "il s'agit de gens qui mangent exclusivement végétarien"... Sans commentaire et, bien sûr, aucune correction de la généralité par le journaliste qui pourrait éviter de faire un lien là où il n'y en a pas. Finalement, je me suis demandé à quoi l'émission voulait en venir, sauf à dire : attention, nous pouvons tous être victime d'une secte, de près ou de loin. Un membre de la famille, ou bien même une personne tout à fait rationnelle de type de cet ingénieur, témoignant.

 


« Un jour, Une heure » 29 août 2007, présenté par Laurent Delahousse

"Waco / dans l'enfer d'une secte"

Un film de Paul Degénève. Montage d'Alexandra Willot.

Lire notre enquête sur Waco

Présentation de France 2 : Le 19 avril 1993, le monde découvre les images d'un ranch en flammes ; Waco au Texas. A l'intérieur, 87 personnes, dont 22 enfants, sont retranchées. Les agents du FBI et les journalistes présents sur place sont sous le choc, le bâtiment brûle en quelques minutes. Il n'y aura que neuf survivants. Cela faisait six semaines que ces hommes et ces femmes vivaient reclus, tous adeptes d'une secte, les Davidiens. Leur gourou s'appelle David Koresh. Et cet homme qui se prend tout simplement pour Dieu va les conduire à la mort. Que s'est-il vraiment passé à l'intérieur du ranch ? Pourquoi le FBI n'a-t-il rien pu faire ? Comment des mères ont-elles pu aller jusqu'à sacrifier la vie de leurs enfants ?

 

Cette introduction est un résumé fidèle de ce qu’ont voulu faire passer ceux qui ont préparé cette émission. Un gourou serait responsable du désastre de Waco et ce drame démontrerait le danger des « sectes », ou « dérives sectaires ».Ces quelques lignes sont une manipulation de la vérité qui fait "froid dans le dos" quand on connaît un peu la réalité des événements (voir notre page sur le sujet : Waco) Affirmer que « ces hommes et ces femmes vivaient reclus », alors qu’ils étaient assiégés après avoir été agressés, certains blessés et plusieurs d’entre eux tués par les ATF, relève de la manipulation la plus odieuse qui, en utilisant le mot « reclus » vise à porter la responsabilité sur un supposé comportement d’inspiration religieuse.
Nous avons relevé dans ce film la question pertinente de Gilbert Picard, journaliste à France-Inter, qui dit en substance : 
« David Koresh se rendait parfois en ville seul ; Il faisait souvent son jogging, seul et non armé…S’ils voulaient l’arrêter, pourquoi n’ont-ils pas profité de ces occasions pour le cueillir ?! » 
Les aberrations de ce genre, pourtant multiples, n’auront probablement pas atteint la conscience du téléspectateur non averti, noyée  dans le discours unilatéral du journaliste, et les interviews prépondérantes de deux personnes dont l’objectivité ne peut qu’être questionnée, puisqu’il s’agit de Byron Sage, le négociateur qui a assisté le FBI jusqu'à l’épilogue dramatique, et Jean-Pierre Jougla, administrateur de l’UNADFI. Le premier tient, sans surprise, un discours qui le disculpe ainsi que le FBI de ce qui fut objectivement un fiasco tragique des négociations. Le second est un militant antisectes de longue date dont le discours simpliste sur les croyances religieuses et les nouveaux mouvements spirituels émaillent l’intégralité du film, pour finir par affirmer que ce qui s’est passé à Waco a la même cause que ce que l’on trouve dans tous les « mouvements sectaires » et chez tous les « gourous ». En bref, il défend sa position, ses fonctions et ses écrits qui perdraient tout à ce que soient dissociés dans l’esprit des gens le drame de Waco et l’appartenance à une minorité spirituelle. Puisque cet amalgame abusif (comme ceux de Guyana ou de l’Ordre du Temple Solaire) sont les piliers d’une théorie sur l’existence d’un fléau social que constitueraient les « sectes ». La méfiance et le repli dont on accuse les Davidiens relèvent d’un instinct très naturel dans les circonstances subies par cette communauté ! Mais, selon M. Jougla, ils sont simplement un aspect du fanatisme qu’il est commun de rencontrer chez les « gourous » et dans les « groupes sectaires ».
Selon le témoignage des quelques Davidiens qui ont survécu à la tragédie, personne ne voulait se suicider et David Koresh n’était pas le fou furieux dépeint par les médias. Ces personnes s’expriment avec émotion mais avec calme, et semblent en pleine possession de leur jugement. Elles auraient pourtant toutes les raisons aujourd’hui, après avoir perdu leurs proches et étant les victimes d’une rumeur qui les désigne comme des victimes irresponsables depuis des années, de renier leur leader et leurs croyances ne serait-ce que pour trouver la paix. Cette fidélité relève selon les commentateurs français de « l’endoctrinement » et de « l’incroyable pouvoir des gourous ». Le texte de présentation de l'émission, ainsi que les conclusions de Laurent Delahousse sur le plateau, omettent un fait capital, pourtant clairement énoncé dans le film : l'incendie final s'est produit à la suite d'un assaut ordonné par la Maison Blanche (Président Clinton). Pour justifier ce recours à la force, Byron Sage explique clairement dans le film que les Davidiens étaient arrivés à bout de la "patience" des autorités. Impatience, orgueil blessé, intolérance religieuse ou obscure « raison d’État » ?  Ce pourrait être aujourd’hui le titre honnête d’une émission sur le drame de Waco. En conclusion du documentaire, le présentateur de l’émission énonce, sur fond de musique religieuse et images du célèbre tableau « Le jugement dernier » : 
« Les agents du FBI ont sous-estimé le fanatisme de fidèles persuadés de vivre le jugement dernier aux côtés du fils de Dieu »
Il est à souligner qu'Antenne 2 ne "présentait" pas simplement un documentaire ce soir-là, mais que le présentateur de l'émission était la voix off du documentaire dont les différentes sections sont enchaînées par des commentaires filmés sur le plateau de l'émission. Il n'y a donc eu aucune précaution apportée, aucun contrepoids aux images et aux mots, bien au contraire.
Au mépris des souffrances et des morts, mais aussi de toute déontologie journalistique, voici le message délivré : l’inspiration spirituelle, en-dehors des grandes traditions religieuses, est dangereuse. 
Ce message est celui d'une chaîne publique, à une heure de grande écoute. C’est un signe inquiétant mais sans surprise à l'heure actuelle pour l’avenir de la liberté spirituelle en France.

 


« Ça se discute »,  France 2, 19 septembre 2007 avec Jean-Luc Delarue

"Nouvelles sectes, nouveaux gourous : Sommes-nous tous manipulables ?"

Voir également notre clip vidéo sur l'émission : « Sommes-nous tous manipulables ? La réponse est oui. Démonstration par l'exemple de l'équipe de "Ça se discute" »

Le CICNS a été contacté début juillet 2007 par une assistante de M. Delarue, Virginie Dhers, dans le but d'inviter notre association à une nouvelle émission antisectes ("votre point de vue serait intéressant pour équilibrer notre plateau" "Nous voulons justement ouvrir le débat pour la première fois dans l'émission" "votre parole sera libre"). Nous avons l'habitude de suspecter des traquenards dans ce genre d'émissions qui n'hésitent jamais à avoir recours aux manipulations les plus grossières (même quand il s'agit de les dénoncer chez les sectes !) pour inviter chaleureusement un intervenant ... qui deviendra immanquablement, à ses dépens, le vilain canard de l'émission. 

Voir ci-dessous les propos de Virginie Dhers, cousus de mensonges (l'émission n'était pas en direct, contrairement à ses affirmations, le jour de l'invitation était en fait celui de l'enregistrement, le titre n'était pas celui annoncé ("les nouvelles communautés religieuses " !) et celui qui avait été choisi - mais qui ne nous avait pas été communiqué - était en réalité bien fixé contrairement à ce qu'elle prétendait, le débat n'était pas du tout "ouvert" mais orienté "à charge" comme d'habitude etc.). Nous avons choisi de décliner l'invitation :"Nous gardons l'esprit ouvert et regarderons votre émission pour voir si elle reflète l'ouverture que vous annoncez mais de notre côté, nous n'accordons pour l'instant aucune confiance à la grande majorité des médias pour nous donner véritablement la parole."

 

From: Virginie Dhers

To: Admin@CICNS.net

Sent: Thursday, July 05, 2007 4:20 PM

Subject: Emission Ca se discute ( France 2)  

Bonjour,

Je m'appelle Virginie Dhers et je suis journaliste sur le magazine Ca se discute diffusé sur France 2 et présenté par Jean-Luc Delarue. Nous préparons une émission pour le 5 septembre sur les nouvelles communautés religieuses.

J'ai retrouvé dans de nombreux articles le nom de votre association et je pense que votre point de vue pourrait être intéressant pour équilibrer notre plateau.

Je voulais savoir si vous pourriez être intéressé pour qu'un représentant de votre association participe à notre émission.

J'aimerais beaucoup pouvoir au moins m'entretenir avec vous par téléphone. Pour plus de renseignements vous pouvez me joindre au 01.53.84.31.28 ou par mail... Vous pouvez aussi me laisser vos coordonnées et les heures où vous êtes joignable.

N'hésitez pas à me tenir au courant que votre réponse soit positive ou négative...

En vous remerciant de votre attention,

Virginie Dhers

Journaliste Ca se discute (France 2)

 

De : Cicns9@aol.com [mailto:Cicns9@aol.com]
Envoyé : samedi 7 juillet 2007 14:41
À : Virginie Dhers
Objet : re: Emission Ca se discute ( France 2)  

 

Bonjour,

Pour répondre à votre proposition, nous avons fait une recherche sur Internet qui nous a permis de trouver votre annonce postée sur le forum de Vigi-sectes. Par rapport au mail que vous nous avez envoyé, celle-ci indique de façon plus précise l'orientation que vous envisagez de donner à votre émission.

De nombreuses émissions sont diffusées sur ce thème et parmi elles, bien peu donnent la parole à une autre voix que celle de la critique, de la dérision, de la stigmatisation et de la diffamation. Les juristes et les universitaires que nous avons rencontrés et qui ont étudié sur le terrain la question desdites "sectes" (ce que peu de journalistes ont fait) s'accordent à dire qu'il n'est pas possible aujourd'hui en France de faire entendre, en dehors des cercles avertis, une voix neutre et dépassionnée qui viendrait équilibrer ce débat.

Le CICNS travaille depuis trois ans à réunir une information montrant que la question des sectes en France est traitée de façon partiale et que les idées reçues sur les mouvements spirituels minoritaires ne reflètent pas de façon objective la réalité vécue sur le terrain. Les procédés sont toujours les mêmes : réunir quelques "spécialistes" convaincus a priori de la nocivité et de la dangerosité des "sectes" et qui n'ont pour la plupart jamais rendu visite aux mouvements incriminés ; réunir des témoignages d'anciens adeptes déçus dans leurs attentes et qui ne prennent pas la responsabilité de leurs propres choix ; et enfin, refuser tout dialogue avec les personnes ou les mouvements spirituels supposés être le sujet de discussion.

Dans ces conditions, il n'est pas envisageable pour notre association de participer à une émission dont l'objet est de répondre à la question : « SECTE, GOUROU, embrigadement : comment tombe t-on dans le piège de la manipulation ? » car un tel titre est déjà, en soi, une manipulation. Il prend pour argent comptant des notions qui ont acquis un poids dans l'opinion publique parce qu'elles ont été répétées par la plupart des médias depuis plus de vingt-cinq ans, sans que, dans la grande majorité des cas, la moindre preuve juridique ou sociologique n'en soit venue étayer le propos. Nos recherches sur le sujet nous ont conduits à des conclusions très éloignées des assomptions contenues dans le titre de votre émission.

Nous vous invitons à visiter notre site Internet : www.cicns.net,   notamment la page http://www.cicns.net/FAQ.htm ainsi que nos interviews vidéo de sociologues, de juristes, et de divers acteurs sociaux et les témoignages de personnes discriminées sur la page : http://www.cicns.net/Video.htm. Le site propose également un large éventail d'analyses et de réflexions sur la place des minorités spirituelles dans notre société.

Il est possible que vous preniez alors conscience de la partialité dont la plupart des journalistes se font les instruments, peut-être de façon souvent inconsciente, faute d'avoir pris le temps de réfléchir véritablement au sujet traité.

Nous avons récemment réalisé la première partie d'un film documentaire, "120 minutes pour la liberté spirituelle", qui présente la genèse de l'antisectarisme aux Etats-Unis et en France, évoquant au passage, à partir des documents souvent inédits dans notre pays, les grandes affaires de suicides collectifs qui ont défrayé la chronique. Ce film est dédié à la réhabilitation des minorités spirituelles et sa réalisation soucieuse avant tout de vérité et d’ouverture. Vous en trouverez une présentation plus complète sur la page http://www.cicns.net/Film1.htm
Le CICNS organise également à Paris, le dimanche 30 septembre 2007 de 9h à 19h, un colloque intitulé : "Sectes : fléau social ou bouc émissaire ?". Participeront à cette journée des sociologues, historiens, juristes, et des personnes discriminées. Vous pouvez consulter la page du colloque sur notre site pour plus d'informations : http://www.cicns.net/Colloque_Paris.htm
Nous serions intéressés de collaborer avec vous pour toute émission visant à restaurer la place des nouvelles spiritualités dans notre société. S'il vous est possible d'organiser une émission en direct où le CICNS serait libre pendant un temps suffisamment long de présenter un autre regard sur ce sujet si sensible et qui touche des milliers de personnes dans notre pays, nous sommes ouverts à toute suggestion dans ce sens.

En vous remerciant par avance de l'attention que vous porterez à notre proposition, nous vous prions d'agréer l'expression de nos cordiales salutations.
 

L'équipe du CICNS

www.cicns.net 

 

Dans un e-mail daté du 09/07/2007  vdhers@reservoir-prod.fr a écrit : 

Bonjour,

Tout d'abord merci pour votre réponse. Je comprends tout à fait vos réticences mais effectivement nous voulons pour la première fois dans Ca se discute ouvrir justement le débat et je trouve dommage que vous refusiez de profiter de cette occasion pour faire entendre votre point de vue.

- Pour ce qui est du titre de l'émission ce que vous avez vu sur le site de Vigisecte, nous étions partis sur ce titre en début d'enquête mais nous ne savons pas encore quel sera le titre définitif. Nous l'adapterons lorsque nous aurons bouclé notre plateau et lorsque nous saurons vraiment quel sera le contenu (en gros qui acceptera de participer...).

- Pour ce qui est des invités, nous aurons comme dans les émissions classiques sur le sujet, des témoignages d'anciens adeptes et il y aura également des représentants de l'ADFI ou de la Miviludes, je ne vais pas vous le cacher. Néanmoins comme je vous le disais, nous voulons aussi donner la parole à des personnes qui ont un point de vue différent. Nous sommes en contacts avec d'anciens adeptes qui ne se positionnent pas du tout en victimes et qui expose aussi une vision positive de leur expérience. (Je ne sais pas si vous connaissez Eddie Smigiel, ancien TJ, enseignant chercheur à Starsbourg) Nous sommes par ailleurs en contact avec Thierry Bécourt du CalPC, qui accepterait de débattre sur notre plateau.  Par contre nous rencontrons un problème de taille c'est que les représentants des anti-sectes se braque dès qu'on site votre association ou le CalPC...

- 3ème point, l'émission est en direct, votre parole serait donc libre...

Si vous ne souhaitez absolument pas participer est-ce que vous pourriez nous indiquer des juriste, sociologues ou autres historiens qui pourrait apporter un discours différent sur les nouvelles spiritualités. J'ai été longuement sur votre site Internet et j'ai vu pas mal de noms... Je compte sur vos conseils...

En tout cas si vous voulez me joindre pour en discuter, je suis à votre disposition

A très vite j'espère

Virginie Dhers

Journaliste Ca se discute (France 2)

Dans un e-mail daté du 09/07/2007 , le CICNS répond :   

Bonjour,

Nous vous remercions de votre réponse qui semble indiquer une volonté d'ouverture.

Depuis 25 ans en France, les mouvements spirituels minoritaires sont la cible des calomnies les plus odieuses et des accusations les plus graves ; la liste en est longue et vous la connaissez sans doute aussi bien que nous. L'opinion publique ayant été ainsi "formatée" durant toutes ces années, les Français sont aujourd'hui soit convaincus que les sectes sont criminelles et dangereuses, soit effrayés d'aborder ouvertement la question, même en famille. 

Le point de vue des associations luttant contre les "dérives sectaires" est donc parfaitement connu et le plateau de la balance penche trop fortement de ce côté pour qu'un équilibre puisse être rétabli dans le cadre d'une émission comme celle que vous proposez. Sans demander un temps de parole équivalent (25 ans !), nous pensons qu'il est impératif de permettre que ceux qui n'ont jamais été entendus le soient, et cela dans un cadre où leur parole pourra s'exprimer librement.

Nous gardons l'esprit ouvert et regarderons votre émission pour voir si elle reflète l'ouverture que vous annoncez mais de notre côté, nous n'accordons pour l'instant aucune confiance à la grande majorité des médias pour nous donner véritablement la parole.

Le 20 mai 2005, nous avons envoyé à M. Delarue une réflexion anticipée sur l'émission "Ça se discute" qui devait être diffusée le 25 mai 2005 sur le thème : "Comment tombe-t-on sous l'emprise d'un manipulateur ?" (un titre "classique", semble-t-il ?). Ce courrier est resté sans réponse. Nous avons à nouveau contacté M. Delarue le 1er juin 2005, à la suite de la diffusion de cette émission, par un courrier dans lequel nous avons détaillé tous les points qu'il était impératif de souligner. Cette lettre est également restée sans réponse. Vous trouverez ces courriers sur les pages Courriers-france2-2.htm et Courriers-france2-1.htm de notre site.

Pour être du vrai journalisme, le titre de l'émission devrait poser une vraie question à laquelle le débat aiderait à trouver des éléments de réponse, par exemple : "Au-delà des idées reçues, les minorités spirituelles sont-elles réellement un fléau social pour la France ?". Et à partir de là, permettre au téléspectateur d'entendre les points de vue de personnes qui ont à offrir le fruit de leurs recherches, de leurs études, de leur expérience du sujet, sans parti pris ni passion. Le spectateur sera alors libre de mettre cela en balance avec ce qui lui a été présenté jusqu'ici et de décider par lui-même ce qu'il souhaite penser.

Nous en revenons à notre proposition : si vous réunissez un plateau pour une émission de fond  qui permette d'exposer les réalités de la situation des minorités spirituelles en France - ce que l'émission du 5 septembre telle que vous nous la présentez ne permettra pas -, nous serions intéressés de participer. Nous pourrions alors vous proposer une liste de personnes qui seraient heureuses de partager leurs connaissances.

En vous remerciant pour le temps passé à lire notre message, nous vous prions de recevoir nos salutations les plus cordiales.

L'équipe du CICNS

www.cicns.net

 

Nous n'avons pas eu de réponse de Virginie Dhers à la suite de cette proposition.

 

Le CICNS va diffuser les détails de ces procédés honteux, comme il le fera dorénavant à chaque émission de ce genre. M. Delarue, qui n'est pas connu pour être un modèle de comportement, n'a pas gagné en humilité malgré ses récents déboires avec la Justice et a perdu depuis longtemps le texte de déontologie journalistique qu'il devrait pourtant relire avant chacune de ses émissions. Le fait de lui attribuer un rôle d'animateur dans une émission sur un sujet aussi sensible est tout simplement scandaleux.

L'émission avait besoin "d'un second souffle", selon France 2 (source). Quoi de mieux qu'une histoire de sectes et même que le départ d'un invité qui n'a pas eu la possibilité de s'exprimer (Lire le témoignage de M. Labrique + Lire la liste des coupes dans ses propos répertoriés par M. Labrique) ? Deux millions de téléspectateurs au total ont assisté au rituel de lynchage de tout ce qui n'est pas encadré par la pensée unique.


Le détail de l'émission :

 

M. Delarue attaque dès l'introduction :"Leur évocation suffit à faire trembler ceux qui ont réussi à s'en sortir". Les sectes. Suit alors un petit reportage, chef d'oeuvre de propagande antisectes, dans lequel apparaît M. Roulet de la MIVILUDES. L'émission se poursuit dans une atmosphère très tendue que M. Delarue attribue à des personnes qui viennent d'être évacuées du plateau parce qu'elles auraient essayé de manipuler l'émission. Les témoins-victimes sont interrogés par l'animateur dans une tension palpable. Beaucoup de démagogie, d'opportunisme et de véritables intentions de nuire dans certains propos.

Une femme témoigne en tout début d'émission, sa fille majeure est dans une "secte". Cette femme s'est opposée au mariage de sa fille en faisant intervenir un huissier. Elle a été condamnée pour opposition abusive. On ne revoit plus ce témoin de tout le reste de l'émission. 

 

Un reportage :  

 

Des parents qui vivent très mal la distance que prend leur fille suite à sa découverte et son enthousiasme pour un groupe "évangéliste" (que les parents avouent avoir très vite haï), contactent une association anti-secte. Ils s’y voient confortés dans leurs inquiétudes. "L'association les aidera pas à pas pendant six mois", selon le commentaire. Un soir de 2005, les parents « aident un peu leur fille à s’endormir » puis la tiennent prisonnière pendant une semaine dans sa chambre malgré ses supplications (la mère : "C'était dur, on devait lui enfoncer les cachets dans la bouche !") pour la «désintoxiquer» de ses nouvelles croyances et relations. C’est, semble-t-il, la menace de l’envoyer à l’hôpital psychiatrique qui viendra finalement à bout de sa résistance et la verra renier sa nouvelle foi (pendant toute l'émission, la mère tient la main de la fille sans la lâcher, ce que note M. Delarue, qui lui dit : "Maintenant, elle va faire sa vie, non, elle n'a plus 20 ans ?"). De tels actes sont bien entendu passibles de prison, ce sont des crimes punis par la loi. Le journaliste qui commente le reportage conclut pourtant au nom de la « dangerosité des sectes » : « Les parents ont eu raison !». Personne sur le plateau de l’émission n’objecte quoi que ce soit ni n'apporte un bémol à cette conclusion.

 

Une autre conclusion donnée par M. Boisset :  « La plupart de ces mouvements n’enfreignent pas la loi, mais ils sont tous dangereux parce qu’ils empêchent les gens de penser par eux-mêmes » et il cite en exemple les grandes « affaires de sectes » épouvantails Waco, Guyana, l’Ordre du Temple Solaire.

Pendant toute l'émission, tout  va toujours dans le même sens, les quelques concessions à la pensée unique sont noyées dans 98% de discours anti-secte primaire. 

Un reportage sur les « adeptes heureux » (adeptes belges de la "Conscience de Krishna") les tourne en dérision et les fait passer pour de doux dingues. La tentative de parler plus en profondeur de leur expérience sur le plateau est "cassée" par Delarue qui fait alors de "grosses plaisanteries". 

(Puis M. Delarue interroge Mme Katz, représentant la MIVILUDES : "La MIVILUDES a épinglé les Krishna dans son rapport de 2005?" Mme Katz, hésitante, répond : "Je respecte tous les mouvements, en tant que magistrate.. Votre mouvement, est heu... très démonstratif, je crois, et de par ses habitudes vestimentaires... il a éveillé les inquiétudes et a été l'objet d'une vigilance..." Delarue vient à son secours et lui souffle : "Par rapport aux enfants aussi, non ?" Elle répond : "Oui les enfants aussi... mais je crois, il me semble que votre mouvement depuis longtemps en France n'a plus fait parler de lui... Je vais vous étonner mais je respecte tout à fait tous les mouvements et je vous dis que vous avez tout à fait le droit de faire ce que vous voulez tant que vous respectez la loi.....et bien sur si la situation devait évoluer, ça pourrait être revu.")

Condensé du message que tente de faire passer l'émission sur la psychothérapie : « La psychothérapie ne peut pas guérir le corps, ceux qui le prétendent sont des charlatans. Tous les thérapeutes alternatifs sont dans cette dérive, même lorsqu’ils disent simplement accompagner un processus ou enjoignent systématiquement les malades à poursuivre leur traitement ».

Anne Morelli :
Son discours, « Il y a deux poids deux mesures », embarrasse beaucoup M. Delarue qui ne la laisse pas s’exprimer et Mme Katz qui réagit viscéralement à sa présence. Anne Morelli est un peu seule sur sa piste de comparaison avec les grandes religions, Delarue le lui pointe plusieurs fois : « Vous avez un problème avec vos antécédents catholiques, non ? » Anne Morelli dit à un moment : « Il y a plein de gens qui sont heureux dans lesdites sectes » Un ancien adepte s’exclame (apparemment pour la contredire ?)  «mais moi j’ai été heureux pendant 15 ans !». Jean-Luc Delarue coupe très vite et passe à autre chose. Et, pour finir, un dialogue rapide entre Anne Morelli et Jean-Luc Delarue : "On n'a entendu ce soir que des gens malheureux dans une secte alors qu'il y a plein de gens heureux dans des sectes, mais évidemment "je suis heureux dans une secte" ça ne ferait pas un bon titre !" " Je vous assure au contraire que "Je m'éclate dans ma secte !", ça ferait de l'audimat" répond M. Delarue. Anne Morelli : "Je peux vous amener des témoins...". 

 

L'audimat ! dieu vénéré par de nombreux acteurs de la télévision et incitant à toutes les manipulations... 

 

Lire le compte-rendu de Anne Morelli sur son expérience sur le plateau !

 

Lire également : Des techniques de manipulation à la télévision

 

Lire la condamnation de Jean-Luc Delarue à la suite de la plainte de Baudoin Labrique


Émission sur Canal + le 8 octobre 2007

« Sectes, des enfants sous emprise » Réalisée par Stéphane Haussy et produite par Story Box Press.

Cette émission rejoint la longue liste des programmes télévisés sur les sectes qui prétendent à l'information à travers une enquête orientée et qui s'inscrivent dans un processus de discrimination systématique que l'on pourrait croire inconscient tellement il est répétitif.

Depuis trente ans, les minorités spirituelles sont présentées comme des mouvements dangereux avec une vision complètement réductrice de leur projet de vie par le biais d'un amalgame entre leur spiritualité et des comportements criminels. La réduction consiste à prendre un groupe humain et à réduire sa vie communautaire ou cultuelle à un ensemble de problèmes réels ou fabriqués, plus ou moins graves, comme il en existe dans tout groupe humain. L'amalgame consiste à considérer tous les adhérents comme des décervelés ou des manipulateurs utilisant innocemment ou à dessein la spiritualité comme un paravent à des pratiques délinquantes.

Il est bien évident que ce traitement partiel et partial de la réalité conduit à une méfiance des minorités concernées. Qui a le goût du lynchage médiatique ? On a beau jeu alors de les accuser de ne pas vouloir coopérer à une enquête de journalistes. L'étonnement de ces derniers devant les réticences des deux communautés citées : Tabitha's Place et les Témoins de Jéhovah, est soit d'une grande mauvaise foi, soit d'un grand cynisme. 

Diaboliser les gens n'a jamais permis d'ouvrir le dialogue, qui est la seule façon, faut-il le rappeler, de résoudre les problèmes humains. Il est intéressant de noter d'ailleurs que l'insistance des journalistes sur la référence à Satan pour désigner le monde extérieur, dans la communauté de Sus par exemple, est en fait exactement leur propre attitude. De leur point de vue, Satan (un Satan laïc sans doute) est représenté par Tabitha's Place et les Témoins de Jéhovah.

Un vrai dialogue n'est pas d'actualité dans ce reportage, puisque dès le début de l'émission, nous sommes prévenus que les groupes étudiés sont dangereux et qu'ils mettent en danger nos enfants : le sujet par excellence qui angoisse tout un chacun et qui permettra d'amener le téléspectateur là où on le souhaite. Désabusés devant la fin de non recevoir des personnes ciblées, les journalistes leur "forceront la main", en utilisant le subterfuge d'une caméra cachée et en se faisant passer pour des pèlerins de Compostelle, cherchant ainsi à donner à l'émission la touche d'exploit journalistique qui permettra de mettre à jour le "mal". Curieusement, ces méthodes douteuses sont moins appréciées des rédactions lorsqu'elles sont utilisées par un Pierre Carles pour démonter les collusions du journalisme moderne avec la sphère du pouvoir. 

Cette caméra cachée sera d'ailleurs peu utilisée dans la communauté de Sus puisque la parole sera principalement donnée à des apostats : la méthode désormais classique pour discréditer un groupe spirituel dans son ensemble. Nous avons rendu visite aux membres de Tabitha's Place : http://www.cicns.net/Tabitha.htm. Le rôle du CICNS n'est pas d'apprécier les croyances mais de faire le point sur le respect de la liberté spirituelle et du débat démocratique. Il nous paraît essentiel que la société civile dans son ensemble offre une voix aux minorités spirituelles pour qu'elles s'expriment, parlent de leurs choix de vie et donnent leur version des faits sur les situations qui interpellent cette société. A Sus, nous avons rencontrés des gens accueillants, ouverts aux visiteurs, comme l'a lui-même reconnu, hors caméra, M. Georges Fenech lors de sa visite à Tabitha's Place en décembre 2006. Si les journalistes de Story Box Press n'ont pu obtenir un entretien direct, ce n'est pas parce que cette communauté est fermée au dialogue, c'est parce que les journalistes français viennent avec des a priori, malhonnêtement dissimulés la plupart du temps, et réaffirmés au moment du montage des reportages. 
Que les pouvoirs publics se préoccupent de la situation des enfants de Tabitha's Place, cela est légitime, mais alors que l'enquête soit faite posément, sans agitation médiatique, pas seulement sur une ou deux familles d'apostats, en prenant en particulier en compte le travail déjà disponible des personnes de terrain qui connaissent la communauté ; la situation scolaire des enfants et leur condition générale ne semblent pas alarmer l'inspecteur de l'Éducation, M. Wolf, ainsi que les enquêteurs sociaux qui les suivent depuis plusieurs années. 
Élargissons sur un exemple le champ d'investigation, car à l'évidence cette communauté a été utilisée comme bouc émissaire lors de la troisième commission d'enquête parlementaire sur les sectes, quand quatre députés se sont auto proclamés analystes spécialistes de la personnalité des enfants en trois heures de visite. Plus de 60 000 jeunes font une tentative de suicide en France chaque année, c'est la première cause de mortalité, et l'éducation au sens large est forcément une composante essentielle de ce triste état de fait. Le vrai drame est là. Que fait-on ? On détourne l'attention du public sur une communauté du sud de la France : "des enfants sous emprise dans les sectes". Autre exemple relatif aux plus faibles ? On nous apprend que des dizaine de milliers de personnes âgées sont maltraitées dans les maisons de retraites et les hôpitaux. Là encore, on préfère faire du vacarme sur les manipulations et les coercitions qui existeraient au sein des sectes.

Quant aux Témoins de Jéhovah, à force de battage médiatique, ils doivent désormais en être réduits dans l'inconscient collectif français à des bourreaux d'enfants refusant les transfusions sanguines, et des pédophiles dissimulateurs. N'est-ce pas là beaucoup de mépris pour ces 6 millions de personnes de par le monde ? Il ne s'agit pas de nier le sérieux de certains faits évoqués dans le reportage (actes de pédophilie qui auraient été dissimulés) mais de dénoncer le processus de discrédit global pour cette minorité qui accompagne le traitement du sujet. Une évolution des mentalités et des agissements, dans un cadre légal, ne sera possible que s'il y a un respect mutuel. Notons également qu'il y a deux poids et deux mesures. Le problème de la pédophilie a terni l'image de l'Église catholique, mais cela n'empêche pas de diffuser des reportages qui montrent à juste titre d'autres visages de cette Église.

Enfin et l'on pourrait dire, inévitablement, l'émission évoque le travail nécessaire des Renseignements Généraux, l'action insuffisamment soutenue de la MIVILUDES, et l'apport incontestable d'associations comme les ADFI. On reste abasourdi par si peu d'esprit critique sur l'action de ces différents organismes, dont les agissements contribuent à retourner la société française contre une partie d'elle-même en alimentant la psychose anti-sectes. Nous invitons le lecteur à consulter notre analyse du dernier rapport de la MIVILUDES , notre analyse des auditions de la dernière commission d'enquête parlementaire sur le thème "Secte et mineurs", dont le chiffre de 80 000 enfants en danger dans les sectes, infirmé par toutes les administrations, a été néanmoins repris par les journalistes de Story Box Press, sans autre forme de vérification (un travail de vérification certainement moins enivrant que les techniques permettant de cacher une caméra). Des rumeurs infondées et proprement ridicules sont finalement tout ce qui reste d'une enquête parlementaire qui a été un nouvel exemple de non respect du contradictoire.

Les journalistes de Story Box Press semblent s'enorgueillir d'un libre arbitre dont ils pensent que certains enfants sont privés. C'est un sujet de société qui mérite d'être abordé. Mais encore faudrait-il que ces journalistes s'interrogent sur la nature de leur propre libre arbitre. Quand la qualité d'écoute de l'autre est si réduite qu'elle devient un simulacre, peut-on vraiment affirmer qu'on a soi-même sa liberté de penser ?


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