La lutte antisectes : un point noir de notre identité nationalePar Éric Bouzou du CICNS (Décembre 2009)
L’offensive antisectes déclenchée par Georges Fenech depuis son
accession à la présidence de la MIVILUDES, se poursuit. Le 25
novembre 2009 dans
LyonMag, en marge d’un
colloque organisé par la mission, il précisait : « Ce sont les 10 ans de la création de la MILS,
c’est donc le moment de faire un premier grand bilan de notre
activité ».
Que le président de la MIVILUDES (Mission interministérielle de
vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), pense à fêter
l’anniversaire de la MILS (Mission Interministérielle de Lutte contre
les Sectes), mission dissoute à cause de ses excès pour être
justement remplacée par la MIVILUDES en 2002, en dit long sur ses
intentions. Qui peut encore douter que la France soit toujours
engagée dans une lutte « contre les sectes » ?
Sans surprise, le patron de l’OCRVP (l’Office central pour la
répression des violences aux personnes), Frédéric Malon, alimente
cette confusion. Sous son autorité est placée la Caimades : Cellule
d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires, un
service tout juste créé au sein de la Direction centrale de la police
judiciaire (DCPJ). Frédéric Malon nous informe qu’
« Il faut être vigilant, et ne pas
confondre sectes et dérives sectaires : il n’y a pas forcément
commission d’un délit dans chaque secte
». Prétendre que des délits ne sont pas forcément commis dans les
« sectes », un terme synonyme dans l’opinion publique (et
probablement dans la bouche du haut fonctionnaire) de « groupes
dangereux et criminels », est un oxymore de bon aloi, mais personne
n’est obligé d’être dupe de ces discours de façade
(France
Soir).
La doxa antisectes et la
servilité médiatique vis-à-vis de ce discours
Le discours antisectes est devenu une propagande et en possède
toutes les caractéristiques : répétition d’un message chapeau
simplifié et alarmiste, la thèse du fléau social (« les sectes sont
partout et dangereuses ») ; diffusion de données quantitatives sans
fondement mais supportant l’idée d’un danger pressant – 500 000
personnes victimes des
dérives sectaires, elles-mêmes comparées
à des virus mutants ;
80 000 enfants en danger dans des groupes
sectaires ; un tiers des psychothérapeutes membres de
sectes,
3000 praticiens de santé suspectés de
dérives sectaires etc. – ;
mise en exergue d’une supposée pratique particulièrement
effrayante de ces groupes qui sera évoquée à chaque occasion : la
manipulation mentale.
Cette propagande est efficace puisque même au sein de minorités
spirituelles désignées comme sectes par les pouvoirs publics, de
nombreuses personnes pointent du doigt les « vraies sectes », celles
qui, contrairement à leur propre groupe, mettraient en danger la
République, pratiqueraient la manipulation mentale et embrigaderaient
les enfants.
Pour qu’une propagande fonctionne, il faut qu’elle ait le soutien
des médias. Interrogé sur la politique de lutte contre les sectes (et
non pas sur la politique de lutte contre les dérives sectaires), le
député
Jean-Pierre Brard précise : « Je
pense que nous avons beaucoup progressé, notamment grâce aux médias
et à l’opinion publique. Les gens sont aujourd’hui assez bien
informés et en état de détecter par eux-mêmes le danger. C’est
essentiel car nous n’avons jamais cherché à faire peur mais bien à
faire appel à l’intelligence de nos concitoyens » (Reversus).
« Faire appel à l’intelligence des citoyens » suppose d’instaurer un
débat contradictoire et d’adopter une démarche de connaissance, tout
le contraire de ce que les députés ont proposé au fil des ans à leurs
concitoyens sur la question des « sectes ». Jean-Pierre Brard étant
l’un des acteurs antisectes les plus virulents (il a été condamné
plusieurs fois pour diffamation), le cynisme et l’autosatisfaction
dont il fait preuve dans ces propos ne sont pas surprenants.
Il a néanmoins raison en évoquant le rôle des médias dans la
diffusion de la doxa antisectes. La plupart des sujets de société
sont désormais traités en employant le format du « buzz », antidote
garanti à toute réflexion de fond, et la question des sectes n’y
échappe pas. Mais contrairement à la plupart des sujets, celui-ci ne
bénéficie pas d’un semblant de contradictoire. Récemment, Béatrice
Schönberg s’est distinguée dans l’émission
Prise Directe du mardi 17
novembre 2009, qu’elle anime (voir
notre commentaire vidéo d’une partie de l’émission
concernant le
Docteur Guéniot). De la même
manière, dans une affaire récemment médiatisée, dite des « reclus de
Monflanquin », de nombreux journalistes se sont adonnés à leur
activité favorite : le copié-collé sans discernement de dépêches et
d’affirmations non remises en question, pourvu qu’elles produisent du
buzz.
Europe 1 a contacté le CICNS pour qu’il s’exprime sur l’affaire
de Monflanquin, suite à l’envoi de notre
communiqué de presse sur le
sujet. Une minute, c’est ce qui nous était offert pour remonter une
pente de 30 années de pensée unique, de désinformation et d’amalgames
sur la problématique sectaire. Nous avons bien entendu refusé de
participer à ce simulacre de débat contradictoire. La prise de
contact avec le journaliste en charge du panel d’intervenants ayant
été néanmoins positive, nous mesurons la distance entre le « off » et
le résultat diffusé sur les ondes. Les journalistes qui participent à
ces émissions de communication d'opinions lapidaires en les faisant
passer pour de l'information devront tôt ou tard prendre leur
responsabilité, sans se cacher continuellement derrière la ligne
éditoriale et la direction rédactionnelle, ou ils n’auront plus qu’à
barrer la mention « journaliste » sur leur badge pour la remplacer
par celle « d’animateur » (voir nos divers
commentaires sur le traitement du thème
des sectes par les médias et plus particulièrement la
partie 3 de notre documentaire « 120
minutes pour la liberté spirituelle »).
La MIVILUDES « infiltre » toutes les sphères de la société
S’il était possible de reprocher à la MIVILUDES, depuis sa
création, de se laisser tirer vers le bas par les associations
antisectes (ADFI,
CCMM principalement), force
est de constater que son nouveau président l’a transformée en fer de
lance du combat antisectes.
Georges Fenech prétend que :
« Les sectes touchent tous les milieux : économiques, institutionnels,
médicaux, sportifs, culturels, éducatifs, universitaires,
religieux... Il n’y a pas de domaine qui n’échappe à ces tentatives
de récupération, d’infiltration, dans le but d’une prise de pouvoir
et de profit » (LyonMag).
Notons à nouveau que le président de la MIVILUDES parle bien de
« sectes » et non de « dérives sectaires ». Le mandat donné à la
mission interministérielle et le zèle de son président lui permettent
donc d’étendre son action intrusive et brutale à tous les domaines de
la société. Jusqu’à présent, la mission s'est contentée d'une action
discriminatoire visant de prétendus groupes « infiltrants »
(minorités spirituelles, thérapies alternatives). Toutefois, des
politiques ne seront-ils pas tentés, à terme, d’étendre son pouvoir
d’investigation à l’organisation de tout type de structure ou groupes
humains ?
Donnons deux exemples significatifs et très différents de
l’actualité récente, qui devraient en toute logique tomber dans le
panier de la MIVILUDES.
Le sujet traité par la
mission d'information parlementaire sur
le voile intégral en est un. La plupart des auditions
rendues publiques ont conduit l’un ou l’autre des intervenants à
qualifier le port du voile intégral de dérive sectaire. Entre autres
exemples, Dounia Bouzar, anthropologue, interviewée dans le Monde et
auditionnée par la mission d’information, pense, au sujet des groupes
salafistes promoteurs du port du voile intégral, qu’ :
« ouvrir
un débat pour limiter la liberté religieuse reviendrait à les
considérer comme un courant musulman et non pas comme une simple
secte (…) Selon ces gourous, pour respecter l'Islam, la société est
censée les accepter »
(Le
Monde). Dans un débat avec l’universitaire Mohammed
Moussaoui, s’inquiétant que « des
voix s'élèvent déjà pour traiter l'Islam de secte », le député
Jacques Myard, membre de la mission d’information, répond : « (…)
la loi stigmatisera toujours, et à juste titre, les sectes. Ceux dont
nous parlons relèvent de ce domaine » (Le
Figaro). Notons au passage la signification sans ambigüité
des propos de Jacques Myard : le terme « secte » étant sans
définition juridique ou sociologique, il reconnait vouloir
stigmatiser des groupes qu’il ne pourra désigner que de façon
arbitraire. Monique Crinon membre du
Collectif des féministes pour
l’égalité, lors de son audition, précise : « De
deux choses l'une, ou les groupes qui préconisent le port du voile
intégral, sont des sectes et nous disposons des outils pour
identifier ce qu'est une secte et pour combattre cette secte (…) ou
alors ce sont des groupes qui pratiquent un prosélytisme et il faut
combattre ce prosélytisme par une forme d'action qui n'est pas
forcément de l'ordre de la répression ». S’interrogeant si le
port du voile est une pratique sectaire, elle ajoute : « On
a les capacités dans ce pays de dire si c’est une secte ou non et
d’agir ». A Jacques Myard qui lui répond « Non » (sic !), elle
poursuit : « Alors dans ce cas
il faut réfléchir à avoir un arsenal législatif un peu plus musclé
que celui dont nous disposons pour combattre les sectes ; parce que
si c'est ça le problème, c'est là qu'il faut aller frapper ».
Puisque de nombreux intervenants ont évoqué l’action d’une secte
et l’évidence d’une dérive sectaire, pourquoi la MIVILUDES n’a-t-elle
pas été conviée à participer à la mission d’information ? Pourquoi
les députés de la mission ne prônent-ils pas l’usage de la loi
About-Picard à l’encontre de certaines associations musulmanes
supposées pratiquer la manipulation mentale sur des femmes
fragilisées ?
Le deuxième exemple concerne France Télécom et le drame des
nombreux suicides survenus sur les lieux de l’entreprise ou en lien
avec elle (il serait également possible d’évoquer Peugeot et
Renault). Le nombre même de ces suicides (25 à la date d’écriture de
cet article,
Le Monde) au sein d’une même
organisation mérite-t-il le terme de « suicides collectifs » ? Il ne
fait pas de doute qu’un tel drame dans une minorité spirituelle
aurait été qualifié de la sorte et que quelques suicides de ce type,
même en lien éloigné avec le groupe, aurait suffi à déclencher une
hystérie collective et sa condamnation sans appel. A nouveau,
pourquoi la loi About-Picard n’est-elle pas évoquée au sujet de
France Telecom ? Quand assisterons-nous à une « descente » de Georges
Fenech, accompagné de journalistes, dans une entreprise du CAC40 pour
y dénoncer les méthodes « d’emprise mentale » du management
conduisant les employés au suicide ? (voir un documentaire effectué
par une troupe de théâtre en collaboration avec le Comité
d’Etablissement France Telecom Ile de France (Mediapart),
voir dans le NouvelObs quelques
extraits du rapport d'audit du cabinet Technologia qui mentionne une
"fragilisation de la santé physique et mentale" pour certaines
catégories de personnel de France Telecom, voir également
notre documentaire sur la « descente » de la MIVILUDES
dans la communauté du Moulin des Vallées).
Les responsables politiques ont bien compris la limite qu’il ne
fallait pas dépasser. Ils ont donc évité d’impliquer la MIVILUDES et
ses raisonnements simplistes dans ces deux affaires (les
raisonnements simplistes n’en ont pas pour autant déserté la mission
d’information sur le port du voile intégral, ni les commentaires sur
le drame de France télécom). Ce faisant, ils mettent en exergue, si
besoin était, la non pertinence de la mission interministérielle et l’aspect
discriminatoire flagrant de son action.
L'inertie de « l'intelligentsia » devant cette situation
déplorable serait peut-être ébranlée si la MIVILUDES déployait ses
outrances dans des domaines où elle n’est justement pas invitée.
Faut-il souhaiter le pire pour obtenir au final le mieux ?
Qu’est ce qu’une secte pour les militants antisectes ?
Le paradigme antisectes peut se résumer comme suit : « Une secte
est un groupe dont les gourous pratiquent la manipulation mentale
pour escroquer leurs adeptes, les abuser sexuellement ».
La notion de manipulation mentale est intrinsèquement liée à la
notion contemporaine de « secte ». Le sociologue Arnaud Esquerré
écrit dans son livre
La manipulation mentale – Sociologie des
sectes en France, Editions Fayard : « La
« secte » en tant qu’organisation totalitaire, à visée thérapeutique,
spirituelle, philosophique ou religieuse, et dans laquelle les
adeptes sont manipulés mentalement est une invention française et
collective des années 1970 et 1980 ». Le sociologue Patrice
Rolland, dans un
article décrivant la genèse de la loi
About-Picard, précise : « L'intention
du législateur est donc bien de cerner ce qui constitue le propre de
la secte, c'est-à-dire essentiellement la manipulation mentale ».
Le constat de ces deux sociologues permet de comprendre pourquoi
la notion de manipulation mentale est systématiquement évoquée dans
le discours antisectes à tous les niveaux : Georges Fenech à la
MIVILUDES, Catherine Picard à l’UNADFI, Maître Picotin dans l’affaire
de Monflanquin, les députés membres du groupe d’étude sur les sectes,
etc. Les médias ayant abandonné leur mission d'informer correctement
leurs auditeurs sur une question il est vrai complexe et délicate,
offrent une tribune libre et sans esprit critique à ces discours.
Les acteurs antisectes cherchent à diffuser l’idée fausse que les
moyens de persuasion éventuellement utilisés au sein d'une « secte »
seraient de nature différente de ceux utilisés dans le reste de la
société. David Bromley (Misunderstanding
cults, article de David Bromley) fait justement remarquer
qu’ : « Il y a de nombreux
domaines institutionnels dans l'ordre social où apparaissent un haut
niveau de contrôle, une encapsulation et une transformation de
l'identité, sans pour autant qu'il soit fait appel à la notion de
lavage de cerveau. Ces cadres réglementaires sont considérés comme «
adaptés » à l'ordre social et l'évaluation de la participation des
individus se mesure sur une échelle allant de la réhabilitation
jusqu'à des appréciations honorifiques. Dans chaque cas, il y a un
corpus de recherche considérable qui discute ces pratiques
d'organisation et leur impact sur l'individu en des termes neutres ou
favorables. Entre autres exemples : la formation militaire (…), les
couvents et monastères (…), les communautés séculaires et religieuses
(…), la formation médicale (…), les hôpitaux psychiatriques (…) et
les prisons (…). Même lorsque les résultats ont perverti des
objectifs institutionnels légitimes, comme par exemple dans le cas de
méthodes policières qui extorquent de fausses confessions, des
procédés coercitifs ont été tolérés jusqu'à très récemment sans qu’il
leur soit attribué la désignation de « lavage de cerveau » (…) ».
La notion de manipulation mentale utilisée en France dans les
discours antisectes, et son pendant juridique la « sujétion
psychologique », créée de toute pièce dans la loi About-Picard, sont
dérivés du concept de « lavage de cerveau » (brainwashing en Anglais) dont plusieurs formalisations scientifiques
ont été tentées. Le label scientifique a son utilité. Comme
l’explique David Bromley (ibid.) :
« En tant que principal système
de légitimation par la connaissance de l'ordre social contemporain,
la science est une source majeure de pouvoir ». Il est donc
important pour les protagonistes antisectes de donner ne serait-ce
qu’une coloration scientifique à leur principal argumentaire.
Le lavage de cerveau
Le thème du lavage de cerveau (informations extraites de
Le lavage de cerveau, mythe ou réalité,
Dick Anthony, Massimo Introvigne) s’est développé lorsque les
Américains ont cru que certains de leurs prisonniers de guerre
avaient été « convertis » au communisme suite à ce qu’ils ont dénommé
un « lavage de cerveau ». Il y a eu, en bref, deux courants de
recherche sur ce concept.
L’un est celui développé par la CIA, inspiré du béhaviorisme
(comportementalisme), dans lequel le cerveau humain se comporte plus
ou moins de manière analogue à un disque dur informatique qu’on peut
vider moyennant des techniques appropriées (privation de sommeil,
drogues, électrochocs etc.) puis reformater selon le choix de
l’expérimentateur, de manière à transformer le « patient » en « agent
asservi [deployable agent] ». La première étape a très bien fonctionné,
transformer des cobayes humains en « légumes », mais jamais la
deuxième. Lorsque le nombre de cobayes transformés en « légumes » a
été suffisamment éloquent, la CIA a publié ses résultats et cette
théorie a été invalidée scientifiquement, l’agence mettant fin, au
moins officiellement, à ses expérimentations.
L’autre courant de recherche, s’appuyant sur le corpus de
connaissances psychanalytique et psychologique, a cherché à
comprendre ce qui pouvait expliquer chez un individu une tendance à
la soumission ou au contraire à la domination. A partir de ces
diverses hypothèses et de leurs travaux de recherche, des
scientifiques comme Schein et Lifton ont montré qu’il n’y avait eu
aucun lavage de cerveau des prisonniers de guerre, qui dès leur
libération réaffirmaient leur propre vision du monde. La thèse du
lavage de cerveau était ainsi invalidée par ces chercheurs dont le
travail fait référence.
Malgré ces résultats, le thème du lavage de cerveau est réapparu
lorsqu'un important contentieux juridique s’est développé dans les
années 70 aux Etats-Unis entre des minorités spirituelles et des
parties civiles plaignantes, en l’appuyant, entre autres, sur les
thèses de la psychiatre Margaret Singer. Le psychologue Dick Anthony
a invalidé auprès des Cours de justice américaines (son travail sur
un procès a fait jurisprudence) cette nouvelle théorie du lavage de
cerveau déguisée, en montrant qu’elle se prévalait à tort des thèses
développées par Schein et Lifton.
Un certain nombre de chercheurs, comme Benjamin Zablocki (Misunderstanding
Cults, article de Benjamin Zablocki), souhaitent
néanmoins toujours réhabiliter le concept. Dick Anthony (Misunderstanding
Cults, article de Dick Anthony) estime que : « le
paradigme développé par Zablocki et le paradigme de lavage de cerveau
développé par la CIA dont il est dérivé, sont en priorité destiné à
démontrer la perte de libre arbitre chez les victimes de ce lavage de
cerveau ». Pour le psychologue américain, un psychiatre français
comme Jean-Marie Abgrall, expert auprès des Cours de justice
françaises, n’a fait que reprendre les thèses du lavage de cerveau,
en les renommant et en les présentant différemment.
La propension des acteurs antisectes à prétendre s’appuyer sur
des recherches scientifiques reconnues, alors qu’ils défendent en
fait des thèses équivalentes à celle du lavage de cerveau, non
reconnues, se retrouve chez ceux qui pratiquent le « thought reform
consultation » : consultation sur des cas de « réforme de la pensée »
ou exit counceling. Cette pratique est prétendument une version légale
du
deprogramming (cette
dernière pratique ayant été déclarée illégale en Cours de justice
américaines), dont on attend de savoir quelles instances officielles
en France en valideront la licéité. Maître Picotin, avocat des
parties civiles dans l’affaire « de Monflanquin », révèle ni plus ni
moins au journal Sud-Ouest qu’il a créé lui-même « une cellule « d’exit
councellors » (sic) en Aquitaine (voir notre
communiqué à ce sujet). D’où
vient le terme « réforme de la pensée » ? Entre autres des travaux de
Schein et Lifton. Dick Anthony précise (ibid.) :
« Les pratiques
d’endoctrinement forcé à la pensée communiste (parfois appelées
« réforme de la pensée [thought reform] » ou « persuasion coercitive
[coercive persuasion] ») n’étaient pas efficaces pour produire un
engagement dans la vision du monde communiste chez des gens qui
n'étaient pas préalablement attirées par elle ». Dans le but de
les convaincre de quitter leur groupe de prédilection, ces
« consultants » prétendent donc expliquer à leurs « clients » comment
ils ont perdu leur libre arbitre dans une « secte » en ayant été
exposés à une « réforme de la pensée », alors que, selon les
résultats de travaux scientifiques reconnus, il est impossible de
conclure qu’une telle pratique puisse conduire à une perversion du
libre arbitre.
La manipulation mentale et la sujétion psychologique
Qu’en est-il des concepts de manipulation mentale et de sujétion
psychologique ? Arnaud Esquerré (ibid.)
présente, dans son livre, une analyse des impasses auxquelles
conduisent ces notions :
« (…) Au cœur de la
démarche des parlementaires est visé un certain type de lien entre
les êtres humains, qui est un mode d’organisation et un rapport de
pouvoir. Ce rapport psychique, qu’il soit nommé manipulation mentale
ou sujétion psychologique, est malaisé à décrire. Les bornes en sont
floues, qu’on se mette à considérer celui-là dans sa continuité ou
dans un temps long, ou qu’on l’envisage dans un environnement ouvert,
avec un grand nombre d’êtres humains concernés. En raison de cette
difficulté à situer des frontières, les termes choisis pour fixer la
sujétion psychologique sont eux-mêmes vagues. Aussi l’interprétation
qui est donnée de l’assemblage de ces termes laisse-t-elle une part
importante d’arbitraire à celui qui a la charge de l’énoncer ; elle
pourrait concerner d’autres rapports que les seuls liens entre les
membres d’une « secte ».
Les parlementaires avaient la volonté de condamner une pratique
particulière, qu’ils rattachaient aux « sectes », leur objectif étant
d’interdire celles-ci, mais ils ont fait tout autre chose que de
seulement s’occuper des « sectes » : ils ont créé un état de sujétion
psychologique.
Pour que cette sujétion psychologique, de même que la manipulation
mentale, fonctionne, il faut faire l’impasse sur la définition de la
liberté humaine. L’emploi des termes « mental » et « psychologique »
entraîne de fait une élision de la liberté : leur caractère est tel
qu’il peut permettre à un pouvoir arbitraire de s’exercer. Car la
preuve de l’existence de l’élément psychologique n’existe pas ;
l’existence de cet élément dépend de l’arbitraire des juges qui
appliqueront l’article 223-15-2 du Code pénal.
(…) Une personne en état de sujétion psychologique est une personne
dont la causalité des actes est considérée comme provenant d’une
autre personne. Ce qui est au cœur de l’article 223-15-2 du Code
pénal est la reconnaissance ou non d’un certain type de causalité
reconnue par l’Etat. L’introduction de la sujétion psychologique pose
la question de savoir ce qu’est la liberté d’un sujet : un sujet
« libre » est celui qui a les bonnes soumissions, soumissions
reconnues par l’Etat, du point de vue de celui pour lequel l’Etat est
légitime. Pour un autre point de vue, qui considère que l’Etat prive
de liberté, l’être libre est celui sans Etat
».
Deux conclusions ressortent de ces brefs aperçus sur les notions
de lavage de cerveau, de manipulation mentale et de sujétion
psychologique. Elles ne font l’objet d’aucun consensus dans la
communauté scientifique ; la grande majorité des chercheurs
considèrent ces concepts comme pseudo scientifiques et inapplicables
(en particulier car ils s’avèrent non « réfutables », en référence
aux thèses du philosophe des sciences Karl Popper).
Dans ces conditions, il devrait être logiquement exclu de les
utiliser dans le Code pénal d’un Etat de droit.
La loi About-Picard
C’est pourtant ce qu’a fait l’État français.
La
loi About-Picard votée le 12
juin 2001 a pour objectif, comme le rappelle Arnaud Esquerré,
« d’interdire les « sectes » ». Tous les débats durant l’élaboration
de cette loi ont explicitement visé les groupes ainsi labellisés. Un
certain nombre de parlementaires ont cependant refusé de faire une
loi qui ciblerait une catégorie particulière de personnes, ils ont
donc retiré du corps du texte toute référence aux « sectes » et ont
étendu l'application de la loi à toute personne morale (Voir Patrice
Rolland, ibid.). Néanmoins, le titre de la loi : « Loi
n°2001-504 du 12 juin 2001 tendant à renforcer la prévention et la
répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de
l'homme et aux libertés fondamentales » fait explicitement
référence aux « sectes ». Le titre d’une loi n’est pas applicable, il
est là, dans ce cas, pour rappeler aux magistrats que seuls les
groupes désignés comme « sectes » sont concernés, comme l’a rappelé
oralement Catherine Picard, rapporteur de la loi, lors des débats. Il
va de soi qu’une loi peut être considérée comme non discriminatoire
si et seulement si son texte et ses modalités d’application
respectent cet engagement. Ce n’est pas le cas de la loi About-Picard
qui, même si très peu utilisée, n’est invoquée qu’à l’encontre de
certains groupes désignés arbitrairement comme « sectes ».
L’hypocrisie revendiquée des parlementaires est consternante.
Le sociologue Patrice Rolland (ibid.) fait remarquer qu’une
version initiale de la loi avait prévu d’interdire l’installation
d’une « secte » à moins d’une certaine distance de certains bâtiments
publics (écoles, etc.). Cette mesure revenait purement et simplement
à interdire les « sectes » dans les villes : « C'est
le Sénat qui refusa la mesure mais il le fit non pour des raisons de
principe ou de respect des libertés mais par une prudence toute
pragmatique ». Ce « détail » parmi d’autres permet de mesurer la
phobie antisectes qui règne chez les parlementaires.
Le « délit de manipulation mentale » a été introduit dans la
première version de la loi par Catherine Picard. Toutefois, cette
expression inhabituelle dans notre Droit, objet de nombreuses
critiques, a fait reculer les parlementaires qui sont revenus à un
« délit d’abus de faiblesse ».
Maître Pérollier propose une
analyse des deux textes de ces délits
et montre qu’à quelques différences près, ils sont identiques dans
leur impact sur les groupes visés. De plus, la notion de « sujétion
psychologique », prolongement de la notion de manipulation mentale
comme le montre Arnaud Esquerré (voir plus haut), a été introduite
dans le délit d’abus de faiblesse. Patrice Rolland (ibid.)
arrive aux mêmes conclusions : « Le
texte définitif, qui résulte en particulier de la critique de la
Commission consultative, abandonne l'idée de manipulation mentale
pour la notion d'abus de faiblesse. Mais l'essentiel de la notion
initiale subsiste et on peut penser qu'objectivement l'abandon de la
manipulation mentale reste purement verbal ».
Une autre loi antisectes ?
Pourquoi, dès lors, un acteur antisectes comme Me Daniel Picotin
cherche-t-il à faire voter une autre loi sur la manipulation
mentale ? « Il nous faut un
délit voire un crime de manipulation mentale, (…) pour que la
manipulation mentale soit un vice du consentement » (Café crimes,
25/11/2009, Europe 1). Il ne peut ignorer l’analyse convergente de
nombreux sociologues et avocats.
La raison en est que ceux qui luttent contre les « sectes » sont
confrontés au même problème depuis le début de leur combat. Hormis
quelques apostats qui se retournent contre leur mouvement
après être passés, pour la
majorité d’entre eux, sous les fourches caudines d’une association
antisectes voire d’un consultant en
exit counseling, la plupart
des sortants de « sectes », comme l’ont montré de nombreuses études,
quittent leur mouvement sans heurts. Si l’on additionne ceux qui
restent et ceux qui ont quitté normalement un mouvement, le délit
d’abus de faiblesse, en plus de son caractère arbitraire, ne semble
pas paraître flagrant à de nombreux magistrats. Il existe une seule
jurisprudence de la loi About-Picard dans
l’affaire du Néophare.
L’ancien chef du Bureau des cultes au Ministère de l’Intérieur,
Didier Leschi, interviewé par Arnaud Esquerré (ibid.),
commente à sa façon la traque antisectes : « On
peut contrôler. De toute façon, ce ministère aime le contrôle, par
nature. Si on lui dit qu’il ne contrôle pas assez, il va contrôler
plus. Mais encore faut-il essayer de déterminer ce qu’il faut
contrôler. Que faut-il contrôler ? La République garantit le libre
exercice du culte et en plus le culte doit être public. Je ne sais
pas ce qu’il faut contrôler. On cherche ! Il faut chercher !
L’argument de tous ces gens est de dire : « Si vous ne trouvez pas,
c’est parce que vous ne cherchez pas. Si vous cherchiez, vous
trouveriez ! » C’est ça qu’ils vous disent. Dans toutes les régions
de France, il y a des fonctionnaires des renseignements généraux qui
sont spécialisés dans les sectes, qui produisent de la note blanche…
Notes blanches qui racontent toujours les mêmes trucs… ».
Cette situation ne peut satisfaire les activistes antisectes. Un
élément important a été mis de côté lorsque le délit de manipulation
mentale a été remplacé par le délit d’abus de faiblesse dans la loi
About-Picard : « Le fait qu’un
être humain puisse avoir donné son accord à l’installation d’une
relation d’exploitation désignée en tant que telle par un tiers était
pris en compte par les parlementaires : malgré cet accord, le délit
de manipulation mentale pouvait être identifié. « Contre son gré ou
non » signifiait que la liberté des êtres désignés comme étant
manipulés, quoi qu’ils disent ou fassent, était d’emblée et sans
appel suspendue par d’autres au nom d’un principe supérieur »
(Arnaud Esquerré, ibid.).
Or, lorsque Me Daniel Picotin demande une nouvelle loi contre la
manipulation mentale, il ne fait rien d’autre que réclamer une loi
sanctionnant la perte de libre arbitre. Qu’un individu soit d’accord
pour intégrer et rester au sein d’un groupe ou qu’il se retourne
contre lui après coup, son consentement pourra être déclaré
inopérant ; il y aura « vice du consentement ». Et par là-même le
faible nombre d’apostats pourrait se trouver augmenté du nombre de
tous ceux qui ont fait un choix en conscience mais seront déclarés
manipulés à leur insu. Patrice Rolland (ibid.)
nous rappelle que : « Le
principe, dans des rapports de droit privé ou en droit des libertés,
est que la valeur du consentement de l'adulte ne peut être écartée
que pour des raisons exceptionnelles ». S’agissant des
« sectes », ce principe est balayé dans le cadre de la loi
About-Picard et dans les projets de juristes comme Me Daniel Picotin
qui demande la formalisation juridique du discours globalisant sur la
« « secte » manipulant mentalement ses adeptes », asséné
ad nauseam sur tous les
médias par les acteurs antisectes. Et si cette nouvelle loi met du
temps à venir, prétendre que les outils disponibles ne sont pas
suffisants pourra inciter les magistrats à utiliser au minimum la loi
About-Picard. Le lobbying forcené de Georges Fenech au sein de la
magistrature n’a pas d’autre objectif.
Cacophonie législative et cacophonie des expertises
« François Fillon a accédé
mercredi 25 novembre à une revendication portée depuis des années par
nombre d’associations féministes en annonçant la création d’un délit
de « violences psychologiques au sein du couple » (…). « La création
de ce délit va permettre de prendre en compte les situations les plus
sournoises, ces situations qui ne laissent pas de traces à l’œil nu,
mais qui mutilent l’être intérieur des victimes », a souligné le
locataire de Matignon, qui souhaite un vote du Parlement sur ce sujet
avant l’été 2010 » (La
Croix). Le couple est effectivement un environnement où la
dépendance affective et financière et où des rapports de force et
d’autorité peuvent prendre corps. Par quelle bizarrerie de la psyché
humaine, une « violence psychologique » dans le cas d’un couple se
transformerait en « manipulation mentale » dans une « secte » (dans
la mesure, bien entendu, où un délit réel a été établi) ?
Dans une affaire d’inceste dramatique traitée par la Cour
d’assises de la Corrèze, l’avocat général « s'est appuyé sur le travail de la Mission interministérielle de
vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Chef
charismatique, vérité détenue par la secte, isolement de l'adepte,
exclusion de ceux qui n'adhèrent pas et manipulations mentales à des
fins économiques et sexuelles constituant le socle d'une secte,
l'avocat général a trouvé « une concordance parfaite » avec l'accusé »
(LePopulaire).
Quelle est la pertinence d’invoquer la manipulation mentale et le
phénomène sectaire dans un délit évident et vieux comme le monde ? Ne
devrait-on pas alors engager des poursuites pour manipulation mentale
à l’encontre des Eglises catholiques de France et d'Irlande (et
d'ailleurs) pour manipulations mentales sur les enfants victimes de
pédophilie ?
Dans un article de Mediapart intitulé « L'autopsie
psychologique ou comment se dédouaner grâce aux psychiatres »,
le journaliste écrit : « La
pression est trop forte : l'entreprise ne peut plus seulement plaider
la vie privée de ses salariés pour expliquer les cas de suicide.
Renault et d'autres semblent donc dessiner une nouvelle stratégie :
se référer à une «autopsie psychologique» réalisée par des
psychiatres après la mort, et qui souligne la fragilité des salariés
décédés. La méthode fait scandale dans le monde de la médecine et du
travail ». Quelles justifications permettent d’invoquer la
manipulation mentale dans le cas d’un suicide au sein d’un groupe
considéré comme « secte » (même lorsque la personne décédée a quitté
le groupe depuis longtemps) alors qu’il semble possible de choisir
des experts sachant mettre les problèmes « en perspective »,
« prendre du recul » dans le cas de suicides en série au sein
d’entreprises du CAC40 ?
La cacophonie législative et celle des experts, sur le thème de
la manipulation mentale prétendument utilisée dans les « sectes »,
expriment les errements d’une société désemparée, ignorante, dans ses
fondements et son fonctionnement, d’une connaissance profonde de la
personne humaine et qui veut faire croire de façon pathétique qu’elle
maîtrise cette connaissance lorsqu’il s’agit de réprimer les
personnes aspirant à d’autres choix de vie.
Le silence des commentateurs
Les paroles officielles du gouvernement, à travers notamment le
secrétaire d’Etat à la justice Jean-Marie Bockel, se veulent
rassurantes : « Le dispositif
juridique existant apparaît donc suffisant et il n'est pas envisagé,
en l'état, de mettre en place une législation spécifique relative aux
sectes » (source).
Traduction du double langage officiel, à la lumière de ce qui a été
exposé : « la loi antisectes About-Picard, libellée de façon à donner
le change, mais néanmoins réservée aux « sectes » dans son
application, d’où son titre, est jugée suffisante pour l’instant et
il n’est pas envisagé à l’heure actuelle d’introduire une nouvelle
loi antisectes sur la manipulation mentale ».
Ceux qui se laissent berner par ce type de propos font un mauvais
pari. Un Etat dit de droit, capable de concocter la loi About-Picard,
quitte le domaine du droit pour celui de l’arbitraire et cette pente
est savonneuse. Dans un contexte de politique victimaire et
répressive, calée sur l’événement, le moindre fait divers
adéquatement médiatisé pourra relancer l'hystérie législative contre
les « sectes » et
le label de « secte » peut désormais
s’étendre à tous les domaines de la société.
La France isolée
Lors de nos échanges au sein de l’OSCE, dans le cadre des
journées sur l’implémentation de la
dimension humaine au cours desquelles le CICNS est
intervenu, nous avons pu mesurer l’écart entre la position française
et celle de la plupart des pays d’Europe occidentale. En langage
diplomatique, nos voisins parlent « d’incongruité » de la politique
antisectes française
(voir en particulier l'ouvrage de Nathalie Luca,
Individus et pouvoirs face aux sectes, qui replace cette
politique dans le contexte européen).
Cela n’empêche pas un certain nombre d’officiels français de
vouloir présenter notre pays comme le « Guide » des états
démocratiques dans le domaine de la lutte antisectes (la France
s’accommode également très bien d'une coopération avec des pays plus
discutables sur le plan du respect des droits de l’homme, comme la
Chine). Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la justice, et Georges
Fenech rêvent ainsi d’un Observatoire européen des dérives sectaires
(source).
Le seul « adepte » dont la France peut véritablement se prévaloir
dans le domaine de la lutte antisectes est la Belgique. La France est
donc un « gourou » peu efficace pour diffuser sa doctrine antisectes
et cela devrait faire réfléchir nos gouvernants. Une exposition
claire et sans censure des thèses françaises a permis à nos voisins
européens de se faire une opinion en toute connaissance de cause et
ils ont jusqu’à présent, avec discernement, rejeté la démarche
française. De la même façon, si les minorités spirituelles étaient
étudiées dans le cadre d’une démarche de connaissance au sein d’un
Observatoire indépendant des minorités
spirituelles, le public saurait faire des choix éclairés.
Nous invitons le lecteur à prendre connaissance de notre
critique en dix points de la politique de
lutte antisectes française, présentée à l’OSCE.
Le CICNS a demandé au panel d'experts et de conseillers, l’ "Advisory
Council" de l'ODIHR (en charge, au sein de l’OSCE, de produire des
Lignes Directrices ou « Guidelines » pour le respect, dans les
différentes législations, de la liberté de pensée, de conscience, de
religion et de croyance), d’inclure une clause dans les Lignes
Directrices, demandant que les Etats s'abstiennent d'utiliser des
notions pseudo-scientifiques pour discréditer les minorités, en
particulier dans des lois comme la loi About-Picard. La réponse du
panel a été positive et cette clause sera étudiée.
La lutte antisectes, un point noir de notre identité nationale
Le thème des sectes est récurrent en France (voir par exemple
l’ouvrage d’Arnaud Esquerré,
ibid.). La capacité des pouvoirs publics (exécutif et
législatif), des médias et de l’opinion publique à s’en saisir et à
le transformer en psychose nationale mérite réflexion. Dans sa
version moderne, excessive, violente, discriminatoire, stupide, la
lutte antisectes exprime la difficulté historique de notre pays à
accepter la diversité religieuse et spirituelle, au nom, aujourd’hui,
d’une version exacerbée, sacralisée et donc intolérante de la
laïcité.
Le débat actuel sur notre identité nationale, lancé par Nicolas
Sarkozy et son Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de
l’Identité nationale et du Développement solidaire, Eric Besson,
cherche à définir ce qui nous unit (nous choisissons d’ignorer les
possibles intentions politiciennes sous-jacentes). Cette définition
ne peut pas faire l’impasse sur une analyse sans concession de ce qui
nous désunit, pour tenter, à travers cette démarche d’honnêteté
intellectuelle, d’en vider la substance. Le réflexe antisectes est
une composante de notre identité nationale qui nous désunit, un point
noir de cette identité. Un débat sur l’identité nationale qui fera
l'impasse sur les dérives de la politique antisectes française fera
l’impasse sur des forces qui minent notre « vivre ensemble ». |
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