Menu

CSRM (Canada) : Centre Spiritualités et Religions de Montréal

L'actualité des spiritualités et des religions : un défi de tous les jours

Une Lettre de la directrice du Centre Spiritualités et Religions de Montréal

Qui donc a cru que " Dieu est mort "? En regardant le monde autour de nous, peut-être devons-nous changer de conviction et penser autrement. Toutes les recherches sur ce sujet le confirment : Dieu est de retour. Depuis la fin des des années 60, on assiste à la résurgence du religieux dans les sociétés actuelles. Interrogeons les maisons d'édition ou, plus simplement, faisons un petit tour dans les rayons de n'importe quelle libraire d'une ville occidentale : le marché des ouvrages de spiritualité se porte bien. Il témoigne d'une recherche de sens à laquelle les nouvelles religions se proposent de répondre. Ce phénomène donne à réfléchir. Car, il pose des questions fondamentales non seulement aux Églises mais à la société elle-même.

Il a semblé longtemps que les religions relevaient d'un monde archaïque et dépassé. Avec le triomphe de la Science, l'humanité devait passer des " Ténèbres " à la " Lumière ". Elle allait repousser l'obscurantisme, s'affranchir des vieux mythes et des superstitions, éliminer les peurs ancestrales et affronter l'avenir avec lucidité et confiance. Elle quitterait le monde de l'enfance pour entrer dans l'âge de la maturité oû la raison est souveraine tandis que l'individu constitue le centre unique des valeurs et la mesure de toutes choses. Bref, l'avènement du " Progrès " allait résoudre tous les problèmes de l'être humain. Cette croyance s'est imposée en Occident depuis le XVIIIe siècle. Elle apparaît aujourd'hui comme une obsession et une illusion naïves. La modernité qui est l'héritage du Siècle des Lumières ne répond pas aux interrogations profondes sur le sens de l'existence. Le " retour du religieux " met en lumière les impasses de cette modernité.

En définitive, on redécouvre ce phénomène qu'on peut être tenté de refouler souvent : croire fait partie de la condition humaine. Il s'agit toujours d'une rencontre avec le sacré qui, à travers les voies différentes, fait irruption dans les lieux et les moments de la vie où il semble avoir été évacué dans les structures du quotidien. Tel est le paradoxe de la situation de notre temps qui se caractérise par la crise des repères et l'érosion du sens. Dans ce contexte de désarroi, de doute et d'inquiétude, l'individu renvoyé à lui seul se fabrique une spiritualité sur mesure. On parle justement des " religions à la carte ". En fait, les manifestations de la religion se déplacent, se transforment et prennent des visages divers. Les recompositions du religieux sont en cours. Ces processus expriment le besoin de " réenchanter le monde ". Le foisonnement des nouvelles religions met à nu ce que cachent les masques de la sécularisation.

Ainsi, en dépit des avancées spectaculaires de la science, relevons la montée de l'irrationnel dans le temps présent. Nul n'ignore l'attrait pour le merveilleux et le fantastique. Les journaux publient des petites annonces sur les voyants et les médiums. L'astrologie prolifère. On revient ouvertement à la magie et à la sorcellerie. Notons l'ampleur des courants ésotériques modernes. Certains groupes religieux s'inspirent du judéo-christianisme. En même temps, les " néo-païens " revendiquent la renaissance des vieilles croyances enracinées dans l'imaginaire pré-chrétien. D'autres groupes utilisent des pratiques occultes. Il convient de souligner l'impact des mouvements spirituels qui visent à favoriser le bien-être en privilégiant le contact avec le corps pour toucher la nature profonde de la personne et éveiller la joie de vivre. C'est le cas des groupes du développement du potentiel humain. Face à la médecine dominée par les progrès des sciences biochimiques, des liens se nouent entre les religions et la guérison. Signalons aussi l'existence des réseaux satanistes qui pénètrent largement certains milieux du rock. Par ailleurs, tout se passe comme si l'Occident devait apprendre à boire d'autres sources. Pensons à la fascination des sagesses et des spiritualités de l'Orient en Europe et en Amérique du Nord. Observons notamment la ruée vers l'espace intérieur et la quête des techniques de méditation. Au regard du sociologue, la prolifération du divin et l'explosion des nouveaux mouvements religieux nous situent en présence d'un véritable changement de paradigme.

Au moment où nous sortons d'une société gouvernée par la religion comme le soutient Marcel Gauchet dans son ouvrage intitulé Le Désenchantement du monde, le religieux ne cesse de nous interpeller dans les différents domaines de la vie de tous les jours : santé et éducation, services sociaux, monde de l'emploi et des entreprises, organisations communautaires et relations interculturelles, guerre et sécurité, relations internationales, etc… Le nombre d'articles et d'ouvrages qui traitent des rapports entre religion et politique est impressionnant. Des colloques et des séminaires se tiennent régulièrement sur ce thème. Des centres ou des instituts de recherche et des groupes d'étude se concentrent sur le fait religieux. Ils révèlent l'intérêt de ce domaine dans les préoccupations actuelles. En Europe, on discute publiquement des religions dans les parlements. Ces débats sont un signe des temps. Rappelons l'affaire du voile islamique et du kirpan. Des enjeux profonds se dissimulent derrière les règles vestimentaires et les symboles religieux. Ces enjeux invitent à prendre conscience des questions suscitées par le pluralisme, la démocratie et les droits de la personne. À l'évidence, le religieux est devenu un lieu privilégié et un laboratoire du futur où ces questions sont à l'ordre du jour à l'ère des nouvelles mobilités.

Pour mieux comprendre les défis quotidiens que les spiritualités et les religions posent à l'individu, à la famille et à la société, aux Églises et à l'État, l'information est un grand atout. Dès lors, comment ne pas saisir la chance que représente le Centre Spiritualités et Religions de Montréal ? Sa riche documentation est toujours à votre service. Elle vous apporte un éclairage précieux sur les profils religieux qui transforment profondément le paysage de la société où nous vivons.

Anne-Sidonie Zoa, Ph. D.
Directrice du CRSM

(La source, http://home.ca.inter.net/~csrm/, ne semble plus actuellement disponible sur internet)

Haut de page


Menu

© CICNS 2004-2008 - www.cicns.net (Textes, photos et dessins sur le site)