Révision de la loi de 1905 : le débat est relancé
Sarkozy annonce la création d'une commission sur une adapation de la loi
de 1905. Chirac et Villepin estiment que le texte actuel suffit.
Sophie de Ravinel - [22 octobre 2005] "C'EST un beau cadeau d'anniversaire !" Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, ne pouvait être plus satisfait hier après l'annonce surprise par le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, de la création d'une commission "de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics" (lire ci-dessous). En clair, des experts vont plancher jusqu'à l'été prochain sur d'éventuelles adaptations de la loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'État, dont on célèbre le centenaire cette année. Cette demande est exprimée de longue date par les protestants qui ont fêté hier soir les cent ans de leur Fédération, rue de Clichy, à Paris. Mais le dossier est politiquement explosif car cette commission Machelon prend le risque de remettre en cause un équilibre fragile qui s'est constitué au fil des décennies. Avec cette initiative qui a pris de court la classe politique et les responsables religieux, Nicolas Sarkozy ouvre aussi un nouveau front avec les chiraquiens, hostiles de longue date à toute révision de la loi de 1905. Interrogé hier matin, dès cette annonce, le pasteur de Clermont a précisé qu'il s'agissait d'une initiative "gouvernementale", un projet "tout à fait intéressant" concernant "aussi bien les protestants que les musulmans ou les catholiques". Hier soir, s'adressant à Dominique de Villepin devant un parterre de plusieurs centaines de personnes, le pasteur de Clermont a développé son idée selon laquelle la FPF "souhaite des adaptations pour que soit clarifiée sa relation avec la loi de 1901 sur les associations, mais plus encore, elle en souhaite une application qui ne soit pas à terme préjudiciable à la liberté religieuse". Les catholiques dubitatifs Dans un message lu par le premier ministre, Jacques Chirac devait rappeler sa conviction que les protestants pouvaient trouver une réponse à leurs difficultés dans la loi telle qu'elle est et qui a "si profondément contribué à la paix civile dans notre pays". Dominique de Villepin a lui aussi pris ses distances avec une éventuelle adaptation de la loi de 1905. "Ma conviction, a-t-il affirmé dans son discours, c'est qu'aujourd'hui encore, cette loi nous permet de répondre aux difficultés que vous rencontrez", qu'elles soient liées aux lieux de cultes ou à la reconnaissance d'associations protestantes. Il a également tenu à rappeler que "depuis un siècle, la loi de 1905 a permis de répondre aux attentes des différentes religions" et qu'aujourd'hui, "c'est donc dans le cadre de cette loi que nous pourrons reconnaître la place des musulmans de France au sein de la République laïque". Côté catholique, la création de la commission sur la loi de 1905 laisse quelque peu dubitatif. Présent dans l'assemblée hier soir, le secrétaire général de la conférence des évêques de France, Mgr Stanislas Lalanne, a rappelé que "les évêques ne souhaitent pas que soient ravivés d'anciens conflits toujours présents dans la société". Pour Mgr Lalanne cependant, ils "savent bien que des questions se posent et qu'il est important de les aborder de front pour trouver des solutions." Une position qui permet aux évêques de lancer une offre de services à la commission. "Si les responsables de l'Eglise catholique sont invités à apporter leur contribution et leurs réflexions, a expliqué Mgr Lalanne, ils répondront positivement." |
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