« J'ai grandi dans une secte »CICNS (septembre 2011) Le 19 septembre
2011, Jean-Luc Delarue et Sophie Davant nous ont infligé un numéro de
leur émission « Toute une Histoire » intitulé « J’ai
grandi dans une secte »,
nouvel opus antisectes d’une trop longue série. La psychologue de
service est Sonia Jougla, une actrice connue des milieux antisectes. Un certain nombre
d’adolescents témoignent dans cette émission, accompagnés de leurs
parents pour deux d’entre eux. Plusieurs mentionnent une enfance
heureuse dans un environnement aimant et attentionné, avant une
période adolescente plus difficile où l’appartenance à une communauté
est devenue un poids insupportable. Ce constat pourrait être le
départ d’une réflexion approfondie mais il est immédiatement récupéré
pour cibler les groupes dits sectaires, Sophie Davant n’ayant pas
oublié d’introduire son émission avec les chiffres infondés, assénés
par la MIVILUDES et son président Georges Fenech : «
En France, plus de 500 000
personnes vivent sous l’emprise d’une communauté à dérives sectaires,
parmi elles 50 000 enfants y grandissent chaque année » (Voir
l'inanité de ces chiffres dans un de nos
communiqués). Quelles auraient été
les bases d’une réflexion intéressante ? Elles peuvent s’exprimer
sous forme de questions : Le mal-être exprimé par ces
adolescents est-il typique de groupes dits sectaires ? Est-il plus
prononcé qu’ailleurs ? Combien de cas peut-on dénombrer et quelles
comparaisons peut-on établir avec le reste de la société ? Il ne
fait guère de doute que ces comparaisons seraient accablantes pour la
société en général, c’est la raison pour laquelle elles ne sont pas
faites. Le concept
marketing de Jean-Luc Delarue n’est pas, à l’évidence, de susciter un
débat de fond mais de se vautrer dans des propos superficiels et
émotionnels pour, dans ce cas précis, stigmatiser les minorités
spirituelles thérapeutiques et éducatives, dans le cadre d’une
propagande antisectes d’État ; il n’en est pas à son coup d’essai
(voir notre analyse du programme
Ça se discute).
Des personnes adultes et adolescentes satisfaites de leur séjour dans
ces communautés sont-elles conviées à témoigner ? Non. Elles
viendraient probablement mettre en balance les propos des
« victimes » qui sont le pain quotidien de cette émission et donc sa
valeur marchande. De plus, la MIVILUDES s’est employée à laisser penser
que les membres de « sectes » satisfaits ne sont pas conscients de
leur méprise, ils sont « manipulés mentalement ». Un argument
imparable pour éviter de prendre en compte des points de vue
contradictoires. Aujourd'hui, les
animateurs d’émissions ouvertement antisectes prennent quelques
précautions. Les noms des groupes ciblés ne sont pas mentionnés pour
éviter, probablement, de potentielles poursuites judiciaires. Mais pour
ceux qui suivent cette actualité, suffisamment de détails sont donnés
pour reconnaitre certains de ces groupes. Ainsi, les deux parents
accompagnant leurs enfants ne cachent pas être en procès avec le
leader de leur communauté qui a été condamné en première instance. La
procédure d’appel est censée avoir lieu en septembre 2011. Est-il
normal qu’une chaîne de télévision offre une telle tribune non
contradictoire à une partie d’un procès aux assises, sachant qu’il
est tout à fait possible que des membres du jury prennent
connaissance de cette émission ? Cette instrumentalisation de la
justice par les médias est détestable. « Antoine », invité
de l’émission, est un habitué des programmes de Jean-Luc Delarue ;
nous avons déjà commenté son témoignage dans notre
documentaire
sur la lutte antisectes française (partie 3). Il précise : « Les gens
ont le droit de vivre ce qu’ils veulent (...) tant que ça ne déchire
pas des familles ». Nous sommes sans doute là au cœur de l’argumentaire
antisectes ayant été à l’origine de la création d’associations comme
l’ADFI ou le CCMM. Pour nombres d’activistes antisectes, la liberté
de conscience, la liberté de choisir sa vie est considérée comme
subordonnée à la demande affective des proches. Pourtant, s’il s’agit
d’adultère, par exemple, la rupture des liens familiaux, le cas
échéant, ne conduira en général qu’à des reproches d’ordre moral.
S’il s’agit au contraire d’une quête d’ordre spirituelle, la
condamnation est immédiate et soutenue par une rhétorique officielle
et une politique d’État. Sous prétexte d’une rupture des liens
affectifs, il est donc bien plus question d’une censure
sur des choix de vie qui dérangent. Un autre témoin
précise avoir retrouvé un équilibre en joignant l’armée et la
mouvance gothique. Il mentionne sa rencontre avec sa compagne et
l’illustre avec une photo prise lors d’un concert de Marilyn Manson.
Que la mouvance gothique considérée comme à « dérives sectaires » ou
à tout le moins suspecte par la MIVILUDES soit devenue le refuge d’un
ex-membre de « secte », voilà qui ne manque pas de sel et doit faire
perdre son latin antisectes à Georges Fenech. Sophie Davant n’a pas
relevé cette « bizarrerie », son travail consistant à rester au
niveau émotionnel pour garantir l’audimat requis. Tous les
témoignages de personnes en souffrance sont bien évidemment
recevables. Mais leur récupération dans une émission manichéenne à
souhait n'est pas acceptable. Sophie Davant fait preuve
d’incompétence ou de cynisme, c’est selon, et Sonia Jougla apporte
une « caution » pseudo-scientifique caricaturale au point d’en être
risible. France Télévision est dans l’erreur en proposant des
programmes de ce piètre calibre, eussent-ils un audimat concluant. Il
y a deux façons d’attirer le téléspectateur, soit en le tirant vers
le bas, soit en le tirant vers le haut. France 2 a choisi le mauvais
sens, probablement le plus économique. Nous avions
interpellé le
CSA
pour un autre numéro de cette émission en date du 9 décembre 2010. Le
Conseil s’était défaussé en prétextant la liberté éditoriale. Gageons
que s’il s’était agi d'une population autre que les « sectes », les
« sages » auraient su trouver, dans leur lettre de mission, de quoi
intervenir.
Compte rendu d'autres émissions télévisées :
page 1 et
page 2
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