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La politique de la MIVILUDES à l'égard des sectes semble se durcir

Lire également le commentaire du CICNS sur le rapport 2006 de la Miviludes

Le nouvel âge de la lutte contre les sectes

Le progrès, 10 janvier 2006 par Nathalie Mauret

Jean-Michel Roulet est le nouveau président de la mission de lutte contre les dérives sectaires. Il incarne le durcissement de la mission, voulu par le gouvernement

- Pourquoi parle-t-on moins des sectes ?

Le problème sectaire a été moins relayé dans les médias, mais il est toujours présent. Les sectes pratiquent leur prosélytisme : elles font des mailings, sont sur la voie publique et rencontrent les gens. Elles ne souhaitent pas faire les gros titres car c'est toujours péjoratif pour elles. Elles ont pris des formes nouvelles.

- Quels sont les nouveaux types de sectes ?

Les nouvelles organisations ont détourné la sémantique. On ne parle plus ouvertement de gourous et de sectes, mais de mouvements de pensée ou de mouvements spirituels et religieux. Toutes les nouvelles sectes ne jouent pas sur le spirituel. Nous avons vu arriver de nombreux thérapeutes qui soignent le corps, l'apparence et l'esprit et qui prônent parfois le refus de soins. Au lieu de taxer ces gens d'exercice illégal de la médecine et les pseudos églises de charlatans, on parle de " nouvelles médecines ", de " nouveaux mouvements religieux ". Certains trouvent toutes les justifications et parfois avec bonne foi, à ces nouvelles méthodes de pensées. C'est une dérive très grave, certes pas sectaire, mais une dérive intellectuelle très grave. C'est celle qui m'oppose à certains sociologues.

- Quel est le rôle de la MIVILUDES ?

Nous avons une fonction de vigilance : nous devons être à l'affût de tout ce qui se passe, accueillir tous les renseignements tout en prenant garde à la désinformation dont nous pourrions être victimes. La vigilance sans action ne sert pas à grand-chose. Derrière la vigilance, nous agissons donc dans un seul sens : l'intérêt des victimes, à savoir les adeptes, les ex-adeptes et leur famille. La condamnation des gourous n'est pas notre premier moteur, même si c'est important. Il faut aussi donner de la publicité à l'action très néfaste des sectes pour les empêcher de nuire, au risque d'être poursuivi et d'être condamné. Car les sectes attaquent souvent l'État et les associations en se basant sur la liberté religieuse. Or où est le religieux dans la scientologie ? La scientologie est une multinationale du business. Il n'y a pas lieu de culte, ni liturgie, ni credo.

- Où sont majoritairement les sectes ?

Contrairement à l'idée reçue, elles sont dans les villes, et non pas dans les campagnes. Et surtout dans les grandes villes. A Lyon, le suivi des sectes est très bien assuré par le préfet.


Durcissement à la mission de lutte contre les dérives sectaires

LE MONDE | 19.12.05 | 13h44

Nathalie Luca a quitté le conseil d'orientation de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES). Spécialiste des sectes, chargée de recherche au Centre d'études interdisciplinaires des faits religieux de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), à Paris, elle explique dans sa lettre de démission, datée du 16 novembre, qu'elle refuse d'être liée "à un prévisible durcissement de la position de la Miviludes".

Nathalie Luca a reçu le soutien de Danièle Hervieu-Léger, présidente de l'EHESS. Un accord de coopération entre la MIVILUDES et l'école a été suspendu.

La politique du nouveau président de la mission est mise en cause. Ancien secrétaire général de la Commission consultative du secret de la défense nationale, Jean-Michel Roulet a pris la succession de Jean Langlais, le 1er octobre. (...)

Dans sa lettre au président de la MIVILUDES, Mme Luca constate que "le président Langlais avait réussi, par sa tempérance, à restaurer le dialogue et le débat nécessaires à la gestion équilibrée mais efficace de ces questions délicates, suscitant trop souvent passion et excès. Il était également parvenu à mieux faire comprendre, à l'étranger, la position française".

(...)

Nathalie Luca était la seule universitaire spécialiste des nouveaux mouvements religieux au sein du conseil d'orientation de la Miviludes. Son départ renforce le poids des autres membres du conseil, en particulier des députés Jean-Pierre Brard (app. communiste) et Georges Fenech (UMP), et des représentants des associations de défense des victimes (Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu, Centre contre les manipulations mentales).

Jean-Michel Roulet admet un infléchissement de la politique de la MIVILUDES. "La MIVILUDES n'est pas un laboratoire de recherche, insiste-t-il. Il y a eu des dérives au cours des six derniers mois. Les parlementaires se plaignaient, les associations de défense des victimes aussi. La MIVILUDES va faire à nouveau son travail. Elle va remplir l'ensemble des missions que le décret de création lui a assignées."

Xavier Ternisien

http://www.lemonde.fr


De nombreuses personnes commencent à croire que la lutte anti-sectes s'est apaisée, a perdu de sa virulence. A lire les propos du nouveau président de la MIVILUDES, il nous est permis d'en douter. Ce n'est pas parce que l'anti-sectarisme n'est plus sous les feux de l'actualité qu'il a disparu !

Quelle est la réalité des sectes ?

Questions à... Jean-Michel Roulet, préfet hors cadre, vient d'être nommé président de la Miviludes (Mission de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Ce n'est pas parce qu'elles ne sont plus sous les feux de l'actualité que les sectes ont disparu.

Par Daniel LICHT - vendredi 30 septembre 2005 (Liberation - 06:00)

Quelle est la réalité des sectes ?

Les pratiques sectaires sont une notion plus signifiante que le mot secte. Quant au paysage sectaire, c'est une réalité complexe, car, à côté d'organisations répertoriées, il y a une multitude d'associations qui changent de visage lorsqu'elles se trouvent dans le collimateur de la justice. Le phénomène ne se résorbe pas, mais il change de physionomie. On voit se développer de petits groupes qui font de la psychologie, des médecines nouvelles, de la diététique, de la formation permanente. Quand on dit secte, on pense à un groupe important bien structuré, mais, aujourd'hui, le phénomène prend plutôt une dimension "micro". Ce peut être un leader qui tient une douzaine de personnes grâce à des dérives sectaires. Avec des honoraires exorbitants pour une pratique quelconque qui conduit à l'éloignement de la famille, la substitution du libre arbitre : c'est cela la réalité sectaire.

N'y a-t-il pas une vision fantasmatique du pouvoir des sectes ?

Non, ce sont des gens puissants, professionnels de la manipulation, qu'il faut combattre du point de vue du droit. Il faut collecter des faits et les comparer à la législation en vigueur et, dès lors que ces groupes ne respectent pas la loi, les déférer en justice. La magistrature est certainement en pointe, mais la lutte antisectes est jeune et nous manquons d'une jurisprudence conséquente. S'il pouvait y avoir deux ou trois procès marquants pendant que je suis à ce poste, je ne serais pas mécontent.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=327630


Le nouveau président de la MIVILUDES veut aider les victimes à dénoncer les sectes

AFP, 29 septembre 2005

Jean-Michel Roulet, le nouveau président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), a indiqué jeudi qu'il voulait aider les victimes de sectes à dénoncer ce qu'elles ont subi.

"Nous avons beaucoup de victimes, encore faut-il qu'elles veuillent bien dénoncer les actes subis", a-t-il expliqué à des journalistes à la veille de sa prise de fonction, le 1er octobre, à la tête de la Miviludes où il a été nommé fin août par décret du Premier ministre.

"Nous ne sommes pas très forts pour accueillir les victimes de viols mentaux, il y a une formation à faire chez les policiers, les magistrats pour que ces victimes puissent témoigner", a-t-il poursuivi, notant que "c'est très difficile de renier quelque chose en quoi on a cru".

M. Roulet, préfet hors cadre qui a effectué l'essentiel de sa carrière au ministère de l'Intérieur, avait participé en 1996 à la création de l'Observatoire interministériel des sectes, qui a précédé la création de la Mils (Mission interministérielle de lutte contre les sectes) remplacée fin 2002 par la Miviludes.

Il entend privilégier la constitution d'une jurisprudence, avec des éléments concrets, et aimerait "avancer ne serait-ce que de cinq jugements" durant sa présidence.

Selon lui, la liste parlementaire des sectes de 1995 est "complètement caduque" mais "a permis de cerner le phénomène même si c'était de manière parfois erronée et partiellement incomplète".

"La lutte antisectes n'est pas politicienne", a-t-il insisté, "les dérives sectaires sont un enjeu trop grave pour être purement politicien". Il cite le vote à la quasi unanimité de la loi About-Picard du 12 juin 2001, qui permet aux victimes de poursuivre plus facilement les sectes et leurs gourous grâce à l'extension du délit "d'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse".

"La vigilance est indispensable", a-t-il ajouté, "s'il y a des sectes c'est qu'il y a une demande : notre société fragilise l'individu donc il y a une forte demande de salut et les activités sectaires se diversifient, dans la formation professionnelle, les thérapies ou les nouvelles formes de pensées et de soins".

http://www.miviludes.gouv.fr/Miviludes-Le-nouveau-president?iddiv=2


Jean-Michel Roulet : Le nouvel ennemi des gourous

Christophe Deloire

Pour s'occuper des sectes, Dominique de Villepin vient de nommer un habitué des couloirs de l'ombre. Le 1er octobre, Jean-Michel Roulet deviendra président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Jusque-là secrétaire général de la Commission consultative du secret de la Défense nationale, ce préfet conseillait Alain Juppé à Matignon sur les questions de sécurité intérieure et de services secrets. A l'époque, Roulet s'était occupé d'un observatoire des sectes, devenu la Miviludes. Désormais titulaire d'un poste soumis à des pressions passionnelles, l'intéressé affirme se " rendre compte de la marge étroite entre ceux qui trouvent la Miviludes liberticide et ceux qui la voudraient plus répressive ".

Né en 1945 à Limoges, Jean-Michel Roulet est un préfet original. Issu de l'Ecole nationale supérieure de police, il a fait carrière sans passer par l'Ena. Plus amusant, ce préfet est bien connu des collectionneurs de voitures miniatures. Propriétaire de près de 20 000 modèles, il est l'auteur de plusieurs livres et a même fondé une revue. Les vrais patrons de sectes vont-ils l'accuser d'être le gourou des Dinky Toys ?

© le point 29/09/05 - N°1724

http://www.lepoint.fr/france/document.html?did=168124

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