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Religion et laïcité : Sarkozy relance le débat

Le ministre favorable à un aménagement de la loi de 1905

Le livre de Nicolas Sarkozy sur la République et les religions fait débat. Il pose notamment la question d'un réaménagement de la loi de 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État.

Quand ministre de l'Intérieur (2002-2004) il était en même temps ministre des Cultes, Nicolas Sarkozy semble avoir réfléchi et beaucoup appris. Rarement, sinon jamais, un ministre de la République ne s'est à ce point engagé sur la question de l'islam et, au-delà, sur la place du religieux et du spirituel dans notre société et dans la République.

Dans un livre-entretien, intitulé La République, les religions, l'espérance (1), avec un jeune dominicain, Philippe Verdin, et un professeur de philosophie, Thibaud Collin, le futur président de l'UMP se livre à une sorte de " Ce que je crois " qui ressemble à un pavé dans la mare.

Il ne lui a pas échappé qu'on fêtera, l'an prochain, le centième anniversaire de la grande loi sur la séparation de l'Église et de l'État. Il n'ignore pas combien ce sujet qui a, durant des décennies, fait couler des torrents d'encre, nourri des passions et des haines, reste explosif en France. Mais, dans son approche des rapports entre l'État et les religions, Nicolas Sarkozy ne part pas du postulat classique qui fait du principe de laïcité et de la loi de 1905 la pierre d'angle, inamovible, du temple républicain.

" Communautarisme " ?

Certes, il considère que la séparation entre l'État et les Églises est " une condition déterminante de la paix religieuse ". Mais, pour lui, l'essentiel est en amont, dans l'interrogation sur le sens de l'existence : " La vie est-elle le fruit du hasard ? " Les religions répondent à cette interrogation dans le sens de l'espérance. C'est pourquoi, à ses yeux, " l'esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et à réguler une société de liberté ". Loin d'être antagonistes, religion et République sont " complémentaires " : " La religion peut aider la République ", affirme-t-il dans une interview à l'Express.

Plus concrètement, il propose des aménagements et des compléments à la loi de 1905, pour le financement des grandes religions - en particulier de l'islam, afin d'éviter les financements étrangers - et la formation qu'il appelle " nationale républicaine " des ministres du culte : imams, prêtres, pasteurs, rabbins... Pour faire reculer " l'intégrisme " et réussir l'émergence d'un " islam de France ", il faut des lieux de culte publics, visibles. " Les collectivités publiques financent des milliers d'associations culturelles, sportives, des groupes, des clubs... Pourquoi seules les associations cultuelles ne recevraient-elles aucune aide ? "

Par ailleurs, non seulement il défend la création du Conseil français du culte musulman (CFCM), mais il fait le pari que les plus radicaux de ses composantes, les dirigeants de l'Union des organisations islamistes de France (UOIF), finiront par perdre leur radicalité, à partir du moment où ils seront " partie prenante du dialogue républicain ".

Bien entendu, ces analyses, ces propositions, ce pari, soulèvent questions, réserves et critiques. Les uns, notamment du côté socialiste, mais pas seulement, crient au " communautarisme ", d'autres, notamment le cardinal Lustiger, s'inquiètent de voir l'islam devenir une " religion d'État ". Même le très consensuel président du CFCM, le recteur Dalil Boubakeur, craint que " les inconvénients d'un financement public pour l'édification des mosquées et la formation des imams " soient " supérieurs aux avantages ", à cause d'une " politisation accrue " de la communauté et d'un " droit de regard " excessif des administrations publiques. Presque tous, catholiques, protestants, juifs, redoutent qu'on touche à une loi qui a assuré le retour à la paix religieuse.

Il n'empêche que voilà un petit livre, iconoclaste et dense, qui lance un grand débat, nécessaire.

Jean-Yves BOULIC

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