Le drame de Saint-Paul, à l'île MauricePlus l'enquête progresse sur le drame de St Paul, à l'Ile Maurice, et plus la thèse avancée au départ de l'implication d'une secte internationale dans cette affaire se révèle farfelue. Pourtant le mal est fait, et le mouvement spirituel incriminé mettra longtemps à se laver de cet amalgame insidieux, s'il y parvient jamais. Dès les premiers jours, le sort en est jeté... Suivons l'évolution des faits : Le 30 août 2004 La maison de l'horreur fait frémir l'île Maurice Clicanoo, 30 août 2004 Dix cadavres en état de décomposition ont été découverts vendredi dernier dans une maison de Phœnix (centre de Maurice). Selon la police, la mort de ces six femmes, trois hommes et un enfant remonte à près d'une semaine. Neuf des corps - deux hommes, quatre femmes et trois adolescents - ont été identifiés. Le dernier corps est celui d'un homme d'une cinquantaine d'années. Les cadavres ont été découverts par la police, quasiment par hasard, alors que des enquêteurs étaient à la recherche d'une personne portée disparue depuis plusieurs jours. Ayant appris que cette dernière, Rajesh Dhayam, entretenait une liaison amoureuse avec Crithika Nunkumar (née Mawooa), ils se sont rendus au domicile de cette dernière, où ils ont trouvé un spectacle d'horreur. UNE LETTRE ÉVOQUE UN SUICIDE COLLECTIF Un cadavre gisait dans le salon, deux autres dans deux pièces différentes. À l'étage, quatre corps, dont celui d'un enfant âgé de 11 ans, étaient dans une chambre fermée de l'extérieur avec un cadenas neuf. Même vision d'horreur dans une pièce attenante, également bloquée de l'extérieur : trois cadavres sont sur un matelas, dont Rajesh Dhayam et Crithika, sa maîtresse. La cause de leur décès reste mystérieuse, mais une lettre d'une quinzaine de pages signée par Crithika Mawooa pourrait en partie élucider la tragédie. Elle évoque un suicide collectif. La présence de cyanure dans les corps - confirmée officiellement hier - renforce cette piste, mais les enquêteurs restent prudents tant les zones d'ombre demeurent importantes dans cette affaire. Dans cette lettre manuscrite - qui reste à authentifier -, Crithika parle de ses déboires, de ses déceptions, de ses rêves. "Elle dit qu'elle va vers un monde nouveau où il y a moins de souffrance et qu'elle emmène neuf personnes avec elle, avec leur accord", a confié un enquêteur. D'autres pistes ne sont pas à négliger. S'agit-il d'un crime passionnel ? Crithika vivait séparée de son époux tout comme Rajesh, son amant. Une autre victime, Maya Jhowry, amie de Crithika, a pour sa part fui le domicile conjugal. Que faisait-elle avec ses enfants chez la famille Mawooa ? Leur présence intrigue la police, de même que celle de l'homme non encore identifié. A-t-on affaire à une secte ? Des livres religieux ont été trouvés à côté de certains cadavres. Crithika était adepte de spiritisme et de méditation, et elle organisait des séances de prières spéciales à son domicile. Quelque chose ne tournait visiblement pas rond dans la tête de cette femme. Déprimée par ses déboires conjugaux et sentimentaux, elle a peut-être décidé qu'elle devait mettre un terme à son existence et à celle des personnes demeurant avec elle. Autre mystère : selon les constatations des enquêteurs, les victimes ne seraient pas toutes mortes le même jour. Dès lors, comment l'enchaînement des faits s'est-il déroulé ? Les victimes - Rajesh Dhayam, 49 ans, avait une liaison amoureuse avec Crithika Mawooa. Avant qu'il ne soit porté manquant, des témoins affirment l'avoir vu avec sa bien-aimée à bord d'une voiture de location dans la région de Flic-en-Flac ou sans doute il louait un campement. - Crithika Mawooa, 37 ans, esthéticienne au Méridien. Elle dirigeait la maisonnée avec sa mère. Séparée de son mari depuis trois ans, mais le couple battait de l'aile depuis leur mariage il y a une quinzaine d'années. - Maya Jhowry, 40 ans, amie de Crithika. Elle a abandonné le domicile conjugal en juillet dernier avec ses deux enfants, Bhavesh et de Khesha. Fidèle de Hare Rama Hare Krishna, elle a quitté son mari après 19 ans de mariage, après de fréquentes disputes. - Coontee Mawooa, 69 ans, mère de Crithika. Elle était devenue récemment une fervente adepte de séances de méditation et de prières "spéciales". Également un membre influent de l'Arya Samaj. De mauvaises langues prétendent qu'elle s'adonnait à la magie noire. - Ravi Mawooa, 36 ans, frère de Crithika. Allait être père dans quatre mois. Sa femme n'habite pas chez les Mawooa, mais chez ses parents. - Devesh Nunkumar, 11 ans. Fils unique de Crithika et d'Ashok Nunkumar, il est venu vivre avec sa mère depuis leur séparation définitive il y a trois ans. - Chinta Mawooa, 30 ans, soeur de Crithika. L'artiste de la famille (peinture, design graphique). Pas de relation amoureuse connue, menait une vie de célibataire endurcie. - X, la cinquantaine. Jusqu'à hier, personne ne s'est présenté pour l'identifier et il ne figure pas non plus au fichier des personnes manquantes. (Lire les commentaires de cet article dans "Le drame de St Paul - Le dérapage vers la thèse de la secte internationale") De l'amalgame dans toute sa hideuse splendeur...
31 août 2004 Drame de St.-Paul : l'enquête s'oriente vers la secte Eckankar Deux médaillons portant le sigle EK se trouvent sur les cadavres de Crithika Mawooa et de Rajesh Dhayam. Ces indices ont conduit les enquêteurs à l'hypothèse selon laquelle la secte Eckankar serait derrière la mort de dix personnes à Béchard Lane, St.-Paul. Le Forensic Science Laboratory (FSL) a de son côté confirmé hier que les victimes sont mortes à la suite d'un empoisonnement au cyanure. L'express, dans son édition de samedi, en avait déjà fait état. Les enquêteurs s'attellent ainsi à rechercher plus de détails sur le fonctionnement et les rituels de la secte Eckankar. Ils cherchent également à établir l'identité des principaux dirigeants. Un homme, soupçonné d'avoir assisté à plusieurs reprises à des rassemblements de cette secte subit actuellement un interrogatoire serré. Entre-temps, de nombreux indices recueillis par les enquêteurs sur les lieux du drame tendent vers la thèse de la secte. Notamment la découverte, au domicile des Mawooa à St.-Paul, d'une lettre de Maya Jhowry, l'une des victimes, adressée à Crithika Mawooa. Datée du mois de juin, la correspondance évoque l'admiration et le total dévouement de Maya à son "gourou". De nombreux témoignages recueillis démontrent en outre que Crithika évoquait sans cesse " la spiritualité et la philosophie de la vie" avec des membres de sa famille. " Elle se perdait fréquemment dans des débats interminables sur les différentes religions mais se livrait à ses propres interprétations", affirme Vinod Mawooa, cousin de Crithika. Il ajoute que cette dernière s'exprimait de manière "inhabituelle" et que "l'influence dont elle faisait l'objet se voyait rien qu'à la façon dont elle s'exprimait". Dans une lettre de quatorze pages retrouvée à côté de son cadavre, Crithika fait part de ses désillusions et de sa détresse extrême par rapport à sa vie. Elle mentionne les noms d'une dizaine de personnes qui auraient refusé de lui accorder de l'aide. Parmi ces derniers, des casseurs qui auraient refusé de lui prêter de l'argent. Selon une hypothèse des enquêteurs, le "maître de cérémonie" aurait fait croire aux autres victimes qu'il leur fallait ingurgiter de l'eau pour purifier leur corps et leur âme afin de retrouver la paix et le bonheur. Mais, au bout du rituel, la mort qui les attendait. Car leurs verres d'eau contenaient une certaine dose de cyanure, suffisant pour provoquer une mort quasi instantanée. Le maître de cérémonie se serait ensuite donné la mort comme il l'avait programmé à l'avance. L'autopsie, pratiquée dans la journée de samedi, a révélé que le cadavre de Crithika Mawooa était dans un état moins avancé de décomposition que ceux des autres victimes. Ce qui laisse donc penser que cette dernière serait morte en dernier. L'enquête policière est menée par la Criminal Investigation Division de Phoenix, dirigée par le surintendant de police, Anand Ramchandar. La Major Crime Investigation Team (MCIT) avec à sa tête, le surintendant de police, Clifford Parsad s'est aussi jointe aux investigations. La police a également informé les familles des victimes qu'elle objecte à l'inhumation des corps. La raison : un nouvel élément pourrait surgir au cours de l'enquête. "Nous devrons donc enterrer Rajesh dès que nous serons autorisés à récupérer son corps", explique Jayprakash Dhayam, frère de la victime. La Corporation nationale de transport (CNT) a de son côté consigné dans la journée d'hier une déposition à la police. Elle voudrait récupérer un véhicule de la marque Toyota appartenant à son ancien directeur général adjoint, Rajesh Dhayam. Ce dernier s'était joint à la CNT en octobre dernier avant d'être employé comme Administrative assistant au Mahatma Gandhi Institute (MGI). Il avait été licencié en mars dernier à la suite de rapports défavorables sur son emploi du temps. Des cadres de cet organisme avaient émis des critiques concernant ses compétences et sur l'absence de garantie pour un prêt bancaire de plus de Rs 350 000. Le prêt a été utilisé pour l'achat d'une voiture de couleur gris métallisé. La CNT a entré une action en Cour suprême pour réclamer un ordre de saisie du véhicule qui reste pour l'instant introuvable. IDENTIFICATION Hervé Janvier, le 10e cadavre ¦ Il était porté disparu depuis le 20 novembre 2002. Et Hervé Janvier, 49 ans, a finalement été identifié hier comme étant le dixième cadavre retrouvé vendredi d'une des deux chambres situées au rez-de-chaussée dans une maison à Béchard Lane, St-Paul. La victime résidait aux Flats Bhunjun, Quatre-Bornes. Elle était connue dans le milieu des courtiers des environs du bâtiment Emmanuel Anquetil à Port-Louis. Son nom a été cité dans le cadre de l'enquête de l' Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) dans l'affaire Vinay Deelchand. Le jour de sa disparition, il aurait été en possession de plusieurs documents et disquettes concernant la vente des terres. Hervé Janvier était par ailleurs recherché par le Central Criminal Investigation Departement pour une affaire de fausse carte d'identité. RITES ET RITUELS Eckankar, classée secte "dangereuse" en France ¦ Eckankar dont le siège se situe dans le Minnesota, aux Etats-Unis, a quelque 50 000 adeptes répartis dans 100 pays dont Maurice. Des ex-disciples racontent sur des sites Internet que ceux qui ont tenté de s'éloigner "du maître" ont perdu leur statut spirituel et doivent recommencer leur "journée" dans les plantes, les animaux ou les boissons minérales telles que l'eau, un agent purificateur. La crainte est telle chez certaines personnes qui croient avoir trahi leur "maître" souffrent d'une forme de dépression qui les pousse au suicide. La dépression peut durer des années et pour s'en sortir nombreux de ces ex-adeptes ont eu recours à des psychologues. Comme dans le bouddhisme et l'hindouisme, le karma est un facteur clé pour l'adepte d'Eckankar. Selon les détracteurs, la secte aux Etats-Unis aurait des rituels assez proches ceux de l'église de Scientologie, aussi classée secte "dangereuse" en France. L'argent alimentant la caisse de la secte Eckankar provient des ventes de cassettes, vidéos, livres de méditations, entre autres. Entre démence et foi aveugle Mourir pour une cause. L'histoire des hommes abonde en récits de tels "dons ultimes" de soi, tantôt glorifiés comme gestes de bravoure, tantôt décriés comme actes de démence. Tout dépend de la cause. Mais quand la raison de se tuer n'est que la volonté de croire en un idéal de fraternité et de partage, en un dieu, mourir semble moins héroïque. Pourtant, les gens ont toujours éprouvé le besoin de croire, au risque de se livrer à quelque messie autoproclamé et suicidaire. L'histoire en est souillée d'exemples. D'octobre 1994 à mars 1997, une série de massacres où disparaissanent 74 adeptes de l'Ordre du Temple solaire, secte créée dix ans plus tôt par Luc Jouret. Ce médecin belge, spécialisé en homéopathie, adepte de l'ésotérisme et de l'occultisme, est inspiré du Suisse Joseph Di Mambro, ancien patron horloger et fondateur d'un mouvement ésotérique en 1974, la "Fondation Golden Way". L'Ordre du Temple solaire se fonde sur l'avenir précaire de la Terre. Il se donne pour mission de réunir une élite spirituelle et de la préparer à survivre à l'Apocalypse. Les membres, quelque 350 au total, sont recrutés parmi les nantis et professionnellement bien établis en France, au Canada et en Australie. Ils sont complètement assujettis à Di Mambro et Jouret et mettent des fortunes au service du mouvement. Mais avec le temps, l'autorité des deux gourous est fragilisée. Pris de paranoïa et s'estimant menacés par les adeptes et les autorités policières et fiscales, ils décident de précéder l'Apocalypse en supprimant tout le produit de leurs œuvres. "La vie terrestre est fondamentalement corrompue par le mal. La civilisation est condamnée. L'Apocalypse approche et seule une minorité d'élus, choisis pour leur niveau au-dessus des hommes seront sauvés : ils quitteront leurs corps, ces conteneurs temporaires de l'âme, embarqueront dans un ovni, et seront réincarnés dans une autre planète." Paroles du couple fondateur de la secte de la Porte du Paradis. Le 26 mars 1997, ce mouvement fait 39 victimes à Santa Fé, en Californie. Les adeptes se sont tués au phénobarbital. Ce n'étaient pas des marginaux mais des gens souriants, réputés équilibrés. Ils habitaient dans des villas luxueuses et s'occupaient de la création de sites Internet. Le Web leur servait aussi d'outil de prosélytisme. La secte de la Porte du Paradis est fondée par Marshall Applewhite, homme profondément catholique et passionné de musique qui vivait mal son homosexualité. Bonnie Lu Nettles, une infirmière qu'il rencontre lors d'un passage dans un hôpital psychiatrique, est son premier acolyte. L'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo à une heure de pointe en 1995 fait 12 morts et 5 500 blessés, plus ou moins graves. Ce bilan donne la mesure de la menace qui a pesé sur tout le Japon à un moment. Une menace nommée Aum Shinri Kyo. La secte est créée en 1987 par un malvoyant mégalomane, Chiuzo Matsumoto, alias Shoko Asahara, qui s'autoproclame héritier spirituel du Bouddha et du Christ. La doctrine est plutôt hétéroclite : culte du dieu hindouiste de la destruction, Shiva, l'occultisme, vénérant entre autres, Hitler… Le gourou est surtout obsédé par l'idée de conspirations occidentales contre le Japon. La secte réunit quelque 10 000 adeptes. Elle infiltre les sphères du pouvoir politique, militaire et administratif japonais. Elle investit des laboratoires high-tech et s'entoure de scientifiques et de techniciens doués. D'avocats aussi. Après l'attentat du métro, les autorités japonaises agissent contre la secte. Les enquêtes exposent un projet d'annihilation. Et la secte avait réuni suffisamment de produits chimiques pour tuer 6 millions de personnes. Avant l'arrestation de ses dirigeants et sa dissolution par les autorités japonaises, Aum Shinri Kyo brandissait la menace nucléaire. Elle avait une forte pénétration dans l'administration et l'armée russe et venait d'acheter un champ uranifère en Australie. Printemps 1993, Waco, Texas. Une ferme, érigée en forteresse où se réfugient les disciples de David Koresh, jeune Américain qui se prend pour Jésus-Christ, explose. Bilan : 72 morts. Le groupe des Davidiens de Waco, une dissidence adventiste, est créé en 1935. David Koresh, jeune adventiste préférant la guitare et la Bible à l'école, s'y joint alors que la secte existe à peine. Il finit par en devenir le maître absolu. Avec ses disciples, il se prépare lui aussi à survivre à la fin du monde. Ils fortifient la vieille ferme où la secte a élu domicile, aménagent un bunker et réunissent un véritable arsenal. Alertées, les autorités fédérales vont perquisitionner. Elles sont accueillies par une salve de feu. Débute alors une guerre des nerfs qui durent 52 jours. Les autorités misent sur l'instinct de survie des mamans se trouvant à Waco et ont ordonné une attaque au gaz lacrymogène. Mais c'était sans compter l'ampleur de l'endoctrinement subi par les adeptes. L'arsenal rassemblé par les Davidiens prend feu. Accident ? Acte suicidaire ? Seules neuf personnes arrivent à s'échapper de l'énorme brasier. Novembre 1978. L'Amérique se prépare à fêter Thanksgiving quand la nouvelle tombe : un député à la Chambre des représentants, deux journalistes, dont un de la grande chaîne de Télé CBS et un photographe, viennent d'être tués sur un aérodrome de brousse de la Guyane anglaise. Les meurtriers seraient des membres d'une secte californienne, le Temple du Peuple. La secte a installé une colonie au milieu de la jungle équatoriale, connue comme Jonestown, du nom du fondateur du mouvement, le révérend Jim Jones. Plus de 1 000 hommes, femmes, enfants et vieillards y vivotent. Sitôt après le meurtre du député et des journalistes venus se renseigner sur la situation réelle à Jonestown, il y a au camp un suicide collectif, par empoisonnement : 914 en définitive. Shyama SOONDUR Bernard SAMINADEN Guillaume GOUGES
Et pour ajouter un peu de poids à cette thèse préfabriquée, quelques petits ingrédients qui ont fait leurs preuves...
1 septembre 2004
L'enquête sur la "maison de l'horreur", où dix cadavres ont été retrouvés par la police mauricienne vendredi dernier, s'oriente désormais sur la piste d'une secte américaine, Eckankar, à laquelle pourraient avoir appartenu plusieurs des victimes. Si les décès sont bien dûs à un empoisonnement au cyanure, les policiers doutent en revanche du suicide collectif. Le "gourou", Crithika Mawooa, aurait pu les entraîner -tous ou partie- dans la mort à leur insu. Maison de l'horreur à Maurice : L'enquête sur la piste d'une secte américaine Le laboratoire scientifique mauricien a confirmé que les victimes retrouvées dans la "maison de l'horreur" étaient bien mortes à la suite d'un empoisonnement au cyanure. En revanche, le "suicide collectif" est désormais plus que douteux. Selon une hypothèse des enquêteurs, cette tuerie aurait pu avoir pour prétexte une "cérémonie". Crithika Mawooa aurait fait croire aux autres victimes qu'il leur fallait ingurgiter de l'eau pour purifier leur corps et leur âme afin de retrouver la paix et le bonheur. Mais leurs verres d'eau contenaient une dose de cyanure suffisante pour provoquer une mort quasi instantanée. Crithika se serait ensuite donnée la mort, comme programmé à l'avance. L'autopsie a révélé que le cadavre de Crithika était dans un état moins avancé de décomposition que celui des autres victimes. Ce qui laisse penser que cette dernière serait morte en dernier. Des indices recueillis sur les lieux tendent désormais à accréditer la thèse de la secte. Notamment la découverte, au domicile des Mawooa, d'une lettre de Maya Jhowry, l'une des victimes, adressée à son amie Crithika. Datée de juin, la correspondance évoque l'admiration et le total dévouement de Maya à son "gourou". 50 000 ADEPTES DANS LE MONDE De nombreux témoignages démontrent en outre que Crithika Mawooa évoquait sans cesse "la spiritualité et la philosophie de la vie" avec des membres de sa famille. "Elle se perdait fréquemment dans des débats interminables sur les différentes religions, mais se livrait à ses propres interprétations", a affirmé un cousin de Crithika. Cette secte pourrait être Eckankar, un mouvement sectaire américain. Ainsi, Rajesh Dhayam et Crithika Mawooa portaient tous deux des médaillons avec le sigle EK. Le siège de cette secte se situe dans le Minnesota (États-Unis). Elle recense quelque 50 000 adeptes répartis dans cent pays. Comme dans le bouddhisme et l'hindouisme, le karma est un facteur clé pour l'adepte d'Eckankar. Selon ses détracteurs, la secte aurait des rituels assez proches de ceux de l'église de scientologie, également classée secte "dangereuse" en France. Les enquêteurs s'attellent à rechercher plus de détails sur le fonctionnement et les rituels d'Eckankar. Ils cherchent également à établir l'identité des principaux dirigeants. Un homme, soupçonné d'avoir assisté à plusieurs reprises à des rassemblements de cette secte, est actuellement interrogé. (L'Express de Maurice) Mais ne voilà-t-il pas que l'enquête semble prendre une toute autre tournure... et que nos fins limiers de l'anti-sectarisme se trouvent relégués en fin d'article, histoire de ne pas se faire oublier trop vite... Drame de St-Paul : la police sur la piste du chèque introuvable L'Express (Port Louis) 2 Septembre 2004 Guillaume Gouges And Bernard Saminaden, Port Louis Le MGI aurait donné le chèque à Rajesh Dhayam pour l'achat d'une voiture hors taxes. Encaissé ou pas ? Le chèque de Rs 360 000 que Rajesh Dhayam, l'une des dix victimes du drame de St.-Paul, aurait eu en sa possession le jour de sa disparition, pourrait aider les enquêteurs à voir plus clair dans cette affaire. Ils se rendront aujourd'hui au Mahatma Gandhi Institute (MGI), qui a émis ce chèque à l'ordre de son Administrative Assistant, pour des vérifications. En effet, si le chèque a bien été encaissé, l'institution devrait avoir été informée par la banque que le montant a été prélevé de son compte. Les enquêteurs chargés de l'affaire, les hommes du surintendant de police Anand Ramchandar de la Criminal Investigation Division (CID) s'intéresseront durant les prochains jours au milieu professionnel de Rajesh Dhayam. Ils sont épaulés par les officiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT), menés par le surintendant de police Clifford Parsad. Déposition de la CNT Rajesh Dhayam était porté disparu depuis le 6 août. Son corps a été retrouvé au domicile des Mawooa à St.-Paul, Phoenix, parmi neuf autres cadavres. En revanche, pas de trace du chèque. Rajesh Dhayam l'aurait obtenu de la direction du MGI pour l'acquisition d'une voiture hors taxes, comme le prévoyait son contrat de travail. De son côté, la Corporation nationale de transport (CNT), ancien employeur de Rajesh Dhayam, a, dans la journée de lundi, consigné une déposition à la police, expliquant qu'elle souhaitait récupérer le véhicule de son ancien directeur général adjoint. Ce dernier avait intégré la CNT en octobre 2003 avant d'être employé comme Administrative Assistant au MGI. Corruption et Criminalité Il avait été licencié de la CNT au mois de mars de cette année à la suite de critiques émises par des cadres de cet organisme concernant ses compétences et sur l'absence de garantie pour un prêt bancaire de plus de Rs 360 000 pour l'achat d'une voiture. La CNT a de plus entré une action en Cour suprême pour réclamer un ordre de saisie du véhicule qui demeure toujours introuvable. Par ailleurs, plusieurs membres de la secte Eckankar ont été interrogés par la police sur leurs rituels ainsi que sur leurs liens avec les dix personnes retrouvées mortes à St-Paul. http://fr.allafrica.com/stories/200409020741.html 6 septembre 2004 Deux arrestations relancent l'enquête Le mystère plane toujours sur le drame survenu au domicile des Mawooa à Béchard lane, St.-Paul, Phoenix. L'enquête semble cependant avancer avec l'arrestation de deux personnes, dont le policier Bhupendra Auckraj et Jeetendra Janghee, alias Carol, vendredi. Depuis que dix cadavres ont été découverts à la suite d'un empoisonnement au cyanure, le vendredi 27 juillet, une équipe de l'Anti-Drug & Smuggling Unit (Adsu), menée par l'inspecteur Hector Tuyau, tente d'établir s'il existe un quelconque lien entre des transactions illégales foncières dans cette affaire et le notaire Vinay Deelchand. L'équipe s'interroge également sur le nom de la dixième victime, identifiée dans un premier temps comme Hervé Janvier. Pour autant, le lien entre les allégations des deux suspects arrêtés et le drame de St.-Paul n'est pas clair. Ces nouveaux éléments ont fait surface à la suite d'informations obtenues du quartier général de l'Adsu par les hommes de l'inspecteur Tuyau. Une enquête discrète a débuté au début de la semaine dernière. Franck Marion, un courtier de Mangue-Vert-Doux, Bambous, a été interrogé. Des procurations ont, en effet, été découvertes dans la maison de St.-Paul. Ces documents, signés par Franck Marion, donnent les droits légaux à Rajesh Dhayam, une de dix victimes de St.-Paul, d'effectuer des recherches sur des terres à Médine, qui appartiendraient à ses proches. Rajesh Dhayam, 49 ans, cadre au Mahatma Gandhi Institute, était porté manquant depuis le 6 août. Cet habitant de Solférino,Vacoas, avait encaissé un chèque de Rs 386 000 au mois de juin. Cet argent qui est introuvable était destiné à l'achat d'un véhicule hors-taxes. Plusieurs documents saisis Enquête et filature dûment menées conduisent les enquêteurs dans un bungalow, à Flic-en-Flac vendredi. En début de soirée, les hommes de l'inspecteur Tuyau donnent l'assaut. Le constable Auckraj, 37 ans, affecté au poste de police de Moka, est arrêté. Jeetendra Janghee, recherché pour des délits d'escroquerie et de vol, est aussi appréhendé. Ce sans domicile fixe de 44 ans est hébergé par le policier dans ce bungalow appartenant à un de ses proches se trouvant en Angleterre. Un raid effectué au domicile du policier Auckraj à Camp-Thorel, samedi, permet la saisie de plusieurs documents. Le constable Auckraj et Jeetendra Janghee, comparaissent devant tribunal de Bambous ce matin. Les enquêteurs soupçonnent qu'Hervé Janvier, courtier de 49 ans qui habitait aux Flats Bhunjun, à Quatre-Bornes, avait aussi été hébergé en ce lieu et qu'il serait vivant. Il est porté manquant depuis novembre 2002 et était recherché par la police pour escroquerie. Son nom a été cité dans le cadre de l'enquête autour de l'affaire Deelchand. Marie-Josée Janvier a identifié le dixième cadavre découvert à St.-Paul comme étant celui de son époux, lundi dernier. Elle s'est basée sur les bagues et la montre retrouvées sur le cadavre, vu l'état avancé de décomposition. Les hommes de l'Adsu soupçonnent toutefois une mise en scène visant à faire croire à sa mort. D'autre accusations provisoires pourraient être disposées contre lui, après examen des documents découverts chez le constable Auckraj. S'il s'avère juste qu'Hervé Janvier est toujours vivant, les hommes du surintendant de police Anand Ramchandar, de la Criminal Investigation Division (CID) de Phoenix, auront fort à faire pour lever le voile sur le mystère de la dixième victime. Ils devront aussi tâcher de soutenir la thèse d'empoisonnement au cyanure. La CID de Phoenix se penchait jusque-là sur la thèse selon laquelle Crithika Nunkomar, née Mawooa, l'une des dix victimes et adepte de la secte Eckankar, serait le cerveau de l'affaire. Une hypothèse soutenue par une lettre laissée par Crithika, faisant croire au suicide. Le fils de Crithika, Devesh, faisait partie des victimes ainsi que sa mère, Kunti, son frère, Ravi, et sa sœur Chinta. Les corps de Maya Jhowry, de Montagne-Longue, sa fille Khesa et son fils Bhavish, ont aussi été retrouvés. 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