Émission de Pierre Rance : " Paroles d'accusés "Histoire terrible de M. et Mme "Durand", qui
pendant plusieurs mois ont été poursuivis par la justice, accusés d'être
responsables de la mort de leur fils atteint d'une leucémie grave, alors
qu'ils en étaient parfaitement innocents comme cela a été reconnu par la
suite. Lire plus bas un extrait de la plaidoirie de Me Florand au TGI de Paris le 20 septembre 2005 au sujet de cette affaire Retranscription d'une émission radiophonique - Europe 1 - 13 h 15 - 14 Juillet 2005 Pierre Rance : Bonjour. Ils sont accusés du pire crime, celui d'avoir laissé mourir leur enfant. Après avoir été dénoncés, ils ont été arrêtés, insultés, humiliés pour finalement être totalement blanchis par la justice qui les a reconnus innocents. Deux ans de cauchemar judiciaire pendant lesquels ce père et cette mère de famille ont accompagné Paul, leur garçon, qui est mort d'une leucémie. Ils sont là pour témoigner ici dans " Paroles d'accusés " et pour dire qu'ils n'ont pas de haine, de rancoeur. Christine Durand, bonjour. Christine Durand : Bonjour. Pierre Rance: On commencera avec vous, Madame. Si on était à la télévision, on dirait que vous acceptez de témoigner à visage caché. À la radio, c'est plus simple, on va dire que tout simplement ce que vous demandez, c'est que je ne donne pas votre identité, ni celle de votre mari, c'est bien ça ? Christine Durand : Oui, merci. Pierre Rance : Pourquoi demandez-vous qu'on ne donne pas votre identité ? Pierre Durand : C'est juste pour préserver notre vie professionnelle. Sinon, il n'y a vraiment rien à cacher. Pierre Rance : Très bien. Christine Durand, vous êtes médecin, c'est bien ça ? Vous faites quoi, exactement ? Christine Durand : Je suis médecin spécialisé en rééducation, c'est-à-dire tous les gens qui sont handicapés, d'une façon ou d'une autre. Pierre Rance : Voilà, vous êtes mariée avec Monsieur, Pierre Durand, vous avez des enfants. Christine Durand : Nous avons deux filles. Pierre Rance : Oui, comment est votre famille ? Comment ça se passe ? Vous avez une vie de famille... une vie... Christine Durand : Une vie de famille, une vie sociale tout à fait normales. Nous habitons en région parisienne. Pierre Rance : Vous avez fait des choix professionnels, je crois, puisque vous étiez chef de clinique. Christine Durand : Oui, j'ai fait un choix professionnel pour prendre du temps, pour écouter mes patients, donc de travailler en libéral, de quitter l'hôpital pendant un temps et les enfants sont venus et j'ai fait le choix de les élever et de travailler à mi-temps pour élever mes enfants. Pierre Rance : Pierre Durand, qu'est-ce que vous faites dans la vie ? Pierre Durand : Je suis gérant de société, je suis dans la communication. Donc, toute cette affaire judiciaire m'a permis de mettre en pratique tout ce que j'essaie d'enseigner à mes clients. Pierre Rance : On va voir ça. Madame Durand, on va essayer de savoir pourquoi on vous a traités comme ça. On vous a accusés de quoi exactement ? Christine Durand : On nous a accusés de trois motifs différents les uns après les autres. Et le premier, c'était d'avoir mis en péril la vie de notre enfant et c'est pour ça qu'on a été mis en garde-à-vue pendant 36 heures. Pierre Rance : On va revenir sur tout ça, sur tous ces détails. En clair, très simplement, on vous a reproché d'avoir laissé mourir votre enfant. Christine Durand : Oui, mis en péril sa vie parce que nous ne l'avons pas hospitalisé immédiatement dès que le diagnostic de leucémie a été connu. Le diagnostic, je l'ai fait immédiatement, le premier jour, dès les premiers symptômes et nous avons attendu quelques jours pour chercher absolument toute solution qui aurait pu le soigner autrement ou précéder l'hospitalisation. Pierre Rance : Vous, Pierre Durand, quand on vous a accusé, on vous a dit quoi ? Pierre Durand : On m'a fait comprendre que c'était absolument irresponsable de ne pas avoir mis mon enfant à l'hôpital en chimiothérapie. Ce sur quoi j'ai répondu que je considérais que c'était une décision de bon père de famille que de ne pas prendre une décision aussi grave sans avoir au moins plusieurs alternatives. Et qui plus est, je suis un père d'origine allemande donc pour moi, la vérité absolue c'est quelque chose… Dans mes gènes, on m'a appris que c'était dangereux. Pierre Rance : Voilà, parce que votre enfant, Paul, avait quel âge à ce moment-là? Neuf ans. Il est frappé d'une leucémie foudroyante. On va voir comment. Christine Durand : Une leucémie foudroyante et gravissime, une des plus rares qui existent. Pierre Rance : Et derrière cette accusation, il y a autre chose, c'est votre foi, votre foi catholique. Vous êtes catholiques, tous les deux ? Christine Durand : Je suis catholique. Pierre Durand : Et moi, je suis protestant. Pierre Rance : Vous êtes très croyants, on va dire ça comme ça. Au point que pour les autorités de ce pays, vous appartenez à une secte, c'est bien ça ? Christine Durand : Nous ne sommes pas une secte, mais c'est vrai que cette association est considérée comme une secte guérisseuse. Pierre Rance : Alors justement, il y a une actualité qui concerne ce rapport parlementaire et qui concerne les sectes. Jean-Marc Florand, bonjour. Vous êtes l'avocat de Christine et Pierre Durand. Qu'est-ce qui se passe avec les associations qui sont qualifiées de sectes et les membres de ces associations qualifiées de sectes par les autorités ? Maître Jean-Marc Florand : Alors, il faut savoir que la qualification de secte n'a pas de sens sur le plan juridique puisque le mot secte n'a pas de définition juridique. Donc on devrait supprimer purement et simplement ce terme du vocabulaire dans les enceintes judiciaires. Deuxièmement, l'actualité est nourrie puisque le Premier Ministre, Monsieur Raffarin, avant son départ de Matignon, a signé une circulaire prévoyant qu'on ne devait plus se référer au rapport parlementaire qui avait listé extrêmement imprudemment un certain nombre de mouvements comme pouvant être des sectes. Donc maintenant il est conseillé aux autorités de ne plus se servir de cette référence, de ne pas procéder par liste mais de procéder par critères objectifs, cas par cas. Pierre Rance : Alors, Christine Durand, on va en venir à une affaire douloureuse, celle pour laquelle vous avez été accusés, c'est le sort de votre enfant Paul ; il a dix ans, et vous me dites : "il avait une santé fantastique ". Comment ça se passe, la vie avec Paul à ce moment-là ? Il a la leucémie et juste avant l'annonce ? Christine Durand : C'était la rentrée des classes, il y a trois ans bientôt et il était en pleine forme. Nous rentrions de vacances. Deux semaines après la rentrée des classes, il était allé le matin à l'école tout à fait normalement et à midi la maîtresse le renvoie à la maison. Elle demande qu'on aille le chercher parce qu'il est particulièrement fatigué, il dort en classe. Il revient à la maison, je le vois immédiatement au cabinet et en effet, j'ai vu certains signes qui m'ont fait penser à quelque chose de grave. Je lui fais les premiers examens complémentaires : radio, scanner, la prise de sang le lendemain matin à jeun, et immédiatement a été fait le diagnostic de leucémie grave. Pierre Rance : Vous l'apprenez..... Christine Durand : Je l'apprends par téléphone, par le médecin du laboratoire qui m'appelle, parce que je suis médecin, les choses se font comme ça. Ce n'est pas une manière très agréable de l'apprendre, mais je ne lui en veux pas, il n'avait pas d'autre choix à ce moment-là. Pierre Rance : Qu'est-ce que vous pensez ? Christine Durand : Une implosion intérieure, parce que ce terme de leucémie, je ne sais pas si c'était déjà une intuition, mais j'ai vraiment eu l'impression qu'on allait avoir à faire face à quelque chose de très douloureux, à la fois pour lui, pour nous, pour la famille. Nous nous sommes immédiatement enquis de là où il faudrait l'hospitaliser sur Paris. Nous avons la chance d'habiter près de Paris, nous ne sommes pas en pleine brousse, donc il y a assez d'hôpitaux et je savais où l'emmener très vite dès que les signes allaient... Pierre Rance : Pierre Durand, qu'est-ce qui se passe quand vous apprenez que votre fils... D'abord, comment vous l'apprenez ? Pierre Durand : J'étais dans mon bureau et mon épouse est venue me voir pour m'annoncer ça. Donc au début, j'étais... Mon premier réflexe a été de ne pas y croire puis, étant traumatisé par la chimio, parce que ma mère a perdu sa meilleure amie dans des conditions épouvantables, donc moi, mon premier réflexe, c'est de dire : " il faut tout mettre en branle pour essayer de voir s'il y a des moyens de retarder, d'éviter, même si c'est un espoir fou; il faut absolument tout faire pour éviter cette chimiothérapie. " Pierre Rance : Et alors, qu'est-ce que… Christine Durand : D'autant qu'il allait bien. Certes, il était fatigué, mais enfin il jouait, il mangeait, il buvait, il était à la maison tout à fait normalement. Pierre Rance : Alors qu'est-ce que vous décidez, qu'est-ce que vous faites comme traitement ? D'abord vous accusez le coup, comment vous l'accusez ? Pierre Durand : Ma femme dit " imploser ", moi je dis " exploser ". J'avais du mal à aligner mes pensées, je tournais en rond, mes idées se mélangeaient. On a essayé d'appeler un certain nombre de connaissances, des médecins qu'on connaissait parce que je sais que dans certains pays comme l'Allemagne, que dans beaucoup d'hôpitaux, on soigne aussi bien par la médecine d'école, par la chimie, en parallèle avec des médecines alternatives qui sont des médecines homéopathiques, phytothérapeutiques ou autres, soit pour accompagner, soit pour prévenir, soit pour diminuer les doses, pour accompagner le traitement du cancer, soit pour retarder provisoirement. Donc on a tout de suite réfléchi : où est-ce qu'on peut trouver des contacts de personnes qui peuvent nous donner des pistes, sachant que c'est plus difficile en France que dans les autres pays occidentaux. Pierre Rance : Donc, vous faites une recherche ; qu'est-ce que vous décidez concrètement ? Christine Durand : On a appelé un médecin en Allemagne qui a l'habitude de traiter avec ces médecines. Il nous a rappelés en nous donnant deux pistes et on a commandé ces médicaments. Certains en France et d'autres en Suisse et le temps que les médicaments arrivent on lui a donné tous les soins qu'on pouvait lui donner à la maison. Pierre Rance : Alors, comment ça se passe avec Paul ? Christine Durand : D'abord, il était dans notre chambre, parce qu'à ce moment-là, on l'a mis dans notre chambre pour le surveiller pour que ce soit plus simple et je l'ai surveillé toute la journée, toute la nuit et on lui a donné déjà certaines médications douces pour le préparer et puis surtout tout l'amour de notre famille, des amis et de la famille qui passait. Pierre Rance : Voilà. Vous, Monsieur, comment vous réagissez ? Combien de temps ça prend, tout ça ? C'est le temps de commander les médicaments, de les faire venir, le temps de s'occuper de Paul ? Christine Durand : Ça prend jour et nuit, le temps que les médicaments arrivent avant le week-end. Avec la meilleure volonté, ça a duré quand même trois ou quatre jours. Donc on a pu lui donner au bout de trois ou quatre jours ses petits médicaments qui le préparaient à la chimiothérapie et au bout de deux jours, on s'est très vite rendu compte qu'on était débordé par la situation. Et en effet, on a su beaucoup plus tard qu'il avait la forme la plus rare et la plus grave de maladie, 10 cas dans le monde en dix ans et donc, cette malade évoluait très très rapidement, c'était vraiment très fulgurant. Le nombre de globules blancs doublait en quelques heures ou en deux ou trois jours. Nous ne pouvions pas attendre plus longtemps. Je l'ai mis dans une ambulance et je l'ai conduit toute seule à l'hôpital. Pierre Rance : C'est la décision que vous avez prise… Christine Durand : Ah! oui. Pierre Rance : Après avoir essayé de l'accompagner avec une autre médecine, quitte à retarder ou à reprendre plus tard ce traitement, mais là, vous décidez de l'hospitaliser, Vous partez à l'hôpital tous les deux. Christine Durand : Oui, mon mari me rejoint à l'hôpital. Pierre Rance : Puis vous rentrez, et là.... Christine Durand : On a passé la nuit à l'hôpital puisqu'il a été hospitalisé en réanimation et... Pierre Rance : On arrive à la maison à 6 heures du matin et à 10 heures, la police arrive, la brigade des mineurs arrive, trois ou quatre policiers, en demandant à voir notre fils, parce qu'il paraît qu'il y a un enfant malade dans cette maison. Donc on leur explique qu'il est déjà à l'hôpital, nous, on a cru naïvement que cette histoire était terminée puisque Paul était hospitalisé. On n'a pas vraiment l'habitude de la justice et de la police. Pierre Rance : Est-ce que vous savez pourquoi les policiers arrivent chez vous ce jour-là ? Pierre Durand : Nous n'avions aucune explication. On n'y a pas réfléchi longtemps parce que la priorité, c'était Paul. Donc on n'avait aucune explication sur le sujet. Ce n'est qu'au moment où on a été convoqués un mois plus tard pour une audition. Pierre Rance : Que vous disent les policiers quand ils arrivent chez vous ? Pierre Durand : Nous avons reçu un signalement comme quoi il y avait un enfant malade ici qui devrait être à l'hôpital. Pierre Rance : Pierre Durand, vous me disiez que les policiers sonnent chez vous parce qu'ils ont reçu un signalement. Un signalement, c'est quoi ? Et ça vient de qui ? Pierre Durand : Un signalement, c'est un terme qu'on peut utiliser de nos jours et qu'à une autre époque on appelait dénonciation. Il s'est avéré, et je ne m'en suis rendu compte qu'au moment d'une audition à la brigade des mineurs qui est devenu une garde-à-vue, lorsqu'à un moment donné on me demande: " Est-ce que vous connaissez Monsieur Untel ? " et le Monsieur Untel c'était mon meilleur ami et en une fraction de seconde, j'ai compris que c'était lui qui nous avait dénoncés. Et tout simplement parce que c'était le parrain de Paul, qu'on lui avait parlé de notre appartenance à IVI et pour lui... Pierre Rance : Pour certains une secte, pour d'autres une association qui regroupe des gens qui pratiquent leur foi. C'est bien ça ? Pierre Durand : Exactement, c'était tout simplement un développement spirituel. On en avait parlé une fois il y a deux ans et puis on n'en avait jamais parlé depuis parce que le ton des victimes ce n'est pas le genre de notre association. Et il s'est avéré qu'il a cru que nous étions devenus fous, qu'on avait perdu la tête, que nous étions manipulés parce que nous avions osé garder six jours à la maison notre fils et ne pas le mettre à l'hôpital, donc il avait décidé pour nous. C'est-à-dire qu'il m'avait condamné, jugé, condamné sans même m'avoir entendu ! Quand je l'ai revu d'ailleurs, après, en lui disant " tu aurais pu au moins me mettre un ultimatum, me prévenir " sa réponse a été " tu sais bien que j'ai toujours évité les sujets qui fâchent ". Donc, c'est un bel exemple de jusqu'où peut aller le non-dit. Pierre Rance : Madame Durand, quand la police… vous rentrez de l'hôpital, vous venez de faire hospitaliser votre fils, vous êtes fatiguée, vous êtes implosée, explosée comme le dit son papa, Paul a une leucémie et vous découvrez que les policiers sonnent à votre porte à six heures du matin, comment vous réagissez ? Christine Durand : Il n'y a pas 36 façons de réagir. Je leur ai dit qu'il n'était pas là, qu'il était hospitalisé et ils sont repartis. Ils n'ont pas voulu nous dire pourquoi, qui, comment et on a vraiment, vraiment, cru que c'était terminé. Et un mois plus tard, on est convoqués à la police. On pensait que c'était juste pour être auditionnés et on a été séparés tous les deux et mis immédiatement en garde-à-vue et ça a duré trente-six heures avec perquisition à la maison. Pierre Rance : On va voir que ça va durer beaucoup plus longtemps que ça, Jean Marc Florand. La machine judiciaire se met en route, sur un signalement, Pierre Durand faisait remarquer quelque chose de très pertinent : un signalement, une dénonciation, qu'est-ce que c'est, comment ça marche ? Comment peut-on se retrouver comme ça avec des policiers qui sont devant la porte pour une garde-à-vue sur un signalement ? Maître Florand : Il faut savoir qu'aujourd'hui, beaucoup de personnes, de manière anonyme, ou non anonyme, en l'espèce pour M. et Mme Durand c'est non anonyme, se croient autorisées à prévenir les services de la police ou les services de la justice, de la commission d'infractions correctionnelles ou criminelles. Alors ça en soi, c'est déjà particulièrement, je dirais contestable, mais ce qu'il faut savoir c'est que la machine judiciaire y donne tout crédit. Vous avez même des numéros verts où vous pouvez dénoncer pour des infractions de manière tout à fait anonyme. Alors ça ne peut que rappeler des temps peu glorieux pour notre pays, mais c'est la réalité quotidienne. Pierre Rance : Christine Durand, la machine judiciaire se met en route, vous me dites ça a été une véritable torture morale parce qu'on veut vous forcer à avouer et pendant ce temps, Paul est en train de mourir. Christine Durand : On est mis en garde-à-vue, on ne sait pas combien de temps ça va durer. À huit heures du matin, quand ça a commencé, on nous a demandé qui on voulait prévenir, évidemment. Alors il y avait un numéro d'avocat et un numéro de famille. Et ils ont attendu jusqu'à 18 heures pour prévenir la famille. De temps en temps on leur demandait " vous avez prévenu ? " " Ha! non-non, non-non " et il demandait au Procureur de la République, il disait toujours " non-non, non-non, toujours pas ". Donc ça, j'assimile ça à une torture morale, un harcèlement pour nous faire avouer quoi, je ne sais absolument pas. C'est un moyen de pression. Et pendant ce temps-là, notre fils était à l'hôpital et comme on devait être jour et nuit avec lui, qu'on l'était déjà depuis un mois, et qu'on était le mois suivant, évidemment c'était douloureux pour nous de savoir que rien n'était organisé pour lui. Pierre Rance : Vous aviez des nouvelles de Paul, il était conscient, il parlait ? Christine Durand : Aucune nouvelle. Pierre Rance : Je veux dire, il était hospitalisé mais il savait ce qui se passait, que ses parents étaient absents... Christine Durand : Il voyait bien que ses parents étaient absents, mais il ne savait pas pourquoi il n'avait pas été prévenu. Pierre Durand : Ce qui pour moi a été le plus dur pendant cette garde-à-vue, c'est que j'entendais dans mon coeur Paul appeler : " papa, maman, où êtes-vous ? Pourquoi n'êtes-vous pas là ? " Ça a été le plus dur pour moi. Christine Durand : Et on n'avait pas le droit de le prévenir. Pierre Durand : Nous essayions quand il était à l'hôpital d'organiser des permanences à son chevet, beaucoup nous-mêmes, mais comme c'est très fatigant, on avait des proches qui nous aidaient, et là, il n'y avait personne à son chevet et il allait très mal, c'était un moment où il allait très mal. Pierre Rance : Et c'est à ce moment-là, vous me dites : " les humiliations commencent " parce que pour les policiers, d'après ce que vous m'avez dit, pour eux, vous êtes forcément coupables et vous subissez, pour le moins, ce qu'on peut appeler certaines brimades. Christine Durand : Il doit y avoir pire. Évidemment il doit y avoir bien pire que nous. En plus, nous sommes d'un caractère à se faire respecter, donc nous nous sommes fait respecter pendant cette garde-à-vue. Je n'ose imaginer ce qui se passe pour ceux qui se laissent écraser. Pierre Rance : Donnez-moi un exemple de ce qu'on vous a fait subir. Christine Durand : C'est très sournois, parce que c'est la façon de poser les questions. C'est le ton sur lequel on les pose et l'acharnement à poser tout le temps la même question qui nous paraît sans fondement et anodine. Pierre Rance : Et matériellement, concrètement, vous avez été reçus, vous étiez dans un bureau... Christine Durand : Dans un bureau avec un commissaire de police. Pierre Rance : Ça a duré plusieurs heures. Comment ça s'est passé pour se restaurer, pour aller…. Christine Durand : Pour se restaurer, il faut demander, supplier et il faut payer. Ça peut paraître normal, mais il faut vraiment supplier. On a dû avoir deux sandwiches en 36 heures. Pierre Durand : Deux sandwiches et 3 gobelets d'eau, moi aussi en 36 heures, vraiment en insistant lourdement. Christine Durand : Et pas de petit-déjeuner, et la perquisition à la maison, pendant trois heures avec 4 policiers avec impossibilité de parler à la dame qui heureusement était arrivée la veille et qui gardait nos enfants. Pierre Rance : Parce que pendant ce temps, il y a vos deux autres petites filles qui sont à la maison. Christine Durand : Oui. Alors s'il n'y avait eu personne avec elle ? Elles auraient été à la DASS pendant ce temps-là ? Elles auraient été mises dans les services de... Pierre Rance : Vous-mêmes, pendant toutes ces heures que vous passez dans les locaux de la police judiciaire, comment ça se passe ? Vous avez besoin, bon, de vous restaurer, on l'a vu. Vous prenez des médicaments, vous aussi... Christine Durand : Oui. Quand on va aux toilettes, c'est la porte ouverte, évidemment, avec quelqu'un qui est devant et qui... Pierre Rance : Qu'est-ce qui s'est passé, je vois que Monsieur, votre mari... Christine Durand : Il s'est passé quelque chose d'assez incroyable, comme la garde-à-vue a duré longtemps. Il a fallu passer une nuit, c'était dans un autre commissariat, dans une cellule de deux mètres sur deux, avec une planche, avec le motif de l'inculpation affiché sur la porte et tous les policiers qui rentraient dans le commissariat qui viennent regarder le motif et qui viennent regarder qui est derrière ce motif. (…) Christine Durand : Alors, je veux prendre un médicament pour une maladie chronique, et la femme policier qui vient de me fouiller toute nue, oui j'y ai eu droit, je crois qu'on appelle ça une fouille à corps. Et celle qui vient me fouiller toute nue m'accompagne aux toilettes, porte ouverte, bien sûr, j'appuie sur le bouton que je crois être celui de la chasse d'eau et je prends une douche froide et je sors de la pièce, très surprise; elle riait et me montre le bouton des toilettes qui est à l'extérieur de la pièce. Donc, je ne considère pas ça comme anodin, C'est un moyen de pression, un moyen d'intimidation et puis je veux prendre mes médicaments et elle me dit, toujours avec le même pff… avec ce soupir : " Vous vous soignez, vous ne soignez même pas votre fils ". Pierre Durand : On voit défiler des personnes en garde-à-vue et je ne pense pas qu'ils fassent tellement la différence entre accusé et mis en accusation ou condamné. On est dans la cellule, c'est que de toute façon, on est un salaud, on est une ordure, on est pestiféré. Enfin, c'est des regards qui font froid dans le dos. Si on n'a pas la faculté de rester concentré, de garder la confiance en soi... Je n'oublierai jamais le bruit fracassant de la porte de la cellule qui s'est refermée sur moi. Je me suis retrouvé dans 2 mètres carrés. Après on m'a retiré la ceinture, les lacets, les lunettes et même mon chapelet pour que je ne puisse pas prier. Pierre Rance : Madame Durand, vous disiez tout à l'heure que vous aviez demandé à passer deux coups de fil. Le premier, c'était pour organiser la veille auprès de votre fils. Christine Durand : On a le droit, hein, on a le droit de passer… Pierre Rance : De prévenir un avocat. Vous avez un avocat pour vous défendre à ce moment-là ? Christine Durand : Oui, il est venu nous voir au moment du petit-déjeuner. Pierre Durand : Le deuxième jour. Ce n'est pas Jean-Marc Florand qui est présent ici. Christine Durand : On ne le connaissait pas encore. Pierre Rance : Qu'est-ce qu'on peut faire, Maître Florand ? Maître Florand : On vérifie d'abord que les droits des gardés à vue ont bien été notifiés, le fait de prévenir un membre de la famille, le fait de demander un avocat, le fait de demander à voir un médecin. Voir si tout s'est bien passé le jour, la nuit, s'il n'y a pas eu de brutalités notamment. Et doit être dressé un rapport sur un livre spécial de garde-à-vue dans chaque commissariat. Et puis deuxièmement, c'est je crois aussi très important, il appartient à l'avocat des gardés à vue de rassurer, du moins en leur expliquant quel va être l'avenir des gardés à vue, et c'est pas forcément pour les rassurer, mais leur dire que ça ne peut pas dépasser 48 heures, qu'à l'issue, ils seront libres ou présentés au juge d'instruction, qu'ils peuvent être ensuite sous contrôle judiciaire ou mis en détention. Mais c'est au moins déjà les rassurer sur le fait de savoir quand ça va cesser, d'une manière ou d'une autre, mais quand ça va s'arrêter. Pierre Rance : Alors, Madame Durand, oui, Pierre Durand ? Pierre Durand : Je crois que... j'ai vu notre avocat, je lui suis tombé dans les bras et je lui ai dit: " dites à ma femme que je l'aime ", c'est tout ce qui m'est venu à l'esprit. Pierre Rance : Parce que vous êtes séparés l'un de l'autre. Pierre Durand : Toutes ces méthodes d'intimidation sont quand même fallacieuses. La chose qui a été la plus dure, et pas seulement la garde à vue, pendant toutes les auditions après, auprès de la juge d'instruction, c'est la sensation que quoi qu'on dise, on est jugé d'avance. C'est ça qui est épouvantable et qui est innommable pour un pays qui se considère comme ayant à donner des leçons de liberté au monde entier. On se croirait à une époque d'inquisition ou sous un régime totalitaire, C'est vraiment... des haussements d'épaules... quoi qu'on dise, ils ont déjà leur opinion. Et ça, c'est absolument horrible, il faut l'avoir vécu pour savoir ce que cela représente. Pierre Rance : C'est ce que vous vivez pendant que Paul, votre garçon, de dix ans, de neuf ans, est à l'hôpital en train de lutter contre la leucémie. C'est le sentiment que vous avez, c'est d'être forcément jugés coupables. Christine Durand : Oh oui ! Toutes les questions étaient orientées. Vous savez, on peut voir le verre à moitié plein ou a moitié vide. Eh bien, ils le voyaient systématiquement à moitié vide. Pierre Rance : Justement, puisqu'on parle de questions, au bout de la garde-à-vue qui se déroule dans les locaux de la police judiciaire… Christine Durand : De la brigade des mineurs… Pierre Rance : Ça se passe dans un endroit et on vous emmène dans un autre endroit pour voir le juge. Il y a un transfert, je crois, vous découvrez les cachots. C'est ce que vous m'avez dit. Christine Durand : Sous le tribunal d'une très grosse ville de banlieue proche, on se croirait au Moyen-Âge. On est mis immédiatement dans un cachot avec les latrines à même le sol. Les murs qui sont recouverts d'inscriptions écrites avec des déjections et du sang, parce que c'est tout ce qu'ils ont pour s'exprimer ceux qui sont dans ces cachots. Il n'y a même plus de planche, c'est le béton, c'est sale, et dès qu'on nous fait sortir au bout de deux heures de cachot, je ne peux dire d'autre mot pour ça, le policier, d'un air tout à fait patibulaire, nous met les menottes. Je dis : " Oh, vous n'allez quand même pas nous mettre les menottes ". Et vraiment, là, on est rabroué. Et le même policier, une fois qu'on est libéré, est absolument gentil et adorable avec nous. Pierre Rance : On verra ensuite comment vous avez été libérés, parce que là, vous partez chez le juge d'instruction. Christine Durand : Le juge d'instruction. On arrive dans son bureau, séparément avec les menottes aux poignets. Elle nous dira d'ailleurs après que ce n'était pas nécessaire. Pierre Rance : Que se passe-il, M. Durand chez le juge ? Vous vous expliquez, vous dites : " Je suis le père d'un garçon, il a une leucémie, qu'il est à hôpital, mon épouse est médecin, qu'est-ce que vous nous reprochez ? On doit rejoindre notre enfant, on en a deux à la maison, un à hôpital ". Vous lui dites ça et qu'est-ce qui se passe ? Pierre Durand : Je lui dis " je ne comprends pas ce qu'on fait là, c'est complètement inhumain " et on nous répond : " eh bien, écoutez, c'est la procédure ". Alors c'est une réponse qui met du baume au coeur dans ce genre de situation, et vraiment, on voit, les questions sont là pour piéger. C'est à se demander s'ils ne préfèrent pas des mensonges qui arrangent à une vérité qui dérange. C'est vraiment ça. Pierre Rance : Des explications pour faire tenir, plutôt que pour vérifier des points à charge ou à décharge. Pierre Durand : Il faut qu'on démontre qu'ils ont été manipulés, qu'ils sont dans une secte guérisseuse, qu'ils sont très dangereux. Et dès qu'on essaye de montrer ce qu'on ressent sur certains arguments… on expose que la foi est pour nous importante aussi…. Pierre Rance : Pour l'instant, vous pratiquez, Madame est catholique. Pierre Durand : Absolument. Donc, le fait de dire qu'on a essayé de miser aussi sur certaines médications qui ne sont pas prises au sérieux par la médecine d'école, peut-être. Mais autant que je sache, il y a quand même plus de la moitié des Français qui se soignent à l'homéopathie et suivent des traitements qui jouent sur le terrain et pas directement sur la maladie ; et tout ça, " ce sont des foutaises ", on a droit à des haussements d'épaules, à des ricanements dès qu'on parle de la foi ou d'autres choses, dans un pays démocratique comme la France, je trouve ça très grave. Pierre Rance : Vous avez donc droit, vous aussi à un interrogatoire chez le juge d'instruction, le magistrat instructeur, ça se termine comment ? Christine Durand : Ça se termine par une remise en liberté sans contrôle judiciaire. On n'avait qu'une envie, c'était de rejoindre Paul à l'hôpital. Pierre Rance : Maître Florand, après l'humiliation de l'arrestation, de la garde-à-vue, avec tout le traitement qu'on vient d'entendre, un magistrat instructeur décide de les remettre en liberté. Ils échappent à la détention provisoire, ils n'ont pas de contrôle judiciaire. Maître Florand : Mais ils sont mis en examen pour les infractions qui leur sont reprochées à l'égard de leur fils, Paul. Pierre Rance : Ils ont échappé à la prison là, à votre avis ? Maître Florand : Ils ont échappé à la prison. Alors moi, je n'étais pas l'avocat qui les a assistés au départ. Mais il est évident que dans ces affaires-là, où il y a un grand danger pour un enfant mineur et où les parents appartiennent à une confession minoritaire ou une association spirituelle, il y a toujours un risque de détention. Il suffit que le parquet le demande énergiquement et que le juge l'accepte pour que, je dirais, la messe soit dite, on peut se retrouver en détention. Ils y ont échappé et Dieu merci. Pierre Rance : Alors, ils y ont échappé, et il faut retrouver Paul. Il faut retrouver vos deux autres enfants parce que pendant ce temps-là, vous dites; " il a fallu gérer ", comment vous vous organisez ? Christine Durand : À l'hôpital ? Jour et nuit. C'est-à-dire qu'on dort (il y a un lit dans la chambre), ça c'est extraordinaire, les services pour enfants, maintenant, sont, Dieu merci, à Paris, très bien organisés pour ça et très humains. Donc on est en permanence avec lui. Il a fallu aussi gérer les dégâts que la police a faits à l'hôpital. La police est allée voir le chef de service. Il voulait même interroger Paul et le chef de service s'y est opposé à 36 reprises tellement il était mal. La police leur a dit qu'on était dans une secte, etc., des affirmations graves. Heureusement, le chef de service et tout son service ont été... et nous on ne le savait pas, pendant un mois, ça. Ils ont fait ça pendant le mois où nous ignorions même qu'il y avait ce problème de police. Pierre Durand : Il faut aussi gérer les nombreuses personnes de notre entourage qui ont été affolées. Il y en a eu certaines qui ont été traumatisées par la façon dont elles ont été reçues. Christine Durand : Les moyens de pression qu'il y a eu sur eux. On leur a fait croire qu'ils allaient avoir un contrôle fiscal etc., des choses graves, des moyens de pression pendant l'interrogatoire. Pierre Rance : Mme Durand, vous me disiez que pendant que vous luttez contre la maladie qui est en train d'emporter votre fils, pendant que vous l'aidez à lutter, le procès continue autour de vous, et que les gens sont interrogés, en quelque sorte on fait le procès sans que vous ayez la possibilité de vous défendre, c'est bien ça ? Christine Durand : Ce n'est pas encore un procès, c'étaient des interrogatoires. On constituait le dossier en vue d'un procès ou en vue d'une libération. Nous, ça s'est terminé en correctionnelle avec un procès au bout de deux ans, mais on a été interrogé plusieurs fois pendant plusieurs heures d'affilée, en présence de notre avocat, par cette juge d'instruction qui n'était pas qualifiée du tout. Il faut savoir que les juges d'instruction n'ont pas une compétence particulière par rapport au dossier qu'ils ont à instruire. Pierre Rance : Alors, un malheur n'arrivant jamais seul, après avoir rencontré le juge d'instruction, Pierre Durand, vous rencontrez le juge pour enfants parce qu'on prévoit aussi de vous enlever la garde des deux autres petites filles qui sont à la maison. Pierre Durand : Ça fait partie de la procédure. C'est-à-dire que comme, à priori, nous sommes des fous dangereux, évidemment nous sommes suspectés de ne pas être en état d'élever nos deux autres enfants, donc la juge pour enfants nous reçoit pour voir si elle ne doit pas mettre nos enfants à la DASS. Maître Florand : Pour savoir s'il n'y a pas de mesure d'assistance éducative à prendre, il y a donc l'idée que la sécurité, la santé des deux autres enfants sont en danger. Pierre Rance : Donc ça, c'est obligatoire. Maître Florand : Ce n'est pas obligatoire. Mais là, c'est un paquet cadeau qu'on leur fait. On aurait pu que les envoyer chez le juge d'instruction, mais le procureur a pensé qu'il était utile aussi de saisir le juge des enfants. Ce n'est pas obligatoire. Pierre Rance : Quand je dis que ce n'est pas obligatoire, ils sont obligés... d'aller s'expliquer. Maître Florand : Ah, bien sûr il faut aller s'expliquer devant le juge des enfants, au pénal également, parce que le juge des enfants est une juridiction à lui tout seul, pénale. Pierre Durand : Le côté macabre est que notre fils Paul, qui était au plus mal au fond de son lit à l'hôpital, était convoqué aussi. Pierre Rance : Et alors, comment ça se passe chez le juge pour enfants ? Pierre Durand : Là, je dois dire, c'est peut-être le fruit de nos prières ou de notre conscience ou de notre foi, mais on a eu une juge qui était très humaine, très avenante, très compréhensive et je remercie le ciel qu'on soit tombé sur elle. Et j'imagine, malheureusement, que tous les juges ne sont pas comme elles. Maître Florand : Elle était vraiment catastrophée de la situation judiciaire qui était celle de Monsieur et Madame Durand et elle a décidé pour au moins soulager leur peine dans ce dossier-là, de rendre immédiatement, ce qui est quand même rare, un non-lieu à mesure d'assistance éducative. Elle est même allée plus loin, puisqu'elle s'est même excusée auprès des parents du sort qui leur avait été réservé par la justice en disant qu'elle ne comprenait vraiment pas, au moins ce qu'ils faisaient dans son cabinet du juge des enfants. Pierre Durand : Voilà, je l'ai même remerciée en fin de séance pour sa réaction humaine, je lui ai dit que c'était la première réaction humaine depuis le début de la procédure à laquelle j'ai été confronté. Pierre Rance : Voilà, ça c'était le procès. Dans le procès, on vous a menacés également de vous retirer deux petites filles qui sont à la maison. Alors l'enquête par ailleurs, le procès qu'on vous a fait continue et il y a une expertise pour savoir si oui ou non, pendant les six jours pendant lesquels vous avez gardé Paul à la maison, le temps de voir s'il n'y avait pas une autre médecine, c'est le choix des parents, on verra ça plus tard, votre choix pendant ces six jours-là, vous n'avez pas mis en danger la vie de Paul. Et il y a eu expertise judiciaire avec un médecin expert qui est désigné par le juge d'instruction, qui rend ce rapport. Que dit ce rapport ? Christine Durand : Il conclut que nous n'avons pas mis en péril la vie de notre enfant. Pierre Durand : La preuve de l'acharnement de l'appareil judiciaire est très simple, c'est qu'on a été d'abord mis en accusation pour la mise en péril de la vie d'un mineur. Suite à ce rapport d'expert qui montre que ce motif ne tient pas, on a requalifié en " défaut de soins " et, à la fin de cette procédure, on a préféré nous renvoyer quand même devant le tribunal correctionnel pour la 3e… Pierre Rance : Vous êtes accusés en disant : " vous avez laissé mourir votre enfant parce que, pendant les six jours, vous avez essayé de trouver une autre médecine, vous l'avez mis en danger et vous êtes le responsable de sa mort ". L'enquête a lieu, il y a une expertise qui dit " pas du tout ", pendant ces six jours, ça n'a rien changé... L'affaire devrait être réglée, mais là on change d'accusation. Une fois qu'on produit un moyen de se défendre et qu'on prouve son innocence, on peut vous faire un procès jusqu'à la fin de vos jours. Maître Florand : C'est ce que Monsieur Durand disait tout à l'heure, c'est-à-dire l'impression que c'est jugé coupable d'avance. Puisque le rapport de l'expert nommé par le juge, est très clair. Il dit : " même s'il avait été hospitalisé à la première minute du diagnostic de leucémie, il serait quand même décédé dans les mois qui ont suivi ", première question. Et deuxième question, les symptômes qu'il a eus ensuite. La détérioration de toute une série de fonctions vitales qu'il a subie aurait été exactement la même. Donc en un mot, avoir retardé l'hospitalisation de 4 ou 5 jours tout en le soignant autrement, n'a eu aucune influence : ni sur le processus qui a entraîné sa mort, ni sur sa mort elle-même, donc sans conséquence. Donc, ils auraient dû avoir un non-lieu à ce moment-là. Pierre Rance : Madame Durand, Paul est à l'hôpital, c'est la fin, on vous dit qu'on ne peut plus rien faire pour lui et qu'il va mourir. C'est ça ? Christine Durand : Mais pendant trois mois, sur les quatre mois et demi, on nous a dit tous les jours : " Il va mourir et nous ne voulons pas que vous ayez le moindre espoir ". Et ça pour nous, c'est terrible, parce que l'une de mes bases aussi de médecin, c'est de donner l'espérance. Ça fait partie de notre foi, de ce que je considère comme la nature humaine et de l'humanité à avoir pour les autres du genre humain sur cette terre, c'est vraiment donner toujours l'espérance. Parce qu'on ne sait jamais quelle va être l'issue d'une maladie, même si les statistiques disent que c'est une très rare, très grave etc. On a gardé l'espérance jusqu'au bout. Ils ont essayé de nous la détruire tous les jours. Je pense qu'ils avaient peur de cette confiance que nous avions et on leur a proposé à ce moment-là d'accepter des traitements que nous avions essayés pendant ces quelques jours à la maison avant l'hospitalisation, en complément d'une petite chimiothérapie, puisqu'ils n'avaient plus rien à proposer et qu'ils l'avaient sorti de la chambre stérile pour qu'il meure dans des conditions plus dignes, dans une chambre normale. Et à ce moment-là, on a fait une nuit de prière dans le monde entier pour Paul, et le même jour, on a commencé les deux ou trois médicaments ou médications adjuvantes pour aider la petite chimiothérapie. Et ce jour-là, il a commencé à aller mieux, vraiment mieux. C'est-à-dire qu'au bout de deux ou trois semaines, il n'y avait plus aucune cellule malade, maligne, dans son sang. Et c'était très surprenant, vraiment très surprenant de là où il partait. Pour nous ça a été un cadeau extraordinaire parce que pendant ce mois-là on a pu reprendre vraiment contact avec lui, avant il ne pouvait même plus sourire tellement il souffrait. Il ne pouvait même plus parler, c'était absolument affreux les effets secondaires de la chimiothérapie qu'on lui a vus. Le chef de service a dit que c'était l'enfant qui avait le plus souffert de toute sa carrière. Alors évidemment, les doses de chimiothérapie qu'il a reçues y sont aussi pour quelque chose et l'évolution de cette maladie aussi, mais ces médications que nous avons essayées, peut-être maladroitement au début, nous n'avons pas eu le temps à la maison de le faire correctement, ont marché à l'hôpital. Et, ça pour moi, ce serait un signe d'espoir que je pourrais lancer à cette médecine actuelle. Si on pouvait dans la médecine actuelle, associer les progrès de la médecine et aussi les progrès des médecines naturelles pour diminuer les doses, les effets secondaires, ce serait extraordinaire pour le bien des patients. Pierre Rance : Pierre Durand, Paul décède en février 2003. Malheureusement, pour vous, ça ne s'arrête pas, parce qu'il y a un procès qui est prévu, et l'année d'après, vous passez en procès. Votre fils est décédé, vous passez en procès au motif que pendant les six jours où vous l'avez gardé à la maison, vous seriez responsables de sa mort. Comment on va se faire juger dans des conditions pareilles ? Pierre Durand : Je dirais que la chance dans ce chemin de croix c'est que finalement, ces accusations étaient totalement relatives par rapport… Nos souffrances, nos peurs ou nos cogitations étaient vraiment relativisées par rapport à la souffrance et au chemin de croix de Paul. Donc, c'était quelque part surréaliste. Je pense qu'on avait la chance d'avoir la foi, d'avoir gardé confiance, même confiance dans l'issue de cette torture judiciaire. Pierre Rance : Quand vous arrivez dans la salle d'audience, il y a des magistrats, il y a un peu de public, il y a aussi... Maître Florand : Les Renseignements Généraux... Pierre Rance : Les policiers des Renseignements Généraux, me dit Maître Florand. Pierre Durand : On a l'impression d'être dans un film, on a l'impression de rêver, mais... Pierre Rance : Comment ça se passe avec le magistrat qui vous juge, le président, la présidente ? Christine Durand : Quelle chance on a eue ! C'était une présidente. Remarquable, remarquable, d'une humanité... C'est la gloire de la justice, les gens comme ça, vraiment. On n'avait, pour une fois, pas l'impression d'être jugés d'avance. Elle nous a posé des questions qui nous semblaient pertinentes, qui nous semblaient justes, humaines, avec une voix qui n'était ni méprisante, ni condescendante. Elle faisait attention de ne pas nous blesser, elle a commencé l'audience en nous disant qu'elle n'avait jamais vu un cas aussi douloureux, de toute sa carrière, à juger. Pierre Rance : Et elle vous jugés comment ? Assez rapidement, je crois, Maître Florand, parce que, exceptionnellement, la justice, là, ne met pas en délibéré. Maitre Florand : Non, exceptionnellement la présidente, car c'est une audience collégiale, a décidé que vu ce qu'avaient déjà enduré Monsieur et Madame Durand, elle rendrait la décision le soir même et elle a rendu la décision une petite heure après, ou moins d'une petite heure. Naturellement, de relaxe pure et simple. Mais il faut savoir que, je dirais, c'est la gloire effectivement de la justice, de tomber sur un magistrat de qualité. Mais ce qu'il faut remarquer dans cette affaire-là, c'est que le parquet représentant le Procureur de la République aurait pu renoncer à ses réquisitions. Mais non, le parquet a continué, a pris des réquisitions aux fins de condamnation de Monsieur et Madame Durand. Pierre Rance : Vous êtes acquittés, enfin, on dit relaxés, dans les affaires correctionnelles. Maitre Florand : Sans appel du Parquet. Pierre Rance : La justice ne vous reproche plus rien, à ce moment-là. Vous, est-ce que vous avez quelque chose à vous reprocher, ou pas du tout ? Pierre Durand : Absolument rien du tout à nous reprocher. On a toujours eu la conscience tranquille et heureusement que nous avons la foi en une justice divine. Et je pense, si je peux dire ça à tous ceux qui m'entendent, je pense qu'il est très important de croire qu'il y a une justice divine, parce que la pensée est créative et l'espoir fait vivre et il faut avoir confiance. Sinon, je pense qu'on doit devenir fou et je crois qu'une des grandes chances qu'on a eue, je pense le côté positif de tout ça, c'est d'avoir la conscience plus ouverte aux traumatisés, tous ceux qui doivent vivre des horreurs, tous les innocents qui vivent des tragédies et ça permet de développer une autre compassion et de comprendre qu'il y a des souffrances, certes qui sont un petit peu difficiles, de pouvoir témoigner de ce qu'on a vécu et je dirais que tout ce qu'on a vécu là, c'est aussi une épreuve qui a consolidé ma foi, notre foi. Pierre Rance : C'est-à-dire qu'on en ressort plus fort... La même chose pour vous, Madame Durand, vous ne vous reprochez rien, vous n'avez pas douté pendant ces six jours où Paul est resté chez vous, vous êtes médecin, vous avez une double responsabilité, celle de maman, et celle de médecin. Christine Durand : Je le surveillais, je savais que j'étais tout près d'un hôpital et qu'on pouvait y aller immédiatement, j'espérais. Bien sûr, j'espérais, nous avons espéré jusqu'au dernier moment. Maitre Florand : Et même s'il y avait eu erreur - ce que je ne crois pas - de jugement, comment peut-on reprocher à des parents exposés dans un tel moment de ne pas mettre leur enfant dans cette machine infernale de souffrance, c'est absolument légitime. Pierre Rance : Ça, c'est le choix des parents. Vous me dites que les parents n'ont pas le droit de choisir ce qu'ils veulent pour leur enfant malade. Christine Durand : Non, je crois que non. Pierre Rance : Maitre Florand ? Maitre Florand : Sur le principe, les parents ont le choix. Mais on sait très bien que si le choix n'est pas le choix officiel de la médecine officielle, on aboutit, comme M. et Mme Durand, à des ennuis judiciaires. Il y a quand même un certain nombre de cas. Et moi ce qui me frappe dans leur dossier dont j'ai été l'avocat, c'est le gâchis judiciaire là-dedans ! C'est le gâchis judiciaire parce qu'il est évident qu'ils auraient pu bénéficier d'un non-lieu, on aurait pu leur éviter un procès. Pierre Rance : Madame Durand, merci d'avoir témoigné, merci de votre courage. Christine Durand : Merci à vous. Pierre Rance : Pierre Durand, merci. Qu'est-ce que l'on peut vous souhaiter ? Pierre Durand : Simplement, je viens témoigner de ce qu'on a vécu et dire: " Ne perdez pas confiance ", ce n'est pas parce qu'il y a des erreurs judiciaires qu'il n'y a pas quand même une justice, je pense qu'il faut rester positif et simplement avoir confiance, qu'il y a des injustices et... Pierre Rance : On est là pour en parler. Merci d'avoir témoigné. Fin de l'émission. Résumé de la plaidoirie de Me Florand, membre d'un collectif d'avocats représentants 9 particuliers et 2 associations, devant le TGI de Paris en première instance d'une affaire demandant la dissolution de l'UNADFI (procès perdu en appel) : 20 septembre 2005 Maître Jean-Marc Florand, avocat de Monsieur et Madame de M. J’interviens au nom de Monsieur et Madame de M. Les faits présentés sont les plus tragiques. Je vais vous exposer les faits très simplement concernant monsieur et madame de M., qui est médecin, ancien interne des Hôpitaux de Paris. Ils menaient une vie simple, calme, heureuse jusqu’en septembre 2002. Ils apprennent que leur jeune fils, Paul âgé de 9 ans, est atteint d’une forme très rare de leucémie qui allait l’emporter, une forme incurable par la médecine traditionnelle. Il est hospitalisé à St Louis, à Necker, une chimiothérapie éprouvante aux conséquences destructrices. Il est mort en février de l’année suivante. Aux souffrances morales indicibles des parents s’ajoute l’horreur judiciaire. Les parents appartiennent au mouvement catholique IVI (Invitation à la Vie Intense) que l’UNADFI et les ADFI, ses satellites, qualifient de secte dangereuse car ils refuseraient la médecine traditionnelle, ce qui est FAUX. Le parrain de l’enfant a l’idée funeste de s’adresser à l’UNADFI. L’UNADFI fournit des informations et des documents si alarmistes, alarmants, terribles, qu’en son âme et conscience le parrain les dénonce au procureur pour mauvais traitements à enfant. Il a un statut élevé : huissier de justice, mais sans trop de connaissance, il est trop troublé par ce qu’on lui dit en octobre 2002.A partir de là, la machine judiciaire se met en route le 4 octobre, le procureur fait ouvrir une enquête. La police se rend chez eux, trouve les parents au désespoir car leur enfant a été transféré à Necker. Cela pourrait s’arrêter là, mais non : IVI = Danger. Ils vont être mis en garde à vue durant 36 h, on leur met les menottes, fouille au corps, insultes. Leur fils se meurt à Necker. Ils n’ont qu’une pensée en tête c’est qu’ils ne sont pas avec lui, les autres nuits ils étaient avec leur fils. On les met en garde à vue parce qu’ils sont membres d’IVI uniquement et que l’ADFI a dit des choses terribles. Le grand jeu continue. Il y a une mise en examen par le juge d'Instruction à Versailles pour défaut de soins sur mineur.On alerte le juge des enfants pour voir si les autres enfants ne sont pas en danger. Celui-ci voit le piège, présente des excuses et rend un non-lieu.Le juge d’instruction renvoie tout le monde devant le tribunal de Versailles. Jugement le 18/11/04 : relaxe. Il n’y a pas d’appel du Parquet.L’ADFI et l’UNADFI a sans cesse produit de l’information et des documents, qui ont en permanence généré et alimenté la procédure d’instruction. Ils ont informé les enquêteurs sur les questions qu’il fallait poser.Perdre un enfant de 9 ans est la plus grande tragédie. Ces autres malheurs proviennent directement des documents et informations fournis par l’ADFI et l’UNADFI pendant l’enquête. (...) (Source: http://www.coordiap.com/enq48.htm) |
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