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Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans

Janvier 2006

Appel en réponse à l'expertise INSERM sur le trouble des conduites chez l'enfant

Le gouvernement prépare actuellement un plan de prévention de la délinquance qui prône notamment une détection très précoce des " troubles comportementaux " chez l'enfant, censés annoncer un parcours vers la délinquance. Dans ce contexte la récente expertise de l'INSERM, qui préconise le dépistage du " trouble des conduites " chez l'enfant dès le plus jeune âge, prend un relief tout particulier.

Les professionnels sont invités à repérer des facteurs de risque prénataux et périnataux, génétiques, environnementaux et liés au tempérament et à la personnalité. Pour exemple sont évoqués à propos de jeunes enfants " des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme " et la notion " d'héritabilité (génétique) du trouble des conduites ". Le rapport insiste sur le dépistage à 36 mois des signes suivants : " indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impulsivité, indice de moralité bas ", etc. Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes ou les babilleurs mythomanes ?

Devant ces symptômes, les enfants dépistés seraient soumis à une batterie de tests élaborés sur la base des théories de neuropsychologie comportementaliste qui permettent de repérer toute déviance à une norme établie selon les critères de la littérature scientifique anglo-saxonne. Avec une telle approche déterministe et suivant un implacable principe de linéarité, le moindre geste, les premières bêtises d'enfant risquent d'être interprétés comme l'expression d'une personnalité pathologique qu'il conviendrait de neutraliser au plus vite par une série de mesures associant rééducation et psychothérapie. A partir de six ans, l'administration de médicaments, psychostimulants et thymorégulateurs devrait permettre de venir à bout des plus récalcitrants. L'application de ces recommandations n'engendrera-t-elle pas un formatage des comportements des enfants, n'induira-t-elle pas une forme de toxicomanie infantile, sans parler de l'encombrement des structures de soin chargées de traiter toutes les sociopathies ? L'expertise de l'INSERM, en médicalisant à l'extrême des phénomènes d'ordre éducatif, psychologique et social, entretient la confusion entre malaise social et souffrance psychique, voire maladie héréditaire.

En stigmatisant comme pathologique toute manifestation vive d'opposition inhérente au développement psychique de l'enfant, en isolant les symptômes de leur signification dans le parcours de chacun, en les considérant comme facteurs prédictifs de délinquance, l'abord du développement singulier de l'être humain est nié et la pensée soignante robotisée.

Au contraire, plutôt que de tenter le dressage ou le rabotage des comportements, il convient de reconnaître la souffrance psychique de certains enfants à travers leur subjectivité naissante et de leur permettre de bénéficier d'une palette thérapeutique la plus variée.

Pour autant, tous les enfants n'en relèvent pas et les réponses aux problèmes de comportement se situent bien souvent dans le domaine éducatif, pédagogique ou social.

Cette expertise INSERM intervient précisément au moment où plusieurs rapports sont rendus publics au sujet de la prévention de la délinquance. On y lit notamment des propositions visant à dépister dès les trois premières années de leur vie les enfants dont l'" instabilité émotionnelle (impulsivité, intolérance aux frustrations, non maîtrise de notre langue) (va) engendrer cette violence et venir alimenter les faits de délinquance ". On assiste dès lors, sous couvert de " caution scientifique ", à la tentative d'instrumentalisation des pratiques de soins dans le champ pédopsychiatrique à des fins de sécurité et d'ordre public. Le risque de dérive est patent : la détection systématique d'enfants " agités " dans les crèches, les écoles maternelles, au prétexte d'endiguer leur délinquance future, pourrait transformer ces établissements de lieux d'accueil ou d'éducation en lieux de traque aux yeux des parents, mettant en péril leur vocation sociale et le concept-même de prévention.

Professionnels, parents, citoyens, dans le champ de la santé, de l'enfance, de l'éducation, etc. :

- Nous nous élevons contre les risques de dérives des pratiques de soins, notamment psychiques, vers des fins normatives et de contrôle social.

- Nous refusons la médicalisation ou la psychiatrisation de toute manifestation de mal-être social.

- Nous nous engageons à préserver dans nos pratiques professionnelles et sociales la pluralité des approches dans les domaines médical, psychologique, social, éducatif… vis-à-vis des difficultés des enfants en prenant en compte la singularité de chacun au sein de son environnement.

- Nous en appelons à un débat démocratique sur la prévention, la protection et les soins prodigués aux enfants, dans un esprit de clarté quant aux fonctions des divers acteurs du champ social (santé, éducation, justice…) et quant aux interrelations entre ces acteurs.

Contact : contact@pasde0deconduite.ras.eu.org

http://www.pasde0deconduite.ras.eu.org/index.php


Le dépistage précoce des délinquants provoque un tollé

PARIS, 6 mars (AFP) - Des enseignants, éducateurs et psychologues scolaires "ne veulent pas devenir des auxiliaires de police" et crient au "scandale" depuis qu'une étude de l'Inserm préconise un dépistage dès 3 ans des troubles de conduite, idée "reprise" par Nicolas Sarkozy dans sa lutte contre la délinquance.

Une étude de l'Institut national de recherche médicale (Inserm) intitulée "Trouble des conduites chez l'enfant et l'adolescent" recommande notamment un dépistage précoce des troubles de conduites chez l'enfant.

Elle a inspiré Nicolas Sarkozy qui a inclus ces théories dans son plan de lutte contre la délinquance et souhaite "un suivi comportemental de l'enfant quasi systématique", avec la création d'un "carnet de suivi comportemental".

"Il ne s'agit pas de ficher les jeunes", mais de "leur donner plus de chances d'être pris en charge", avait affirmé le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy en présentant ses propositions à Montbéliard le 26 janvier.

Le rapport préconise de "sensibiliser les familles, les enseignants et le public en général à la reconnaissance des symptômes précoces du trouble de conduites", à savoir les agressions physiques, mensonges ou vols d'objets très fréquents "et perdurant au-delà de l'âge de 4 ans".

Il recommande un examen de santé vers 36 mois, pour faire un "premier repérage" afin de "mettre en place une intervention à titre de prévention" : "formation parentale", psychothérapie, médicaments.

L'étude de l'Inserm a provoqué un tollé et une pétition aujourd'hui signée par plus de 46 000 enseignants, éducateurs, psychologues et autres professionnels de l'enfance, qui s'indignent des termes utilisés par le rapport à propos des enfants "difficiles": "indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, indice de moralité bas".

Les signataires ironisent : "Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes ?"

"Il est très dangereux de mettre une étiquette à un enfant de trois ans et figer un comportement qui pourrait être passager, c'est un vrai scandale. La façon dont on évalue un enfant relève beaucoup du seuil de tolérance d'un adulte", estime à son tour Suzanne Guillard, vice-présidente de l'association française des psychologues scolaires.

Etiqueter un enfant "futur délinquant" choque beaucoup les éducateurs, qui voient dans cette pensée un "déterminisme", un "comportentalisme" de la délinquance et une "médicalisation" de la petite enfance.

"Un enfant de trois ans peut très bien être un petit diable et devenir très sage à l'adolescence et inversement!", dit Brigitte Le Chevert, secrétaire générale du syndicat FSU des infirmières scolaires (Snics).

Pour le président de la FCPE, principale fédération de parents d'élèves, Georges Dupon-Lahitte, "nous sommes actuellement dans un courant de pensée qui fait le lien entre les difficultés sociales des enfants et la délinquance et où le dépistage devient un flicage".

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