Une affaire de secte et de sexe embarrasse la Justice Roumaine
AFP, 5 janvier 2006 par Mihaela Rodina
[Texte intégral] BUCAREST - Une affaire de sexe ayant fait les choux gras de la presse pendant plusieurs mois a plongé la justice roumaine dans un profond embarras, après que le principal protagoniste, le gourou d'une secte vilipendé dans son pays, eut obtenu l'asile politique en Suède. Professeur de yoga et fondateur d'un mouvement revendiquant des milliers d'adeptes en Roumanie, Gregorian Bivolaru, 54 ans, avait été inculpé en mars 2004 de "relations sexuelles avec mineure, perversions sexuelles et trafic de mineurs". Ces accusations avaient aussitôt été relayées voire amplifiées par les médias, à grand renfort d'images vidéo et de photos croustillantes fournies, pour la plupart, par la police même. Les images montrant les perquisitions particulièrement musclées de policiers armés encagoulés dans les "ashrams" où étaient logés les membres du groupe ont été diffusées en boucle par les chaînes de télévision, sans que l'identité des jeunes "yogis", surpris pour certains en tenue légère, ne soit protégée. Des témoignages selon lesquels l'urinothérapie figurait parmi les "préceptes" que devaient suivre les adeptes de Bivolaru ont également contribué à révulser l'opinion publique, pour qui cet homme à l'aspect peu soigné et portant de grosses lunettes était devenu "l'ennemi public numéro 1". Bivolaru avait été interpellé et brièvement détenu au printemps 2004, avant d'être relâché pour vice de procédure. Début 2005, son "Mouvement pour l'intégration dans l'absolu" (MISA) annonçait que le "gourou" avait demandé l'asile politique en Suède, après avoir quitté illégalement le pays, dans des circonstances pas encore élucidées. Après avoir rejeté une demande d'extradition transmise par les autorités roumaines, la justice suédoise a annoncé cette semaine avoir accordé le statut de réfugié politique à Bivolaru, "privé du droit à un procès équitable dans son pays", selon elle. Cette annonce a pris au dépourvu les magistrats roumains, qui cherchent désormais dans leurs propres rangs les responsables de ce revers cinglant mettant en doute l'indépendance de la justice et le respect des droits de l'Homme dans un pays candidat à l'UE. "La décision de la justice suédoise est très préoccupante", a déclaré le président du Conseil supérieur de la magistrature Dan Lupascu, qui a chargé cet organisme de "vérifier si les procédures légales ont bien été respectées". "Le mal a déjà été fait, nous devons maintenant punir les responsables pour qu'une telle situation ne se répète pas", a pour sa part déclaré jeudi la ministre de la Justice Monica Macovei, l'une des rares voix à avoir critiqué dès le début l'action de la police et du parquet. Selon elle, cette affaire risque d'avoir des répercussions pour la Roumanie, dont l'intégration dans l'Union européenne en janvier 2007 est soumise à une clause de sauvegarde particulièrement sévère en ce qui concerne précisément la Justice. "Il est sûr que le Parlement européen va nous poser des questions, de même que le Parlement suédois, qui n'a pas encore ratifié le traité d'adhésion de la Roumanie à l'UE", a-t-elle souligné. Selon la branche roumaine du Comité Helsinki pour la défense des droits de l'Homme, "cette histoire représente un camouflet pour la justice roumaine, qui n'a pas été capable de convaincre les magistrats suédois du bien fondé des accusations" formulées contre Bivolaru. Plusieurs élus ont pour leur part critiqué les "abus" des autorités dans ce dossier, estimant, à l'instar du sénateur libéral Nicolae Vlad Popa, que cet "incident malheureux risque de retarder l'entrée de la Roumanie dans l'UE". |
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