« Les jeunes, l'école et la religion »Sous la direction de Céline Béraud et Jean-Paul Willaime, éditions
Bayard Condensé de lecture du CICNS Dans cet ouvrage,
des chercheurs français résument leur recherche en France sur le
thème : les jeunes, l’école et la religion,
effectuée dans le cadre du projet européen REDCo (acronyme de
Religion in Education). « Sous
la conduite du professeur Wolfram Weisse (Faculté
de Sciences de
l’éducation de l’Université
de Hambourg), des équipes de recherche
de huit pays y ont pris part : Allemagne, Espagne, Estonie, France,
Grande-Bretagne, Norvège, Pays-Bas, et Russie.
L’équipe française,
à dominante sociologique, a mobilisé aussi bien des
enseignants-chercheurs de l’Institut européen en science des
religions (EPHE) que du Groupe sociétés religions laïcités (unité
mixte de recherche
EPHE-CNRS). L’originalité du programme REDCo a été de se centrer sur
le point de vue des adolescents de 14-16 ans, sans ignorer pour
autant les cadres institutionnels nationaux et supranationaux (Union
européenne et Conseil de l’Europe tout particulièrement), ni
l’expérience des enseignants ». Extraits
de la conclusion des auteurs (sur la situation française) (…) S’il est vrai
que 45% d’entre eux considèrent qu’il ne s’agit pas d’une chose
importante dans leur vie personnelle et que 33% avouent même que la
religion les ennuie, ils sont 82% à reconnaître que la religion a une
place importante dans l’histoire et 59% à penser que parler de
religion les aide à mieux comprendre ce qui se passe dans le monde.
(…) 85% adhèrent à la proposition : « Je
respecte les autres personnes qui croient ». Seule une minorité
d’élèves a des jugements très négatifs sur les religions. (…)
Pour que les gens
vivent en paix, les élèves sont beaucoup plus nombreux à considérer
qu’il est important de « faire des choses ensemble » (82%) et de
« connaître les religions des autres » (74%) qu’à penser que la
solution est que « la religion reste une affaire privée » (46%). Ils
sont encore moins nombreux à penser que la solution consisterait à ce
que « l’Etat édicte des règles strictes
quant au rôle des
religions dans la société » (29%). Autrement dit les collégiens et
lycéens, même s’ils ne sont que 32% à trouver que la religion est une
chose importante dans leur vie personnelle, ont dans leur grande
majorité compris que les phénomènes religieux, loin de pouvoir être
ignorés, constituaient une réalité avec laquelle il fallait compter. (…) Les élèves
prônent à leur manière une laïcité d'intelligence et de dialogue.
Comme nombre de leurs camarades européens, ils sont favorables à un
enseignement neutre et pluraliste des faits religieux. Ils ont
parfaitement compris qu’en la matière, le lieu école est à respecter
dans sa spécificité : comme un espace neutre dévolu à la connaissance
la plus documentée et objective possible des faits religieux comme
des autres faits sociaux et culturels où l’on pratique le libre
examen, où l’on apprend la distanciation critique et où les
professeurs ne parlent pas au nom de leur religion ou conception du
monde mais mettent
entre parenthèses leurs propres convictions pour se placer du point
de vue de la discipline qu’ils enseignent : l’histoire, la
littérature, les langues, les
sciences sociales et
économiques… Mais
peut-on évaluer ce que retirent les élèves d’un tel enseignement ?
Les enquêtes REDCo ne permettent pas de le dire et c’est une question
qu’il faudra un jour aborder. (…) Au-delà des
préjugés idéologiques et de la défense systématique, par chaque pays,
des choix qu’il a faits
(dans le registre « on est les meilleurs »), il serait notamment
intéressant d’étudier ce que les élèves retiennent et retirent des
enseignements relatifs aux religions qu’ils reçoivent dans chacun de
leur pays et sous différentes formes : à travers les disciplines
comme en France, à travers une discipline particulière de « science
des religions et conceptions du monde » dans certains pays, ou encore
à travers un enseignement religieux confessionnel dans d’autres. (...) Les résultats
d’une telle analyse internationale pourraient révéler des surprises
et l’on peut même conjecturer qu’en matière de connaissance des faits
religieux, la France ne serait pas mal classée. Que le pays de la
laïcité s’en tire mieux que les autres dans ce domaine serait
évidemment une heureuse
surprise ! Mais un résultat des enquêtes PISA* pose question
par rapport à notre sujet : les élèves français sont deux fois moins
nombreux que dans les autres pays de l’OCDE à « se sentir chez eux à
l’école ». Or, comme on l’a vu, les élèves enquêtés dans le cadre de
REDCo font assez confiance à l’école pour que l’on puisse aborder,
avec distanciation et sérénité, les questions sensibles telles que
les religions. Pour se faire, il serait préférable qu’ils soient
beaucoup plus nombreux à « se sentir chez eux à l’école ».
L’enseignement relatif aux faits religieux ne concerne pas seulement
la transmission de connaissances, il est aussi un apprentissage du
vivre-ensemble et du dialogue dans des sociétés pluralistes. Si, dans
la dimension « connaissance des faits religieux », la France pourrait
figurer en bonne place dans un classement international des acquis
des élèves, serait-elle aussi bien classée en matière de compétence
des élèves à se situer dans un univers pluraliste et à dialoguer avec
des personnes de convictions religieuses ou philosophiques
différentes ? Peut-être l’enseignement des faits religieux, comme
d’autres enseignements d’ailleurs, permet-il aussi de s’interroger
sur le relatif cloisonnement disciplinaire du système éducatif
français et le privilège accordé à des formes classiques de cours qui
ne sont peut-être pas toujours le mieux à même d’intégrer le conflit
des points de vue, l’expérience et l’affectivité des élèves. Il y a
là matière à débat. (…) Les données de
la dernière enquête sur les valeurs (EVS :
European Value Survey) qui
a été effectuée en France en 2008 sont aussi, sur quelques points,
intéressantes à considérer au regard des enquêtes REDCo (et ce,
malgré le fait qu’elles ne concernent que les adultes et que la
catégorie « jeunes » correspond, dans les enquêtes EVS, aux jeunes de
18-29 ans).
L’enquête européenne de 2008 sur les valeurs révèle notamment une
inversion avec l’âge du rapport entre niveau de diplômes et croyance
religieuse. Si,
globalement, plus on est jeune et diplômé, moins on est croyant,
cette corrélation dépend en fait de l’âge : chez les moins de 45 ans,
les plus diplômés croient plus en Dieu alors que chez les 45 ans et
plus, c’est l’inverse : les moins diplômés croient plus en Dieu**.
Dans le même sens, si 41% des français expriment un intérêt pour le
spirituel, le sacré, le surnaturel, c’est le cas de 49% des plus
diplômés contre 36% des moins diplômés (sans corrélation avec l’âge).
La corrélation entre niveau de diplôme et croyance semble donc être
en cours d’inversion. * PISA est
l’acronyme de Programme for
International Student Assessment. Ce programme évalue les
systèmes éducatifs de 30 pays de l’OCDE et d’une cinquantaine
d’autres en mesurant les acquis des élèves de 15 ans dans 3 grands
domaines de compétences : la « compréhension de l’écrit », la
« culture mathématique » et la « culture scientifique ». ** Voir Pierre
Bréchon, Jean-François Tchernia (dir.),
La France à travers ses valeurs, Paris, Armand Colin, 2009, p.231 Les
recommandations en matière de politiques publiques du projet de
recherche REDCo (telles que restituées dans l’ouvrage) Par REDCo (La
Religion dans l’Education.
Une contribution au Dialogue
ou un facteur de Conflit
dans l’évolution des pays européens) A l’intention :
des institutions de l’UE (Parlement, Commission, Conseil des
ministres), du Conseil de l’Europe, de l’ONU (UNESCO, Assemblée
générale, Alliance des civilisations), des ministères de l’Education
des pays membres de l’UE, des associations de recherche sur
l’éducation, des organisations non gouvernementales, des
organisations religieuses, des universités et écoles au sein de
l’Union européenne.
I. Introduction A travers le monde,
on est amené à reconnaître de plus en plus les implications découlant
de l’importance renouvelée de la religion, tant pour les individus
que pour les sociétés. Ceci se traduit dans la politique nationale
autant qu’internationale, au niveau des pratiques comme des discours.
Cet enjeu est d’une urgence nouvelle du fait de la diversité
religieuse accrue. Ainsi, la question de la « cohésion sociale » est
fréquemment évoquée parmi les buts que s’assignent les autorités
publiques lorsqu’elles abordent le rôle de la religion dans les
sociétés européennes. C’est tout particulièrement le cas lorsqu’il
est question de l’étude des faits religieux comme partie intégrante
d’un apprentissage interculturel et aux droits de l’homme. On peut à
cet égard citer : le livre
blanc sur le dialogue interculturel du Conseil de l’Europe (2008)
et le rapport de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en
Europe : les Toledo Guiding
Principles on Teaching about Religions and Beliefs in Public Schools
(OSCE, 2007). Ces deux documents mettent l’accent sur l’importance du
dialogue entre les personnes de différentes religions et convictions,
dans le contexte de l’enseignement et de l’apprentissage
interculturels. Cette préoccupation est aussi au cœur du projet REDCo
(La Religion dans l’Education.
Une contribution au Dialogue ou un facteur de Conflit dans
l’évolution des pays européens), un projet de recherche européen
et comparatif portant sur les représentations des jeunes à propos de
la religion, de la diversité religieuse et des possibilités
de dialogue qu’elles
recèlent, un projet qui concerne aussi les interactions dans la
classe et les stratégies développées par les enseignants. REDCo a
été, sur ce sujet, le premier projet d’ampleur à être financé par la
Commission européenne, et ce sur la période allant du 1er
mars 2006 au 31 mars 2009. Dans le cadre de cette recherche, des
enquêtes qualitatives et quantitatives ont été menées, touchant
principalement la question de la religion dans la vie et la
scolarisation des élèves de 14 à 16 ans. Ces recherches ont impliqué
huit pays (Allemagne, Angleterre, Espagne, Estonie, France, Norvège,
Pays-Bas et Russie). Les résultats de
l’enquête REDCo encouragent des développements futurs dans les
politiques publiques en matière d’éducation, tant au niveau européen
qu’au niveau national.
II. Les résultats du projet de recherche REDCo - Une majorité
d’élèves apprécient la diversité religieuse et de conceptions du
monde de leur société, même si certains préjugés ont été exprimés. - Les principales
sources d’information sur les religions et les conceptions du monde
sont généralement la famille, suivie de l’école. - Les élèves se
répartissent en trois groupes significatifs : un groupe pour lequel
la religion est importante dans la vie, un groupe pour lequel la
religion n’est pas importante dans la vie et un troisième groupe
exprimant des positions variées entre ces deux pôles. - Quelle que soit
leur position religieuse, une majorité d’élèves sont intéressés par
un enseignement relatif aux religions et convictions. - Les élèves
prennent bien en compte la diversité religieuse et l’expérimentent,
pour la plupart, à l’école, mais aussi à l’extérieur de l’enceinte
scolaire. - les élèves sont
généralement ouverts à des camarades d’arrière-plans religieux ou
convictionnels différents. En même temps, ils ont tendance à être
socialisés parmi des camarades ayant un même arrière-plan que le
leur, même s’ils vivent dans des secteurs caractérisés par la
diversité religieuse et convictionnelle. - les élèves
expriment souvent une attitude tolérante, mais celle-ci tend à être
plus abstraite que mise en pratique dans les comportements. La
tolérance exprimée dans la salle de classe n’est pas toujours mise en
œuvre dans la vie quotidienne hors de l’école. - ceux à qui on
enseigne une diversité de religions et convictions sont plus enclins
à discuter de sujets religieux ou philosophiques avec des élèves
issus d’un arrière-plan religieux ou convictionnel que ceux qui n’ont
pas l’opportunité d’accéder à un tel enseignement. - les élèves
souhaitent une coexistence pacifique entre les diverses religions, et
croient que cela est possible. - Les élèves
considèrent que les principales préconditions à une coexistence
pacifique entre personnes de religions différentes sont : la
connaissance réciproque de la religion et des convictions de chacun,
le partage d’intérêts communs ainsi que l’expérience d’activités en
commun. - dans la plupart
des pays, les élèves défendent le droit des croyants à une expression
modérée de leur religion à l’école. Par exemple, ils ne s’opposent
pas au port de signes religieux
discrets et ils ne refusent pas les formes de piété religieuse
volontaires de la part d’élèves appartenant à une religion
particulière. - Les élèves pour
qui la religion tient une place importante dans leur vie sont plus
enclins à respecter les situations religieuses des autres et à
valoriser le rôle de la religion dans le monde. - La plupart des
élèves préfèreraient un enseignement centré sur différentes religions
et convictions à un cours consacré à une seule religion ou
conviction. - Les élèves
expriment le souhait d’un enseignement des faits religieux prenant
place dans un environnement scolaire sécurisant, régulé par des
procédures partagées, afin de pouvoir s’exprimer et discuter de ces
sujets en toute sérénité, dans la salle de classe. - Les élèves
préfèrent généralement éviter les conflits à propos des questions
religieuses et certains d’entre eux, engagés sur le plan religieux,
se sentent particulièrement vulnérables. - Les enseignants
favorisent le dialogue comme une stratégie éducative appropriée à la
gestion de la diversité religieuse dans la classe, mais les élèves
sont plus ambivalents à propos de la valeur d’un tel dialogue, dans
la mesure où tous ne se sentent pas à l’aise avec la manière dont la
diversité est gérée dans l’institution scolaire. - Les élèves sont en
général favorables au modèle d’enseignement relatif aux religions qui
leur est familier.
III. Les recommandations en matière de politique
publique Les
résultats de REDCo sont, dans une large mesure, en concordance avec
les recommandations émises par le Conseil de l’Europe et dans les
principes de Tolède de l’OSCE. En ce qui concerne la mise en œuvre
des politiques éducatives, ils suggèrent cependant le besoin d’un
certain degré de différenciation au niveau national. Ceci est justifié en
raison des différences, au niveau national, en matière de traditions,
de normes, de systèmes légaux et d’approches pédagogiques dans la
manière de gérer la religion dans l’enseignement. Chaque contexte
national doit être pris en compte
quand il s’agit de
politiques publiques. En partant de ce prérequis, les points énoncés
plus bas doivent être pris en compte à la fois au niveau des
différents contextes nationaux et au niveau européen.
A.
Encourager une coexistence pacifique Les politiques
publiques éducatives devraient, à l’avenir, centrer leurs efforts sur
la mise en œuvre d’outils susceptibles de transformer une tolérance
passive en tolérance active. Actions nécessaires : - Contrer les
stéréotypes négatifs sur les religions et les conceptions du monde,
en présentant une vision plus complexe des phénomènes religieux et
conceptions du monde incluant leurs contributions positives pour la
société et pour les individus. - Développer et
renforcer les capacités de dialogue entre élèves de religions et
conceptions du monde différentes. - Fournir des
occasions permettant d’impliquer les différentes convictions et
religions et offrant la possibilité d’échanges entre les élèves de
différentes religions et convictions. Ceci inclut la coopération avec
les autorités locales afin qu’elles permettent le développement
d’échanges entre les différents groupes religieux et non religieux.
B.
Promouvoir la gestion de la diversité Une certaine
éducation à la citoyenneté tend à privilégier l’uniformisation ;
cependant, passer d’une tolérance passive à une tolérance active rend
nécessaire la valorisation et l’encouragement à une réelle diversité
religieuse et philosophique au sein de l’école comme de l’université. Actions nécessaires : - Offrir aux élèves
l’opportunité d’apprendre à connaître les différentes religions et
conceptions du monde ; leur permettre de bénéficier d’un espace de
discussion sur les questions religieuses et philosophiques. - Concevoir des
approches innovantes afin que les élèves puissent apprendre à
connaître les religions et conceptions du
monde, non seulement au
sein des cours dévolus à cette tâche mais aussi à travers les différentes disciplines scolaires, comme
l’histoire, la littérature ou la science. - L’enseignement
relatif aux religions et conceptions, quelle que soit sa forme,
devrait inclure
l’apprentissage de la compréhension mutuelle et de la tolérance et
ce, en prenant en compte les besoins des élèves selon leurs
différents niveaux de maturité. - Encourager les
universités à prendre pleinement en considération, tant dans
l’enseignement que dans la recherche, la diversité de religions et de
conceptions du monde. - Promouvoir la
représentation de différentes sensibilités religieuses et non
religieuses dans les équipes éducatives (professeurs comme personnel
administratif).
C.
Inclure les visions du monde religieuses comme non religieuses L’école est un lieu
où tous les étudiants doivent être respectés, quelle que soit leur
religion ou leur conviction. La religion/conviction est importante
pour certains élèves, et leurs croyances ne doivent pas devenir un
obstacle à leur progression académique. Actions nécessaires : - Inclure
l’apprentissage des différentes religions et visions du monde
séculières dans leur complexité et en tenant compte de leur diversité
interne. - Inclure la
dimension religieuse dans une éducation globale à l’interculturalité.
D.
Accroitre les compétences professionnelles Aucun changement ne
peut advenir sans la coopération des professionnels de l’éducation et
l’acquisition par eux des compétences nécessaires. Actions nécessaires : - Préparer les
éducateurs des différentes disciplines à prendre en compte les faits
religieux et convictionnels pertinents pour leurs disciplines, afin
qu’ils abordent ces sujets sans risquer de blesser les élèves et dans
un esprit de neutralité à l’égard de leurs appartenances religieuses
ou non religieuses. - Former les
enseignants à des méthodes qui favorisent et encouragent les élèves à
se sentir à l’aise face à la diversité religieuse et philosophique et
qui leur permettent de s’approprier, sur un mode réflexif, la
diversité de leurs expériences personnelles. - Inclure dans la
formation des enseignants l’acquisition d’aptitudes à organiser et
modérer des débats dans la classe sur des sujets religieux et
convictionnels sensibles ainsi que développer leurs compétences à
gérer les conflits entre visions du monde dans la salle de classe. Commentaire
du CICNS sur la situation française Les résultats du
projet REDCo sont encourageants comme le remarquent les auteurs dans
leur conclusion : « Les
adolescents français (…), avec leurs hésitations et interrogations
propres à leur âge, incarnent bien, à notre sens, la nouvelle donne
générationnelle dans leur rapport au religieux et leur façon, à la
fois stricte et tolérante, de concevoir la laïcité scolaire ». Les recommandations
REDCo, intéressantes et constructives, permettent en revanche de
mesurer la distance entre ce qui est souhaitable et la situation
réelle en France. Il ne fait guère de doute (du moins nous
l'espérons) que dans l’esprit des rapporteurs du projet REDCo,
« connaître les différentes religions et conceptions du monde » fait
référence à l’ensemble de la diversité religieuse et spirituelle et
non pas seulement aux grands systèmes connaissant le plus grand
nombre d’adhérents. Quel
serait le sens de « promouvoir
la gestion de la diversité » si cette diversité excluait les
minorités spirituelles ? Comment notre pays
pourra-t-il, dès lors, s’accorder avec ces recommandations tout en
maintenant la politique de lutte antisectes qui est la sienne ? Comment concilier la
recommandation de « contrer les
stéréotypes négatifs » avec la politique discriminatoire
systématique perpétrée par les pouvoirs publics (exécutif et
législatif) à l’encontre des minorités spirituelles, notamment sous
l’égide de la MIVILUDES rattachée au Premier Ministre ? Comment peut-on
espérer « offrir aux élèves
l’opportunité d’apprendre à connaître les différentes religions et
conceptions du monde », si l’UNADFI
est invitée dans les centres scolaires pour parler des
« sectes »
(c'est-à-dire d’une population de plus de 500 000 personnes et 80 000
enfants selon les chiffres de
Georges Fenech, président de la MIVILUDES) en ces termes : « [Une
secte est] un groupe dans lequel on pratique une manipulation
mentale, ce qui entraîne endoctrinement, contrôle de la pensée, viol
psychique et destruction de la personne sur le plan physique,
intellectuel, relationnel et social » (Le
JPB) ?
Comment espérer « préparer les éducateurs des différentes
disciplines à prendre en compte les faits religieux et convictionnels
pertinents pour leur discipline »,
avec ouverture d'esprit,
lorsque les expériences altervatives éducatives issues des minorités
spirituelles sont discréditées (exemple
des écoles Steiner),
lorsque la MIVILUDES encourage une méfiance malveillante à l’encontre
de l’enseignement à domicile suspecté de dérives sectaires (suscitant
l’indignation
de plusieurs associations)
? Le corps enseignant dans son ensemble et ses extensions (comme la
MGEN) doivent
s'efforcer de répondre avec lucidité et un esprit critique au message
antisectes primaire officiel (lucidité dont certains de ses
représentants ont fait preuve lors de la
troisième
commission d'enquête parlementaire sur les sectes). Comprendre le monde
passe effectivement par « l’apprentissage
des différentes religions et visions du monde séculières dans leur
complexité et en tenant compte de leur diversité interne », mais
faire l’impasse, qui plus est en le discréditant, sur le renouveau
spirituel et les nouvelles formes de croyance est une volonté
délibérée d’occulter une partie du monde. Il s’agit là d’intolérance
active. Il est possible que le choix français (unique parmi les pays étudiés) de répartir l’apprentissage du fait religieux entre diverses disciplines ait des avantages ; mais on ne peut s’empêcher d’y voir aussi un relent de guerre des deux Frances en forme d’acte manqué : découper le sujet en morceaux pour surtout éviter de permettre d’en unifier la compréhension, laissant ce soin éventuellement aux élèves ou à personne (d’où l'intérêt de la proposition des auteurs d’étudier ce que les élèves retirent de cet enseignement du fait religieux). En tout état de cause, devant les dégâts causés dans le corps social par la lutte antisectes menée dans notre pays dans toutes les strates de la société jusque dans les écoles et sous sa forme la plus primaire et la plus absurde, il serait choquant de voir notre pays bien classé dans l’enseignement du fait religieux : c’est bien d’un rappel ferme au respect de la liberté de conscience et spirituelle qu’il conviendrait plutôt de procéder de la part des instances européennes.
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