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ONU : Liberté de religion, dialogue et tolérance

Un article basé sur les rapports du Tandem Projet de l'Organisation des Nations Unies

23 mars 2008

"La religion élève les enjeux des conflits humains beaucoup plus hauts que le tribalisme, le racisme ou la politique ne le peuvent, car c'est la seule forme de pensée dans ou hors d'un groupe qui établit des différences entre les personnes en termes de récompense ou de punition éternels. " – Sam Harris, Letter to a Christian Nation

Ban Ki Moon, secrétaire général des Nations Unies, au cours d'un forum sur l'Alliance des Civilisations soutenu par les Nations Unies en janvier 2008, s'est exprimé au sujet de l'importance du dialogue : "Jamais dans notre existence n'y a-t-il eu un besoin plus urgent d'un dialogue constructif et engagé, entre les individus, entre les communautés, entre les cultures, entre les différentes nations." 

Un écrivain déclarait également dans un autre contexte : "Les signaux d'alerte sont clairs : à moins que nous établissions un véritable dialogue entre et parmi tous les types de convictions, du fondamentalisme religieux à la laïcité dogmatique, les conflits du futur seront probablement encore plus meurtriers."

Les Nations Unies présentent les travaux du Tandem Projet sur trois aspects concernant la liberté de religion ou de conviction, à l'attention des membres des Nations Unies, des Gouvernements, des religions ou convictions, des universités, des ONG, des médias et de la société civile.

Leur objectif est d'encourager la compréhension et un soutien à l'Article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques : "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion" - et la Déclaration de 1981 des Nations Unies sur l'élimination de toutes les formes d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction.

Chacun de ces documents invite les parties à utiliser les standards internationaux de protection des droits de l'homme comme éléments fondamentaux pour des solutions à long terme aux conflits basés sur la religion ou la conviction.

1. Comment allier la liberté d'opinion et d'expression et la liberté de religion ou de conviction

2. Le sacré dans la culture : une perspective sur la relation entre la culture et la religion ou conviction

3. La race et la religion ou conviction : la liberté de religion doit éventuellement devenir une Convention basée sur un Traité.


1. Liberté d'opinion et d'expression et liberté de religion ou conviction

(…) En 1968, les Nations Unies ont confié une mission à une Convention internationale sur l'élimination de toutes formes d'intolérance religieuse, en raison de son caractère apparemment complexe et sensible. Au XXIe siècle, une augmentation spectaculaire de l'intolérance et de la discrimination en raison de la religion ou conviction conduit à des recherches dans le monde entier pour trouver des solutions à ces problèmes. C'est un défi qui appelle à un dialogue accru par les Etats et tous les autres, y compris la considération d'une Convention internationale sur la liberté de religion et de conviction pour la protection et la responsabilité de toutes religions et convictions. Les tensions dans le monde d'aujourd'hui inspire cette question : les Nations-Unies devraient-elles adopter une Convention internationale sur la liberté de religion et de conviction ?

(…) La séparation des religions et de l'Etat : le point de départ de ce concept est le Premier Préambule de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme des Nations-Unies de 1948 : "ATTENDU QUE la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde." Il suggère que les Etats, prenant en compte leur histoire, leur culture et leur Constitution, adoptent une protection des droits de l'homme égale et juste pour toutes religions et convictions telles que décrites dans le Commentaire Général 22 sur l'Article 18, International Covenant on Civil and Political Rights, UN Human Rights Committee, 20 July 1993 (CCPR/C/21/Rev.1/Add.4):

" PARAGRAPHE 2. L'article 18 protège les convictions déistes, non-déistes et athées, tout autant que le droit de ne professer aucune religion ou conviction. Les termes conviction et religion doivent être considérés au sens large. L'article 18 ne se limite pas dans son application aux religions traditionnelles ou aux religions et convictions ayant des caractéristiques internationales ou aux pratiques analogues à celles des religions traditionnelles. Le Comité considère donc également avec attention toute tendance à discriminer contre une religion ou une conviction, quelle qu'elle soit, y compris le fait qu'elles soient nouvellement établies ou représentent des minorités religieuses qui pourraient être l'objet d'une hostilité de la part d'une communauté religieuse dominante.

Extraits du rapport sur la liberté d'opinion et d'expression :

64. Les pratiques telles que stéréotyper et insulter les groupes ethniques, nationaux, sociaux ou religieux ont des conséquences sérieuses et nuisibles pour la promotion du dialogue et du " vivre ensemble " au sein des différentes communautés. Afin de combattre l'intolérance et la discrimination et de créer une base solide pour renforcer la démocratie, il est nécessaire de développer des programmes à grande échelle et de longue durée pour promouvoir le respect pour la diversité, le multiculturalisme et l'éducation aux droits de l'homme.

65. Le Rapporteur spécial insiste sur le fait que des instruments internationaux établissent une limite claire à la liberté d'expression. En particulier, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques garantit que " toute propagande en faveur de la guerre " et " tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l'hostilité ou à la violence " sont interdits par la loi. Le problème principal réside dans le fait d'identifier clairement à quel moment exactement ces limites sont atteintes. Le Rapporteur spécial souligne que cette décision, en définitive subjective, devrait répondre à un certain nombre de conditions. En particulier, elle ne devrait justifier aucune forme de censure a priori, être clairement et étroitement définie, être le moyen le moins intrusif en ce qui concerne les limites imposées à la liberté d'expression et être appliquée par un corps judiciaire indépendant. Le Rapporteur spécial rappelle que ces limites sont destinées à protéger les individus plutôt que les systèmes de convictions, garantissant que les droits humains de chaque personne seront protégés.

III. CONCLUSIONS ET RECOMMENDATIONS

Sur la liberté d'expression et la liberté de religion

84. Le Rapporteur spécial exhorte les professionnels des médias et le public en général à être conscients de l'impact potentiel des idées qu'ils expriment sur les sensibilités culturelles et religieuses. La diffusion d'opinions intolérantes et discriminatoires encourage en définitive la discorde et le conflit et ne vont pas dans le sens de la promotion des droits de l'homme. Les corporations de presse et les associations de journalistes, en coopération avec des organisations nationales et internationales, devraient organiser régulièrement des programmes d'éducation aux droits de l'homme de façon à améliorer l'éthique professionnelle et la sensibilité des professionnels des médias à la diversité culturelle.

2. La culture considérée comme sacrée : Perspective sur la relation entre culture et religion ou conviction

(…) Le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-Moon a appelé à un dialogue constructif entre les individus, les communautés, les cultures et les nations.

Comment contribuer à ces dialogues ?

Selon Ernest Becker, auteur récompensé par le Prix Pulitzer pour son livre " The denial of death " (" Le déni de la mort) ", écrit dans son autre livre, " Escape from evil " (" Fuir le mal ") : " (…) Pendant longtemps les personnes étudiant la société aimaient penser en termes d'aspects " sacrés " et " profanes " de la vie sociale. Mais il existe une insatisfaction avec ce genre de simple dichotomie, et la raison en est qu'il n'y a pas de distinction de base entre le sacré et le profane dans les affaires symboliques des gens (…) Le fait est que la transcendance de soi par le biais de la culture n'offre pas aux gens une solution simple et directe au problème de la mort ; la terreur continue de gronder sous la répression culturelle. Ce que les gens ont fait est de déplacer la peur de la mort vers un niveau plus élevé de perpétuité culturelle ; et ce triomphe même inaugure un nouveau problème fatidique. (…) Les gens essayent d'éviter la folie en mordant dans les miettes de réalité sur lesquelles ils peuvent exercer un contrôle et dont ils peuvent retirer quelque satisfaction. Ce qui signifie que leurs passions les plus nobles se jouent de la façon la plus étroite et la plus dénuée de réflexivité, et c'est ce qui les détruit. De ce point de vue, le problème principal des êtres humains s'exprime dans le paradoxe suivant : les hommes doivent avoir un fétiche pour survivre et avoir une santé mentale normale. Mais cette réduction de vision qui leur permet de survivre les empêche aussi, en même temps, d'avoir la compréhension générale dont ils ont besoin pour planifier et contrôler les effets de la réduction de leur expérience. "

Pour que le dialogue soit véritable, il doit être ouvert à de nombreuses perspectives et points de vue sur les sources de conflit autant culturel que religieux. De même que les religions basées sur la foi ont leur propre genèse sur les causes des conflits humains, de même les sciences des Lumières ont des méthodes de recherche dans des disciplines comme la psychologie des profondeurs et la biologie de l'évolution. Pour que le dialogue soit utile, il doit être tolérant des opinions différentes, respectueux et ne pas diffamer autrui.

Les Nations Unies continuent leur travail avec des solutions à long terme aux conflits basés sur la culture et la religion ou la conviction.

3. Race et religion: la liberté de religion doit éventuellement devenir une Convention basée sur un Traité.

Déclaration sur l'élimination de toutes les formes d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction - Article 3 : "La discrimination entre les êtres humains pour des motifs de religion ou de conviction constitue une offense à la dignité humaine et un désaveu des principes de la Charte des Nations Unies et doit être condamnée comme une violation des droits de l'homme et des libertés fondamentales proclamés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et énoncés en détail dans les Pactes internationaux relatifs aux droits de l'homme, et comme un obstacle aux relations amicales et pacifiques entre les nations."

Rédiger une Convention basée sur un traité sur l'intolérance religieuse était un des points les plus importants au moment de la fondation des Nations Unies. Des décisions ont été prises en 1962 et 1963 qui ont conduit l'Assemblée Générale des Nations Unies en 1968 à différer le travail sur la rédaction d'une Convention sur l'intolérance religieuse.

En 1963, "la décision de séparer les instruments sur l'intolérance religieuse de ceux sur la discrimination raciale constituent une solution de compromis destinée à satisfaire un certain nombre de points de vue conflictuels. Les États occidentaux insistaient pour aborder ces deux aspects dans un seul instrument conjoint. Les États communistes n'étaient pas pressés de s'occuper d'affaires religieuses. Les États africains et asiatiques considéraient que la question de l'intolérance religieuse était un sujet d'intérêt mineur comparé à celui de la discrimination raciale. En contraste avec le sujet de l'intolérance religieuse, les instruments internationaux pour l'élimination de la discrimination raciale ont été assez rapidement adoptés, en 1963 et 1965 respectivement." (1)

Il serait regrettable que le mandat sur les Droits de l'homme et la liberté de religion ou de conviction soit placé dans une position subordonnée à la discrimination raciale. La religion soulève d'importantes questions qui transcendent la race ; l'une étant un débat pour savoir s'il existe un conflit entre la foi et la science. Philip Meyer a déclaré : " La religion concerne le mystère, la science tente d'expliquer comment fonctionne le monde matériel. Personne n'a besoin de définir l'argument comme un choix entre la religion et la science. Nous pouvons avoir les deux aussi longtemps que nous n'utilisons pas l'une pour tester l'autre ". Pour des solutions à long terme aux conflits basés sur la religion ou la conviction, la question qui se pose est comment promouvoir au mieux la tolérance et offrir une protection également contre toutes formes d'intolérance et de discrimination, pour les convictions déistes, non déistes et athées, tout autant que le droit de ne professer aucune religion ou conviction.

Traduction : CICNS

(1) Freedom of Religion or Belief; Ensuring Effective International Legal Protection, Bahyyih G. Tahzib, Kluwer Law International, The Hague, September, 1995

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