La répression au TibetPar Emile d'Albret Lire l'article de Claude B Levenson en bas de page : Les droits des Tibétains sacrifiés sur l'autel du "miracle économique" Chinois
Tout
cela se déroule aux yeux de tous et dans une certaine indifférence générale,
voire même une complaisance des grandes nations du monde qui font passer les
intérêts économiques avant le respect des droits de l’homme. Une
propagande à l’œuvre dans le monde tente de dévaloriser le bouddhisme et le
Dalaï-Lama. En France, sur un site anti-sectes, on peut lire une page consacrée
au Bouddhisme qui voudrait faire croire que le Dalaï-Lama est « le
chef d’un système religieux dont le but est de conquérir le monde »
ou encore que « Le bouddhisme tibétain est centré sur la magie, la
croyance aux esprits et les rituels de sacrifice dans lesquels l’invocation
d’esprits impurs joue un rôle vital » et que « la
" déesse protectrice personnelle " du Dalaï-Lama est un démon (nommé
Palden Lhamo) dont le rôle est de détruire " les ennemis de la vraie
doctrine ". Ainsi,
comme nous l’avons vu à d’autres occasions, les activistes anti-sectes sont
prompts à récupérer toutes diffamations pour défendre leur lutte contre les
minorités spirituelles. Le Tibet est un symbole de l’affrontement entre le matérialisme triomphant et l’aspiration spirituelle. Nous en résumons ci-dessous les grandes lignes historiques : Historique d’une répressionExtraits
condensés de « Quel
Tibet pour le XXIè siècle ? »
par
Olivier Masseret
http://www.buddhaline.net/article.php3?id_article=410
titres modifiés. Le 7
octobre 1950, un an après la Révolution chinoise, le président Mao Zedong
lance l’Armée populaire de libération à l’assaut du Tibet oriental. Comme
le proclame le titre de l’hymne national chinois, "l’Orient est
rouge". (…)
Ayant vainement tenté de légitimer cette invasion par un soi-disant appel de
patriotes tibétains contre l’impérialisme étranger (malheureusement, seuls
six Occidentaux en tout et pour tout résidaient au Tibet !), les
justifications avancées par la Chine Populaire firent état de la mission qui
lui incombait de " libérer le Tibet " d’une " tyrannie féodale
". Les
motivations réelles de Mao qui, dès la Révolution, sous la double instance du
nationalisme chinois et de l’idéologie communiste n’avait jamais caché son
intention de " réunifier " au plus tôt le Tibet à la " Mère-patrie
" étaient plus nombreuses que le simple fait impérial : il
s'agissait aussi de s’assurer les richesses naturelles incommensurables du
Haut pays ; d’établir un glacis protecteur au regard de l’Inde et de
l’URSS ; de briser la stratégie d’encerclement de cette dernière ;
de disposer du contrôle de l’espace himalayen. A l’époque,
le XIVe et actuel Dalaï-Lama est âgé de 15 ans et poursuit ses études
monastiques. Il est précipitamment investi pour tenter de faire pièce à la
menace grandissante et à l’impuissance du Régent et reçoit la lourde charge
de diriger le pays. L’appel à l’aide qu’il lance aux Nations Unies
restera sans réponse. (…)En
1959, le 10 mars, alors que le peuple de Lhassa croit sa sécurité menacée et
se porte en masse pour le protéger, il doit, au bout d’une semaine, dans une
atmosphère explosive, se résoudre à quitter en secret la capitale et prendre,
de nuit, un chemin qu’il ne sait pas encore être celui de l’exil. Dès les
premiers bombardements sur le palais d’Été du Norbulingka où les Chinois le
croient toujours, les Tibétains se soulèvent contre l’occupant. En trois
jours, près dix mille d’entre eux sont tués et des milliers arrêtés. Au
total près de 90.000 Tibétains vont perdre la vie dans l’année qui suivra.
Une chape de plomb s’abat sur le Haut pays ; elle ne se lèvera plus. (…)Le
Dalaï-Lama établit un Gouvernement en exil, un Parlement et une Constitution démocratiques.
Toutes les fonctions d’une Administration, d’abord provisoire, doivent être
recréées pour subvenir aux multiples nécessités de l’exil et faire face à
l’afflux considérable de Tibétains qui, s’échappant souvent au péril de
leur vie de la " prison tibétaine ", veulent rejoindre Kundun ("
La Présence "). (…)Un accent particulier est également mis sur la
sauvegarde de la culture.(…) en plus des enfants, les moines et les nonnes -
qui font, au Tibet, l’objet d’une répression très ciblée - constituent
une part importante des réfugiés. Aujourd’hui, la diaspora tibétaine est
estimée à 130.000 personnes, principalement établies en Inde, au Népal et au
Bhoutan. Parallèlement,
le Dalaï-Lama parcourt le monde pour plaider la cause de son pays. Résolument
pacifique, il ordonne dans les années 70 aux guerriers Khampas de cesser la résistance
armée (…) à l’instar du Mahatma Gandhi il prône la pratique de l’ahîmsa,
la non-violence, conforme aux préceptes enseignés par le Bouddha Shakyamuni et
seule capable à terme, selon lui, de vaincre la haine et l’oppression. N’exigeant pas l’indépendance, désormais irréaliste, il réclame seulement une véritable autonomie et a exposé ses propositions à Washington, en 1987, dans un Plan de paix en cinq points. En 1989 (l’année de Tienanmen), il reçoit le Prix Nobel de la paix. Bilan de l’occupation du Tibet par la ChineAu terme
de quarante ans de mainmise absolue sur le Tibet, un bilan terrible peut être
dressé de l’occupation chinoise. Dans son Rapport de décembre 1997, la
Commission internationale de Juristes (Genève - ONG ayant statut consultatif
auprès de l’ONU) note : " Les violations des droits de l’homme
et attaques contre la culture tibétaine sont enracinées dans le déni du droit
le plus fondamental du peuple tibétain - le droit à l’autodétermination.
C’est dans le but d’asseoir une domination étrangère et impopulaire que la
Chine s’est engagée à supprimer la dissidence nationaliste tibétaine et à
neutraliser la culture tibétaine. C’est dans le but de coloniser des sujets
contre leur volonté que la Chine a encouragé et facilité l’installation de
Chinois à l’intérieur du Tibet, où ils ont la haute main sur la politique,
la sécurité et l’économie. " Si
l’on doit donner une comptabilité des pertes en vies humaines depuis 1949,
on estime à plus de 1,3 million le nombre de Tibétains (un cinquième de la
population) morts directement ou indirectement du fait de l’occupation. De
nombreux autres ont connu et connaissent les camps (laogaïs). La détention
arbitraire est le plus souvent la règle. Certains passent plusieurs dizaines
d’années en prison. Le recours à la torture y est généralisé, les mauvais
traitements sont communs et les exécutions sommaires fréquentes. Le tiers des
prisonniers politiques est composé de moines et de nonnes. Les libertés
d’expression et de réunion n’existent pas. Manifester pacifiquement pour
l’indépendance du Tibet, distribuer des tracts, arborer un drapeau tibétain,
un portrait du Panchen-Lama ou du Dalaï-Lama, communiquer avec des étrangers
ou avec " la clique du Dalaï " constituent des " atteintes à la
sécurité de l’État " et des crimes de séparatisme " tendant à
diviser la nation". Le volet
le plus directement menaçant pour l’identité tibétaine est le transfert de
populations par un déversement massif de colons chinois. On estime leur
nombre entre huit et neuf millions, rendant d’ores et déjà les Tibétains
minoritaires dans leur propre pays. (…) La Chine
reconnaît pratiquer au Tibet, en dépit de lois officielles réputées
favorables aux " minorités ", une politique coercitive de contrôle
des naissances. Stérilisation imposée aux Tibétaines, avortements forcés
(y compris dans des stades avancés de grossesse), meurtres de nouveau-nés sont
avérés. Déni
des droits sociaux et de la liberté religieuse :
dans la pratique, si des droits sociaux sont reconnus aux Tibétains (droit à
l’éducation, à la santé, au logement…), le système fait qu’ils sont
maintenus dans la quasi impossibilité d’y accéder pleinement. Une
discrimination est très ouvertement pratiquée à leur endroit, provoquant leur
marginalisation accélérée. Au demeurant, ils font l’objet d’un profond mépris
et d’un racisme affiché de la part des Hans (Chinois). Quant à la liberté
religieuse, selon les époques elle est, au pire interdite, au mieux une façade. Effacement
de la culture : des 6 259 monastères, fondements mêmes de l’identité
et de la culture tibétaines, seuls treize survécurent à la destruction
totale. Les trésors de l’art bouddhique furent pillés ou anéantis, les
moines et les nonnes persécutés ou pire, l’architecture traditionnelle rasée,
la langue tibétaine entravée, l’Histoire réécrite.
Brèves de France-Tibet (2004)Depuis
que la Chine a signé la Convention contre la torture, 84 Tibétains sont morts
conséquemment à des tortures : peines de mort déguisées ? Les tortures
cruelles et dégradantes des prisonniers politiques sont systématiques en Chine
(coup de matraques électriques et décharges sur tout le corps, obligation de
se tenir debout sur un sol gelé jusqu’à ce que la peau reste collée au sol,
etc). Les prisonniers subissent de graves traumatismes psychologiques. Les
femmes souffrent des formes les plus dégradantes de torture. Bastonnades
impitoyables, viols et agressions sexuelles : lacération des bouts de seins,
matraques électriques enfoncées dans le vagin et l’anus, enveloppement du
corps par des fils électriques sous tension… sont parmi les atrocités décrites.
Comme si tout cela ne suffisait pas, les prisonniers politiques sont régulièrement
soumis à l'extraction obligatoire de sang, à des exercices intensifs et aux
travaux forcés. Au
Tibet, détenir une photo, un livre ou une vidéo du Dalaï Lama est un “
crime ” puni d'une amende de 4 000 Yuans (500 Euros), une somme astronomique
pour les Tibétains. Depuis la mise en place de la campagne anti Dalaï Lama, de
nombreuses arrestations ont eu lieu au Tibet : Trois des plus grandes
figures religieuses - Geshé Sonam Phuntsok (en prison pour 5 ans), Tenzin Delek
Rinpoché (condamné à mort avec un sursis de 2 ans), et Khenpo Jigmé Phuntsok
(décédé le 7 Janvier 2004 à 70 ans au Tibet, suite à une maladie cardiaque
pour laquelle il devait être opéré dans un hôpital militaire, emprisonné et
mis au secret, son monastère fut démoli après l’expulsion de 8 000 nonnes
et moines) ont été prises pour cible par les autorités chinoises pour leur
allégeance au Dalaï Lama. Les
Lamas ne peuvent plus réellement donner d’enseignements traditionnels du fait
d’une rééducation politique qui s’est intensifiée dans tous les monastères
depuis trois ans. Partout où il y a un monastère, il y a un "Chargé des
affaires religieuses". La plupart des monastères tibétains sont
infiltrés par des moines espions chargés de dénoncer les vrais moines.
Dans ces conditions, la vie monacale et la spécificité du bouddhisme tibétain
a perdu son sens. Tout
est contrôlé par les Chinois, qui considèrent les monastères comme des
"Unités de travail".
Le
parti communiste chinois, bien qu’athée par principe, a emprisonné Nyima, le
vrai Panchen Lama, un enfant de 10 ans (le plus jeune prisonnier politique du
monde), pour nommer à sa place un autre enfant tibétain qu’il contrôle. "ILS
NOUS ONT VOLE NOTRE SILENCE"
(cf. le film Kundun) La
propagande et la musique chinoises braillent chaque matin les slogans du parti
à travers les haut-parleurs proches des monastères. Quel réveil pour la Cité
des Dieux ! Même dans les villages les plus reculés, les mêmes haut-parleurs
braillent. Silence, on rééduque ! ou plutôt, on hurle encore plus fort que
les cris de douleur des nonnes torturées à quelques centaines de mètres. LA
PEUR QUOTIDIENNE Au
Tibet, certains parents n’osent plus parler devant leurs enfants de sujets
sensibles de peur qu’ils ne les dénoncent. Tout le monde se méfie, car il y
a des espions partout et la délation est une pratique quotidienne. UN GENOCIDE CULTUREL Les
Chinois disent qu’ils représentent 10 % de la population du Tibet. En fait,
au rythme auquel arrivent les colons chinois, ils représentent déjà plus de
60 % de la population sur l’ensemble du territoire tibétain et même 80 %
dans certaines régions de l’est du Tibet. Soit 99 % d’ici quatre ans. Les écoliers
tibétains sont obligés d’écrire des rédactions contre le Dalai Lama et
d’apprendre le chinois comme première langue en primaire puis uniquement
celle-ci dans le secondaire. S’ils n’ont pas une carte d’identité de
Lhassa, ils ne peuvent pas s’inscrire dans les établissements scolaires à
moins de payer ; avec de l’argent on peut tout obtenir. Les écoliers
ne peuvent plus s’habiller en costume traditionnel : ils ont des survêtements
bleus et blancs. Les
jeunes écoliers dessinent d’un trait averti la calligraphie chinoise le soir
à la maison. Ils savent que de leur connaissance de la langue de Mao et de leur
application à reproduire les milliers de signes chinois, dépend leur avenir
dans le Tibet chinois. Des centaines de jeunes Tibétains sont ainsi envoyés,
chaque année, se former en Chine pendant des années à la médecine, la littérature,
les langues pour les touristes. Ils reviennent avec un oeil et une oreille sinisée.
Ils ne peuvent plus écrire le tibétain, ils s’expriment mieux en chinois.
Qu’est-ce qui représente le plus une culture que sa langue ? L'université
est contrôlée. La télé est contrôlée. Les belles nomades de l’Amdo sont
forcées de chanter en chinois. On mélange, on divise, on sème le trouble, on
abrutit, on sinise. Les moines prisonniers doivent chanter l’hymne chinois
chaque semaine pendant la montée du drapeau rouge. S’ils se révoltent, on
les tue. Les touristes ne voient rien. Le Tibet
meurt dans l’indifférence des nations. Depuis 1995, la situation s’est
aggravée. On est revenu dans ce pays à une atmosphère similaire à celle de
la "révolution culturelle". Certaines
informations contenues dans ce témoignage sont livrées sans précision de
lieu, ni d’identité des personnes, afin de préserver la sécurité des Tibétains
impliqués.
Voici
le quotidien des Tibétains : les sentences publiques, puis... les exécutions
publiques. De nombreux prisonniers !!... chacun encadré par deux policiers. C'est
l'humiliation publique avant l'assignation de la peine. Un
slogan du type "Bhod Rangzen !!" (=Tibet Libre), ou une photo du Dalaï-Lama
dans la poche ? Et voici la sentence: plusieurs années de prison. Si c'est une
récidive, ce peut être l'exécution...
Illusion,
dira-t-on. Peut-être, mais... mini lueur d'espoir dans un trop long tunnel : le
rapporteur des Nations unies sur la torture vient de faire une première visite
en Chine - promise, attendue et sans cesse reportée depuis dix ans. Manfred
Nowak a donné son avis dès son retour dans un rapport à la fois mesuré et
accablant. Ses escales à Pékin, Lhassa au Tibet et Urumqi au Turkestan
oriental n'ont pas été sans mésaventures qu'il regrette, et il conclut de ses
entretiens souvent épiés sur place que la torture reste largement répandue
dans le système pénitentiaire chinois. D'où ses recommandations d'appliquer
les normes internationales ratifiées par le gouvernement...
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